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Yves de Kerdrel

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La droite en déroute et la gauche aux abois
par Yves de Kerdrel

Les élections européennes ont provoqué un triple séisme. D’abord avec le score du Front National, même si pour l’heure cela ne produit pas trop de dégâts sur l’image de la France à l’international. Ensuite avec le départ de Jean-François Copé de la tête de l’UMP et le risque d’éclatement du parti. Enfin avec la défaite inédite du parti socialiste qui relance la guerre interne au sein de l’hémicycle et prive Manuel Valls de toute marge de manœuvre pour réformer
01/06/2014 - 07:37 Temps Lecture 12 mn.

Les résultats des élections européennes se sont révélés parfaitement conformes à ce que WanSquare avait laissé envisager avec un Front National largement en tête, une UMP à 21 % et un Parti Socialiste entre 13 et 15 % (il a réalisé 13,98 % des voix). Mais en fin de compte le séisme provoqué par le raz de marée du Front National aura vite été oublié en raison des autres conséquences sur le plan de la politique intérieure. Le putsch préparé de longue date par François Fillon et Alain Juppé afin de sortir Jean-François Copé de la présidence de l’UMP a eu lieu dés le mardi matin après que la journée de lundi a été marquée par une série de perquisitions. Après surtout que Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet ait révélé avoir transféré sur les comptes du parti un « soi-disant » excédent de dépenses liées à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Maintenant que l’UMP est placée sous la coupe d’un triumvirat composé de François Fillon, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin en attendant la tenue d’un congrès qui aura lieu après l’été, le plus important va être de définir la ligne politique du parti. Dans un premier temps les trois anciens premiers ministres devraient demander à Valérie Pécresse qui s’est affranchie de François Fillon et à Luc Chatel qui s’est affranchi de Jean-François Copé de gérer le parti et d’organiser ce congrès. Mais la suite va naturellement dépendre de la personne qui sera désignée pour prendre la tête de l’UMP. Aucun de ceux qui pensent à 2017 n’en veut. Ni Alain Juppé, ni François Fillon, ni Xavier Bertrand, Ni Bruno Le Maire. Ni NKM. Mais en fait dans les statuts du parti rien n’interdit au président d’être candidat aux présidentielles. Voilà pourquoi l’hypothèse d’un coup de force de Nicolas Sarkozy est réapparue.

LA DROITE SE CHERCHE UNE LIGNE POLITIQUE

Le problème de l’UMP est celui de la droite en général. C’est que la culture du « chef » prime sur celle « des idées » et de la ligne politique. Si bien que le congrès risque de se focaliser sur des questions de personnes voire d’ego. Alors que face à la place prise par le Front National, la Droite doit remettre à jour rapidement son logiciel. Or Alain Juppé prône une ligne plutôt européenne et centriste, à l’opposé de ce que revendiquent 80 % des militants du parti. Même François Fillon aurait bien compris les dangers d’un parti qui apparaisse trop mou, et laisse filer vers le Front National des électeurs de plus en plus « droitisés ».

Pendant ce temps les ténors de l’UDI jouent la sobriété. Ils attendent de voir ce qui sortira de la crise. Mais un sujet fait l’unanimité : le rejet des appels du pied de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a invité mardi à retrouver l’esprit qui a présidé à la création de l’UMP, l’union de la droite et du centre. Surtout, les centristes soulignent que l’UMP est beaucoup trop divisée sur le fond pour pouvoir se prononcer sur l’attitude à adopter. Certains membres de la direction de l’UDI demandent donc le report de leur congrès prévu pour octobre, comme celui de l’UMP. A cette occasion, les centristes doivent choisir un remplaçant à Jean-Louis Borloo, qui s’est retiré pour raison de santé. Là aussi une guerre des chefs se prépare entre les différents prétendants : Hervé Morin, Jean-Christophe Lagarde et Jean-Christophe Fromantin.

TRES SEVERE COUR DES COMPTES

A Gauche la situation n’est guère plus favorable après le score historiquement bas réalisé par le Parti Socialiste aux Européennes qui apporte une nouvelle fois de l’eau au moulin des cents députés de la gauche de la gauche. Par ailleurs Manuel Valls est subitement confronté à une série de très mauvaises nouvelles sur le plan économique. Le premier coup de semonce est venu de la Cour des comptes qui a adressé un sévère rappel à l'ordre au gouvernement. Relevant que les recettes fiscales en 2013 ont été inférieures de près de 15 milliards d'euros aux prévisions inscrites en loi de finances, grevant de ce fait la réduction du déficit, et ajoutant qu'il y a de fortes présomptions qu'il en aille de même en 2014, elle émet des doutes sur la « sincérité » des prévisions budgétaires du gouvernement.

Malgré tout, la loi de finances rectificative devrait comprendre 4 milliards d’euros d’économies supplémentaires. Qui sont contradictoires avec le milliard consacré à la baisse de l’impôt sur le revenu promis par Manuel Valls à la veille des élections européennes et aux 500 millions d’euros accordés en catimini par Marylise Lebranchu aux fonctionnaires à la veille du Pont de l’ascension.

HOLLANDE SUR LA REFORME TERRITORIALE

Dans un entretien à un groupe de presse quotidienne régionale, le ministre du travail, François Rebsamen, s’est dit prêt à suspendre pendant trois ans les seuils créant des obligations particulières aux entreprises. Une revendication patronale de longue date, relayée avec constance par l'UMP, qui n'entre pas vraiment en concordance avec la volonté exprimée par le chef de l'Etat, dans le cadre du pacte de responsabilité, d'obtenir des avancées sociales en matière de droits des salariés. Le ministre du travail semble donc enclin à lever ce « frein à l'emploi » et à faire en sorte que ce sujet soit sur la table de la prochaine conférence sociale, qui se tiendra les 7 et 8 juillet. Et cela, alors que sa crédibilité a été sérieusement mise à mal par les derniers chiffres du chômage qui font apparaître, en un mois, une hausse de 16 900 demandeurs d'emploi de catégorie A.

De son coté, François Hollande est convaincu que le désastre électoral des européennes du 25 mai justifie d'accélérer la réforme territoriale. Le chef de l'Etat a prévu de la présenter dès la semaine prochaine. L'objectif fixé est de réduire le nombre des régions et de programmer à terme la disparition des départements. A ce stade, le gouvernement envisage de présenter deux projets de loi à la mi-juin. Un premier projet de loi devrait être porté par le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve. Il ouvrirait la voie à un redécoupage des régions. Leur nombre pourrait être entre 11 et 15 contre 22 aujourd'hui en métropole. Ce texte devrait proposer de reporter le scrutin régional soit à l'automne 2015, soit au printemps 2016. Pour pouvoir motiver ce report auprès du Conseil constitutionnel, le gouvernement doit assortir le projet de loi d'une carte des nouveaux contours des régions. Le tout devrait être débattu à l'Assemblée nationale en juillet.

PANNE DE LEADERSHIP EN EUROPE

Marylise Lebranchu devra également présenter, mi-juin, un projet de loi portant sur une nouvelle répartition des compétences entre collectivités locales. Le Conseil d'Etat a déjà reçu une version de ce texte en avril. Le Ministère lui a transmis depuis des ajouts et des modifications pour tenir compte de l'engagement supprimer les départements. Le texte devrait laisser la possibilité aux élus locaux de faire remonter les compétences départementales (social, routes, collèges) soit aux régions, soit aux intercommunalités. Ce projet de loi devrait être débattu au Sénat, mais après les élections sénatoriales prévues à l'automne. Supprimer les départements en tant que collectivités territoriales supposerait une réforme constitutionnelle. Si certains ministres pensent qu'elle pourrait être tentée, François Hollande semble, à ce stade, l'écarter.

Sur le plan européen Jean-Claude Juncker, le champion du parti populaire européen, qui est arrivé en tête des élections européennes, a du plomb dans l'aile. Trop fédéraliste, l'ancien premier ministre luxembourgeois se heurte au refus du premier ministre britannique, David Cameron, mais aussi du premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, ou de la Suède, Fredrik Reinfeldt. Angela Merkel a bien compris ce front du refus. C’est la raison pour laquelle elle tente d’imposer la candidature de Christine Lagarde. A laquelle François Hollande semble opposer un veto en arguant de l’affaire Tapie. Dans les coulisses de la réunion annuelle du Bilderberg, qui se tient à Copenhague jusqu’à aujourd’hui, il devrait être largement question de la future présidence de la commission européenne. En 2009, c’est à l’occasion de cette même réunion qu’Etienne Davignon avait imposé le nom d’Herman Von Rompuy pour le conseil européen.

L’ECONOMIE AMERICAINE FLANCHE

Sur le front économique, l’heure est au retour des inquiétudes outre-Atlantique L'économie américaine s'est contractée davantage que prévu au premier trimestre, selon la deuxième estimation du département du commerce, nettement révisée à la baisse. Le produit intérieur brut de la première économie mondiale a reculé de 1 % en rythme annualisé de janvier à mars, après avoir progressé de 2,6 % au cours du dernier trimestre 2013. La prévision médiane des analystes tablait sur un retrait de 0,5 %, alors que le ministère avait initialement estimé la croissance du premier trimestre à + 0,1 %. C'est la première fois depuis le premier trimestre 2011 que les Etats-Unis voient leur PIB se contracter.

A l’inverse, la reprise économique s'accélère en Espagne. Sortie timidement en 2013 de sa deuxième récession en cinq ans, l'Espagne a vu son PIB progresser de 0,4 % au premier trimestre 2014. Cette croissance est la plus forte enregistrée en Espagne depuis le premier trimestre 2008, au moment de l'éclatement de la bulle immobilière et de la crise financière mondiale, qui avaient plongé le pays dans une profonde crise. Sur le dernier trimestre 2013, l'économie espagnole avait enregistré une croissance de 0,2 %. Cette reprise est due notamment à une amélioration de la demande intérieure qui contrebalance en partie une moindre contribution de la demande extérieure.

LA FRANCE TOUJOURS A L’ARRET

Pour ce qui est de la France, le manque de dynamisme de l'économie française se confirme et devient inquiétant. Les dépenses de consommation des ménages ont reculé de 0,3 % en avril, selon l'Insee, alors que les économistes tablaient sur une légère hausse. Les dépenses en biens manufacturés ont fait du surplace. Le niveau du chômage, toujours élevé, n'incite pas les Français à délier leur bourse. La rigueur budgétaire, si elle a des effets positifs à long terme, pèse à court terme sur l'activité et contribue à la prudence des ménages. Ces différents facteurs affectent le moral des Français. L'indice de la confiance des ménages est ainsi resté, au mois de mai, 15 points en dessous de sa moyenne de long terme. Le moral des patrons stagne lui aussi, depuis septembre, en dessous de son niveau moyen.

Du côté des affaires, la fin de la semaine a été marquée par l’annonce d’une possible amende de 10 milliards de dollars que les autorités américaines souhaiteraient infliger à BNP Paribas sous prétexte que la banque aurait réalisé des opérations en dollars dans des pays soumis à embargo, tels l'Iran, Cuba, la Birmanie, la Libye ou le Soudan au début des années 2000. De même, la justice américaine réclamerait le départ d'une dizaine de responsables de la banque française. Personne n’est dupe. Il s’agit davantage d’une mesure politicienne de la part de l’administration Obama qui est accusée d’avoir été trop clémente avec Wall Street. Le dossier devrait donc glisser maintenant sur le plan politique comme cela avait été le cas avec Executive Life. Mais même à l’Elysée, personne n’imagine François Hollande, grand pourfendeur des banques et de l’argent, monter au créneau face à Obama, pour plaider la cause de BNP Paribas.

Concernant le dossier Alstom, l’horizon se dégage de plus en plus pour General Electric. La rencontre entre Jeff Immelt et François Hollande s’est très bien passée. Et Arnaud Montebourg qui y assistait n’a pas desserré les dents. Le groupe américain semble avoir trouvé une solution pour la signalisation, pour les éoliennes et pour ce qui touche au nucléaire. En revanche du côté de Siemens, tout avance très lentement. L’allemand dit avoir formulé une offre. Selon les informations de WanSquare, pour l’heure il n’y aurait même pas de lettre d’intentions. Mais surtout, le fait que Siemens veuille déplacer aux Etats-Unis le siège de ses activités énergétiques ne rassure pas les syndicats français, ni les pouvoirs publics.

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