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Valls cherche à rebondir après la claque des européennes
par Yves de Kerdrel

Les derniers sondages non publiés attribuent au PS un score inférieur à 15 % et sans doute de dix points inférieurs à celui du Front National. Dans ces conditions, Manuel Valls pourrait avoir des difficultés à rebondir. D’autant plus que la gauche de la gauche n’hésitera pas à imputer cette nouvelle défaite électorale au plan d’économies de 50 milliards d’euros annoncé par le Premier Ministre.

24/05/2014 - 23:51 Temps Lecture 11 mn.

Ce n’est une surprise pour personne. Le Parti Socialiste se prépare à une nouvelle défaite aux élections européennes de ce dimanche après la gifle reçue aux municipales fin mars. Du score des socialistes, qui devraient terminer à la troisième place derrière l'UMP et le Front national, dépendra la suite des événements au sein d'une majorité encore traumatisée par la déroute municipale. Les instituts de sondage donnent un PS étonnamment haut dans les intentions de vote, autour de 17 % en moyenne. En fait selon les informations de WanSquare plusieurs sondages non publiés attribuent un score de 15 ou 15,5 % aux listes du Parti Socialiste. Et comme ces chiffres sont souvent surestimés, le score définitif du parti au pouvoir pourrait bien être plus proche de 14 %. Certains hiérarques de la Rue de Solferino redoutent même un étiage final à 13 %.

Pas question pour autant pour l'exécutif de tirer des conséquences gouvernementales d'une défaite aussi cinglante. Selon nos informations, Manuel Valls devrait s'exprimer dés ce soir ou lundi, après avoir pris connaissance des résultats dans toute l'Europe. François Hollande, après un aller-retour (en voiture) à Tulle pour voter, a prévu de passer la soirée de ce soir dans son bureau entouré d'une poignée de collaborateurs, puis de consacrer la journée de lundi à des entretiens avec ses homologues étrangers afin de préparer le conseil européen de mardi à Bruxelles, au terme duquel il devrait s'exprimer lors d'une conférence de presse.

PAS D’EFFET SARKOZY POUR L’UMP

Pour le premier ministre comme pour le président, le discours est prêt : ces élections sont un scrutin continental, donc, si suites il doit y avoir, elles seront continentales et non nationales. Pourtant, dès les prochaines semaines, le gouvernement va être confronté à des rendez-vous législatifs majeurs : projet de loi de finances rectificative, réforme territoriale et loi sur la transition énergétique, autant de dossiers potentiellement explosifs. Plus de quarante députés socialistes se sont abstenus fin avril lors du vote du programme d'économies de 50 milliards d'euros, et plus d'une centaine s'interrogent sur le bien-fondé de la politique économique de l'exécutif. Une nouvelle défaite pourrait faire éclater cette grogne latente.

Les scores de ce soir dépendront largement de la participation. Les derniers sondages ont fait apparaître un léger frémissement. Puisque celle-ci qui était encore estimée à 38 % il y a quelques jours pourrait être finalement de 41 %. En Allemagne, ce score devrait être bien plus élevé dans la mesure où dans beaucoup de régions et de villes le scrutin est doublé d’élections locales ou régionales.

Du coté de l’opposition, le scrutin ne sera pas sans conséquence. Tout dépendra du score final de l’UMP et de l’écart avec celui du Front National. L’UMP, qui avait regagné du terrain entre le 16 et le 20 mai, faisant pratiquement jeu égal avec le FN (23 % contre 23,5 %), a reperdu un peu de terrain, à 21 %, soit 3 points derrière le FN – et très loin des 27,9 % réalisés en 2009. Il n’y a donc pas eu de sursaut lié à la publication de la tribune de Nicolas Sarkozy dans le Point. Au contraire, certains pensent même que cette tribune, apportant une nouvelle voix dissonante à droite sur l’Europe, pourrait avoir des conséquences négatives sur le score de l’UMP.

COPE TENTE DE LACHER SARKOZY

Rue de Vaugirard, au siège du principal parti de droite, le réveil demain matin, pourrait être très douloureux. Un climat de guerre fratricide règne de nouveau à l'UMP. Plusieurs dirigeants ont prévu de régler leurs comptes avec Jean-François Copé en lui demandant de s'expliquer sur l'affaire Bygmalion. Au cœur des soupçons, le patron de l’UMP devrait subir une lourde charge de ses opposants, de plus en plus nombreux au sein du parti. D'Alain Juppé à François Baroin, en passant par Valérie Pécresse, tous le somment d'apporter des éclaircissements sur cette affaire qui a parasité la fin de campagne des européennes. Le plus virulent reste évidemment François Fillon. Mais en même temps Jean-François Copé est protégé par le fait que si tout le monde veut sa peau, personne ne veut de son poste. Si bien que ces querelles intestines pourraient trainer en longueur.

Par ailleurs, selon les informations recueillies par WanSquare, s’il y a eu – et cela reste à vérifier – des surfacturations, cela pourrait être lié davantage au règlement de prestations liées à la campagne présidentielle de 2012. Il y aura donc un moment où Jean-François Copé en aura assez de porter tout seul ce « chapeau » trop grand pour lui et sera contraint de lâcher Nicolas Sarkozy. C’est aussi ce qu’anticipent des personnalités comme Alain Juppé ou François Fillon qui espèrent ainsi marginaliser à la fois le patron de l’UMP et le locataire du 77 rue de Miromesnil.

ENCORE DES SIGNAUX NEGATIFS SUR LA CROISSANCE

Sur le plan économique le principal événement de la semaine est lié aux dernières prévisions de l’Unedic. Elles laissent envisager pour 2014 un déficit de près de 4 milliards d’euros. En cause, une nouvelle poussée du chômage, que les partenaires sociaux (gestionnaires du régime), contrairement à François Hollande, ne voient pas diminuer d'ici à 2017. En se basant sur les hypothèses de croissance du consensus des économistes (+ 0,8 % cette année, + 1,3 % en 2015), ils anticipent 103.200 chômeurs de catégorie A (sans activité) de plus cette année, puis 60.000 en 2015, où les effets du pacte de responsabilité permettraient de renouer avec les créations d'emplois, mais à un niveau trop limité pour compenser la hausse de la population active. Le nombre de chômeurs indemnisés progresserait donc de 109.000 cette année, puis de 55.000 en 2015. De fait, les partenaires sociaux ne croient pas à la capacité du pays à repasser sous les 3 millions de chômeurs d'ici à 2017, objectif que s'est fixé la semaine dernière le ministre du Travail, François Rebsamen.

Par ailleurs, après l'annonce la semaine dernière d'une croissance nulle au premier trimestre, les chefs d'entreprise de l'industrie se montrent un peu plus pessimistes que le mois dernier, alors que ce secteur, fortement exportateur et censé profiter de la reprise en zone euro, tirait la confiance des milieux d'affaires à la hausse depuis quelques mois. Tant les carnets de commandes globaux que les carnets étrangers se dégradent et une majorité d'industriels les considèrent inférieurs à la normale. Une autre enquête, publiée par l'institut Markit, jugée moins fiable que celle de l'Insee, tend à montrer que la situation économique reste extrêmement fragile. L'indice PMI a ainsi reculé en mai à 49,3 points, un plus bas depuis trois mois. Tous ces éléments confirment que la probabilité que la croissance atteigne 1 % en 2014, comme le prévoit le gouvernement, se réduit nettement.

L’EUROPE DU SUD RENAIT DE SES CENDRES

Autre fait important du moment : les marchés ont salué la décision de Standard and Poor’s de relever la notation de l’Espagne d’un cran à BBB. C’est la dernière des trois grandes agences à l’avoir fait. De son côté, Fitch a relevé d’un cran son opinion sur la dette de la Grèce. Si celle-ci reste en territoire hautement spéculatif, Fitch note la réduction remarquable du déficit de la Grèce ces quatre dernières années. Les agences de notation ne font que valider un scénario largement engagé sur les marchés obligataires. Depuis le début de l’année, le rendement des taux espagnols est passé de 3,87 à 2,97 %, alors que celui de la Grèce a fondu de 8,50 % fin à janvier à 6,36 %. Le spread (l’écart de taux) avec l’Allemagne n’a cessé de se réduire pour approcher par exemple les 160 points de base pour l’Espagne contre 210 points en début d’année. Un mouvement suivi également par le taux italien à 10 ans.

A l’inverse, les signes envoyés récemment par l’Allemagne ne sont pas très réjouissants. La confiance des entrepreneurs allemands mesurée par l’institut Ifo a reculé au mois de mai. La croissance estimée par l’Office fédéral de la statistique a cru de 0,8 % d’un trimestre sur l’autre. Mais cette croissance a été essentiellement tirée par la demande domestique. A contrario le niveau des exportations n’est pas très bon au premier trimestre. Or le commerce extérieur est le point fort de l’Allemagne et il est possible que la baisse du yen face à l’euro commence à diminuer la compétitivité de l’Allemagne. Mais il faut y voir aussi l’impact de la crise en Ukraine, puisque les exportations allemandes vers la Russie ont baissé de 13 % sur les trois premiers mois de l’année.

GE MARQUE DES POINTS SUR ALSTOM

Du côté des affaires, il semble que les discussions menées par la « task force » de General Electric venue des États-Unis avec les pouvoirs publics se passent dans de bonnes conditions. D’où le délai supplémentaire de trois semaines. L’activité liée au nucléaire pourrait être sorti du périmètre. Reste à trouver un opérateur susceptible de la reprendre car ni EDF, ni Areva n’en veulent. En revanche l’activité éoliennes intéresse Areva et GE n’y tient pas. Tout cela devrait être abordé mercredi à 8 h à l'Elysée, à l'occasion d'un entretien entre Jeff Immelt et François Hollande. Pendant ce temps, Siemens tarde à proposer une offre alternative qu’Arnaud Montebourg attend comme le Messie. Wansquare a rencontré plusieurs ministres de la coalition allemande au pouvoir. Et tous ont réaffirmé leur refus d’intervenir dans ce dossier. En fait beaucoup redoutent que les doublons dans le domaine du rail se traduisent par la suppression de plusieurs milliers d’emplois.

Par ailleurs, Total a engagé, à la veille du week-end, le projet de cession de Totalgaz, sa filiale de commercialisation de gaz de pétrole liquéfié. Fin avril, réagissant à des informations de presse, Total avait admis poursuivre une réflexion quant aux options stratégiques concernant Totalgaz. Selon les informations de WanSquare, Total pourrait présenter le 2 juillet en comité central d'entreprise le nom du repreneur, tandis que les syndicats remettront leur avis le 24 septembre. Fin avril, les noms des fonds d'investissement First Reserve, Platinum, PAI Partners ou Astorg figuraient parmi les acheteurs potentiels évoqués, comme les industriels Antargaz, filiale de l'américain UGI Corporation, ou Primagaz, détenu par le néerlandais SHV Energy.

Quant au Club Méditerranée, il pourrait bien devenir italien. Alors que l'offre publique d'achat lancée par le conglomérat chinois Fosun et le fonds français Ardian risque d'échouer, le financier italien Andrea Bonomi a commencé à dévoiler un plan alternatif, vendredi 23 mai. Dans un communiqué, il s’est dit prêt à devenir l'actionnaire de référence du Club en cas d'échec de l'OPA. Voire à lancer une offre sur l'entreprise. De fait, l’AMF a demandé à Andrea Bonomi de clarifier ses intentions d'ici à lundi à 18 heures, en disant explicitement s'il compte ou non lancer une OPA. Elle a aussi prolongé jusqu'au 6 juin l'OPA franco-chinoise qui devait s'achever vendredi.

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