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Yves de Kerdrel
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Tous les ténors de l’UMP et du PS se mobilisent pour l’Europe
par Yves de Kerdrel
La crainte de voir le Front National arriver en tête des élections européennes a obligé François Hollande, mais aussi Alain Juppé à réaffirmer leur « passion » européenne. Ce soir, ce sera au tour de Manuel Valls. Pour l’UMP, c’est son titre de premier parti de France qui est en jeu. Pour les dirigeants socialistes, c’est surtout la crainte de voir la dette française attaquée par les investisseurs en cas de vote à majorité eurosceptique.
Les commémorations du 8 mai 1945, ajoutées à la visite de François Hollande à Angela Merkel, dans sa circonscription au bord de la mer baltique, ont fourni au Président de la République plusieurs raisons de mener à sa façon une campagne pour l’élection européenne. A cela s’est ajoutée une longue tribune dans le journal Le Monde. Ce soir, c’est le Premier ministre Manuel Valls qui sera l'invité du journal télévisé de 20h00 de TF1, où il parlera notamment selon Matignon des enjeux des prochaines élections européennes. L'intervention du Premier ministre vise à expliquer, dans la continuité de l'intervention du président François Hollande dans le journal Le Monde, les enjeux du scrutin européen.
Pour les ténors socialistes il y a deux raisons à cette mobilisation de dernière minute. D’abord les sondages sont de plus en plus catastrophiques pour le parti au pouvoir. Jour après jour, le Parti socialiste perd des plumes selon le rolling Paris Match-Ifop-Fiducial-Sud Radio. Depuis le 10 avril dernier, date de la première consultation, le parti au pouvoir faiblit inexorablement, passant de 21% des intentions de vote à 17,5%, et ce malgré le remaniement ministériel et le changement de Premier ministre. Les Français ne croient pas en un sursaut du parti gouvernemental. Ils ne sont que 7% des sondés à imaginer une victoire du PS à l'élection européenne. En revanche, l'hypothèse de la victoire du Front national est de plus en plus crédible aux yeux des votants, avec 22% des Français qui l'envisagent. Le FN est toujours en tête de ce sondage, stable à 24%, alors que l'UMP perd 0,5 point (22%).
5 DEPUTES UMP EN VISITE A BERLIN
Une autre enquête réalisée cette fois par Harris Interactive pour LCP et Le Parisien donne également le Front National en tête avec un score de 22 %. Il serait talonné par l'UMP, qui récolterait 21% des voix, devant un Parti socialiste à 17% qui subirait un nouveau revers électoral après les municipales de mars. En queue de peloton, les listes centristes de l'UDI et du Modem et celles d'Europe Écologie-Les Verts feraient jeu égal (9%), suivies par celles du Front de gauche (8%). En « off » les spécialistes des enquêtes d’opinion assurent que l’abstention qui pourrait atteindre 60 % affecterait notamment le Parti Socialiste. Si bien que le parti du gouvernement pourrait réaliser un score plus proche de 15 %. Ce qui serait un nouveau coup dur après le choc des municipale.
A droite, Alain Juppé est également sorti du bois afin de réaffirmer ses convictions européennes. Par ailleurs, cinq députés de l'UMP se sont rendus à Berlin les 6 et 7 mai et ont été reçus par des proches de la chancelière. Bruno Le Maire, Gilles Carrez, Éric Woerth, Laure de la Raudière et Alain Chrétien ont ainsi rencontré Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, Peter Altmaier, le bras droit de la chancelière, et Volker Kauder, le président du groupe CDU du Bundestag. L’objectif de ce déplacement était de montrer à l'Allemagne « que l'UMP construit l'alternance avec un projet différent qui permettrait de changer le modèle français en profondeur », selon Bruno Le Maire. Mais plus question, comme Nicolas Sarkozy en 2009, de vouloir imiter l'Allemagne. Les cinq députés voulaient aussi faire passer le message à Berlin qu'à leurs yeux, il n'y a « pas d'alternative » à une alliance avec l'Allemagne. Une façon de prendre leurs distances avec Xavier Bertrand qui, récemment, a dit qu'il « ne croyait plus au Merkozy ». L’ancien ministre du travail de Nicolas Sarkozy est l’invité, ce matin, d’Europe 1 et d’I-Télé, et il devrait réitérer ces prises de position.
PAS D’INTERVENTION DE SARKOZY
Quant à Nicolas Sarkozy, dont beaucoup se demandaient s’il allait faire une déclaration à la veille du scrutin européen, il semble ne pas vouloir sortir de son silence. D’abord parce que sa situation actuelle lui convient très bien. Et à chaque fois qu’il prend la parole, il donne le sentiment aux français de revenir dans le jeu politique. Ensuite, parce que si, le Front National arrive en tête en dépit d’une éventuelle intervention de sa part, sa parole s’en trouvera démonétisée. Alors même qu’il entend se positionner pour 2017 comme un rempart à l’extrême-droite.
Du côté du pouvoir, cette semaine creuse a été mise à profit afin de poursuivre les nominations aux postes clé de la République après le changement de gouvernement. Vincent Feltesse, 47 ans, a été nommé « conseiller à la présidence de la République ». Il arrivera demain à l'Élysée, où il sera en charge des relations avec les élus et les formations politiques de la majorité. Il y sera également responsable du suivi des études d'opinion, une tâche jusqu'ici dévolue à l'ancien conseiller politique de François Hollande Aquilino Morelle, démissionnaire le 18 avril, et de l'élaboration des argumentaires politiques en lien avec Matignon et le porte-parolat du gouvernement. On ignore encore quelle sera la répartition des tâches entre ce nouvel arrivé et le conseiller parlementaire Bernard Rullier, et ceux chargés des relations avec les élus locaux Bernard Combes, maire de Tulle, et Bernard Poignant, vieil ami de François Hollande. Une seule chose est certaine : il n’occupera pas le bureau d’Aquilino Morelle qui restera vide.
DRAGHI RASSURE LES MARCHES
Par ailleurs, après six mois de rumeurs et de tergiversations, il a été convenu cette semaine que Ramon Fernandez, le directeur du Trésor, cèderait sa place à la fin du mois de juin à Bruno Bézard. Ce dernier, major de l’X et de l’ENA, inspecteur des finances a le profil parfait pour la fonction. Il a été notamment directeur général de l’Agence des Participations de l’État où il a eu maille à partir avec Anne Lauvergeon, alors patronne d’Areva. Notamment sur l’opération Uramin dont il ne voulait pas entendre parler. Ramon Fernandez qui a fait un parcours sans faute au Trésor, devrait atterrir, pour sa part chez Orange comme directeur financier. Tout va dépendre du nouveau poste, plus international, que Stéphane Richard entend confier à Gervais Pélissier.
A noter que la Bourse de Paris a affiché un nouveau record, le 8 mai en clôture, pour la première fois depuis septembre 2008, dopée par l'espoir d'un geste de soutien de la Banque centrale européenne (BCE) dès le mois de juin. L'accès d'optimisme a également gagné le reste de l'Europe financière. La Bourse de Londres a gagné 0,63 %, celle de Francfort 0,9 % et l'Euro Stoxx a engrangé 1,4 %. Le marché parisien a notamment profité des déclarations du président de la BCE, Mario Draghi, assurant que son institution était très « à l'aise » avec l'idée de passer à l'action le mois prochain. Ce dernier attend cependant de voir les projections économiques qui seront publiées début juin. Le chef de la BCE, que l’on dit tenté par le poste de président de la République italienne (ce qui conduirait à un raccourcissement de son mandat) s'est inquiété de plusieurs facteurs capables de compromettre la lente reprise économique de la zone euro : un possible affaissement de la demande mondiale, la crise en Ukraine et l'euro toujours plus fort.
SIEMENS DE PLUS EN PLUS HESITANT
Dans le dossier Alstom, l’État reste à la manoeuvre. Joe Kaeser, le PDG de Siemens, a été reçu à l'Élysée, vendredi matin, pour évoquer une possible offre du conglomérat allemand sur tout ou partie des activités de l'industriel français. Selon les informations de WanSquare, Arnaud Montebourg, le ministre de l'économie, et Emmanuel Macron, le secrétaire général-adjoint de l'Élysée, étaient présents à cette réunion, qui a duré plus d'une heure et demie. Arnaud Montebourg s'est envolé dans la foulée de cette réunion pour Berlin, où il devait rencontrer Sigmar Gabriel, son homologue allemand, pour évoquer la question du niveau de l'euro, les élections européennes à venir, mais surtout le dossier Alstom. Il reste que le conseil de surveillance de Siemens, où siègent de nombreux salariés inquiets par d’éventuels doublons, serait loin d’être unanime sur l’intérêt d’intervenir dans le dossier Alstom.
On s’en doutait depuis un mois. Mais maintenant c’est officiel. Publicis et Omnicom ne fusionneront pas. Les deux groupes devaient former le leader mondial de la publicité, employant 130 000 personnes dans le monde pour un chiffre d'affaires d'une vingtaine de milliards d'euros. Les deux directions ne se sont pas accordées sur les termes de l'« équilibre » à trouver entre les deux compagnies. Ces dernières semaines, il semble que le désaccord se soit cristallisé sur un point précis : le choix du directeur financier. Pour Omnicom, le poste devait revenir à son actuel « CFO », Randy Weisenburger. Mais, aux yeux du français, ce point n'était pas négociable et le poste devait revenir à son directeur financier, Jean-Michel Etienne. Cette divergence est venue s'ajouter aux difficultés antérieures. D'abord, la question de savoir quel groupe allait techniquement acheter l'autre. Puis la localisation fiscale de l'entité fusionnée, qui devait être Amsterdam – conformément au choix de Maurice Lévy – avant que la piste de Londres ne soit explorée. Enfin, des réserves exprimées par l'autorité de la concurrence chinoise.
Par ailleurs Vincent Bolloré qui doit prendre la présidence de Vivendi d’ici un mois devrait bénéficier d’un joli cadeau de bienvenue. Il se trouve que sa filiale Universal possède 14 % du fabricant de casques audio Beats, qui est en passe d’être racheté par Apple. Le montant de la transaction s’élèverait à 3,2 milliards de dollars. Sur la base des chiffres cités dans la presse, le groupe français pourrait donc retirer 450 millions de dollars de cette cession (soit 326 millions d’euros). Si la vente se concrétise, Vivendi réalisera une très belle opération. Sa participation dans Beats est en effet valorisée 161 millions d’euros dans les comptes. Le groupe multiplierait donc par deux la valeur de son investissement.
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