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Yves de Kerdrel
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Manuel Valls veut passer en force malgré la grogne de sa majorité
par Yves de Kerdrel
La fronde d’une minorité de parlementaires et d’apparatchiks socialistes n’a cessé d’enfler au cours des tous derniers jours à l’approche du vote consultatif de mardi prochain sur la trajectoire budgétaire française qui sera ensuite envoyée à Bruxelles. Le fait que plusieurs personnalités de droite ou du centre se déclarent prêts à aider Manuel Valls en votant pour son plan fragilise un peu plus la majorité socialiste qui y voit la preuve que le Premier Ministre est plus libéral que social.
Moins d’un mois après son arrivée à Matignon Manuel Valls se
voit confronté à une situation très particulière : l’incapacité de pouvoir
compter sur la faible majorité absolue dont les socialistes disposent à
l’assemblée nationale. Bien sûr il a obtenu la confiance après sa déclaration
de politique générale. Bien sûr les socialistes ont pour habitude de crier fort
avant le vote et de finir par rentrer dans le rang. Bien sûr la peur d’une
dissolution qui entrainerait une vague bleue à l’assemblée amène de facto les
parlementaires les plus turbulents à se comporter finalement en godillots. Il
n’empêche que le Premier Ministre sait qu’il n’est pas soutenu par sa majorité,
et que même s’il obtient un vote de confiance, ce sera par raison et non par
adhésion.
Le parti socialiste est aujourd’hui dans une situation très particulière. D’un côté il y a les sociaux-démocrates, héritiers de la deuxième gauche, qui soutiennent le virage récent de François Hollande et veulent naturellement la réussite de Manuel Valls. D’un autre côté il y a une cinquantaine de parlementaires appartenant l’aile gauche du Parti qui persiste à croire que le vote-sanction des municipales leur a donné raison, et qu’il serait fou pour la majorité d’amplifier la rigueur budgétaire. Ils ont trouvé de nouveaux arguments dans un sondage BVA pour i-Télé, CQFD et Le Parisien/Aujourd'hui en France publié samedi qui montre que 56 % des français trouvent que François Hollande n’est pas assez à gauche. Près d'un sympathisant de gauche sur deux (51 %) considère également que le premier ministre, Manuel Valls, n'est « pas assez à gauche », contre 1 % seulement qui le jugent « trop à gauche » et 46 % « juste comme il faut ».
VALLS HOSTILE AUX CONCESSIONS
Malgré tout il existe un système de miroirs déformants lié
au vacarme qu’arrivent à provoquer, notamment grâce aux chaines d’information
en continu, quelques jeunes députés sans ancrage territorial, et qui ne doivent
leur place à l’Assemblée qu’aux investitures décidées il y a deux ans par
Martine Aubry. A coté de ceux-là il existe une catégorie de parlementaires
frustrés d’être ostracisés. C’est notamment le cas de l’ancien ministre
Christian Paul, de Laurence Dumont ou de Jean-Marc Germain qui ont signé
vendredi une tribune dans Libération expliquant pourquoi ils
« n’apporteront pas leur suffrage au gouvernement issu de la majorité à
laquelle nous appartenons ». Enfin il existe une troisième catégorie de
parlementaires effrayés à l’idée que des personnalités de droite ou du centre puissent
venir au secours du Plan Valls. Ce qui enterrerait définitivement toute idée de
gauche.
Face à cette situation Manuel Valls a décidé, pour l’instant
de faire le moins de concessions possibles, en dehors d’un geste sur les
petites retraites. Il a demandé à Bruno Le Roux, le patron du groupe
parlementaire d’agiter le spectre de sanctions à l’égard des députés qui ne
voteraient pas en faveur de la trajectoire budgétaire mardi prochain. De son
côté, le bureau national du PS se réunira lundi soir pour arrêter « une
position solennelle ». Après quoi, Jean-Christophe Cambadélis, le premier
secrétaire du PS, devrait se rendre mardi devant le groupe socialiste, pour
exiger que les parlementaires respectent la décision du bureau national. Enfin,
depuis Matignon, Yves Colmou, le conseiller politique de Manuel Valls,
franc-maçon notoire, appelle un à un les dissidents ou les plus hésitants pour
essayer de s’assurer de leur vote.
In fine, la confiance devrait être adoptée, mais les
frustrés de ce vote vont se donner rendez-vous avec es écologistes, soit lors
du vote du collectif budgétaire en juin prochain, soit surtout en septembre et
octobre au moment de la présentation du projet de loi de finances pour 2015.
Car si mardi, le vote ne porte que sur un tableau de chiffres présenté à la
hâte par Michel Sapin, celui de l’automne prochain concernera des coupes
sombres dans les dépenses sociales. Et il se peut que Manuel Valls se retrouve
alors dans l’obligation d’avoir recours au vote bloqué, à travers la procédure
de l’article 49-3 de la constitution.
De l’Élysée, François Hollande regarde toutes ces manœuvres
sans pouvoir rien faire. Il continue à passer des coups de fil à des
parlementaires ou à leur envoyer des textos pour les rassurer. Mais les huées
dont il a été l’objet à Carmaux à l’occasion de son hommage à Jaurès ont fini
de le démonétiser. Surtout après l’affaire d’Aquilino Morelle qui se révèle
désastreuse pour l’image du pouvoir. Heureusement le Président a fait venir
auprès de lui Gaspard Gantzer, le jeune conseiller en communication de Laurent
Fabius, énarque de la même promotion qu’Emmanuel Macron pour tenter de
reprendre en main tout ce qui est lié à son image personnelle.
A droite, le sujet du moment porte sur les européennes
surtout après que Henri Guaino et Laurent Wauquiez aient fait entendre leur
voix discordantes par rapport à la ligne mi-figue mi raisin de l’UMP. Le
sondage rolling quotidien fait par l’Ifop pour Paris-Match montre pour l’heure
une avance du parti dirigé par Jean-François Copé, qui est crédité de 23,5 %
des intentions de vote, contre 22,5 % pour le Front National (qui était à
25 % le 10 avril dernier). De son coté l’ensemble PS-PRG est crédité de 19,5 %
en baisse régulière.
UNE INTERVENTION SOLENNELLE DE SARKOZY ?
Nicolas Sarkozy, qui rentre en France dans le courant de la
semaine prochaine après un passage par le Cap Nègre, puis par le Maroc et
ensuite par la tournée américaine de Carla Bruni, pourrait intervenir d’une
manière ou d’une autre à la veille des élections européennes. Mais personne ne
sait encore sous quelle forme. Il est actuellement très attentif à la montée en
puissance d’Alain Juppé qui souhaite à tout prix avancer la date des primaires,
de manière à ce qu’elles aient lieu juste après dés l’automne 2015, dans le
sillage des élections cantonales et régionales. Des élections qui, selon les
simulations faites à l’UMP, devraient permettre à la droite de regagner 19
régions.
Sur le plan économique la semaine a été marquée par le maintien de la note de la France par Standard & Poor’s même si l’agence américaine trouve bien trop optimiste les hypothèses de croissance retenues pour la trajectoire budgétaire. Il reste que cela permet au spread-franco-allemand de ne pas s’élargir en dépit des incertitudes sur le vote de mardi. Par ailleurs selon Markit l’activité privée en zone euro a enregistré en avril sa plus forte croissance en près de trois ans, entraînant des créations de postes dans toute la région. L’indice PMI composite s'est ainsi établi à 54 selon une première estimation, soit son plus haut niveau depuis mai 2011, après avoir atteint 53,1 en mars.
LA FRANCE TALON D'ACHILLE DE L'EUROPE
D'après Markit, ces données devraient se traduire par une croissance de 0,5% au deuxième trimestre, après un produit intérieur brut (PIB) en hausse de 0,4 % en début d'année. Une nouvelle fois, c'est l'Allemagne qui donne le tempo de cette reprise. L'indice PMI composite pour l'Allemagne, première économie de la zone euro, a atteint 56,3 après 54,3 en mars. A l'inverse, la France semble encore être le talon d'Achille de cette reprise européenne. Selon Markit, l'activité dans le secteur privé français a certes progressé pour le deuxième mois consécutif en avril, mais à un rythme nettement moins prononcé qu'en mars, où elle avait renoué avec la croissance.
LA REPRISE DES GRANDES MANOEUVRES
Sur les marchés la tendance est toujours à l’euphorie du
fait d’une abondance de liquidités et de la reprise des fusions et
acquisitions. Depuis 2008, les banques centrales ont injecté des montagnes de
liquidités dans le système financier. A tel point qu’elles représentent
désormais 25 % du PIB mondial, contre 15 % en 2007. Une manne que les
investisseurs ont d'abord placée dans les pays émergents. Mais, mi-2013, quand
ces derniers ont traversé des turbulences, ils ont rapatrié leurs fonds vers
les États-Unis et la zone euro. Certains n'hésitent plus à parler de bulle
prête à exploser au moindre retournement de tendance.
Les grandes manoeuvres ont repris entre multinationales. Au
total, les fusions et acquisitions ont bondi de 48 % par rapport à 2013, selon
Thomson Reuters. Pas une semaine sans annonce ou rumeur de mégafusion, du
rapprochement entre les cimentiers Lafarge et Holcim à la bataille autour de
SFR. Dans le seul secteur de la pharmacie trois méga-opérations viennent d'être
annoncées coup sur coup, dont l'OPA hostile sur le laboratoire Allergan, pour
plus de 45 milliards de dollars.
En France le sujet du moment, après le dossier SFR, c’est
bien sûr le projet de rachat des activités énergie d’Alstom par General
Electric. Il s’agit là de l’aboutissement de discussions entamées en début
d’années entre le géant américain et Patrick Kron, avec bien sûr l’assentiment
de Bouygues, qui cherche une issue de sortie à ce dossier depuis plusieurs
mois. Une fuite partie de GE mercredi soir a provoqué une accélération du
calendrier, avec un retour précipité en France de Patrick Kron convoqué à Bercy
puis à l’Élysée, où il a été reçu par Emmanuel Macron.
LE SORT D'ALSTOM SCELE AUJOURD'HUI
Le gouvernement, qui était au courant de ces discussions, de
puis plusieurs semaines et ne les a pas prises au sérieux est pris au dépourvu
et aimerait bien trouver une solution alternative. Comme cela n’est possible ni
avec des fonds publics, ni avec des sociétés françaises comme Schneider qui
n’en a pas envie ou comme Areva qui n’en a pas les moyens, c’est vers Siemens
que l’Élysée s’est tourné. Le gouvernement a donc demandé au groupe allemand de
plancher sur ce sujet. Une solution franco allemande pourrait associer la BPI
France et des industriels français. Siemens doit trouver une solution qui
satisfasse à la fois les exigences de Bouygues, actionnaire à 29% d'Alstom, et
celles du gouvernement, très attaché à préserver les emplois, les centres de
décisions et les actifs stratégiques d’Alstom. Arnaud Montebourg a notamment
exprimé vendredi soir auprès de Clara Gaymard, présidente de General Electric
France, son souci concernant la fourniture par Alstom des turbines de l'EPR
français. Mais le temps joue contre le gouvernement, puisqu’Alstom qui a
informé ses administrateurs vendredi après-midi devrait réunir ce soir un
nouveau conseil de manière à sceller l’accord définitif avec General Electric.
Le scénario le plus probable devrait être celui d’un spin
off, c’est-à-dire la séparation des activités en deux groupes cotés. Bouygues,
qui détient 29,4 % d’Alstom, deviendrait de facto actionnaire des deux branches
mais revendrait dans la foulée sa part dans l’énergie à General Electric.
Ensuite toute la question est de savoir si GE fera une OPA sur la totalité de
la partie énergie et à quel prix. Les dirigeants de General Electric ont pris
hier leur jet pour Paris où ils seront reçus à Matignon par Manuel Valls, de
retour de Rome, voire ensuite à l’Élysée par François Hollande cette
après-midi. Pour être bien accompagné dans cette opération General Electric
s’est entouré des conseils de Stéphane Fouks qui a une ligne directe avec le Premier
ministre, Manuel Valls.
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