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Yves de Kerdrel
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Avec Valls au front, Hollande retrouve des marges de manœuvre
par Yves de Kerdrel
Le changement de premier ministre a été une décision difficile à prendre pour le Président de la République. Mais avec Manuel Valls en première ligne sur des dossiers sensibles comme la réduction du déficit ou la réforme territoriale, François Hollande retrouve des marges de manœuvre. Il en profite pour remettre en ordre la maison Élysée avec la nomination de Jean-Pierre Jouyet comme Maire du Palais, et la communication de cette nouvelle séquence de son quinquennat.
Le
discours de politique générale déclamé mardi dernier par Manuel Valls devant
les députés était conforme à ce que WanSquare avait laissé présager avec une
part importante consacrée à la réforme territoriale. Pourquoi avoir choisi ce
thème comme axe majeur de sa politique ? D’abord parce que c’est un
domaine que l’ancien ministre de l’intérieur connaît bien. Ensuite, parce que
c’est là que repose un gisement important d’économies pour les dépenses
publiques. Enfin, parce qu’en mettant fin aux redondances entre départements et
régions, il en résultera un véritable choc de simplification pour les
entreprises, les artisans et les particuliers.
De
fait, en mettant en avant cette réforme qui a fait le tordre le nez d’un bon
nombre de députés et lancé un début de fronde au Sénat, Manuel Valls n’a pas
hésité à prendre ses distances non seulement avec l’action de son prédécesseur
mais aussi avec la doxa socialiste telle qu’elle a été notamment développée au
moment des primaires à l’automne 2011. La manière dont le nouveau premier
ministre a fustigé le choc fiscal mis en place au cours des deux dernières
années, et qui a largement contribué à brider la croissance, sans pour autant
permettre un retour du déficit budgétaire dans les clous européens, montre que
le nouveau locataire de Matignon est bien l’héritier de Michel Rocard et qu’il
fera passer la réalité avant les dogmes et surtout avant la démagogie.
HOLLANDE
CONSENT A SE REMANIER
Pour
François Hollande, qui est naturellement comptable de tout ce qui a été fait
au cours des deux années écoulées, cette nouvelle manière de parler aux
français pourrait être un handicap. Mais finalement le Président de la
République a vite compris les avantages qu’il y avait dans cette situation qui
ressemble à celle du couple Mitterrand-Rocard. Il en profite pour faire rentrer
au gouvernement certains de ses proches. Il remet en ordre le fonctionnement de
la machine élyséenne avec la nomination de Jean-Pierre Jouyet comme Secrétaire
Général de l’Élysée. Ce qui va permettre de rassurer Emmanuel Macron qui commençait
à ronger son frein. Et il a procédé à une nuit des longs couteaux au Parti
socialiste en dégageant Harlem Désir pour le remplacer par Jean-Christophe
Cambadélis qui visait le poste il y a deux ans.
Et
cela, même si plus de trois Français sur quatre désapprouvent la nomination de
l’ex-premier secrétaire du PS, comme secrétaire d'État aux affaires
européennes, selon un sondage BVA pour iTélé publié samedi. A la question «
approuvez-vous la nomination de Harlem Désir comme secrétaire d'État au sein du
gouvernement », 79 % des personnes interrogées répondent par la négative, 16%
approuvent et 5% ne se prononcent pas. Même les sympathisants du PS sont 61 % à
désapprouver cette entrée au gouvernement du chef du parti, contre 35 % qui
approuvent et 4 % qui ne se prononcent pas. Parmi les personnes déclarant
connaître son remplaçant, Jean-Christophe Cambadélis suffisamment pour exprimer
une opinion, 52 % approuvent sa nomination comme premier secrétaire du PS, 39 %
désapprouvent, 9 % ne se prononcent pas.
ETAT
DE GRACE POUR VALLS
Les
enquêtes d’opinion sont bien plus favorables s’agissant du nouveau Premier
Ministre, comme cela était attendu. La popularité de Manuel Valls, ne cesse de
grimper depuis son discours de politique générale, mardi 8 avril. Il a ainsi gagné
six points de popularité en une semaine, avec 62 % d'opinions positives, selon
un sondage LH2 pour le Nouvel Observateur. Selon cette enquête, diffusée
vendredi 11 avril, 37 % des Français ont une opinion négative du nouveau
premier ministre, soit quatre points de moins qu'à sa nomination. Cette
évolution démontre clairement que Manuel Valls a su convaincre les Français au
cours de cette première période à Matignon.
La stratégie de Manuel Valls s'est révélée payante à gauche, sans pour
autant lui porter préjudice à droite. De surcroit, 76 % des sympathisants de la
gauche déclarent avoir une opinion positive du premier ministre, soit une
hausse de 7 points en une semaine
Si
le Premier Ministre comme l’Élysée sont décidés à ce que ce nouveau
gouvernement ne soit plus une machine à couacs, l’improbable tandem de Bercy
avec Arnaud Montebourg gratifié du titre de Ministre de l’Économie et Michel
Sapin, chargé de jouer les sherpas dans les institutions internationales, et
notamment à Bruxelles, n’a pas fini de détonner. On a pu le constater lundi
dernier dès leur premier déplacement à Berlin. Et lorsque le premier d’entre
eux continue de réclamer une émancipation de la France par rapport à
l’orthodoxie financière demandée par Bruxelles, Michel Sapin s’en tient
toujours à la ligne des fameux 3 % de déficit budgétaire à atteindre en 2015.
DOUTES
CROISSANTS SUR LE FAMEUX 3 %
Il
l’a encore martelé jeudi dernier à Washington à l’occasion de la traditionnelle
réunion du Fonds Monétaire International en déclarant qu’il s’agit là « d’un
objectif que nous devons maintenir » avant d’ajouter que le respect des règles
européennes sur les déficits était « dans l'ordre du faisable » dès 2015. Ces
déclarations interviennent alors que beaucoup pensent cet objectif
définitivement enterré. La Commission européenne ne semble plus y croire,
prévoyant de son côté un déficit français à 3,9 % en 2015, alors même que la
France a déjà bénéficié de deux reports pour atteindre ce seuil l'an prochain. Pierre
Moscovici, évitait soigneusement depuis des mois de prononcer le chiffre fatidique,
préférant parler des engagements de la France. Il avait lui-même annoncé
récemment qu'il voulait « discuter » avec la Commission européenne du « rythme
» de la réduction des déficits français, ce qui avait été interprété comme un
renoncement au retour aux 3 %.
Les
dernières prévisions du FMI, publiées mercredi 9 avril, ont néanmoins évoqué un
déficit public français à 3 % en 2015. La marche sera très haute à franchir,
puisque la France a un déficit public se montant à 4,3 % du PIB, plus élevé que
celui prévu l'an dernier. Pour revenir dans les clous, Michel Sapin a répété à
Washington qu'il n'était pas question d'augmenter à nouveau les impôts, mais de
passer exclusivement par des économies, d'un montant de 50 milliards d'euros en
trois ans. Michel Sapin était aussi à Washington pour assurer le service
après-vente du programme de Manuel Valls. Il a donc profité de cette réunion
pour avoir des entretiens bilatéraux aussi bien avec la patronne du FMI,
Christine Lagarde, qu'avec le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, ou le
président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.
LE
RAYON DE SOLEIL DU FMI
A
droite, l’actualité est calme, même si certains partisans de François Fillon
tentent toujours d’asticoter Jean-François Copé. Mais l’ancien premier ministre
semble, lui-même avoir renoncé à attaquer à nouveau le président de l’UMP,
comme en témoigne son absence au dernier bureau politique. Les principaux
caciques de la Rue de Vaugirard sont maintenant concentrés sur les élections
européennes avec comme principal axe de bataille, la sortie de Schengen et la
question des flux migratoires. Il s’agit là du plus petit commun dénominateur
entre les différentes tendances qui s’expriment à Droite sur la manière de
changer l’Europe. Par ailleurs, Alain Juppé poursuit son ascension dans les
sondages. L’effacement de Jean-Louis Borloo va naturellement profiter à
François Bayrou et donc indirectement au Maire de Bordeaux qui avait facilité
son élection à la Mairie de Pau.
Sur
le plan macro-économique, l’événement de la semaine passée a été la nouvelle
note de conjoncture du FMI révisant légèrement en hausse la croissance de la
France pour 2014. Contrairement à ce que l’Insee laissait envisager il y a
quelques jours notre pays pourrait enregistrer une croissance de 1% en 2014 et
de 1,5% en 2015. Cette évaluation est très légèrement meilleure que l'hypothèse
sur laquelle le gouvernement a fondé sa politique budgétaire, soit un taux de
0,9% en 2014. Le FMI a révisé également pour l'ensemble de l'Europe ses
chiffres de croissance, soit 1,2% et 1,5% respectivement en 2014 et 2015 (0,1
point de plus que dans la prévision de janvier pour ces deux chiffres).
RIEN
DE NEUF POUR LE CHOMAGE
D’après
ce qu’ont expliqué les économistes du FMI, si la France fera un peu moins bien
cette année que l'ensemble de la zone euro, c'est uniquement parce que
l'Allemagne qui pèse à elle seule 30% de l'économie de la région est gratifiée
d'une prévision de 1,7% pour 2014 (soit 0,2 point de mieux qu'en janvier) et de
1,6% en 2015. En revanche l'Italie (0,6%) et l'Espagne (0,9%), si elles sortent
enfin de la récession, continuent d'afficher des performances inférieures à la
nôtre. En matière de chômage, le FMI n'attend de reflux qu'à partir de l'an
prochain, les moyennes annuelles de taux de chômage s'établissant à 10,8% en
2013, 11% en 2014 et 10,7% en 2015 en France.
La
principale originalité française par rapport à ses voisins est la persistance
de son déficit extérieur : ainsi ses comptes courants représenteront cette
année 1,7% de son PIB, alors que l'Espagne et l'Italie sont depuis l'an dernier
en excédent et le seront à nouveau en 2014 (de 0,8% et 1,1% du PIB pour l'une
et l'autre). En matière de comptes extérieurs, la France fait pratiquement
bande à part : hormis la Belgique et la Finlande elle est désormais la seule
économie de la zone euro dont les comptes restent déficitaires (1,7% du PIB en
2014). Tous les autres affichent des surplus, les plus extravagants étant
l'Allemagne (7,5% du PIB en 2013), et plus encore les Pays Bas (10,4% du PIB).
DRAGHI
PRÊT A EMPECHER LA HAUSSE DE L’EURO
Jeudi
dernier, la Grèce a réussi son retour sur les marchés financiers en empruntant
3 milliards d’euros sur cinq ans, à un taux de 4,95 %. L’opération a soulevé un
incroyable enthousiasme de la part des investisseurs : au total, leur demande a
frôlé les 20 milliards d’euros ! Le succès de cette opération est une double
victoire pour le gouvernement de coalition d’Antonis Samaras. Il a marqué
quelques points auprès des Grecs, pressés de voir leur pays retrouver son
indépendance financière. Mais, surtout, il a prouvé qu’après Dublin et
Lisbonne, la Grèce était capable de reconquérir le cœur des marchés. Cet emprunt
est aussi le signe que la zone euro va mieux. Il ne faut cependant pas être
dupe. L’appétit des investisseurs pour la dette grecque, comme leur frénésie
pour les obligations souveraines espagnoles, portugaises et irlandaises, n’est
pas seulement le fruit de la résilience économique de ces pays, ni de celle de
la zone euro. Elle est aussi liée, pour grande partie, à deux phénomènes. Le
premier, ce sont les turbulences traversées par les pays émergents depuis
quelques mois. Le second est lié au fait que les investisseurs sont convaincus
que les Européens, enfin solidaires, ne laisseront pas tomber Athènes.
A
noter que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a mis un
point d'honneur samedi à affirmer que l'institution était prête à agir face à
l'euro fort et à l'inflation faible. Il a reconnu que le niveau de l'euro, que
le nouveau Premier ministre français Manuel Valls juge trop élevé, jouait
"un rôle de plus en plus important" dans les prises de décision de la
BCE. Répétant que son institution était prête autant à "un nouvel
assouplissement monétaire", c'est-à-dire une baisse de taux, qu'à des
"mesures non-conventionnelles", le chef de la BCE a indiqué qu'il ne
fallait "pas être complaisant" face à la faible inflation en zone
euro.
Après
quelques secousses prémonitoires il y a une dizaine de jours, le Nasdaq a connu
cette semaine des séances encore plus troublées. Jeudi soir, l'indice des
valeurs technologiques américaines a plongé de 3,10 %, sa plus mauvaise séance
depuis le 9 novembre 2011. Après des semaines de hausse presque inconsidérée,
c'est une salutaire bouffée d'oxygène que se sont offerte les investisseurs. Le
Nasdaq n'avait-il pas fini 2013 sur un bond de plus de 38 % ? N'avait-il pas
atteint un plus-haut historique depuis 2000, le 5 mars dernier ? D’autres plus
sombres voient, à travers ces mouvements, une moindre appétence au risque de la
part des investisseurs de long terme. Un phénomène qui pourrait concerner
l’ensemble des marchés d’actions.
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