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Avec Valls au front, Hollande retrouve des marges de manœuvre
par Yves de Kerdrel

Le changement de premier ministre a été une décision difficile à prendre pour le Président de la République. Mais avec Manuel Valls en première ligne sur des dossiers sensibles comme la réduction du déficit ou la réforme territoriale, François Hollande retrouve des marges de manœuvre. Il en profite pour remettre en ordre la maison Élysée avec la nomination de Jean-Pierre Jouyet comme Maire du Palais, et la communication de cette nouvelle séquence de son quinquennat.

13/04/2014 - 07:28 Temps Lecture 37 mn.

Le discours de politique générale déclamé mardi dernier par Manuel Valls devant les députés était conforme à ce que WanSquare avait laissé présager avec une part importante consacrée à la réforme territoriale. Pourquoi avoir choisi ce thème comme axe majeur de sa politique ? D’abord parce que c’est un domaine que l’ancien ministre de l’intérieur connaît bien. Ensuite, parce que c’est là que repose un gisement important d’économies pour les dépenses publiques. Enfin, parce qu’en mettant fin aux redondances entre départements et régions, il en résultera un véritable choc de simplification pour les entreprises, les artisans et les particuliers.

 

De fait, en mettant en avant cette réforme qui a fait le tordre le nez d’un bon nombre de députés et lancé un début de fronde au Sénat, Manuel Valls n’a pas hésité à prendre ses distances non seulement avec l’action de son prédécesseur mais aussi avec la doxa socialiste telle qu’elle a été notamment développée au moment des primaires à l’automne 2011. La manière dont le nouveau premier ministre a fustigé le choc fiscal mis en place au cours des deux dernières années, et qui a largement contribué à brider la croissance, sans pour autant permettre un retour du déficit budgétaire dans les clous européens, montre que le nouveau locataire de Matignon est bien l’héritier de Michel Rocard et qu’il fera passer la réalité avant les dogmes et surtout avant la démagogie.

 

HOLLANDE CONSENT A SE REMANIER

 

Pour François Hollande, qui est naturellement comptable de tout ce qui a été fait au cours des deux années écoulées, cette nouvelle manière de parler aux français pourrait être un handicap. Mais finalement le Président de la République a vite compris les avantages qu’il y avait dans cette situation qui ressemble à celle du couple Mitterrand-Rocard. Il en profite pour faire rentrer au gouvernement certains de ses proches. Il remet en ordre le fonctionnement de la machine élyséenne avec la nomination de Jean-Pierre Jouyet comme Secrétaire Général de l’Élysée. Ce qui va permettre de rassurer Emmanuel Macron qui commençait à ronger son frein. Et il a procédé à une nuit des longs couteaux au Parti socialiste en dégageant Harlem Désir pour le remplacer par Jean-Christophe Cambadélis qui visait le poste il y a deux ans.

 

Et cela, même si plus de trois Français sur quatre désapprouvent la nomination de l’ex-premier secrétaire du PS, comme secrétaire d'État aux affaires européennes, selon un sondage BVA pour iTélé publié samedi. A la question « approuvez-vous la nomination de Harlem Désir comme secrétaire d'État au sein du gouvernement », 79 % des personnes interrogées répondent par la négative, 16% approuvent et 5% ne se prononcent pas. Même les sympathisants du PS sont 61 % à désapprouver cette entrée au gouvernement du chef du parti, contre 35 % qui approuvent et 4 % qui ne se prononcent pas. Parmi les personnes déclarant connaître son remplaçant, Jean-Christophe Cambadélis suffisamment pour exprimer une opinion, 52 % approuvent sa nomination comme premier secrétaire du PS, 39 % désapprouvent, 9 % ne se prononcent pas.

 

ETAT DE GRACE POUR VALLS

 

Les enquêtes d’opinion sont bien plus favorables s’agissant du nouveau Premier Ministre, comme cela était attendu. La popularité de Manuel Valls, ne cesse de grimper depuis son discours de politique générale, mardi 8 avril. Il a ainsi gagné six points de popularité en une semaine, avec 62 % d'opinions positives, selon un sondage LH2 pour le Nouvel Observateur. Selon cette enquête, diffusée vendredi 11 avril, 37 % des Français ont une opinion négative du nouveau premier ministre, soit quatre points de moins qu'à sa nomination. Cette évolution démontre clairement que Manuel Valls a su convaincre les Français au cours de cette première période à Matignon.  La stratégie de Manuel Valls s'est révélée payante à gauche, sans pour autant lui porter préjudice à droite. De surcroit, 76 % des sympathisants de la gauche déclarent avoir une opinion positive du premier ministre, soit une hausse de 7 points en une semaine

 

Si le Premier Ministre comme l’Élysée sont décidés à ce que ce nouveau gouvernement ne soit plus une machine à couacs, l’improbable tandem de Bercy avec Arnaud Montebourg gratifié du titre de Ministre de l’Économie et Michel Sapin, chargé de jouer les sherpas dans les institutions internationales, et notamment à Bruxelles, n’a pas fini de détonner. On a pu le constater lundi dernier dès leur premier déplacement à Berlin. Et lorsque le premier d’entre eux continue de réclamer une émancipation de la France par rapport à l’orthodoxie financière demandée par Bruxelles, Michel Sapin s’en tient toujours à la ligne des fameux 3 % de déficit budgétaire à atteindre en 2015.

 

DOUTES CROISSANTS SUR LE FAMEUX 3 %

 

Il l’a encore martelé jeudi dernier à Washington à l’occasion de la traditionnelle réunion du Fonds Monétaire International en déclarant qu’il s’agit là « d’un objectif que nous devons maintenir » avant d’ajouter que le respect des règles européennes sur les déficits était « dans l'ordre du faisable » dès 2015. Ces déclarations interviennent alors que beaucoup pensent cet objectif définitivement enterré. La Commission européenne ne semble plus y croire, prévoyant de son côté un déficit français à 3,9 % en 2015, alors même que la France a déjà bénéficié de deux reports pour atteindre ce seuil l'an prochain. Pierre Moscovici, évitait soigneusement depuis des mois de prononcer le chiffre fatidique, préférant parler des engagements de la France. Il avait lui-même annoncé récemment qu'il voulait « discuter » avec la Commission européenne du « rythme » de la réduction des déficits français, ce qui avait été interprété comme un renoncement au retour aux 3 %.

 

Les dernières prévisions du FMI, publiées mercredi 9 avril, ont néanmoins évoqué un déficit public français à 3 % en 2015. La marche sera très haute à franchir, puisque la France a un déficit public se montant à 4,3 % du PIB, plus élevé que celui prévu l'an dernier. Pour revenir dans les clous, Michel Sapin a répété à Washington qu'il n'était pas question d'augmenter à nouveau les impôts, mais de passer exclusivement par des économies, d'un montant de 50 milliards d'euros en trois ans. Michel Sapin était aussi à Washington pour assurer le service après-vente du programme de Manuel Valls. Il a donc profité de cette réunion pour avoir des entretiens bilatéraux aussi bien avec la patronne du FMI, Christine Lagarde, qu'avec le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, ou le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

 

LE RAYON DE SOLEIL DU FMI

 

A droite, l’actualité est calme, même si certains partisans de François Fillon tentent toujours d’asticoter Jean-François Copé. Mais l’ancien premier ministre semble, lui-même avoir renoncé à attaquer à nouveau le président de l’UMP, comme en témoigne son absence au dernier bureau politique. Les principaux caciques de la Rue de Vaugirard sont maintenant concentrés sur les élections européennes avec comme principal axe de bataille, la sortie de Schengen et la question des flux migratoires. Il s’agit là du plus petit commun dénominateur entre les différentes tendances qui s’expriment à Droite sur la manière de changer l’Europe. Par ailleurs, Alain Juppé poursuit son ascension dans les sondages. L’effacement de Jean-Louis Borloo va naturellement profiter à François Bayrou et donc indirectement au Maire de Bordeaux qui avait facilité son élection à la Mairie de Pau.

 

Sur le plan macro-économique, l’événement de la semaine passée a été la nouvelle note de conjoncture du FMI révisant légèrement en hausse la croissance de la France pour 2014. Contrairement à ce que l’Insee laissait envisager il y a quelques jours notre pays pourrait enregistrer une croissance de 1% en 2014 et de 1,5% en 2015. Cette évaluation est très légèrement meilleure que l'hypothèse sur laquelle le gouvernement a fondé sa politique budgétaire, soit un taux de 0,9% en 2014. Le FMI a révisé également pour l'ensemble de l'Europe ses chiffres de croissance, soit 1,2% et 1,5% respectivement en 2014 et 2015 (0,1 point de plus que dans la prévision de janvier pour ces deux chiffres).

 

RIEN DE NEUF POUR LE CHOMAGE

 

D’après ce qu’ont expliqué les économistes du FMI, si la France fera un peu moins bien cette année que l'ensemble de la zone euro, c'est uniquement parce que l'Allemagne qui pèse à elle seule 30% de l'économie de la région est gratifiée d'une prévision de 1,7% pour 2014 (soit 0,2 point de mieux qu'en janvier) et de 1,6% en 2015. En revanche l'Italie (0,6%) et l'Espagne (0,9%), si elles sortent enfin de la récession, continuent d'afficher des performances inférieures à la nôtre. En matière de chômage, le FMI n'attend de reflux qu'à partir de l'an prochain, les moyennes annuelles de taux de chômage s'établissant à 10,8% en 2013, 11% en 2014 et 10,7% en 2015 en France.

 

La principale originalité française par rapport à ses voisins est la persistance de son déficit extérieur : ainsi ses comptes courants représenteront cette année 1,7% de son PIB, alors que l'Espagne et l'Italie sont depuis l'an dernier en excédent et le seront à nouveau en 2014 (de 0,8% et 1,1% du PIB pour l'une et l'autre). En matière de comptes extérieurs, la France fait pratiquement bande à part : hormis la Belgique et la Finlande elle est désormais la seule économie de la zone euro dont les comptes restent déficitaires (1,7% du PIB en 2014). Tous les autres affichent des surplus, les plus extravagants étant l'Allemagne (7,5% du PIB en 2013), et plus encore les Pays Bas (10,4% du PIB).

 

DRAGHI PRÊT A EMPECHER LA HAUSSE DE L’EURO

 

Jeudi dernier, la Grèce a réussi son retour sur les marchés financiers en empruntant 3 milliards d’euros sur cinq ans, à un taux de 4,95 %. L’opération a soulevé un incroyable enthousiasme de la part des investisseurs : au total, leur demande a frôlé les 20 milliards d’euros ! Le succès de cette opération est une double victoire pour le gouvernement de coalition d’Antonis Samaras. Il a marqué quelques points auprès des Grecs, pressés de voir leur pays retrouver son indépendance financière. Mais, surtout, il a prouvé qu’après Dublin et Lisbonne, la Grèce était capable de reconquérir le cœur des marchés. Cet emprunt est aussi le signe que la zone euro va mieux. Il ne faut cependant pas être dupe. L’appétit des investisseurs pour la dette grecque, comme leur frénésie pour les obligations souveraines espagnoles, portugaises et irlandaises, n’est pas seulement le fruit de la résilience économique de ces pays, ni de celle de la zone euro. Elle est aussi liée, pour grande partie, à deux phénomènes. Le premier, ce sont les turbulences traversées par les pays émergents depuis quelques mois. Le second est lié au fait que les investisseurs sont convaincus que les Européens, enfin solidaires, ne laisseront pas tomber Athènes.

 

A noter que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a mis un point d'honneur samedi à affirmer que l'institution était prête à agir face à l'euro fort et à l'inflation faible. Il a reconnu que le niveau de l'euro, que le nouveau Premier ministre français Manuel Valls juge trop élevé, jouait "un rôle de plus en plus important" dans les prises de décision de la BCE. Répétant que son institution était prête autant à "un nouvel assouplissement monétaire", c'est-à-dire une baisse de taux, qu'à des "mesures non-conventionnelles", le chef de la BCE a indiqué qu'il ne fallait "pas être complaisant" face à la faible inflation en zone euro.

 

Après quelques secousses prémonitoires il y a une dizaine de jours, le Nasdaq a connu cette semaine des séances encore plus troublées. Jeudi soir, l'indice des valeurs technologiques américaines a plongé de 3,10 %, sa plus mauvaise séance depuis le 9 novembre 2011. Après des semaines de hausse presque inconsidérée, c'est une salutaire bouffée d'oxygène que se sont offerte les investisseurs. Le Nasdaq n'avait-il pas fini 2013 sur un bond de plus de 38 % ? N'avait-il pas atteint un plus-haut historique depuis 2000, le 5 mars dernier ? D’autres plus sombres voient, à travers ces mouvements, une moindre appétence au risque de la part des investisseurs de long terme. Un phénomène qui pourrait concerner l’ensemble des marchés d’actions.

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