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Manuel Valls se prépare à diriger un gouvernement de combat
par Yves de Kerdrel

Selon les informations de WanSquare, en fonction des résultats définitifs du second tour des municipales, François Hollande devrait demander, malgré lui, au Ministre de l’Intérieur de former un nouveau gouvernement, avec un Bercy totalement remanié, et un programme économique de combat. Même si Jean-Marc Ayrault conserve une petite chance d’être maintenu.

30/03/2014 - 01:06 Temps Lecture 31 mn.

François Hollande a fini par se faire une raison. Le vote de défiance du premier tour l’oblige à envoyer aux français des signes forts. Et cela ne peut pas être fait en conservant à Matignon un Jean-Marc Ayrault qui a été pitoyable, notamment dans son allocution nocturne de dimanche dernier. Le premier ministre idéal pour ce tournant était incontestablement Laurent Fabius. Mais celui-ci, un moment tenté, a préféré décliner l’offre. D’autant que la cohabitation entre les deux hommes aurait été très compliquée. Comme le dit un proche conseiller de François Hollande : « imaginez le couple exécutif en photo : personne n’aurait su qui était vraiment le Président ! »

 

Avec Manuel Valls, François Hollande sait que la cohabitation ne sera pas simple, mais elle posera moins de problèmes institutionnels. Il pourra dire : « je décide : il exécute ». Le fait est que le Ministre de l’Intérieur, largement encouragé par Jean-Yves Le Drian, qui a fait savoir en début de semaine au Chef de l’État, qu’il n’était pas candidat à Matignon, s’est préparé tout au long de la semaine dernière. Il a notamment vu longuement Arnaud Montebourg, et expliqué à Cécile Duflot qu’il souhaitait le maintien des écologistes au gouvernement. Depuis jeudi matin, jour où Laurent Fabius s’est officiellement retiré de la course, Manuel Valls a compris que son heure était arrivée. Il a décommandé tous ses rendez-vous prévus pour la semaine prochaine, notamment le diner de la Revue des Deux Mondes prévu mercredi 2 avril sous la présidence de Marc de Lacharrière.

 

FAIRE REVENIR LA CONFIANCE

 

Il reste maintenant à savoir quelle sera la feuille de route du nouveau Premier-Ministre, qui sur le plan économique est davantage social-libéral que social-démocrate, et qui avait été, le premier dans son camp à briser le tabou des 35 heures. L’allocution que François Hollande doit faire au lendemain du second tour portera à la fois sur le changement de gouvernement et sur le coup d’accélérateur qu’il entend mettre à toutes les réformes en faveur de l’entreprise, notamment le pacte de responsabilité. Dans ces conditions une réforme de Bercy paraît inévitable. Des sept ministres actuellement logés dans cette citadelle, il pourrait n’en rester que deux : Jean-Yves Le Drian à l’économie et Emmanuel Macron au Budget. Mais comme François Hollande tient à Bernard Cazeneuve comme à la prunelle de ses yeux, il pourrait lui confier l’économie. Au cas où Le Drian quitterait la Défense pour aller soit à l’Intérieur, soit à Bercy, c’est Arnaud Montebourg qui devrait le remplacer. Enfin Ségolène Royal devrait succéder à Vincent Peillon à la tête d’un ministère dont les contours ne sont pas encore définis.

 

Ensuite Manuel Valls aura deux principaux soucis à régler : d’une part mettre en œuvre le pacte de responsabilité et recréer un climat de confiance avec les entreprises. Pour cela il bénéficie d’une nouvelle munition avec l’annonce de la suppression de la C3S qui coûte 5 milliards d’euros par an au secteur privé. D’autre part enjamber les élections européennes qui créeront inévitablement une secousse sur les marchés si, comme cela se confirme, le Front National, en ressort comme le premier parti de France. Enfin l’actuel Ministre de l’Intérieur sait qu’à la différence de Laurent Fabius, s’il est populaire, il est davantage anxiogène pour la population. Il aura donc un travail important à mener pour être un Premier Ministre qui permette de faire revenir la confiance et qui mette un terme à la défiance illustrée par le vote des municipales.

 

CHANGEMENTS EN VUE A L’ELYSEE

 

Il reste qu’à l’heure où nous écrivons cet éditorial Jean-Marc Ayrault conserve une chance de rester à Matignon. Une chance qui repose sur la peur de François Hollande de bruler ses vaisseaux à deux mois du scrutin européen. Une chance qui repose sur l’indécision propre au Président de la République. Une chance qui tient aussi pour une bonne part aux mauvaises relations du Ministre de l’intérieur avec des écologistes qui n’ont pas démérité aux élections municipales.

 

Reste maintenant à savoir quel sera le timing de tous ces changements. Il semble que François Hollande, pour une fois ait envie d’aller vite. Mais l’homme, qui n’a rien laissé transparaitre, pourrait se donner une semaine de réflexion. Il est malgré tout contraint par un calendrier qui l’oblige à assister mercredi 2 avril à un conseil européen avant de repartir, la semaine suivante en voyage officiel au Mexique. Par ailleurs des changements sont toujours à l’ordre du jour au sein de la machine élyséenne. Si Emmanuel Macron obtient un portefeuille, il faudra le remplacer. Comme Pierre-René Lemas qui est toujours sur un siège éjectable. Le nom de François Villeroy de Galhau revient sur le devant de la scène. Par ailleurs le départ de Ramon Fernandez, actuel directeur du Trésor, pour Orange devrait intervenir très vite.

 

UNE DETTE MONDIALE RECORD

 

A droite, la situation se stabilise. L’ampleur de la victoire des candidats UMP justifie la stratégie de Jean-François Copé et oblige ses contradicteurs à baisser d’un ton leurs critiques. Bien sûr l’homme du moment, c’est Alain Juppé, qui a remporté une très belle victoire à Bordeaux. Mais au plan national sa popularité est comparable à celle d’une Simone Veil. Et rien ne laisse percevoir qu’il est tenté par un combat présidentiel en 2017 lorsqu’il aura plus de 70 ans. D’autant qu’une bonne partie de ceux qui se situent sur l’aile sociale de l’UMP, comme François Baroin, ne sont pas prêts du tout à rallier le panache du Maire de Bordeaux. Du coup les jeux restent très ouverts à droite. D’autant plus que la tribune de Nicolas Sarkozy a sans doué un rôle très positif dans la victoire de la droite aux municipales.

 

Sur le plan macro-économique, en dehors des très mauvais chiffres du chômage pour février, la conjoncture française semble s’améliorer très doucement. En revanche au niveau mondial un chiffre est venu jeter un froid sur les conjoncturistes. En 2014, la dette publique des grandes économies avancées devrait frôler 117,4 % du produit intérieur brut, un niveau jamais atteint depuis la seconde guerre mondiale. C’est ce qu’a révélé un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques publié vendredi 28 mars. En 1945, sortis exsangues du conflit et de son financement, les dix États concernés (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, États-Unis, Canada, Japon, Corée du Sud et Australie) avaient vu leur dette culminer à 116 % du PIB en moyenne, avant qu’elle retombe à 23,5 % en 1965.

 

VOLATILITE ELEVEE SUR LES CHANGES

 

Cette fois, c’est l’héritage de la crise financière de 2008 qui est en cause. Elle a conduit à une forte augmentation des dettes des États suite à leur décision de tout faire pour éviter la faillite du système financier, rappellent notamment les auteurs. Selon la plupart des économistes, les dettes publiques des pays développés devraient gonfler encore en 2015, avant d’entamer une lente décrue dès 2016. Mais les efforts de rigueur commencent à porter leurs fruits. Les déficits publics se résorbent enfin. En moyenne, ils sont passés de 5,9 % du PIB en 2012 à 4,8 % en 2013 dans l’OCDE, pour se stabiliser à près de 4 % en 2014.

 

L'euro a continué de rester à un niveau élevé, le marché consolidant ses positions avant la diffusion de chiffres sur l'inflation en zone euro lundi qui pourrait inciter les responsables de la Banque centrale européenne à assouplir sa politique monétaire. La monnaie unique s'était pourtant retrouvée sous pression cette semaine en raison des propos tenus par divers responsables de la BCE qui ont mis cette semaine en avant le taux très bas de l'inflation en zone euro et les inquiétudes croissantes liées au niveau élevé de la monnaie unique. Certains d'entre eux ont évoqué la possibilité de mesures additionnelles de soutien. Les aides des banques centrales ont tendance à rendre leur devise moins rémunératrice et donc moins attrayante pour les investisseurs spéculatifs.

 

L’AMF ENTRE EN SCENE SUR LE DOSSIER SFR

 

Le marché attend désormais la publication lundi des données officielles sur l'inflation en zone euro. Les analystes estiment que si ces chiffres situent l'inflation à son niveau actuel de 0,7% ou en dessous, cela augmente très sérieusement le risque d'une action, quelle que soit sa forme, de la part de la BCE qui se réunit jeudi. Les cambistes ont accueilli comme un signe de mauvais augure la baisse des prix à la consommation en Espagne, de 0,2% en mars, leur premier repli depuis octobre 2009. En Allemagne sur la même période, l'inflation s'est établie à 1%, ralentissant ainsi un peu plus fortement qu'attendu.

 

Du coté du dossier SFR, la tension s’accroit entre les différents protagonistes et même sur le marché boursier où les actionnaires minoritaires estiment avoir leur mot à dire. D’autant que l’AMF a pointé du doigt l’opacité de certaines communications sur cette affaire. D’après les dernières rumeurs, il semblerait que Patrick Drahi se prépare à relever le montant de son offre à la fin de la semaine prochaine, juste avant la fin de la période d’exclusivité. Les changements susceptibles d’intervenir à Bercy pourraient, en outre desservir Martin Bouygues, qui était largement soutenu par Arnaud Montebourg. Cependant le patron du groupe de BTP continue de se battre et se cherche de nouveaux alliés, auprès de la famille Dassault ou des Qatari. Il reste que s’en suivra surement toute une série de procédures judiciaires qui pourraient entacher la fin du mandat de Jean-René Fourtou à la tête de Vivendi. Ne serait-ce que sur le possible conflit d'intérêt affectant l'une des banques conseil de Vivendi, qui est aussi prêteuse dans le schéma de reprise par Numericable.

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