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Yves de Kerdrel
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Manuel Valls se prépare à diriger un gouvernement de combat
par Yves de Kerdrel
Selon les informations de WanSquare, en fonction des résultats définitifs du second tour des municipales, François Hollande devrait demander, malgré lui, au Ministre de l’Intérieur de former un nouveau gouvernement, avec un Bercy totalement remanié, et un programme économique de combat. Même si Jean-Marc Ayrault conserve une petite chance d’être maintenu.
François Hollande a fini par se faire une raison. Le vote de
défiance du premier tour l’oblige à envoyer aux français des signes forts. Et
cela ne peut pas être fait en conservant à Matignon un Jean-Marc Ayrault qui a
été pitoyable, notamment dans son allocution nocturne de dimanche dernier. Le
premier ministre idéal pour ce tournant était incontestablement Laurent Fabius.
Mais celui-ci, un moment tenté, a préféré décliner l’offre. D’autant que la
cohabitation entre les deux hommes aurait été très compliquée. Comme le dit un
proche conseiller de François Hollande : « imaginez le couple exécutif
en photo : personne n’aurait su qui était vraiment le Président ! »
Avec Manuel Valls, François Hollande sait que la
cohabitation ne sera pas simple, mais elle posera moins de problèmes
institutionnels. Il pourra dire : « je décide : il exécute ».
Le fait est que le Ministre de l’Intérieur, largement encouragé par Jean-Yves
Le Drian, qui a fait savoir en début de semaine au Chef de l’État, qu’il
n’était pas candidat à Matignon, s’est préparé tout au long de la semaine
dernière. Il a notamment vu longuement Arnaud Montebourg, et expliqué à Cécile
Duflot qu’il souhaitait le maintien des écologistes au gouvernement. Depuis
jeudi matin, jour où Laurent Fabius s’est officiellement retiré de la course,
Manuel Valls a compris que son heure était arrivée. Il a décommandé tous ses
rendez-vous prévus pour la semaine prochaine, notamment le diner de la Revue
des Deux Mondes prévu mercredi 2 avril sous la présidence de Marc de
Lacharrière.
FAIRE REVENIR LA CONFIANCE
Il reste maintenant à savoir quelle sera la feuille de route
du nouveau Premier-Ministre, qui sur le plan économique est davantage
social-libéral que social-démocrate, et qui avait été, le premier dans son camp
à briser le tabou des 35 heures. L’allocution que François Hollande doit faire
au lendemain du second tour portera à la fois sur le changement de gouvernement
et sur le coup d’accélérateur qu’il entend mettre à toutes les réformes en
faveur de l’entreprise, notamment le pacte de responsabilité. Dans ces
conditions une réforme de Bercy paraît inévitable. Des sept ministres
actuellement logés dans cette citadelle, il pourrait n’en rester que
deux : Jean-Yves Le Drian à l’économie et Emmanuel Macron au Budget. Mais
comme François Hollande tient à Bernard Cazeneuve comme à la prunelle de ses
yeux, il pourrait lui confier l’économie. Au cas où Le Drian quitterait la
Défense pour aller soit à l’Intérieur, soit à Bercy, c’est Arnaud Montebourg
qui devrait le remplacer. Enfin Ségolène Royal devrait succéder à Vincent
Peillon à la tête d’un ministère dont les contours ne sont pas encore définis.
Ensuite Manuel Valls aura deux principaux soucis à
régler : d’une part mettre en œuvre le pacte de responsabilité et recréer
un climat de confiance avec les entreprises. Pour cela il bénéficie d’une
nouvelle munition avec l’annonce de la suppression de la C3S qui coûte 5
milliards d’euros par an au secteur privé. D’autre part enjamber les élections
européennes qui créeront inévitablement une secousse sur les marchés si, comme
cela se confirme, le Front National, en ressort comme le premier parti de
France. Enfin l’actuel Ministre de l’Intérieur sait qu’à la différence de
Laurent Fabius, s’il est populaire, il est davantage anxiogène pour la
population. Il aura donc un travail important à mener pour être un Premier
Ministre qui permette de faire revenir la confiance et qui mette un terme à la
défiance illustrée par le vote des municipales.
CHANGEMENTS EN VUE A L’ELYSEE
Il reste qu’à l’heure où nous écrivons cet éditorial
Jean-Marc Ayrault conserve une chance de rester à Matignon. Une chance qui
repose sur la peur de François Hollande de bruler ses vaisseaux à deux mois du
scrutin européen. Une chance qui repose sur l’indécision propre au Président de
la République. Une chance qui tient aussi pour une bonne part aux mauvaises
relations du Ministre de l’intérieur avec des écologistes qui n’ont pas
démérité aux élections municipales.
Reste maintenant à savoir quel sera le timing de tous ces
changements. Il semble que François Hollande, pour une fois ait envie d’aller
vite. Mais l’homme, qui n’a rien laissé transparaitre, pourrait se donner une semaine
de réflexion. Il est malgré tout contraint par un calendrier qui l’oblige à
assister mercredi 2 avril à un conseil européen avant de repartir, la semaine
suivante en voyage officiel au Mexique. Par ailleurs des changements sont
toujours à l’ordre du jour au sein de la machine élyséenne. Si Emmanuel Macron obtient
un portefeuille, il faudra le remplacer. Comme Pierre-René Lemas qui est
toujours sur un siège éjectable. Le nom de François Villeroy de Galhau revient
sur le devant de la scène. Par ailleurs le départ de Ramon Fernandez, actuel
directeur du Trésor, pour Orange devrait intervenir très vite.
UNE DETTE MONDIALE RECORD
A droite, la situation se stabilise. L’ampleur de la
victoire des candidats UMP justifie la stratégie de Jean-François Copé et
oblige ses contradicteurs à baisser d’un ton leurs critiques. Bien sûr l’homme
du moment, c’est Alain Juppé, qui a remporté une très belle victoire à
Bordeaux. Mais au plan national sa popularité est comparable à celle d’une
Simone Veil. Et rien ne laisse percevoir qu’il est tenté par un combat
présidentiel en 2017 lorsqu’il aura plus de 70 ans. D’autant qu’une bonne
partie de ceux qui se situent sur l’aile sociale de l’UMP, comme François
Baroin, ne sont pas prêts du tout à rallier le panache du Maire de Bordeaux. Du
coup les jeux restent très ouverts à droite. D’autant plus que la tribune de
Nicolas Sarkozy a sans doué un rôle très positif dans la victoire de la droite
aux municipales.
Sur le plan macro-économique, en dehors des très mauvais
chiffres du chômage pour février, la conjoncture française semble s’améliorer
très doucement. En revanche au niveau mondial un chiffre est venu jeter un
froid sur les conjoncturistes. En 2014, la dette publique des grandes économies
avancées devrait frôler 117,4 % du produit intérieur brut, un niveau jamais
atteint depuis la seconde guerre mondiale. C’est ce qu’a révélé un rapport de
l’Organisation de coopération et de développement économiques publié vendredi
28 mars. En 1945, sortis exsangues du conflit et de son financement, les dix États
concernés (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, États-Unis, Canada,
Japon, Corée du Sud et Australie) avaient vu leur dette culminer à 116 % du PIB
en moyenne, avant qu’elle retombe à 23,5 % en 1965.
VOLATILITE ELEVEE SUR LES CHANGES
Cette fois, c’est l’héritage de la crise financière de 2008
qui est en cause. Elle a conduit à une forte augmentation des dettes des États
suite à leur décision de tout faire pour éviter la faillite du système
financier, rappellent notamment les auteurs. Selon la plupart des économistes,
les dettes publiques des pays développés devraient gonfler encore en 2015,
avant d’entamer une lente décrue dès 2016. Mais les efforts de rigueur
commencent à porter leurs fruits. Les déficits publics se résorbent enfin. En
moyenne, ils sont passés de 5,9 % du PIB en 2012 à 4,8 % en 2013 dans l’OCDE,
pour se stabiliser à près de 4 % en 2014.
L'euro a continué de rester à un niveau élevé, le marché
consolidant ses positions avant la diffusion de chiffres sur l'inflation en
zone euro lundi qui pourrait inciter les responsables de la Banque centrale
européenne à assouplir sa politique monétaire. La monnaie unique s'était
pourtant retrouvée sous pression cette semaine en raison des propos tenus par
divers responsables de la BCE qui ont mis cette semaine en avant le taux très
bas de l'inflation en zone euro et les inquiétudes croissantes liées au niveau
élevé de la monnaie unique. Certains d'entre eux ont évoqué la possibilité de
mesures additionnelles de soutien. Les aides des banques centrales ont tendance
à rendre leur devise moins rémunératrice et donc moins attrayante pour les
investisseurs spéculatifs.
L’AMF ENTRE EN SCENE SUR LE DOSSIER SFR
Le marché attend désormais la publication lundi des données
officielles sur l'inflation en zone euro. Les analystes estiment que si ces
chiffres situent l'inflation à son niveau actuel de 0,7% ou en dessous, cela
augmente très sérieusement le risque d'une action, quelle que soit sa forme, de
la part de la BCE qui se réunit jeudi. Les cambistes ont accueilli comme un
signe de mauvais augure la baisse des prix à la consommation en Espagne, de
0,2% en mars, leur premier repli depuis octobre 2009. En Allemagne sur la même
période, l'inflation s'est établie à 1%, ralentissant ainsi un peu plus
fortement qu'attendu.
Du coté du dossier SFR, la tension s’accroit entre les
différents protagonistes et même sur le marché boursier où les actionnaires
minoritaires estiment avoir leur mot à dire. D’autant que l’AMF a pointé du
doigt l’opacité de certaines communications sur cette affaire. D’après les
dernières rumeurs, il semblerait que Patrick Drahi se prépare à relever le
montant de son offre à la fin de la semaine prochaine, juste avant la fin de la
période d’exclusivité. Les changements susceptibles d’intervenir à Bercy
pourraient, en outre desservir Martin Bouygues, qui était largement soutenu par
Arnaud Montebourg. Cependant le patron du groupe de BTP continue de se battre et se cherche de nouveaux alliés, auprès de la famille Dassault ou des Qatari. Il reste que s’en suivra surement toute une série de
procédures judiciaires qui pourraient entacher la fin du mandat de Jean-René
Fourtou à la tête de Vivendi. Ne serait-ce que sur le possible conflit d'intérêt affectant l'une des banques conseil de Vivendi, qui est aussi prêteuse dans le schéma de reprise par Numericable.
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