éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Les affaires de la Droite font le jeu du FN, pas de la gauche
par Yves de Kerdrel
À deux semaines des élections
municipales, le couple exécutif est décidément au plus bas dans l’opinion
publique. Selon le baromètre TNS Sofres-Sopra du Figaro Magazine paru ce
week-end, la cote de confiance de François Hollande atteint désormais 17 %, un
niveau catastrophique puisqu'il n'est plus qu'à deux points du record détenu
par Jacques Chirac en fin de mandat. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est
aussi mal en point. Avec une cote de confiance à 16 %, il fait pire que
Dominique de Villepin. Selon le baromètre du Figaro Magazine, seuls 39 % des
socialistes lui font confiance. Le locataire de Matignon qui se dit ni usé ni
fatigué, mais considère qu’il reste « disponible » n’a plus aucune
marge de manœuvre pour gouverner et surtout pour proposer la moindre réforme
aux français.
Les ministres eux-mêmes en
ont pris la mesure. Puisque selon plusieurs d’entre eux, ils ont désormais pris
l’habitude de communiquer directement avec le Président de la République par
textos. Ce qui en dit long à la fois sur la dévalorisation de la fonction de
Premier Ministre et sur la démonétisation de Jean-Marc Ayrault. François Hollande
poursuit donc ses consultations afin de le remplacer au lendemain des élections
municipales, quel que soit le résultat de ce scrutin. Claude Bartolone est
largement remonté au créneau cette semaine pour convaincre le Président de la
République de lui confier le poste. Le président de l’Assemblée Nationale a
attendu pour cela que Laurent Fabius ait fait part, publiquement, de son refus
d’être nommé Premier Ministre.
UN TANDEM LE DRIAN - LAMY
En fait le Ministre des
Affaires Étrangères y a bien pensé à un moment. Mais comme Raymond Barre en
1976, il a exigé d’avoir à la fois Matignon et Bercy, tellement il est effondré
par les dysfonctionnements des ministères à consonance économique. Ayant essuyé
un clair refus de François Hollande sur le sujet, et compte tenu d’une santé
problématique il a expliqué qu’il ne comptait pas bouger du Quai d’Orsay. De
fait c’est toujours Jean-Yves Le Drian, soutenu notamment par Bernard Poignant,
le Maire de Quimper, et l’un des plus proches conseillers du Président de la République
qui tient toujours la corde pour ce poste. D’autant plus qu’il bénéficie de
réseaux occultes qui pourraient l’aider à ne pas se retrouver aussi isolé que
Jean-Marc Ayrault.
Le départ de Pierre Moscovici
est acté depuis déjà quelques semaines. Arnaud Montebourg pourrait, dés lors
récupérer la Défense, à laquelle il s’intéresse subitement depuis quelques
semaines, selon son entourage. Quant au paquebot de Bercy il se verrait délesté
d’un certain nombre de ministres peu significatifs comme Nicole Bricq, Fleur
Pellerin ou Sylvia Pinel, la protégée de Jean-Michel Baylet. Et c’est bien
Pascal Lamy qui pourrait reprendre le flambeau avec deux missions d’urgence.
Primo : rassurer Bruxelles sur l’état de la France et concevoir rapidement
une nouvelle trajectoire budgétaire qui satisfasse la Commission Européenne.
Secundo : éviter une nouvelle dégradation de la part des agences de
notation.
SARKOZY PLUS VICTIMISE QUE
TOUCHE
De manière à cacher ses
ennuis, le pouvoir a tenté de casser les jambes de la droite en favorisant la
publication des nouvelles affaires contre la Droite. Avec le brulot de Franz Olivier
Giesbert, ami très proche de François Hollande, dans le Point. Avec la
nauséabonde affaire Buisson. Avec enfin cette incroyable écoute de Nicolas
Sarkozy pour faire croire à une tentative de pression sur un magistrat. In
fine, les enquêtes d’opinion vont bientôt le montrer, ces révélations
renforcent un peu plus la popularité de l’ancien Président de la République qui
se trouve « victimisé » et en situation « d’acharnement
judiciaire ». En revanche elles profitent très largement aux extrêmes et
notamment au Front National. Selon plusieurs sondeurs les vagues d’enquêtes
faites pour les municipales après la révélation de ces différentes affaires
attribuent 1,5 point de plus au parti de Marine le Pen et 1,5 point de moins en
moyenne aux listes de l’UMP.
La seule à tirer son épingle
du jeu dans ce contexte est sans doute Nathalie Kosciusko-Morizet. A la
différence d’une Anne Hidalgo qui se terre et ne dit rien, la candidate de
droite et ses colistiers sont omniprésents. Il se dit maintenant que le 14 ème
arrondissement où se présente NKM pourrait basculer à droite de même que le 12
ème arrondissement. Ce soir devrait avoir lieu le premier débat entre les deux
candidates à l’occasion du grand jury RTL-LCI-Le Figaro. Et l’hypothèse d’un
Paris qui sanctionnerait l’accablante gestion Delanoë n’est plus à exclure.
Ensuite il restera le troisième tour, c’est-à-dire l’élection de NKM par les
conseillers de Paris. Et là, il n’est pas impossible que l’on assiste à un
défilé de trahisons, de défections et de petits meurtres entre amis.
L’IMPOSSIBLE RETOUR DE FILLON
Dans cet environnement,
François Fillon entrevoit enfin sa chance de revenir. L’ancien Premier Ministre
qui a été skier pendant que les autres personnalités de l’UMP, y compris Alain
Juppé, multipliaient les meetings pour les candidats de droite aux municipales,
entend régler ses comptes avec Jean-François Copé après les élections
municipales. Il parie ouvertement sur un mauvais score de la droite. Ce qui
pourrait lui être vivement reproché. Le grand problème de l’ancien Premier
Ministre, c’est qu’il s’est totalement isolé au cours des derniers mois
laissant éclore des ambitions chez Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez ou Xavier
Bertrand. Il n’est plus soutenu que par certains patrons du CAC 40. Ce qui ne
constitue guère un atout vis-à-vis de l’opinion publique. C’est même
actuellement, plutôt un inconvénient.
Sur le plan macro-économique,
la plupart des économistes regardent de très près l’évolution des liquidités
mondiales. Il faut dire que celles injectées par les banques centrales sont
fortement déstabilisantes pour le système financier. Le mécanisme est toujours
le même : les investisseurs profitent de cet argent facile pour miser sur une
classe d'actifs en faisant ainsi artificiellement gonfler le prix. Mais au
moindre doute, ils retirent massivement leurs capitaux pour aller les placer
ailleurs. Autant dire que plus la liquidité mondiale est importante, plus les
mouvements de capitaux sont forts, et plus les crises financières sont
violentes. Or, la liquidité mondiale dépasse aujourd'hui les 18 000 milliards
de dollars contre moins de 7 500 milliards en 2007. Et elle continue de
gonfler, puisque même si la Réserve fédérale américaine en a réduit le rythme,
elle poursuit ses achats d'actifs sur les marchés.
UN RISQUE SUR LE MARCHE DU
GAZ
Où risque d'éclater la
prochaine crise ? Les pays affichant d'importants déséquilibres sont les plus
exposés. Parmi eux : le Japon. Mais les violents déplacements de capitaux
pourraient faire d'autres victimes. L'Italie, l'Espagne et le Portugal, qui profitent
d'afflux massifs d'argent depuis que les émergents sont dans la tourmente ? Le
Royaume-Uni, où le déficit extérieur qui ne cesse de se creuser est financé par
des capitaux de très court terme ? Voilà pourquoi tiraillés entre le risque
d'escalade de la crise en Ukraine et les informations positives en provenance
des États-Unis, les marchés ont fait du yo-yo durant toute la semaine écoulée.
L’un des évènements les plus
inquiétants pour les marchés européens tient pour l’heure à la possible
déstabilisation du marché de l’énergie. Gazprom a annoncé qu'il pourrait
suspendre ses livraisons de gaz à Kiev, ravivant les inquiétudes en Europe sur
les risques d'un renchérissement des coûts de l'énergie. Gazprom fait en effet
transiter à peu près la moitié de ses exportations gazières vers l'Europe par
l'Ukraine. Un alourdissement de la facture énergétique des entreprises
européennes serait un frein à la timide reprise constatée sur le Vieux
Continent.
BOUYGUES DONNE GAGNANT POUR
SFR
Ce maelström géopolitique a cependant
laissé indifférent le secteur français des télécommunications, tout à la
bataille qui s'est ouverte autour de la cession de SFR par son actionnaire,
Vivendi. Bouygues et Altice, maison mère de Numericable, ont chacun déposé des
offres sur l'opérateur téléphonique. Orange et Iliad, propriétaire de Free,
sont en position d'observateurs. Quelques jours après le dépôt des offres de
Bouygues, soutenu par le groupe JC Decaux et de Numericable, le marché donne
clairement l’avantage à la première. Au cours des deux journées qui ont suivi
l’action Bouygues n’a pas cessé de grimper, alors que le titre Numericable a
dévissé. Ce qui n’est pas neutre puisque dans les deux offres il y a une
composante titre. Or plus le titre Bouygues monte, plus l’offre est intéressante
pour Vivendi. Et inversement dans le cas de Numericable.
Mais ce qui pourrait être un
élément important dans ce deal à 15 milliards d’euros où sont impliquées pas
moins de huit banques, c’est que l’État a tout intérêt à ce que soit Bouygues
le vainqueur. Car si Numericable, détenteur du réseau câblé, et donc de l’accès
à tous les domiciles, devenait propriétaire de SFR, il serait en mesure de
mettre à terre Orange. Ce qui n’est pas l’intérêt de l’État actionnaire, ni
celui de l’État régulateur, et encore moins celui d’un état attentif à l’avenir
des emplois dans ce secteur. C’est dire si Martin Bouygues n’avait pas besoin
d’être chaperonné par François Pinault – qui tente de se faire valoir ainsi –
pour « vendre » à l’État son projet de rapprochement avec SFR.
Par ailleurs, selon les informations de WanSquare, la
Banque Fédérative du Crédit Mutuel (BFCM), qui fait office de holding du groupe
CMC-CIC, s’apprêterait à lancer une augmentation de capital d’un montant de
3,9 milliards d’euros. Cette opération doit se dérouler en deux temps. Une
première tranche sera souscrite au printemps 2014 pour un montant de 2,6
milliards d’euros, suivie d’une deuxième tranche de 1,3 milliard d’euros au
printemps 2015. Il s’agit de réduire l’endettement qui pèse sur la situation
financière de la BFCM. En outre, afin de continuer de jouer son rôle d’outil
financier du développement du Crédit Mutuel, la BFCM a besoin à tout prix de
conforter ses ressources. Ce qui l’amène donc à se tourner ses actionnaires qui
sont à 82 % les caisses locales.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Le pays paralysé dans l’attente du remaniement
02/03/2014 - 10:10

