éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Le pays paralysé dans l’attente du remaniement
par Yves de Kerdrel
La machine gouvernementale est à l’arrêt en attendant la nomination d’un nouveau premier ministre. Mais François Hollande veut avoir le choix et non pas se faire imposer Manuel Valls ou Laurent Fabius. Jean-Yves Le Drian conserve ses chances d’outsider. Quant à Ségolène Royal elle est certaine d’entrer au gouvernement. Avec probablement le portefeuille de l'éducation nationale.
C’est du
déjà vu. La période ressemble à peu à celle de l’automne 2010, lorsque Nicolas
Sarkozy avait laissé envisager un vaste remaniement, avant de garder finalement
François Fillon qui était venu le supplier de rester à Matignon. Toute la
machine gouvernementale est à l’arrêt. Les réunions interministérielles se
trouvent curieusement décalées. Comme nous l’a précisé hier soir un très proche
de François Hollande : « Le remaniement, il est acté. Et maintenant que la
rumeur s'est installée, elle déstabilise tout ». Au point de susciter de
l'inquiétude chez les uns ou des manœuvres chez les autres pour tenter de se
protéger et être certain de conserver un portefeuille ministériel.
Contrairement aux informations distillées par des journalistes de L’Opinion ou du Point, il n’a jamais été question de remanier le gouvernement avant les élections municipales. Initialement, François Hollande comptait utiliser la carte Ayrault jusqu’en 2015. Il voit maintenant que ce n’est plus jouable. Après avoir établi une nouvelle fenêtre de tir après les élections européennes, il semble aujourd’hui convaincu d’agir dès le lendemain du deuxième tour des municipales, le 30 mars. Si les élections provoquent une véritable vague bleue et suscitent un vote sanction, alors Jean-Marc Ayrault pourra faire ses valises. Si le résultat du scrutin est plus mitigé, le locataire de Matignon conserve une chance de prolonger son bail, mais avec l’obligation de recomposer le gouvernement et d’élaguer les branches mortes.
FABIUS OU
LE DRIAN
Pour
l’heure les trois noms les plus couramment cités sont ceux de Manuel Valls, de
Claude Bartolone et de Laurent Fabius. Le premier poserait à François Hollande
plus de
problèmes qu’il ne lui apporterait de solution. Sa tension avec les verts
pourrait entrainer le départ de Cécile Duflot du gouvernement et donc la
constitution d’une seconde opposition sur l’aile gauche de l’hémicycle. Par ailleurs,
l’incident intervenu cette semaine à l’assemblée nationale a montré que le
Ministre de l’Intérieur était capable de perdre facilement ses nerfs. Ce qui
lui pose un problème dans ce casting. L’autre nom qui revient souvent est celui
de Claude Bartolone. Il est notamment recommandé au Président par certains
visiteurs du soir. Il faut dire que le Président de l’Assemblée Nationale a su
tisser des liens divers et variés avec la société civile. Mais il ne correspond
pas à la politique sociale-démocrate que François Hollande souhaite mener dans
les prochains mois.
Dans ces
conditions il ne reste que deux noms. Le plus évident est celui de Laurent
Fabius qui présente beaucoup d’avantages. Celui de la légitimité, de l’agilité
intellectuelle, de la capacité à s’entourer – ce qui a été le point de
faiblesse de Jean-Marc Ayrault – et de l’extraordinaire capacité de manœuvre.
Mais c’est un secret de polichinelle que le ministre des affaires étrangères ne
souhaite pas ce poste, notamment pour des raisons de santé. Par ailleurs, il
n’a aucun respect pour François Hollande et aucune estime, et le couple
Président-Premier Ministre serait très vite déséquilibré. Voilà pourquoi
beaucoup reviennent régulièrement à l’hypothèse de l’outsider Jean-Yves Le
Drian qui bénéficie des mêmes atouts que Laurent Fabius mais poserait moins de
problème de loyauté au Chef de l’État.
RETROUVAILLES
SARKOZY-MERKEL
A Droite
la préparation des élections municipales a été momentanément perturbée par la
publication d’un numéro à charge du Point contre Jean-François Copé,
télécommandé par Franz-Olivier Giesbert en personne. Tout Paris sait à quel
point l’ancien directeur de l’hebdomadaire voue une haine farouche au Président
de l’UMP. Le même journal a attaqué à plusieurs reprises Patrick Buisson au
cours des dernières semaines. Or les deux victimes de ce lynchage médiatique
sont proches. Et le résultat de ce travail de sape consiste à couper Nicolas
Sarkozy de ses alliés les plus droitisants. Comme si une main invisible voulait
le ramener à ne voir qu’un François Baroin, un Alain Juppé, voire même à un
Jean-Louis Borloo qui se bat contre la maladie dans la douceur de Marrakech.
En
attendant l’ancien Président de la République est revenu jeudi de vacances au
Maroc pour se rendre en Allemagne ce vendredi où il a été reçu par la chancelière
allemande, Angela Merkel, avant de prononcer un discours à la tribune de la fondation
Adenauer pour l'éloge de leur « leadership » pour sauver l'euro. L'ancien
président a évidemment fait un vibrant éloge du couple franco-allemand.
"L'amitié franco-allemande n'est pas une question politique. Elle n'est
pas liée à l'alternance dans chacun de nos pays. C'est une question
existentielle". Par ailleurs l’ancien Président a donné sa vision de
l'avenir de l'Europe, en demandant d’aller plus loin dans l'intégration
économique de la zone euro. Au contraire, selon lui, l'Europe à vingt-huit doit
se concentrer sur l'essentiel. "Plus d'intégration de l'Europe de l'euro,
et moins d'intégration pour l'Union européenne des vingt-huit", a résumé
Nicolas Sarkozy.
LE MEDEF
RENOUE AVEC LA CFDT
L’ancien
Chef de l’état a profité de cette tribune largement ouverte aux journalistes et
aux cameras pour déclarer : « Je n'ai aucune intention de mettre un terme
à la période de recul de toute activité politique que j'ai souhaitée et, si
j'ai accepté cette invitation, c'est pour témoigner de la nécessité de l'amitié
entre les deux premières nations d'Europe » Pour l’heure Nicolas Sarkozy
qui s’est entretenu à plusieurs reprises, la semaine passée, avec Jean-Francois
Copé afin de lui assurer son soutien, n’a pas prévu d’envoyer de nouvelles
« cartes postales aux français ». Il attend de voir la tournure que
vont prendre les élections municipales.
Du côté du
pacte de responsabilité, les progrès sont très lents. Syndicats et patronat se
sont vus vendredi pour parler notamment des fameuses contreparties. Le
gouvernement attend maintenant leurs propositions d'ici fin mars. Un accord
entre la CFDT et le Medef est en train de se dessiner sur plusieurs sujets. Les
deux organisations, avec éventuellement l'appui de la CFE-CGC et de la CFTC,
devraient notamment entériner un renvoi vers les branches des négociations sur
le nombre d'emplois qui seront créés en échange des 30 milliards d'euros de
baisses de charges promis par François Hollande. La CFDT et le Medef devraient
aussi parler d'une même voix pour défendre le maintien des 20 milliards du
crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), auxquels s'ajouteraient les 10
milliards supplémentaires annoncés par le chef de l'État.
L’EURO
BEAUCOUP TROP FORT
Sur le
plan macro-économique la question majeure du moment qui risque d’avoir des
répercussions politiques en Europe c’est le niveau de l’Euro. La monnaie
européenne a atteint son plus haut niveau de l'année vendredi, dopé par des
chiffres de l'inflation jugés encourageants en zone euro dans un marché
toujours attentif à l'escalade des tensions en Ukraine. Si le spectre de la
déflation s'éloigne quelque peu, l'inflation reste toutefois à un niveau très
bas. Elle évolue depuis des mois bien en-dessous de l'objectif fixé par la
Banque centrale européenne (BCE), dont le mandat est de maintenir une inflation
proche, mais inférieure, à 2% à moyen terme.
Les
surprises se sont succédées cette semaine sur les marchés des changes. La
première est venue de Chine, où le yuan a glissé dans des proportions
surprenantes pour une devise dont le taux de change est étroitement encadré et
qui est considérée comme sous-évaluée. Vendredi 28 février, il fallait 6,18
yuans pour 1 dollar, la monnaie chinoise réalisant au passage sa plus forte
chute quotidienne depuis 1994. Ce mouvement a pris à revers beaucoup
d'opérateurs des marchés financiers, qui tenaient pour acquise la réévaluation
de la devise chinoise – tout en s'interrogeant sur son rythme – et détenaient
des positions sur des produits dérivés à terme yuan-dollar. Mais l'inflexion de
cette semaine provient d'une spéculation sur le possible élargissement, en
juin, des bandes de fluctuations autorisées pour le taux de change du yuan.
L’AFFAIRE
NE FAIT QUE COMMENCER
Enfin, les
monnaies émergentes ont continué à être affectées par les sorties de capitaux.
Le nouveau gouvernement ukrainien est confronté à l'accélération de la chute de
la hryvnia, qui a perdu un quart de sa valeur depuis le début de l'année, et à
la fonte de ses réserves de change. Risquant la faillite, il a lancé un appel à
l'aide au Fonds monétaire international. Au Brésil, au contraire, un rebond du
produit intérieur brut de 0,7 % au dernier trimestre 2013 a été annoncé jeudi.
Le pays, plus résistant que prévu, évite la récession et affiche une croissance
de 2,3 % l'an dernier. Si le real a baissé cette semaine, il s'est apprécié en
février de plus de 4 % face au dollar.
Avec un gain de près de 6 % en février, le Cac 40 a fait oublier son
coup de mou de janvier et enregistre ainsi sa meilleure performance mensuelle
depuis juillet 2013. Sur le
front des entreprises, pas une séance ne passe sans que le secteur des télécoms
ne fasse parler de lui. Selon Reuters, le groupe Bouygues aurait mandaté les banques HSBC et
Rothschild pour le conseiller sur un éventuel rapprochement de sa branche
télécoms avec SFR, filiale de Vivendi (dont le cours tutoie les 21 euros). En début de
semaine, Altice, la maison mère de Numericable,
a fait part de son intérêt pour SFR. Ce dossier risque d’animer les rumeurs
pendant quelques semaines, et l’on pourrait vite découvrir que Numericable a
servi de lièvre à Vivendi pour faire monter les enchères sur SFR.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Hollande prépare un remaniement pour l’après-municipales
16/02/2014 - 09:35

