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Hollande prépare un remaniement pour l’après-municipales
par Yves de Kerdrel

Jean-Marc Ayrault n’a plus la confiance du président, comme de la plupart des députés socialistes. De fait François Hollande est revenu des États-Unis avec la conviction qu’il fallait changer de Premier ministre au lendemain des municipales. Le favori pour Matignon serait Jean-Yves Le Drian.

16/02/2014 - 09:35 Temps Lecture 56 mn.

La parenthèse américaine de François Hollande a donné lieu à beaucoup de commentaires. Sur la qualité de l’accueil que lui a réservé le Président américain. Mais sur le fond des sujets diplomatiques entre la France et les États-Unis, rien n’a été tranché. Qu’il s’agisse de la Syrie, des écoutes de la NSA ou du retour des entreprises françaises en Iran qui énerve considérablement la Maison Blanche. Sur le chemin de Damas du président socialiste à la rencontre des jeunes entrepreneurs français ou américains de la Silicon Valley. Sur les propos, une fois encore, désordonnés de Pierre Gattaz au sujet du pacte de responsabilité. Et enfin sur les quelques annonces à destination des entrepreneurs. Comme la promesse d'une nouvelle impulsion au financement participatif, avec l'adoption le mois prochain, d'une ordonnance pour que ce dispositif devienne en France aussi incitatif qu'aux États-Unis. Mais aussi avec la mise en place de passeports-talents permettant aux créateurs, innovateurs et entrepreneurs étrangers de recevoir plus facilement un visa français. Enfin avec la promesse d'améliorer le régime des attributions gratuites d'actions et de bons de souscription de parts de créateurs d'entreprises.

 

Selon les informations de WanSquare, le Président de la République a surtout acquis la conviction qu’il lui fallait désormais mettre de l’ordre à Matignon. En l’espace de quelques semaines, il a réussi à trancher l’épineuse question de sa vie privée. Puis il s’est attaqué à la question de la communication présidentielle en mettant sur la touche Claude Sérillon, désormais en charge du web, pour faire d’Aquilino Morelle son véritable conseiller en la matière. Désormais il préparerait un vaste remaniement destiné à être rendu public au lendemain du second tour des élections municipales. La question n’est pas tant de changer pour changer, mais de se séparer de Jean-Marc Ayrault et de son directeur de cabinet, Christophe Chantepy, qui ont un talent rare pour faire en sorte que chaque bonne idée soit enterrée par des réunions interministérielles. La question du remplacement du secrétaire général de l’Élysée, Pierre-René Lemas, est également à l’ordre du jour.

 

LE DRIAN SE PREPARE

 

Comme Laurent Fabius ne veut pas du poste de Premier Ministre, que Michel Sapin a été disqualifié par la question des chiffres du chômage, que Stéphane Le Foll n’a pas de poids politique suffisant, que Manuel Valls n’est pas en cour au Château et que Pierre Moscovici est sur le départ, c’est clairement Jean-Yves Le Drian qui est le mieux placé pour s’installer à Matignon. C’est ce qui explique aussi pourquoi il n’a pas affronté l’Élysée sur la question de la prolongation du mandat du chef d’état major particulier du Président, le Général Puga, qui n’est guère apprécié à l’Hôtel de Brienne. Le Ministre de la Défense commencerait même à préparer son futur cabinet pour Matignon, avec son entourage actuel. François Hollande fait le pari qu’avec ce grognard du PS, qui est par ailleurs un de ses plus anciens amis, la majorité pourrait limiter les dégâts lors des élections européennes. Surtout il pourrait pallier le manque d’autorité que tous les sondages lui reprochent avec une personnalité qui n’est pas clivante, à la manière de ce qu’a été à Bercy, Pierre Bérégovoy.

 

Il est certain que débarrassé de Jean-Marc Ayrault, le gouvernement aurait moins de difficultés à gérer le difficile dossier de la réduction des dépenses publiques. Tout passe par la limitation de la masse salariale globale des fonctions publiques. Comme l’a souligné la semaine passée le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, cela implique un certain nombre de choix : soit des baisses d'effectifs, soit le gel du point d'indice, soit une pause dans les mesures catégorielles, soit un étalement dans le temps des mesures d'avancement. Les choix, pour l'heure, sont loin d'être arrêtés.

 

LE PROBLEME SARKOZY

 

Pour l’heure, le ministre du Budget consulte tous les ministres un par un. Il devrait ensuite rendre fin mars une synthèse de ses travaux et, dès avril, les membres du gouvernement recevront une lettre de cadrage individualisée. Les économies, cependant, ne porteront pas, loin de là, que sur la sphère de l'État, qui représente 33 % de l'ensemble des dépenses publiques mais, en 2014, a déjà contribué pour 47 % des économies réalisées. La sphère sociale, qui pèse pour 47 % dans les dépenses publiques, et les collectivités territoriales (20 %) devraient être davantage mises à contribution.

 

A droite, le discours continue de se radicaliser, sans que les caciques de l’UMP parviennent à élaborer un véritable projet de société, susceptible de rassembler tous les anti-Hollande. De toutes manières à l’UMP, tout le monde ne parle plus que du retour de Nicolas Sarkozy. Surtout depuis sa décision d’être présent au premier meeting de campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet. L’ancien président est lui-même convaincu que tout cela va trop vite, et qu’il est désormais temps de ralentir. Le problème, c’est que Nicolas Sarkozy est le premier à avoir du mal à appliquer les résolutions qu’il s’impose.

 

JUPPE A LA MANOEUVRE

 

Vendredi soir, l’ancien président assistait au concert de sa femme, Carla, à Cannes. Le 10 mars, il doit assister à l'inauguration de l'Institut Claude-Pompidou de Nice. Entre-temps il doit s’accorder une pause au Maroc. Mais il reste en contact étroit avec Pierre Giacometti qui lui recommande notamment de faire un retour par le centre et avec Patrick Buisson ou Jean-Noël Goudard qui restent sur l’idée d’un retour à droite de manière à éliminer Marine Le Pen dés le premier tour. A l'Élysée, on observe ces mouvements sans état d’âme, voire même avec une légère satisfaction, tant l’embarras est grand dans la droite. Les proches de François Hollande estiment que Nicolas Sarkozy est le candidat qui suscitera le plus de rassemblement et de cohésion de la gauche.

 

De son côté, Alain Juppé, qui pense être réélu maire de Bordeaux au premier tour, a décidé d’accélérer son calendrier, et de se mettre en ordre de bataille de manière à barrer la route à Nicolas Sarkozy. Pour l’heure il cherche à élargir son réseau. L'ex-président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, lui organise depuis le début de l'année des déjeuners avec des députés qu'il ne connaît pas ou peu. Le premier, qui a eu lieu le 29 janvier, réunissait plusieurs jeunes élus du Palais bourbon, tels Gérald Darmanin, Arnaud Robinet ou Damien Abad. Le second, qui s'est tenu mercredi dernier, réunissait une dizaine de parlementaires, dont les députés Thierry Solère, Claudine Schmid, Dominique Nachury ou Yves Censi. D’après l’un des participants à ce déjeuner, le menu comportait un tour d'horizon de l'actualité et des échanges sur la stratégie à adopter, à droite, pour l'emporter en 2017.

 

UN G 20 IMPORTANT CETTE SEMAINE

 

Sur le front de l’économie, le fait marquant de la semaine a été l’annonce par les États-Unis, que l’administration Obama allait plaider pour la promotion de la croissance et un rééquilibrage de l'économie mondiale lors du prochain G20 qui réunira des ministres des Finances et responsables de banques centrales à la fin de cette semaine à Sydney. Tout en saluant un renforcement de l'économie dans le monde au cours des derniers mois, les américains soulignent que l'activité mondiale demeure faible et inégale, dénonçant une demande déficiente et un chômage trop élevé. La préoccupation partagée par tous est qu’en Europe, il sévit une inflation basse chronique et une faible demande, spécialement dans certains pays clés excédentaires de la zone euro. Les turbulences sur les monnaies de plusieurs marchés émergents seront également un des principaux axes des discussions.

 

En France, le débat sur l'euro fort est reparti, notamment dans le sillage d’une interview d’Arnaud Montebourg aux Échos. Le niveau de la monnaie unique, qui s'est appréciée en 2013 de plus de 10 % face au dollar et de plus de 40 % face au yen, préoccupe les patrons et les politiques. Face à la résurgence de ce débat très français, plusieurs économistes ont voulu en savoir plus. Dans une note de janvier 2014 du Conseil d'analyse économique, Agnès Bénassy-Quéré, sa présidente, Pierre-Olivier Gourinchas, Philippe Martin et Guillaume Plantin se sont intéressés à L'euro dans la guerre des monnaies. Une monnaie unique plus faible, nous disent-ils, présenterait des avantages. La tâche des exportateurs français s'en trouverait facilitée, mais seulement de manière transitoire.

LE CAC 40 CARACOLE EN TETE

  

Tout cela n’a pas empêché l’indice CAC 40 de revenir à son pus haut niveau depuis l’affaire Lehman, grâce à neuf séances consécutives de hausse, du jamais vu depuis juin 2010. Cela est lié, pour une bonne part, aux résultats des stars du CAC 40. Les comptes annuels de Renault, Legrand, EDF, Société Générale et Michelin ont particulièrement plu au marché. Par ailleurs, la publication vendredi d’une croissance de 0,3 % du PIB de la zone euro en 2013, supérieure aux attentes, est venue conforter la stratégie attentiste de la BCE, qui soulignait la capacité de résistance économique de la région. La sortie de récession des pays du sud de l’Europe (Portugal, Espagne, Italie) favorise le retour à des taux d’emprunt plus supportables et renforce la prime de risque offerte par les actions.

 

Du côté des entreprises, la situation se complique pour Imerys qui a décidé de s’intéresser à la société Amcol. Un rival américain a annoncé, vendredi, son intention de lancer une contre-OPA sur le groupe convoité par le champion français des minéraux industriels. Une surenchère qui risque soit d'obliger Imerys à payer davantage, soit à renoncer à une opération majeure, la plus importante acquisition de son histoire. Minerals Technologies se dit prêt à acquérir la totalité d'Amcol pour 42 dollars par action, soit 2,4% de plus que le prix offert par Imerys. Cela porte le montant de l'opération à 1,36 milliard de dollars en cash, plus la reprise de la dette.

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