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Yves de Kerdrel
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Hollande menacé par la perspective d’un vote sanction
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République a montré son incapacité à gérer les mensonges de ses différents ministres à propos du « Sarko-gate ». Même si l’UMP n’est pas en position de bénéficier d’un vote sanction, la victoire paraît assurée pour Gaudin à Marseille et possible pour NKM à Paris.
Drôle de
semaine qui a démarré avec des écoutes téléphoniques répandues dans la presse
par les deux courroies traditionnelles du cabinet noir de l’Élysée,
journalistes au Monde et auteurs d’un brulot anti-Sarkozy. Cette manœuvre
organisée en haut lieu de manière à casser les jambes de la droite avant les
élections s’est retournée en moins de 24 heures contre le gouvernement. D’abord
grâce à l’attitude très courageuse du bâtonnier de Paris qui est monté au
créneau pour dénoncer l’atteinte grave contre les libertés publiques liée à ces
6 mois d’écoutes. Ce qui lui vaudra d’être reçu jeudi prochain par le Président
de la République. Ensuite à cause de la communication dramatique de Christiane
Taubira, Jean-Marc Ayrault et même Manuel Valls.
De cette
semaine, Nicolas Sarkozy qui était parti pour être soupçonné de trafic
d’influence ressort comme la victime d’une véritable chasse à l’homme.
Christiane Taubira passe pour une menteuse qui méconnait gravement toutes les
règles de droit ; ce qui est gênant pour la garde des sceaux. Manuel Valls
apparaît lui aussi comme un menteur, ainsi que l’a démontré le Monde publié
vendredi soir. Et s’il n’a pas menti, ce qui est peu probable, c’est qu’il a
été incompétent, comme à l’époque de l’affaire Cahuzac et de l’affaire Gayet.
Quant à Jean-Marc Ayrault, il a une nouvelle fois démontré son incapacité à
jouer le rôle de chef d’orchestre. Ce qui conforte tous ceux qui plaident pour
son remplacement.
UN VICE DE
PROCEDURE A LA CLE
Le
problème, c’est que cette affaire n’est pas terminée. Pour l’heure les fuites
sont venues de la justice. Mais d’autres fuites sont attendues de la Police qui
vont plonger le pouvoir dans l’embarras. Car elles vont montrer que les écoutes
de Nicolas Sarkozy ont porté sur tous les sujets concernant l’opposition et sa
vie privée. Des verbatims circulent déjà dans les salles de rédaction. Mais le
plus grave, c’est que selon certains protagonistes de la hiérarchie policière
la filature concernant l’ancien Président aurait donné lieu à un recours aux
fadettes, dont l’usage est réservé aux affaires touchant à la sureté nationale.
Si bien que le Sarkogate pourrait déboucher sur un gigantesque vice de
procédure et une affaire d’état.
A l’Élysée,
la consigne a été de ne surtout pas parler sur cette affaire. D’autant que le
Château est très embarrassé par la phrase dite fin février par François
Hollande à une dizaine de parlementaires socialistes : « Quant à Nicolas Sarkozy, ne vous inquiétez
pas, je le surveille. Je sais à chaque instant ce qu’il fait ». Les
discussions sur le remaniement ont même été stoppées par ce feuilleton
judiciaire. Le seul élément nouveau porte sur le refus de Pascal Lamy de
devenir ministre en cas de remaniement.
POSSIBLE
SURPRISE POUR NKM
A droite,
l’atmosphère reste délétère à la suite de la guerre de tranchées relancée par
les fillonistes contre Jean-François Copé. D’autant que le camp d’en face ne
manque pas de munitions sur certaines opérations contestables menées par
l’ancien premier ministre. Il reste que les derniers meetings avant les
municipales monopolisent l’énergie de la plupart des têtes d’affiche. Même
François Fillon qui n’a pas fait preuve jusqu’ici d’un zèle dans la campagne
devrait participer, ce mercredi 19 mars au dernier meeting de NKM qui se
déroulera au cirque d’Hiver. Les dernières enquêtes d’opinion montrent une
nette avancée de la candidate de droite au premier tour. De quoi créer une
dynamique positive, d’autant plus qu’Anne Hidalgo ne déclenche aucune empathie
autour d’elle.
Du côté de
la politique économique le débat du moment est de savoir à qui faire profiter
les baisses de charges liées au pacte de responsabilité. Les faits et les
expériences passées ont montré que l’effet sur les bas salaires donnait des
effets assez rapides sur les créations d’emplois. C’est clairement le souhait
exprimé par Jean-Marc Ayrault et par Michel Sapin. En revanche ce n’est pas
l’avis de Jean-François Pilliard. Le patron opérationnel de l'Union des
industries et métiers de la métallurgie, vice-président du Medef, s'est élevé
mercredi 12 mars contre le ciblage des allégements sur les bas salaires. Il a
été rejoint sur ce débat par Arnaud Montebourg qui a bien compris que les
salaires dans l’industrie méritaient un travail de ciblage un peu plus subtil.
LA
DANGEREUSE ASCENSION DE L’EURO
Cette
semaine, les pays les plus fragiles de la zone euro ont profité d'une détente de
leurs taux d'emprunt, grâce aux propos rassurants du président de la BCE et à
l'espoir d'une accalmie dans la crise ukrainienne. Le taux d'emprunt à 10 ans
de l'Espagne a terminé en nette baisse à 3,339%. Le rendement à 10 ans de
l'Italie s'est également détendu à 3,405% tout comme celui du Portugal à
4,599%. Dans un discours à Vienne jeudi, Mario Draghi a assuré que tout risque
matériel de décrochage de l'inflation serait contré et que la BCE se tient
prête à de nouvelles actions, via des mesures non-conventionnelles si
nécessaire. Les investisseurs craignent depuis plusieurs mois que la zone euro
ne tombe dans la déflation. C’est ce qu’a très bien montré Martin Wolf dans sa
chronique hebdomadaire du Financial Times. Plus l'euro monte, plus les
pressions déflationnistes sont importantes.
La monnaie
européenne a continué de progresser face au dollar pour atteindre 1,3909
dollar à la veille du week-end. D'une certaine façon, l'euro est vu comme une
valeur refuge par de nombreux investisseurs en Europe de l'Est, qui veulent
limiter leur exposition au risque avec tout ce qui se passe autour de
l'Ukraine, et rapatrient leurs investissements vers l'euro. Par ailleurs, la
semaine dernière, les déclarations de Mario Draghi ont alimenté un regain
d'optimisme sur la vigueur de la reprise économique en zone euro et déclenché une
forte progression de l'euro. D’un autre coté, le dollar s’est trouvé fragilisé
par des indicateurs sans éclat sur l'économie américaine, à savoir un léger
recul des prix à la production aux États-Unis en février et une baisse surprise
du moral des ménages américains en mars.
OPACITE
INCROYABLE SUR LE DOSSIER SFR
Du côté
des affaires l’événement de la semaine a été l’annonce vendredi après-midi par
le conseil de surveillance de Vivendi de sa décision d'entrer en négociations
exclusives avec Altice, la holding qui détient Numericable, pour la vente de sa
filiale de téléphonie SFR. Le conseil a toutefois également jugé recevable
l’offre de Bouygues. Mais Vivendi a préféré l'offre de Patrick Drahi, patron
d'Altice. Les négociations sont ouvertes pour une période de trois semaines. La
décision n'a toutefois pas été prise à l'unanimité : l'administrateur Pascal
Cagni, ancien dirigeant d'Apple en Europe et au Moyen-Orient, a voté contre.
Plusieurs administrateurs ont été surpris du parti pris de Jean-René Fourtou
pour l’offre Numericable. Il a reçu en personne Patrick Drahi jeudi soir au
siège de Vivendi alors qu’il a refusé toute rencontre avec Martin Bouygues.
Tout le problème
de l’offre de Numericable tient à son financement, assuré en grande partie par
JP Morgan. Le niveau de leverage est très important. Le nouvel ensemble va donc
devoir dégager un autofinancement important pour solder cette dette et pour
assurer à Vivendi une politique de dividende intéressante. Puisque le groupe
aura 32 % du nouvel ensemble. En outre il bénéficierait d’un put de 1,6
milliard d’euros qui n’a pas été disclosé au marché. Beaucoup regrettent que
Jean-René Fourtou ait mené seul ce dossier. D’autant que Claude Bébéar, le seul
qui aurait pu le faire infléchir, était éloigné pour des raisons de santé. Il
se dit que Numericable va maintenant tenter de contre-attaquer sur les
reproches qui lui sont faits en termes d’opacité. Ira-t-on jusqu’à savoir les
conditions financières réservées à certains décisionnaires. Certains affirment
que 1,3 % du capital du nouvel ensemble aurait été sanctuarisé, sous forme de
stock-options pour des dirigeants de SFR ou de Vivendi qui ont eu un rôle
décisif dans le choix du repreneur. Si tel est le cas, il faudrait s’étonner du
silence assourdissant de l’AMF qui n’a rien demandé à Numericable, société
cotée, et qui laisse se construire sous ses yeux une Saur bis.
Par
ailleurs selon les informations recueillies par Wansquare les mouvements dans
les conseils d’administration de grands groupes du CAC 40 s’amplifient. Hélène
Ploix devrait quitter cette année le board de BNP Paribas, après de longues
années passées à ce conseil. Par ailleurs Xavier Musca, dont l’influence dans
le capitalisme parisien s’accroit de jour en jour, devrait être coopté au
conseil de Cap Gemini. Enfin, le suspense s’accroit sur le nom du futur
président du conseil de surveillance de PSA-Peugeot-Citroën. L’État
souhaiterait que Louis Gallois prenne le poste de manière à caser au
Commissariat Général à l’Investissement l’encombrante Anne Lauvergeon. Mais la
famille Peugeot préfèrerait de son côté Gérard Hauser, ancien patron de Nexans,
qui est réputé comme un très grand industriel.
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