éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Il reste maintenant à Hollande à transformer son essai
par Yves de Kerdrel
La conférence de presse de François Hollande de ce mardi 14 janvier était un exercice difficile à la fois à cause des questions relatives à la vie privée du président et en raison des précisions à apporter sur le contenu du fameux "pacte de responsabilité" promis aux chefs d'entreprises. Malgré tout, le Président de la République ne s'en est pas mal sorti, même si seulement un tiers des français qui l'ont regardé ont été convaincus par ses propos. Le plus compliqué va consister désormais pour lui, de transformer ses paroles en actes, surtout compte tenu d'un calendrier très long qu'il s'est fixé et qui risque de diminuer les effets positifs attendus de toutes ses annonces.
Dans un premier temps ce tournant économique va avoir des effets sur l'échiquier politique. L'UMP, d'accord sur le fond avec la politique de l'offre formalisée par le président de la République, est coupée en deux. D'un côté, Jean-François Copé et les proches de Nicolas Sarkozy ne veulent voir dans la parole élyséenne qu'un coup de bluff supplémentaire. De l'autre coté, les modérés de la droite accueillent ce discours comme bienvenu, à l'image de l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Mais c'est au centre droit que les effets du pacte hollandais sont les plus importants. François Bayrou se trouve, de fait, dans une position embarrassante : après avoir voté pour M. Hollande au second tour de la présidentielle en 2012, il s'est rêvé un temps premier ministre de recours, avant de s'éloigner et de refaire un pas à droite en rejoignant Jean-Louis Borloo.
UN GLISSEMENT DU CENTRE ?
Ce glissement subtil du centre inquiète une partie de l'aile gauche du PS, sceptique sur le bien-fondé du pacte de responsabilité et qui redoute un changement d'alliance de la part du chef de l'État dans la perspective de la présidentielle en 2017. Cette crainte est d'autant plus fondée que François Hollande a annoncé l'engagement de la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée nationale une fois le pacte négocié avec les partenaires sociaux. Un renversement d'alliances semble pourtant d'autant moins nécessaire que, du côté des partenaires écologistes, la tendance générale n'est pas non plus à la résistance. Même si le discours du Chef de l'État sur le pacte de responsabilité ou la transition énergétique n'est pas de nature à les rassurer, les écologistes veulent d'abord rester constructifs.
Alors que le chef de l'État était hier à Tulle, pour présenter ses v?ux, un sondage BVA-CQFD-i-Télé et Le Parisien publié samedi le donnait plutôt gagnant vis-à-vis des Français quant au pacte de responsabilité, qui embarrasse la droite. Selon cette enquête, 62?% des Français interrogés estiment que l'UMP doit s'inscrire dans une coopération avec le gouvernement pour mettre en place le pacte de responsabilité. Seuls 31 % souhaitent que la droite s'y oppose. Pour 36?% des Français le positionnement de François Hollande est juste comme il faut. Un tiers des Français jugent qu'il n'est pas assez à gauche. Un pourcentage qui s'élève naturellement à 80?% chez les sympathisants d'extrême gauche.
EXPLICATION DE TEXTE A L'UMP
L'UMP doit-elle s'opposer de manière ou se montrer sans concessions face à François Hollande ? Cette question stratégique divise le parti, coupé en deux au lendemain des annonces du chef de l'État sur le pacte de responsabilité adressé aux entreprises. Deux camps s'opposent en interne : ceux qui approuvent le cap libéral du chef de l'État, et ceux qui le rejettent en bloc. Le clivage a donné lieu à un affrontement, mercredi 15 janvier, lors du bureau politique du parti. Partisans de la ligne dure, le sénateur Philippe Marini et le président de l'UMP, Jean-François Copé, ont vivement reproché à François Baroin d'avoir soutenu le virage de François Hollande. Le matin même, l'ex-ministre de l'économie avait jugé, sur Europe 1, que l'opposition "ne peut qu'accompagner" la démarche impulsée par le chef de l'État.
Il reste que sur le fond, beaucoup de points restent à éclaircir. Par exemple : François Hollande a jeté le trouble, mardi 14 janvier, lors de sa conférence de presse, en décomposant les économies de dépenses prévues d'ici à 2017 : 18 milliards d'euros en 2015 et en 2016, 17 milliards en 2017, soit un total de 53 milliards. Qu'est-ce qui pouvait bien justifier cette différence de 3 milliards avec les 50 milliards annoncés jusque-là ? Il semblerait que François Hollande se soit tout embrouillé dans ses chiffres et dans ses fiches, qui prévoient bien une baisse des dépenses publiques de 18 milliards en 2015 et 2016 mais un léger relâchement de la pression en 2017 avec seulement 14 milliards d'économies.
GRAVE DERAPAGE BUDGETAIRE
Par ailleurs la question cruciale du pacte de responsabilité avec les entreprises est celle des éventuelles contreparties en échange de la baisse du coût du travail. En principe elles devraient être définies au niveau national et déclinées par branches professionnelles en portant sur des objectifs chiffrés d'embauches, d'insertion des jeunes, de travail des seniors, de qualité de l'emploi, de formation, d'ouverture de négociations sur les rémunérations et la modernisation du dialogue social. Pour veiller sur ces engagements, M. Hollande a promis de créer un observatoire des contreparties. Le problème est que le patronat n'a nullement l'intention de parler d'engagement. Si le Medef a avancé le chiffre d'un million de créations d'emplois en échange d'une baisse des charges, il s'agissait d'un objectif et non d'un engagement.
Trois jours après la conférence de presse où il a été largement question aussi de la maitrise de la dépense publique, les français ont appris qu'en 2013, le déficit budgétaire a dérapé une nouvelle fois. Celui-ci atteint 74,9 milliards d'euros. Ce qui représente une baisse de 12 milliards d'euros par rapport à 2012, mais c'est 2,7 milliards de plus que prévu lors du collectif. On est donc encore plus loin de l'objectif initial du budget 2013 qui était fixé à 62,3 milliards. Car les recettes fiscales, elles, ne sont pas au rendez-vous. Les moins-values n'auront pas été de 10,8 milliards l'an dernier, mais de... 14,3 milliards d'euros, soit une nouvelle moins-value de 3,5 milliards par rapport au collectif. La fin de l'année a été particulièrement décevante du côté de l'impôt sur les sociétés (2,5 milliards de moins que prévu dans le collectif) et de l'impôt sur le revenu (1,8 milliard de moins).
RISQUE DE DEFLATION
Du côté de la macro-économie il faut souligner que Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, a interpellé, mercredi 15 janvier, les décideurs économiques mondiaux sur les risques croissants de déflation qui pourraient être désastreux pour la reprise qui s'affirme timidement dans les pays industrialisés. Appelant à une mobilisation contre cette menace Christine Lagarde a qualifié la déflation "d'ogre qui doit être combattu". Les chiffres publiés le lendemain par l'office européen des statistiques Eurostat ont apporté de l'eau à son moulin. Sortant à peine de la récession, la zone euro apparaît comme la plus menacée : la hausse des prix s'est limitée sur un an à + 0,8 % en décembre 2013 (contre + 2,2 % un an plus tôt).
Si certains de ces pays, comme le Portugal ou l'Espagne, ont pu, ces derniers temps, émettre des emprunts d'État sur les marchés financiers à des taux d'intérêt qui se sont détendus, voire annoncer leur sortie des plans de soutien financiers européens, le coût réel de leur refinancement empêche encore la réduction de la dette. Leurs taux réels restent en effet trop élevés et leur croissance trop faible pour permettre un processus de désendettement. Ce qui pourrait étouffer la reprise. L'Irlande a levé, le 7 janvier, 3,75 milliards d'euros sur le marché obligataire à dix ans à 3,54 %, soit un taux réel de plus de 3 %. Par comparaison, l'Allemagne emprunte à un taux réel presque nul, proche de son taux d'inflation (1,3 %).
GUERRE CHEZ LES PEUGEOT
Du côté des entreprises, Arnaud Montebourg a annoncé jeudi dernier qu'il allait demander aux opérateurs français des contreparties plus strictes en échange de l'utilisation des fréquences hertziennes, qui relèvent du domaine public. Ainsi, le prochain appel d'offres pour une bande hertzienne ? celui concernant les fréquences 700 mégahertz ? devrait comporter des obligations en termes d'emplois, d'investissements dans les zones rurales et les petites villes et de relocalisation des centres d'appels. Si Arnaud Montebourg monte au créneau, c'est qu'il s'inquiète des conséquences sur l'investissement et sur l'emploi de la tension qui règne depuis des mois entre les opérateurs, à la suite du lancement des offres de Free.
C'est aujourd'hui, dimanche 19 janvier, que le conseil de surveillance de PSA doit examiner les deux grands schémas permettant une recapitalisation du constructeur automobile. Le premier est soutenu par Robert Peugeot, président de FFP, le holding patrimonial de la famille, Philippe Varin, l'actuel président du directoire, l'État et le constructeur chinois Dongfeng. Il consiste à lever 1,5 à 2 milliards d'euros sur les marchés, Dongfeng et l'État injectant chacun entre 500 et 750 millions d'euros. Le second, défendu par Thierry Peugeot, le président du conseil de surveillance de PSA, consiste à se passer de tels coactionnaires encombrants et passe par une levée de fonds entièrement sur les marchés. Avec un argument : l'arrivée en janvier au directoire de l'expérimenté Carlos Tavares, ex numéro deux de Renault et futur patron de PSA, est de nature à séduire les investisseurs. Son obstination est devenue un objet de crispation et la guerre est désormais ouverte entre les différents cousins Peugeot.
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