WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Il ne reste plus rien du virage social-démocrate de Hollande
par Yves de Kerdrel

A peine un mois après sa conférence de presse tonitruante, le pacte de responsabilité s'enlise, la diminution des dépenses publiques ressemble à une quadrature du cercle et plus personne, au gouvernement, n'est prêt à " mouiller sa chemise " pour assumer ce virage libéral.
09/02/2014 - 17:58 Temps Lecture 10 mn.

François Hollande se trouve, vingt et un mois après sa prise de fonction, dans une situation inédite. Élu sur un programme économique de gauche, il a été contraint d'effectuer un virage à 180 degrés, après les résultats désastreux enregistrés tant sur le front du chômage que sur celui des recettes fiscales. Élu également avec des mesures sociétales très progressistes il a été obligé d'effectuer cette semaine une reculade impressionnante en laissant tomber sa fameuse "loi famille". Tant et si bien que son électorat ne trouve plus rien, pour se reconnaître aujourd'hui dans l'action du gouvernement.

Bien sûr François Hollande peut encore trouver des raisons de se consoler dans le fait que ses reculades impressionnantes ne profitent ni à l'UMP, ni même au Front National. Et les élections municipales qui interviendront à la fin mars pourraient lui apporter une bouffée d'oxygène grâce notamment à une possible victoire de la gauche à Marseille, comme à Paris. Il reste qu'à gauche et à droite le constat est le même : D'une part le gouvernement est très faible. Ce que devrait redire cette après-midi sur France 5 le député PS Malek Boutih. D'autre part, puisqu'il en est ainsi, autant en profiter pour se faire entendre le plus fort possible afin d'empêcher le camp d'en face d'avoir gain de cause. D'où la radicalisation du débat politique totalement antinomique d'une France rassemblée et apaisée que promettait François Hollande pendant sa campagne présidentielle.

HOLLANDE PERD SUR SA GAUCHE

Les enquêtes d'opinion ont rarement été aussi cruelles à l'égard du chef de l'État. Et ce qui est intéressant, c'est qu'elles font toutes ressortir un violent affaissement de son niveau de confiance à gauche. Selon le baromètre IFOP de février pour Paris Match, seuls 23 % des sondés approuvent l'action du Chef de l'État, qui perd 3 points en un mois et retombe au niveau historiquement bas de décembre 2013. L'affaire de la séparation d'avec Valérie Trierweiler ne semble pas être au fondement de ce désamour croissant des Français pour leur président. La preuve en est que l'opinion des femmes à l'égard de François Hollande n'a guère varié. A titre de comparaison : aux mois de janvier précédant les municipales de mars 1983 et 2008, François Mitterrand et Nicolas Sarkozy bénéficiaient respectivement de 39 % et 47 % d'opinions favorables. Au même stade, François Hollande, pour sa part, ne bénéficie que de 22 % d'opinions favorables.

Par ailleurs, pour la première fois depuis son élection, la cote de confiance de François Hollande tombe sous les 20 %, selon le dernier baromètre TNS Sofres-Sopra group-Le Figaro magazine. Le plus préoccupant pour la majorité c'est que plus de la moitié des personnes interrogées (51 %) ne font pas du tout confiance à François Hollande. Le président n'est même plus nettement majoritaire parmi les sympathisants socialistes. En un mois, le président a reculé de sept points à gauche, sans rien gagner à droite. Avec 20 % de confiance, le premier ministre Jean-Marc Ayrault ne perd, lui, qu'un seul point en un mois. Le locataire de Matignon était tombé à 18 % en décembre 2013.

SEMINAIRE HOULEUX POUR LE PS

Le Parti socialiste organise demain, lundi 10 février, un séminaire ouvert aux parlementaires pour discuter du pacte de responsabilité annoncé par François Hollande en janvier. Cette réunion, prévue à la Maison de la chimie à Paris, sera en principe un lieu de débat et de travail entre socialistes. Pourtant, le programme peut laisser penser que la place accordée au débat sur ce tournant économique majeur du quinquennat sera maigre. Sous l'autorité du premier ministre, les différentes interventions du séminaire donnent en effet la parole à des ministres comme Michel Sapin et des personnalités du PS (Bruno Le Roux, Claude Bartolone, Harlem Désir, entre autres) toutes favorables au pacte passé par l'exécutif avec les syndicats et le Medef. Une répartition des expressions qui a mis en rage l'aile gauche du parti, plus critique sur ce contrat social.

L'aile gauche du PS dénonce déjà une "grand-messe qui ne permettra pas l'échange approfondi, franc et lucide que la situation impose entre nous" et se désole que les dirigeants du PS soient réduits au rôle de commentateurs a posteriori des décisions gouvernementales. Parmi les points qui fâchent, figurent les contreparties en termes d'emplois aux 30 milliards d'euros d'exonération de cotisations familiales pour les entreprises. Mais le flanc gauche du PS, qui plaide pour une relance par la demande, conteste surtout le bien-fondé même du pacte. Selon les informations de WanSquare, l'aile gauche socialiste réfléchit à une lettre de mise en garde au gouvernement qu'elle rendrait publique avant le séminaire. Elle souhaiterait y associer les élus proches du ministre Benoît Hamon.

GATTAZ, DINDON DE LA FARCE

Mais le principal "dindon de la farce" de ce pacte de responsabilité semble être pour l'heure Pierre Gattaz qui s'est jeté à corps perdu dans les bras du gouvernement, soutenu par les déclarations encourageantes de quelques patrons du CAC 40. Maintenant que ce pacte tourne au "miroir aux alouettes", le patron du Medef que certains, y compris parmi ses proches, comparent au "ravi de la crèche" se retrouve très contesté par de nombreux entrepreneurs de taille moyenne qui lui reprochent et sa candeur et sa formule sur le million d'emplois susceptibles d'être créés d'ici 2017. Une expression qui va naturellement donner des armes au gouvernement pour montrer que le "pacte" n'aura pas été respecté par ceux auxquels il était destiné.

Dans ce climat délétère où les ténors de droite sont totalement absents, Nicolas Sarkozy continue à recevoir beaucoup de monde. Cette semaine il notamment eu une rencontre très riche avec un certain nombre de grands patrons qui n'avaient pas sauté - de manière précipitée - dans le frêle esquif de François Fillon. Il leur a laissé entrevoir une grave crise sociale dans les deux ans à venir, avec de nouvelles secousses sur l'euro. Si bien que dans les mois qui viennent, et notamment, après les élections européennes, les lignes pourraient bouger à droite sur la question de la monnaie unique.

LA BCE DANS L'EXPECTATIVE

Du coté des questions macro-économiques, il faut retenir que le taux de chômage aux États-Unis a poursuivi son recul en janvier 2014 grâce à un rebond des créations d'emplois. Ce recul est toutefois moins décisif que ce que les spécialistes attendaient. Sur les trois derniers mois, il a perdu 0,6 point. Ce taux se rapproche du seuil de 6,5 % auquel la Réserve fédérale a lié un éventuel relèvement de taux d'intérêt, actuellement proches de zéro. Le nombre d'emplois créés en janvier s'élève à 113.000. Il y en avait eu 75 000 créés en décembre, un chiffre jugé décevant et qui s'expliquait par l'impact des conditions climatiques hivernales. Le secteur privé a été à l'origine de l'intégralité des créations de postes enregistrées en janvier (48 000 emplois créés dans le bâtiment, 21 000 dans l'emploi manufacturier, 36 000 dans les services aux entreprises). Le secteur public a quant à lui détruit 29 000 postes sur le mois. 

Par ailleurs la semaine écoulée a été marquée par deux nouvelles importantes. D'abord la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, estimant que le mandat de la Banque centrale européenne (BCE) lui interdit d'acheter la dette publique des États membres, a demandé à la justice européenne de trancher sur le sujet. Façon, jugent certains experts, d'enterrer plus ou moins le dossier. Ensuite jeudi dernier, Mario Draghi a choisi de laisser son taux directeur inchangé, à 0,25 %. Et ce, malgré le tassement de l'inflation, tombée à 0,7 % en janvier. La BCE a expliqué qu'elle avait besoin d'en savoir plus avant de se décider. Plus sur les turbulences que traversent les pays émergents : si elles se prolongent, elles pourraient affecter la croissance mondiale. Plus sur la reprise : vendredi prochain tomberont les chiffres de la croissance de la zone euro au quatrième trimestre 2013. Si tout va bien, ils devraient être meilleurs qu'au trimestre précédent. Mais ce n'est pas sûr. Plus, enfin, sur la façon dont l'évaluation des bilans bancaires menée par la BCE pénalise l'offre de crédit. Toutefois il ne fait aujourd'hui aucun doute pour personne que la BCE agira tôt au tard, et probablement dès le mois de mars. Parce qu'elle est bien placée pour savoir que les maux rongeant la zone euro - croissance anémique, inflation nulle, dettes publiques trop élevées, taux de chômage affolant - ne sont pas près de s'envoler. 

FORTS REMOUS CHEZ PSA

La mise en examen pour prise illégale d'intérêts du président du directoire de la Banque populaire-Caisse d'épargne, François Pérol, n'aura pas d'incidence sur la gouvernance du groupe. Vendredi, le conseil de surveillance de BPCE, présidé par le charismatique Steve Gentili, a renouvelé sa confiance à François Pérol. Le mandat de ce dernier court jusqu'au printemps 2017. Ce n'est pas complètement un hasard si cette affaire ressort au moment où Christiane Taubira est en difficulté sur plusieurs dossiers importants, et alors que le patron de BPCE essaye de retrouver une certaine autonomie vis à vis de la CNP dans le domaine de l'assurance. Une initiative qui est mal vue à Bercy.

Par ailleurs le projet d'augmentation de capital de 3 milliards d'euros de PSA Peugeot Citroën, qui s'accompagnerait de l'arrivée au tour de table du constructeur de l'État et du chinois Dongfeng, et qui doit être validé par le conseil de surveillance du groupe automobile, le 18 février est toujours l'objet d'intenses discussions. Depuis deux semaines, la tension est montée d'un cran. Après la publication, fin janvier, d'une lettre que Thierry a envoyée à son cousin Robert, dans laquelle il exprimait ses doutes sur l'augmentation de capital réservée en partie à l'État et à Dongfeng, une nouvelle lettre a mis le feu aux poudres, lundi 3 février. Dans un courrier à Thierry Peugeot, rendu public par Les Échos, Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires, défend un scénario de recapitalisation sans l'aide de l'État français et de Dongfeng, dès lors que des banques sont effectivement prêtes à en garantir le succès à la hauteur nécessaire. Ce scénario éviterait notamment une gouvernance du groupe jugée difficile avec ces trois actionnaires principaux.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Il reste maintenant à Hollande à transformer son essai

19/01/2014 - 18:21

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande aborde l'année 2014 totalement décrédibilisé

29/12/2013 - 08:02