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Sarkozy anticipe un vote sanction et se pose en patron de son camp
par Yves de Kerdrel

La probabilité d’un vote sanction, à l'occasion de ce premier tour des élections municipales, est élevée. Et comme beaucoup de leaders de la droite vont voler au secours de la victoire, l’ex-chef de l’état a profité de ce moment pour sortir du bois et couper l’herbe sous le pied d’Alain Juppé ou de tout autre.

23/03/2014 - 07:30 Temps Lecture 35 mn.

L’intervention surprise de Nicolas Sarkozy à deux jours du premier tour des municipales a constitué l’événement de la semaine politique. Si l’ex-chef de l’État a décidé de sortir de sa réserve, c’est d’abord pour tenter de s'extirper de la séquence négative dans laquelle il est plongé depuis trois semaines. En cause : l'affaire Buisson et celle des écoutes pour laquelle une information judiciaire pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction a été ouverte. La pression était devenue trop forte. L'ex-président a donc répliqué pour préserver toutes ses chances de représenter son camp à la présidentielle. Dans ce texte qu'il a écrit lui-même, l'ex-chef de l'État explique avoir été contraint de réagir publiquement car des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds.

 

Contrairement à d’habitude il n’a pas eu recours à sa plume officielle Camille Pascal. Et avant de rendre son texte public, il en a fait une lecture publique devant quelques proches comme Henri Guaino ou Brice Hortefeux. L’un d’eux nous a confié que le Président cherchait autant à contre-attaquer qu’à se poser en patron de la Droite à deux jours d’un probable vote sanction. De fait la virulence de ses propos peut avoir un impact négatif sur le score du Front National. Mais surtout Alain Juppé, qui pourrait être élu dés dimanche, avait prévu de faire une allocution pré-présidentielle qui tombe désormais à plat.

 

RESSOUDER L’ELECTORAT UMP

 

Les mots choisis par Nicolas Sarkozy sont volontairement violents et marquent un retour à la stratégie du clivage et du rapport de force. Loin du profil rassembleur et apaisé que l'ex-président s'efforçait d'incarner ces derniers mois, l’ancien président veut frapper les esprits pour s'insurger contre ce qu'il estime être un acharnement. Avec son appel à la conscience, il prend une nouvelle fois les Français à témoin, espérant susciter un réflexe de solidarité à son égard. C’est à la fois une manière de souder l'électorat UMP autour de lui au moment où il traverse une zone de fortes turbulences, et de se victimiser. Ce qui lui réussit dans les sondages.

 

Maintenant, le sort des élections municipales reste assez certain compte tenu de la démobilisation à gauche et de l’abstention à droite. Sans compter la percée attendue du Front national qui pourrait être en mesure de se maintenir dans deux cents villes. Il y aura tout de même dès ce soir des territoires tests. D’abord, le 14e arrondissement de Paris où NKM est tête de liste. Le pari est à portée de main pour elle, et dans ce cas cela relativisera sa défaite à Paris. Présenté comme un arrondissement de reconquête pour la droite, le 14e est dirigé par la gauche depuis plus de dix ans.

 

VERS UNE SURPRISE A STRASBOURG

 

Autre ville test : Marseille. Droite et gauche détiennent aujourd'hui chacune quatre secteurs (réunion de deux arrondissements), pour un conseil municipal comptant 51 conseillers de droite, 49 de gauche et un élu Front national. Le basculement d'un secteur peut donc déterminer l'élection. Pour devenir maire et empêcher l'UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, d'être élu pour un quatrième mandat consécutif, le socialiste Patrick Mennucci concentre ses efforts sur les 3e et 6e secteurs, ceux qui ont le plus de chance de basculer. Le PS pourrait gagner le 6e secteur si le dissident UMP, crédité de 13% des intentions de vote au premier tour décidait de se maintenir au second.

 

Les autres villes-test sont Hénin-Beaumont où le secrétaire général du Front national, Steeve Briois, part cette fois favori. Mais aussi Pau qui constitue un quitte ou double pour François Bayrou. Autre cas de figure intéressant : Montreuil que déserte Dominique Voynet. Résultat, dans cette ville où la droite n’a aucune chance, sur les huit listes qui s'affrontent, sept sont de gauche. A Grenoble, EELV entend détrôner les socialistes à la tête la ville depuis 1995. Comme Toulouse, Strasbourg fait partie de ces villes dirigées par un maire PS que l'UMP espère reprendre. Mais la victoire ne sera pas facile. Le dernier sondage donne le sénateur et maire PS sortant, Roland Ries, et Fabienne Keller, candidate sous l'étiquette UMP-MoDem à égalité.

 

L’ELYSEE PLANCHE TOUJOURS SUR UN REMANIEMENT

 

Du coté de l’Élysée les discussions n’ont guère progressé concernant le remaniement. Pour l’heure, le Président semble s’être rallié à l’hypothèse d’un maintien de Jean-Marc Ayrault accompagné d’un vaste jeu de chaises musicales chez les ministres dont le nombre serait réduit. Ségolène Royal est d’ores et déjà assurée d’obtenir l‘l’éducation nationale, voire la jeunesse et la culture. François Hollande cherche toujours un patron pour Bercy, surtout après les récents cafouillages d’Arnaud Montebourg. Mais ce remaniement devrait s’accompagner d’un mouvement important au sein des principaux cabinets. Pierre-René Lemas, le très contesté secrétaire général de l’Élysée, considéré par tous comme un mauvais « manager » pourrait céder sa place à un autre ancien de la promotion Voltaire, Dominique Villemot, avocat fiscaliste et visiteur du soir régulier de François Hollande. Emmanuel Macron est également donné partant. Et Christophe Chantepy, le très autoritaire directeur de cabinet Jean-Marc Ayrault devrait faire ses valises.

 

Sur le plan macro-économique, l’événement attendu de la semaine était l’intervention de Janet Yellen, la nouvelle présidente de la Réserve Fédérale américaine afin de donner aux investisseurs une nouvelle « guidance » concernant sa politique monétaire. D'abord, la Fed a revu ses prévisions de croissance à la baisse. Selon elle, le PIB américain devrait croître de 2,8 % à 3 % sur un an au dernier trimestre 2014, contre 2,8 % à 3,2 % lors de ses dernières estimations.

 

LE NOUVEAU DISCOURS DE LA FED DECONCERTE

 

Malgré cela, Mme Yellen a laissé sous-entendre que les taux directeurs pourraient remonter plus vite que prévu, c'est-à-dire en avril 2015, six mois après la fin de ses rachats d'actifs. Enfin, la Fed a renoncé au taux de chômage seuil de 6,5 % sur lequel reposait jusque-là sa « forward guidance », cette technique de communication visant à influencer les anticipations des investisseurs. Désormais, la banque centrale ne décidera pas de l'éventuelle remontée de ses taux directeurs en fonction de ce chiffre, mais de l'évolution globale de l'économie, sans préciser la nature des indicateurs concernés.

 

Ce nouveau message a largement déconcerté les investisseurs qui appréciaient jusque là une communication très lisible dans les différentes interventions de la Fed. Plus le calibrage de cette fameuse guidance varie, moins elle est crédible aux yeux des investisseurs. La Fed n'a donc plus le droit à l'erreur. Une nouvelle modification de son message dans les semaines à venir rendrait sa parole beaucoup moins efficace. Plus de volatilité sur les marchés signifie un paysage financier plus instable pour les pays émergents. Depuis que la Fed à commencer à réduire ses injections de liquidité sur les marchés, en janvier, les investisseurs, inquiets, ont rapatrié en masse leurs capitaux vers les bourses européennes et surtout américaine, jugées plus sûres. D'où les fortes turbulences sur les monnaies des pays émergents qui ont donné lieu à des débats lors de la dernière réunion du G 20.


FITCH RASSURE SUR LES ETATS-UNIS

 

Ce mouvement a déclenché une tempête sur les devises argentine, indienne, turque et sud-africaine. Si aujourd'hui, le gros de l'ajustement semble s'être produit, de nouvelles turbulences ne sont pas exclues. Et cela, pour une raison simple : la quantité de liquidités disponibles sur les marchés financiers est aujourd'hui telle que le moindre mouvement a des conséquences potentiellement ravageuses pour les économies. Du fait des politiques ultra accommodantes menées par les banques centrales britannique, japonaise et américaine depuis le choc des subprimes, la liquidité mondiale est passée de 7 500 milliards de dollars en 2007 à près de 18 000 milliards de dollars aujourd'hui

 

Malgré tout l'agence de notation Fitch a maintenu vendredi le triple A des États-Unis, la meilleure note possible, et relevé ses perspectives, de négatives à stables. Dans un communiqué, Fitch met en avant le règlement, à la mi-février, de la crise du plafond de la dette fédérale. Les analystes de Fitch s'attendent à ce que la dette fédérale brute atteigne un pic de 100 % du PIB en 2014 avant de refluer modérément sur les quatre années suivantes. L'agence indique également que les États-Unis ont mené à bien une forte consolidation budgétaire, avec un déficit fédéral ramené à 4 % du PIB en 2013, contre 6,7 % en 2012 et 9,8 % en 2009. Fitch s'attend à ce que la croissance du PIB américain passe de 1,9 % en 2013 à 2,8 % cette année puis 3,1 % en 2015.

 

BOUYGUES PLACE VIVENDI DANS UN CORNER

 

De fait l'euro a repris légèrement du terrain vendredi face au dollar, dans un marché relativement calme digérant avant le week-end l'annonce par la banque centrale américaine d'un possible resserrement anticipé de sa politique monétaire. La monnaie unique s’échangeait sur la base de 1,3792 dollar. L'augmentation à venir des taux d'intérêt par la Réserve Fédérale a tendance à rendre sa devise plus rémunératrice et donc plus attrayante pour les investisseurs spéculatifs. De plus, le billet vert a profité d'un regain d'intérêt des acheteurs dans un contexte économique de bonne tenue aux États-Unis, avec de nouveaux indicateurs encourageants dans l'emploi notamment.

 

Du côté des entreprises l’actualité est restée dominée par le dossier SFR. Après que le Président de l’AMF se soit montré « choqué » par l’opacité du discours de Numericable, Martin Bouygues a profité de ce « trouble » pour dégainer une nouvelle offre dont les deux composantes principales sont une part de cash supérieure de 1,4 milliard d’euros à l’offre concurrente et un accès immédiat à la liquidité avec la mise en bourse, dès l’opération conclue, de Bouygues Telecom. En outre Martin Bouygues s’est assuré du soutien de la Caisse des Dépôts, de la famille Decaux et de François Pinault. Pour Vivendi, il n’y a pas de sujet dans la mesure où le groupe a affirmé être entré, il y a une semaine en négociations exclusives avec Altice et Patrick Drahi.

 

Il reste que vis à vis du marché, des règles de corporate governance et des actionnaires individuels, qui ont commencé à s’exprimer par la voix de Colette Neuville, Vivendi ne peut pas faire fi de l’offre de Bouygues. D’autant que les soupçons pesant sur la manière dont Jean-René Fourtou aurait fait pencher le comité ad hoc en faveur de son ami Patrick Drahi sont de pus en pus insistants. Autant dire que la semaine qui vient pourrait apporter de nouvelles surprises.

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