éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Sarkozy anticipe un vote sanction et se pose en patron de son camp
par Yves de Kerdrel
La probabilité d’un vote sanction, à l'occasion de ce premier tour des élections municipales, est élevée. Et comme beaucoup de leaders de la droite vont voler au secours de la victoire, l’ex-chef de l’état a profité de ce moment pour sortir du bois et couper l’herbe sous le pied d’Alain Juppé ou de tout autre.
L’intervention
surprise de Nicolas Sarkozy à deux jours du premier tour des municipales a
constitué l’événement de la semaine politique. Si l’ex-chef de l’État a décidé
de sortir de sa réserve, c’est d’abord pour tenter de s'extirper de la séquence
négative dans laquelle il est plongé depuis trois semaines. En cause :
l'affaire Buisson et celle des écoutes pour laquelle une information judiciaire
pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction a été ouverte.
La pression était devenue trop forte. L'ex-président a donc répliqué pour
préserver toutes ses chances de représenter son camp à la présidentielle. Dans
ce texte qu'il a écrit lui-même, l'ex-chef de l'État explique avoir été contraint
de réagir publiquement car des principes sacrés de notre République sont foulés
aux pieds.
Contrairement
à d’habitude il n’a pas eu recours à sa plume officielle Camille Pascal. Et
avant de rendre son texte public, il en a fait une lecture publique devant
quelques proches comme Henri Guaino ou Brice Hortefeux. L’un d’eux nous a
confié que le Président cherchait autant à contre-attaquer qu’à se poser en
patron de la Droite à deux jours d’un probable vote sanction. De fait la
virulence de ses propos peut avoir un impact négatif sur le score du Front
National. Mais surtout Alain Juppé, qui pourrait être élu dés dimanche, avait
prévu de faire une allocution pré-présidentielle qui tombe désormais à plat.
RESSOUDER
L’ELECTORAT UMP
Les mots
choisis par Nicolas Sarkozy sont volontairement violents et marquent un retour
à la stratégie du clivage et du rapport de force. Loin du profil rassembleur et
apaisé que l'ex-président s'efforçait d'incarner ces derniers mois, l’ancien
président veut frapper les esprits pour s'insurger contre ce qu'il estime être
un acharnement. Avec son appel à la conscience, il prend une nouvelle fois les
Français à témoin, espérant susciter un réflexe de solidarité à son égard. C’est
à la fois une manière de souder l'électorat UMP autour de lui au moment où il
traverse une zone de fortes turbulences, et de se victimiser. Ce qui lui
réussit dans les sondages.
Maintenant,
le sort des élections municipales reste assez certain compte tenu de la
démobilisation à gauche et de l’abstention à droite. Sans compter la percée
attendue du Front national qui pourrait être en mesure de se maintenir dans
deux cents villes. Il y aura tout de même dès ce soir des territoires tests.
D’abord, le 14e arrondissement de Paris où NKM est tête de liste. Le pari est à
portée de main pour elle, et dans ce cas cela relativisera sa défaite à Paris. Présenté
comme un arrondissement de reconquête pour la droite, le 14e est dirigé par la
gauche depuis plus de dix ans.
VERS UNE
SURPRISE A STRASBOURG
Autre
ville test : Marseille. Droite et gauche détiennent aujourd'hui chacune
quatre secteurs (réunion de deux arrondissements), pour un conseil municipal
comptant 51 conseillers de droite, 49 de gauche et un élu Front national. Le
basculement d'un secteur peut donc déterminer l'élection. Pour devenir maire et
empêcher l'UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, d'être élu pour un quatrième mandat
consécutif, le socialiste Patrick Mennucci concentre ses efforts sur les 3e et
6e secteurs, ceux qui ont le plus de chance de basculer. Le PS pourrait gagner
le 6e secteur si le dissident UMP, crédité de 13% des intentions de vote au
premier tour décidait de se maintenir au second.
Les autres
villes-test sont Hénin-Beaumont où le secrétaire général du Front national,
Steeve Briois, part cette fois favori. Mais aussi Pau qui constitue un quitte
ou double pour François Bayrou. Autre cas de figure intéressant :
Montreuil que déserte Dominique Voynet. Résultat, dans cette ville où la droite
n’a aucune chance, sur les huit listes qui s'affrontent, sept sont de gauche. A
Grenoble, EELV entend détrôner les socialistes à la tête la ville depuis 1995.
Comme Toulouse, Strasbourg fait partie de ces villes dirigées par un maire PS
que l'UMP espère reprendre. Mais la victoire ne sera pas facile. Le dernier
sondage donne le sénateur et maire PS sortant, Roland Ries, et Fabienne Keller,
candidate sous l'étiquette UMP-MoDem à égalité.
L’ELYSEE
PLANCHE TOUJOURS SUR UN REMANIEMENT
Du coté de
l’Élysée les discussions n’ont guère progressé concernant le remaniement. Pour
l’heure, le Président semble s’être rallié à l’hypothèse d’un maintien de
Jean-Marc Ayrault accompagné d’un vaste jeu de chaises musicales chez les
ministres dont le nombre serait réduit. Ségolène Royal est d’ores et déjà
assurée d’obtenir l‘l’éducation nationale, voire la jeunesse et la culture.
François Hollande cherche toujours un patron pour Bercy, surtout après les
récents cafouillages d’Arnaud Montebourg. Mais ce remaniement devrait
s’accompagner d’un mouvement important au sein des principaux cabinets.
Pierre-René Lemas, le très contesté secrétaire général de l’Élysée, considéré par
tous comme un mauvais « manager » pourrait céder sa place à un autre
ancien de la promotion Voltaire, Dominique Villemot, avocat fiscaliste et
visiteur du soir régulier de François Hollande. Emmanuel Macron est également
donné partant. Et Christophe Chantepy, le très autoritaire directeur de cabinet
Jean-Marc Ayrault devrait faire ses valises.
Sur le
plan macro-économique, l’événement attendu de la semaine était l’intervention
de Janet Yellen, la nouvelle présidente de la Réserve Fédérale américaine afin
de donner aux investisseurs une nouvelle « guidance » concernant sa
politique monétaire. D'abord, la Fed a revu ses prévisions de croissance à la
baisse. Selon elle, le PIB américain devrait croître de 2,8 % à 3 % sur un an
au dernier trimestre 2014, contre 2,8 % à 3,2 % lors de ses dernières
estimations.
LE NOUVEAU
DISCOURS DE LA FED DECONCERTE
Malgré
cela, Mme Yellen a laissé sous-entendre que les taux directeurs pourraient
remonter plus vite que prévu, c'est-à-dire en avril 2015, six mois après la fin
de ses rachats d'actifs. Enfin, la Fed a renoncé au taux de chômage seuil de
6,5 % sur lequel reposait jusque-là sa « forward guidance », cette technique de
communication visant à influencer les anticipations des investisseurs.
Désormais, la banque centrale ne décidera pas de l'éventuelle remontée de ses
taux directeurs en fonction de ce chiffre, mais de l'évolution globale de
l'économie, sans préciser la nature des indicateurs concernés.
Ce nouveau
message a largement déconcerté les investisseurs qui appréciaient jusque là une
communication très lisible dans les différentes interventions de la Fed. Plus
le calibrage de cette fameuse guidance varie, moins elle est crédible aux yeux
des investisseurs. La Fed n'a donc plus le droit à l'erreur. Une nouvelle
modification de son message dans les semaines à venir rendrait sa parole
beaucoup moins efficace. Plus de volatilité sur les marchés signifie un paysage
financier plus instable pour les pays émergents. Depuis que la Fed à commencer
à réduire ses injections de liquidité sur les marchés, en janvier, les
investisseurs, inquiets, ont rapatrié en masse leurs capitaux vers les bourses
européennes et surtout américaine, jugées plus sûres. D'où les fortes turbulences sur les monnaies des pays émergents qui ont donné lieu à des débats lors de la dernière réunion du G 20.
FITCH
RASSURE SUR LES ETATS-UNIS
Ce
mouvement a déclenché une tempête sur les devises argentine, indienne, turque
et sud-africaine. Si aujourd'hui, le gros de l'ajustement semble s'être
produit, de nouvelles turbulences ne sont pas exclues. Et cela, pour une raison
simple : la quantité de liquidités disponibles sur les marchés financiers est
aujourd'hui telle que le moindre mouvement a des conséquences potentiellement
ravageuses pour les économies. Du fait des politiques ultra accommodantes
menées par les banques centrales britannique, japonaise et américaine depuis le
choc des subprimes, la liquidité mondiale est passée de 7 500 milliards de
dollars en 2007 à près de 18 000 milliards de dollars aujourd'hui
Malgré
tout l'agence de notation Fitch a maintenu vendredi le triple A des États-Unis,
la meilleure note possible, et relevé ses perspectives, de négatives à stables.
Dans un communiqué, Fitch met en avant le règlement, à la mi-février, de la
crise du plafond de la dette fédérale. Les analystes de Fitch s'attendent à ce
que la dette fédérale brute atteigne un pic de 100 % du PIB en 2014 avant de
refluer modérément sur les quatre années suivantes. L'agence indique également
que les États-Unis ont mené à bien une forte consolidation budgétaire, avec un
déficit fédéral ramené à 4 % du PIB en 2013, contre 6,7 % en 2012 et 9,8 % en
2009. Fitch s'attend à ce que la croissance du PIB américain passe de 1,9 % en
2013 à 2,8 % cette année puis 3,1 % en 2015.
BOUYGUES
PLACE VIVENDI DANS UN CORNER
De fait
l'euro a repris légèrement du terrain vendredi face au dollar, dans un marché
relativement calme digérant avant le week-end l'annonce par la banque centrale
américaine d'un possible resserrement anticipé de sa politique monétaire. La
monnaie unique s’échangeait sur la base de 1,3792 dollar. L'augmentation à
venir des taux d'intérêt par la Réserve Fédérale a tendance à rendre sa devise
plus rémunératrice et donc plus attrayante pour les investisseurs spéculatifs. De
plus, le billet vert a profité d'un regain d'intérêt des acheteurs dans un
contexte économique de bonne tenue aux États-Unis, avec de nouveaux indicateurs
encourageants dans l'emploi notamment.
Du côté
des entreprises l’actualité est restée dominée par le dossier SFR. Après que le
Président de l’AMF se soit montré « choqué » par l’opacité du
discours de Numericable, Martin Bouygues a profité de ce « trouble »
pour dégainer une nouvelle offre dont les deux composantes principales sont une
part de cash supérieure de 1,4 milliard d’euros à l’offre concurrente et un
accès immédiat à la liquidité avec la mise en bourse, dès l’opération conclue,
de Bouygues Telecom. En outre Martin Bouygues s’est assuré du soutien de la
Caisse des Dépôts, de la famille Decaux et de François Pinault. Pour Vivendi,
il n’y a pas de sujet dans la mesure où le groupe a affirmé être entré, il y a
une semaine en négociations exclusives avec Altice et Patrick Drahi.
Il reste que
vis à vis du marché, des règles de corporate governance et des actionnaires
individuels, qui ont commencé à s’exprimer par la voix de Colette Neuville,
Vivendi ne peut pas faire fi de l’offre de Bouygues. D’autant que les soupçons
pesant sur la manière dont Jean-René Fourtou aurait fait pencher le comité ad
hoc en faveur de son ami Patrick Drahi sont de pus en pus insistants. Autant
dire que la semaine qui vient pourrait apporter de nouvelles surprises.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Les affaires de la Droite font le jeu du FN, pas de la gauche
09/03/2014 - 08:18
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Le pays paralysé dans l’attente du remaniement
02/03/2014 - 10:10

