WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Valls et Hollande à la recherche d’une majorité perdue
par Yves de Kerdrel

La défection de 41 députés socialistes lors du vote du 29 avril sur la trajectoire budgétaire a constitué un coup de semonce à destination du nouveau Premier Ministre. Mais, selon les informations de Valeurs Actuelles, ce dernier n’entend pas reconquérir la gauche de la gauche, préférant construire une nouvelle majorité alternative avec le Centre. Qui sera déterminante pour le vote du collectif budgétaire et surtout pour le projet de loi de finances pour 2015.

04/05/2014 - 00:01 Temps Lecture 9 mn.

Personne ne s’attendait à voir autant de députés socialistes se désolidariser de leur parti à l’occasion du vote consultatif du 29 avril sur la trajectoire budgétaire envoyée à Bruxelles dés le lendemain. Les comptages réalisés par les uns ou les autres ne donnaient pas plus de 20, voire 25 députés frondeurs composés pour moitié de tenants de la gauche de la gauche et pour moitié de parlementaires « maraboutés » par Martine Aubry. Rien n’y a fait pour les empêcher de s’abstenir. Ni les menaces de sanction de Bruno Le Roux et de Jean-Christophe Cambadélis. Ni les concessions effectuées par Manuel Valls sur les petites retraites. Ni les longues heures de discussions qu’il a prises pour tenter d’apaiser la colère des frondeurs.

Il reste que 41 députés socialistes se sont abstenus. Et si Manuel Valls a pu sauver son vote, ce fût notamment grâce à la mansuétude de l’UDI et même de quelques députés UMP. Si le Premier Ministre a aussitôt décroché son téléphone pour inviter Yves Jégo (président par intérim de l’UDI) à déjeuner, dans l'entourage de Manuel Valls on prend bien soin, pour l’heure d'évoquer toute perspective de renversement d'alliance, et même de glissement de terrain majoritaire. Il n'empêche : la présence de 41 députés socialistes réfractaires constitue un signal d'alarme pour l'exécutif après la déroute des municipales il y a un mois. La ligne économique inchangée de François Hollande et de son nouveau premier ministre ne passe toujours pas auprès de plusieurs dizaines d'élus de leur camp, au-delà de la seule aile gauche traditionnellement réfractaire.

LE POUVOIR FOCALISE SUR LES EUROPEENNES

Au-delà de la fronde anti-Valls, la colère de la majorité se concentre de plus en plus sur François Hollande. Il est jugé coupable du désastre électoral qui a mis à terre beaucoup de maires proches des frondeurs. Il est décrédibilisé aux yeux de nombre de députés. Si bien que beaucoup ont d’ores et déjà tourné la page au point de songer à un autre candidat en 2017. Et si le premier ministre prend toujours soin de se placer dans les pas du président, il prend, en fait de plus en plus ses distances, avec l’Élysée, conscient que le Chef de l’État ne peut que le tirer à la baisse. François Hollande se retrouve donc aujourd’hui dans une position inédite, avec un pouvoir réduit à la portion congrue, celui des chefs des armées, mais une volonté de visibilité qui l’a conduit à être bien trop présent sur l’affaire Alstom.

Désormais l’attention des uns et des autres est focalisée par les élections européennes. L'intérêt pour ce scrutin est nettement moins fort que pour les municipales de mars, mais supérieur de six points aux européennes de 2009, selon un sondage BVA pour l'émission « CQFD » de i-Télé et Le Parisien-Aujourd'hui en France publié hier. Seuls 60 % des Français se disent intéressés par ce scrutin, dont seulement 24 % « très intéressés ». Ils étaient 76 % intéressés par les municipales de mars, et 54 % par les européennes de 2009. L'abstention aux européennes de 2009 avait atteint le niveau record de 59 %. En revanche, 39 % des personnes interrogées se disent « pas intéressées » par le scrutin. Par ailleurs une large majorité des Français, 73 %, souhaite que les électeurs votent sur les enjeux européens lors de ce scrutin.

PAS D’INTERVENTION DE SARKOZY

Selon l’Eurorolling effectué par Paris Match, le Front National est repassé en tête avec 23,5 % des intentions de vote. Ce qui devrait permettre au parti de Marine Le Pen d’envoyer à Strasbourg au moins 20 députés contre 3 en 2009. L’UMP se maintient au niveau de 22 % d’intentions de vote. En revanche le Parti Socialiste ne cesse de reculer. En l’espace de trois semaines il a perdu 3 points avec désormais 18,5 % d’intentions de vote. C’est ce qui a justifié les propos outranciers de la présidente du Front National réclamant une dissolution de l’assemblée nationale au lendemain des européennes.

A l’UMP, comme au Parti Socialiste, on fait peu campagne pour ce scrutin, même si les têtes de liste des grandes régions assurent le minimum nécessaire en termes de meeting. D’aucuns espéraient que Nicolas Sarkozy s’exprime sur l’Europe juste avant le 25 Mai. Mais l’ancien Président de la République qui va retrouver son bureau de la Rue de Miromesnil dés demain, après une longue tournée à l’étranger, n’entend pas pour l’instant sortir de sa réserve. De fait Alain Juppé serait très tenté de jouer un rôle solennel afin d’éviter une forte abstention et un raz de marée du Front National, dont personne ne peut mesurer, dés à présent, les conséquences sur le regard que porteront les investisseurs étrangers à l’égard de la France.

DES MARCHES BOURSIERS ANEMIES

Sur le plan macro-économique la grande question du moment, notamment pour les banquiers centraux concerne la faiblesse de l'inflation, voire un début de déflation. Malgré l'agressivité de leurs mesures non conventionnelles, la hausse des prix reste étonnamment basse dans les pays industrialisés. Surtout dans la zone euro, où elle s'est établie à 0,7 % en avril. Les économistes avancent plusieurs explications : les bas prix de l'énergie, l'ajustement du coût du travail dans les pays du sud de l'Europe et le chômage. Mais il y a aussi sans doute la modération salariale aux États-Unis comme au Royaume-Uni et dans la zone euro (à l'exception de la France).

Dans cette conjoncture, les Bourses mondiales sont restées inertes cette semaine. La décision de la banque centrale américaine de poursuivre la fermeture progressive du robinet à liquidités, en amputant de 10 milliards de dollars (7,2 milliards d'euros) par mois son programme de rachat d'actifs, pour le ramener à 45 milliards est passée presque inaperçue sur les marchés. Idem pour la croissance américaine décevante au premier trimestre, en hausse de seulement 0,1 %, pour cause de météo exécrable. Quant aux chiffres de l'emploi américain, publiés vendredi, ils n'ont entraîné qu'une faible hausse à Wall Street en ouverture de séance même s’ils confirment l’ampleur de la reprise américaine. Il faut noter que le nombre de créations d'emplois aux États-Unis a augmenté en avril au rythme le plus soutenu depuis plus de deux ans. Quant au taux de chômage, il a atteint son niveau le plus bas depuis cinq ans et demi, à 6,3 %, selon les chiffres annoncés par le département du travail.

MONTEBOURG ET L’EQUATION ALSTOM

La Bourse de Paris a tout de même franchi un niveau fatidique, le 29 avril en séance. Elle a brièvement dépassé les 4 500 points, un niveau qu'elle n'avait plus atteint depuis le 2 septembre 2008. Soit quinze jours avant la chute de la banque Lehman Brothers. Aux États-Unis, il aura fallu à peine plus de deux ans au Dow Jones pour retrouver son niveau de la même période. Il faut dire que les marchés américains ont été largement dopés par les initiatives – ou les annonces - de rachat d'actions menées par les groupes américains, Apple en tête, puisque le géant de la high-tech a relevé cette semaine son objectif de rachat de titres de 60 à 90 milliards de dollars.

A Paris, c’est bien sûr le dossier Alstom qui focalise toutes les attentions. Après le vote unanime du conseil d’administration d’Alstom, mardi soir, pour examiner l’offre – non exclusive – de General Electric afin de racheter la branche Énergie du groupe français, les patrons des deux groupes se sont attelés au service après-vente, mercredi. Sur France 2, Jeff Immelt a vanté ses états de service en France et son esprit « d’investisseur de long terme ». Sur TF1, Patrick Kron s’est concentré sur son souci des salariés et s’est justifié sur sa mise en cause par Arnaud Montebourg, qui lui reproche de ne pas l’avoir tenu informé de ses projets. En termes de communication de crise son intervention télévisée est d’ores et déjà considérée comme un modèle du genre tant le patron d’Alstom était à la fois déterminé, humain, respectueux des pouvoirs publics, et à l’aise devant les caméras.

Arnaud Montebourg, de son côté, n’a pas désarmé. Le Ministre de l’Économie considère toujours que l’offre de GE n’est pas satisfaisante. Il veut donc mettre à profit les jours qui viennent pour trouver un schéma alternatif. Tout en restant très vague il a laissé envisager aux députés qu’il souhaitait organiser un partenariat à « 50-50 » sur toutes les activités d’Alstom : l’énergie et les trains. Ses exemples de référence sont l’alliance Safran-GE pour les moteurs d’avions ou encore EADS. Une façon de faire monter les enchères et de gagner encore du temps, pour faire émerger d’autres solutions. A Bercy, on préférerait clairement une alliance franco-allemande qu’une vente à GE. La balle est désormais dans le camp allemand. Mais Siemens est également très conscient des risques liés aux autorités de concurrence, tant dans l’énergie que dans le ferroviaire. D’autant que son grand concurrent européen ABB a indiqué regarder de près la situation.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Manuel Valls veut passer en force malgré la grogne de sa majorité

27/04/2014 - 00:07

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le plan Valls pose plus de problèmes qu’il apporte de solutions

20/04/2014 - 00:00