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Yves de Kerdrel
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Premières tensions entre Valls et Hollande après un mois de cohabitation
par Yves de Kerdrel
Depuis un peu plus d’un mois, la totalité du pouvoir s’est déplacé à Matignon où règne un hyper-premier ministre. Cela ne s’effectue pas sans douleur comme l’a montrée l’affaire d’une nouvelle baisse des crédits militaires. Jean-Yves Le Drian qui avait à la fois un pacte avec Manuel Valls et avec François Hollande s’estime floué par les deux. Quant à Ségolène Royal, elle commence déjà à se positionner pour l’après-Valls au cas où cette cohabitation tournait mal.
La chose est passée complètement inaperçue. En début de semaine la journaliste d’un grand quotidien qui suivait François Hollande dans son déplacement à travers plusieurs pays du Caucase a tweeté cette confidence incroyable du Président de la République : « Cela fait trois jours que j’ai quitté Paris et Personne ne s’en est aperçu en France ». François Hollande n’est donc pas dupe et il a compris à quel point le pouvoir s’était déplacé de l’Élysée à Matignon. Le Palais présidentiel ne sert plus que de lieu de calino-thérapie pour des ministres un peu brutalisés par la méthode Valls.
Cela a notamment été le cas après l’affaire de la révélation d’une nouvelle baisse des crédits militaires de près de 2 milliards d’euros révélée par Xavier Bertrand dimanche dernier. Cette décision a été prise par Manuel Valls en accord avec celui qui n’est plus que le Chef des Armées, François Hollande. Le seul problème c’est que lorsqu’après les municipales le Président de la République a d’abord proposé Matignon à Jean-Yves Le Drian qui s’est effacé au profit de Manuel Valls, le ministre de la Défense s’est assuré que plus aucun coup de rabot viendrait entamer le budget des armées. Et François Hollande lui a alors donné sa parole. Depuis une semaine celui qui était l’un des plus fidèles et loyaux serviteurs du Président de la République n’arrête pas de dire à quel point il a été trahi. Car le nouvel effort qui serait demandé aux militaires pourrait conduire à entamer le budget de la force de dissuasion nucléaire.
HOLLANDE S’ATTAQUE A LA CARTE DE FRANCE
Le prochain sujet d’affrontement entre Manuel Valls et François Hollande va porter sur la réforme territoriale. Le Président de la République a tenu à gérer ce dossier, d’abord en recevant tous les chefs de parti politique. Ensuite en prenant le pays à témoin à travers une grande déclaration solennelle. Selon les informations de WanSquare, c'est dans une douzaine de jours, entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin, que François Hollande pourrait détailler le contenu et le calendrier de la future réforme territoriale. Il ne peut le faire plus tôt en raison des élections européennes du 25 mai prochain. Il ne peut le faire plus tard car le calendrier est très serré dans la mesure où la loi interdit toute modification de la carte électorale un an avant un scrutin. Si les élections régionales ont finalement lieu à l’automne 2015 comme le souhaite Matignon, il faut que la loi réformant la carte de France soit promulguée très vite.
Personne ne connaît encore le contenu définitif de cette réforme. Des entretiens que le Chef de l’État a eus avec tous les leaders politiques, il semble vouloir garder pour objectif de diviser par deux le nombre de régions. Concernant les départements, c’est plus compliqué. François Hollande a lui-même dit tout et son contraire. Puisqu’il a concédé que « Les conseils généraux ont vécu. » Mais en même temps, lors d’un déplacement à Tulle en janvier dernier, il s’était posé en gardien du maintien des départements. Or la jurisprudence du conseil constitutionnel établit qu’une collectivité territoriale ne peut exister qu’avec une assemblée et un budget. Supprimer les conseils généraux reviendrait donc à supprimer les départements.
RAFFARIN EN POINTE AU SENAT
Pour cela, deux voies sont possibles : consulter les Français par référendum ou réunir le Parlement en Congrès et parvenir à y obtenir une majorité des trois cinquièmes. Dans les circonstances actuelles il est inconcevable pour François Hollande de faire un référendum qui sanctionnerait son impopularité. Mais rien ne dit qu’un vote au Congrès apporterait une solution. La droite pourrait faire échouer le projet sans difficulté, d’autant plus que les sénateurs, qui représentent historiquement les territoires sont vent debout contre ce projet, et sont chauffés à blanc par Jean-Pierre Raffarin qui espère ravir la présidence du Sénat en septembre prochain.
Mais dans l’entourage de Manuel Valls certains le poussent à jouer à fond la carte du Congrès, quitte à démissionner si la réforme de la carte de France qu’il a qualifiée de "mère de toutes les réformes" n’est pas approuvée. Dans ces conditions, en termes d’image, il restera tel Mendès-France après six mois à Matignon avec l’image d’un réformiste, entravé par les réactionnaires de gauche et de droite. Ce qui ferait de lui un candidat idéal pour la gauche en 2017. S’il y en a une qui a bien compris tout cela, c’est Ségolène Royal qui a commencé à se placer, cette semaine dans Paris-Match, dans un scénario d’après Valls.
VERS UNE DEBACLE DU PS AUX EUROPEENNES
Dans les jours qui viennent l’actualité va rester dominée par le scrutin européen. Pour l’heure tous les sondages font ressortir une nette poussée du Front National qui devrait ressortir en tête de ces élections (avec 24 % pour les uns ou 22 % pour les autres). Les deux rollings effectués par Paris-Match avec l’IFOP et Le Monde avec Ipsos montrent chaque jour un accroissement de l’écart entre le FN et l’UMP. Quant au Parti Socialiste, il commence vraiment à décrocher depuis une semaine et n’est plus crédité que de 16 à 17 % des intentions de vote. En privé, la plupart des instituts de sondage évoquent l’hypothèse d’un PS à 12 % devancé soit par les verts soit par l’alliance UDI-Modem. L'ancienne présidente du Medef se lance officiellement en politique. Laurence Parisot devrait intervenir aujourd’hui lors d'un meeting de campagne de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) pour les élections européennes, organisé à Saint-Denis.
C’est afin d’éviter une nouvelle gifle électorale que Manuel Valls a subitement doublé le montant du cadeau fiscal à destination des plus bas revenus. Initialement il était prévu de consacrer 500 millions d’euros à soulager fiscalement les ménages les moins aisés. Finalement, alors que les pouvoirs publics ont du mal à établir un plan d’économies de 50 milliards d’euros, c’est un milliard qui sera destiné à compenser les erreurs commises par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Le Premier Ministre tente ainsi de se rallier la gauche de la gauche, même si personne n’est dupe de la manœuvre électoraliste. C’est aussi dans cette logique que s’inscrit le décret préparé par Arnaud Montebourg afin d’inscrire Alstom dans le périmètres des entreprises stratégiques et donc « protégées au nom du patriotisme économique ».
UN DEBUT D’ANNEE CATASTROPHIQUE POUR LA FRANCE
A droite, c’est toujours la plus grande cacophonie sur l’Europe. Surtout après les déclarations jugées excessives d’Alain Juppé à l’égard d’Henri Guaino. Beaucoup à droite ont été très surpris de voir l’ancien premier Ministre au zénith dans les sondages consacrer autant d’énergie à tacler Henri Guaino au nom de la discipline du parti. Alors que lui-même a enfreint il y a un mois cette même discipline en allant soutenir à Boulogne-Billancourt un candidat dissident, qui a échoué dans sa tentative de gagner cette mairie. Quant à Nicolas Sarkozy, il n’est pas tombé dans le piège d’une grande déclaration qui aurait démonétisé sa parole.
Sur le plan macro économique l’événement de la semaine passée a été la surprise de voir la France afficher une croissance nulle pour le premier trimestre. Quelques jours après que le Président de la République ait déclaré que « le retournement était là ». Alors que l’Allemagne a affiché une croissance de 0,8 % sur la même période. Lorsqu’on regarde à la loupe tous les fondamentaux de l’économie française, il n’y a que des points noirs. La demande intérieure se porte mal : les dépenses de consommation des ménages ont reculé de 0,5 point. L'investissement recule de nouveau, et de manière importante (– 0,9 %). Quant aux exportations elles ont ralenti, alors que les importations progressaient. De ce fait, le commerce extérieur a pesé à hauteur de – 0,2 point sur l'évolution de l'activité au début de l'année.
LE RETOUR MAGIQUE DE MARTIN BOUYGUES
Du coté des dossiers industriels, l’actualité reste dense, notamment dans le secteur des télécoms. D’une part avec l’annonce de la probable vente de Virgin Mobile à Numéricâble pour 325 millions d’euros. D’autre part avec les informations portant sur les discussions entamées entre Stéphane Richard et Martin Bouygues au sujet d’un rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom. Cette « fuite » confirmée de toutes parts replace Martin Bouygues au centre du jeu. Celui que tous les médias présentaient il y a six semaines comme le « looser » des télécoms pourrait finalement devenir l’actionnaire de référence d’un des principaux groupes européens du secteur des télécoms.
Il reste à savoir quelles seront les conséquences de ces discussions sur l’évolution du dossier Alstom. Le décret Montebourg oblige General Electric à réfléchir à un scénario alternatif avec des partenaires français. Du coté de Siemens, les études de faisabilité et « d’overlap » se poursuivent. Il se pourrait que les pouvoirs publics amènent Martin Bouygues à être davantage bienveillant à l’égard d’une offre globale de Siemens qu’il l’était jusqu’à présent. Même si chez Alstom, comme aux yeux de nombreux analystes, l’offre de General Electric fait pus de sens.
C’est enfin cette semaine que l’on devrait connaître les résultats du Club Med, qui devraient rester médiocres compte tenu de la conjoncture touristique dans le bassin méditerranéen. La coalition de circonstances constituée entre l’industriel italien Andrea Bonomi qui a acheté près de 9 % du capital et la famille Benetton, pour ne pas apporter leurs titres à l’OPA lancée il y a un an par Fosun et Ardian (ex-Axa Private Equity) pourrait finir de bloquer cette offre. Le problème reste que le développement du Club Med à l’avenir passe forcément par la Chine d’où la nécessité de cette alliance avec Fosun qui était prêt à payer davantage. S’il y a échec de cette OPA ce sera donc à cause de la seule psychorigidité des dirigeants d’Ardian.
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