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Yves de Kerdrel
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Hollande sauvé (pour l’instant) par la bataille à droite
par Yves de Kerdrel
La cote de popularité de François Hollande est désormais au plus bas historique à 16 %. Et le problème, c’est que Manuel Valls est également atteint par la défiance de l’opinion. Alors qu’il va devoir affronter les parlementaires de gauche à l’occasion de la loi de finances rectificative. Heureusement pour la majorité, à droite rien ne va plus. Et le bureau politique du 10 juin pourrait virer au pugilat.
Actuellement, c’est à droite qu’ont lieu la plupart des manœuvres politiciennes. Depuis la démission collective de la direction de l’UMP et son remplacement par le triumvirat d’anciens premiers ministres, le principal parti de droite est tiraillé par de multiples forces centripètes, des jeux personnels, et la volonté de certains de sauver à tout prix cette force politique. C’est pour cette raison qu’Hervé Mariton est sorti très vite de son silence en annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP, arguant notamment de son coté « anti-star », et du fait qu’il est à l’origine de la reconstruction idéologique du Parti.
Mais cette candidature ne va pas de soi. D’abord parce que Alain Juppé et François Fillon, qui ne se parlent déjà plus, s’accusant l’un et l’autre de vouloir mettre la main sur le parti en vue de l’élection de 2017, comptent prendre des initiatives rapides afin de s’imposer. Selon les informations de WanSquare, Alain Juppé, qui revient d’une semaine de vacances, voudrait tenter de s’imposer dés ce mardi 10 juin et faire passer la mesure consistant à interdire au futur patron de l’UMP d’être candidat à la présidentielle. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy, dont l’étoile a largement pâli dans les sondages, pourrait accélérer son retour. L’ancien président de la république parle tous les jours avec Jean-Louis Borloo qui constitue son meilleur allié face à François Fillon et Alain Juppé.
SARKOZY PRÊT A ACCELERER
Le Maire de Bordeaux a flairé le danger. Juste après avoir obtenu le départ de Jean-François Copé, il s’est rendu compte que l'organisation d'un nouveau congrès peut devenir une piste d'atterrissage pour son principal rival. Il tente donc de lui fermer la porte. Mais dans les statuts du parti, rien ne dit que le président de l'UMP ne peut pas se présenter à la primaire. L'article35-3 prévoit seulement qu'il démissionne de ses fonctions plusieurs semaines avant le vote.
Si Nicolas Sarkozy souhaite accélérer le calendrier de son retour, c’est aussi, parce qu’en restant silencieux, les sondages commencent à tourner à son désavantage. A l’inverse, le maire de Bordeaux ne cesse de progresser dans les sondages, au point d'apparaître aujourd'hui comme le principal recours à droite pour 2017. Près d'un quart des Français (23 %) préféreraient voir Alain Juppé prendre la tête de l'UMP, loin devant Nicolas Sarkozy, qui reste toutefois le favori des sympathisants du parti de droite, selon un sondage BVA paru samedi. Selon cette enquête d'opinion menée pour Le Parisien-Aujourd'hui en France et i-Télé, derrière Alain Juppé arrive en tête, Nicolas Sarkozy recueille 14 %, suivi par François Fillon (12 %) et François Baroin (10 %). En revanche, Nicolas Sarkozy se retrouve en tête si on interroge les sympathisants de droite (25 % contre 17 % pour Alain Juppé et 12 % pour François Fillon) ou les seuls sympathisants UMP (28 % contre 19 % pour Alain Juppé et 13 % pour François Fillon).
HOLLANDE FACE AUX FRONDEURS
Dans ce contexte, le Président de la République a retrouvé un peu d’oxygène, d’autant qu’il a pu profiter, en termes d’image, des commémorations du débarquement. Il reste que la grogne reste toujours aussi forte chez les parlementaires de gauche. Contrairement à d'insistantes rumeurs, François Hollande n’a toujours pas prévu de les rencontrer. Rien n'est pour l'heure l'inscrit à l'agenda du chef de l'État. Dans son entourage, on prêche plutôt pour un traitement individualisé et un travail personnalisé, voire en petits comités, plutôt qu'un grand raout installant le président et les groupes parlementaires dans un face-à-face qui, vu le climat, ne serait pas sans risques. Par ailleurs, outre la traditionnelle intervention à l'occasion du 14 Juillet, le Président de la République a l'intention de donner une nouvelle conférence de presse semestrielle. Celle-ci, la quatrième du quinquennat, pourrait donc avoir lieu dans les toutes prochaines semaines.
Il reste que pour Manuel Valls qui peine à produire des résultats, la discussion concernant le projet de loi de finances rectificative (qui sera présenté mercredi) pourrait s’avérer dangereuse face à des frondeurs qui s’organisent progressivement.
Lors du vote du 29 avril il a manqué 41 voix socialistes. Certains parlent maintenant d’un potentiel de 70 abstentionnistes. Du coup, Rue de Solferino, Jean-Christophe Cambadélis surveille les frondeurs et veut les empêcher de franchir la ligne rouge.
Un contre-groupe de 21 députés socialistes dits « réformistes » s'est constitué sous la houlette de Jean-Marie Le Guen, proche de Manuel Valls devenu secrétaire d'État aux relations avec le Parlement. Les textes budgétaires de l'été seront en tous cas le premier vrai moment de vérité pour ces socialistes radicalisés.
LA FRANCE AU RALENTI POUR MARKIT
Au chapitre économique, les nouvelles ne sont pas plus favorables de semaine en semaine. L'activité dans le secteur privé en France est repassée dans le rouge en mai après deux mois de reprise poussive, selon les résultats définitifs de l'enquête publiée, il y a quelques jours, par le cabinet Markit. Son indice final composite, qui combine les résultats de l'industrie et des services, est ressorti à 49,3, contre 50,6 un mois plus tôt, un niveau inférieur à la barre de 50 points, qui marque la frontière entre la contraction et la reprise économique. C'est du côté des services que la contraction de l'activité a été la plus forte. La France continue donc d'enregistrer des performances inférieures à celles de ses voisins de la zone euro. Elle est le seul pays couvert par l'enquête de Markit dont l'indice PMI pour le secteur de l'industrie est en zone de contraction, soit en dessous de 50 points.
Mais l’événement de la semaine, voire de l’année, a été la dernière réunion de la Banque centrale européenne. Celle-ci a annoncé un package de mesures pour contrer le risque déflationniste et tenter de relancer le crédit. Au programme, notamment : la baisse du taux directeur de 0,25 % à 0,15 %, le passage en territoire négatif du taux de dépôt et deux méga-prêts (les TLTRO, des opérations ciblées de refinancement à long terme) de 400 milliards d'euros aux banques, histoire de les inciter à distribuer plus de crédits. En fait la BCE s’est limitée à des mesures purement conventionnelles évitant les rachats de titres publics, auxquels les allemands se sont bien sûr opposés.
LE TRISTE EXEMPLE JAPONAIS
Officiellement le package de la BCE a pour objectif de créer un choc de confiance. Convaincre de sa détermination en déployant une gamme complète d'outils. Et ce, pour que les anticipations d'inflation des marchés se redressent. Que les entreprises reprennent de la vigueur et gonflent leurs investissements. Que les ménages se remettent à croire à des lendemains meilleurs et consomment. Il y a, dans la politique monétaire actuelle, quelque chose qui relève de la psychologie des foules. Il reste que ce qu’elle a fait a surtout constitué à acter la déflation qui gagne l’Europe. Et le passage en territoire négatif des taux de dépôts fait penser au triste exemple japonais.
Sur la semaine, le CAC 40 a grimpé de 1,36 % et retrouvé ses niveaux de juin 2008, trois mois avant l’implosion de la banque Lehman Brothers. Le DAX allemand a franchi en séance vendredi le seuil des 10 000 points, tandis que les Bourses de Milan et de Madrid, traditionnels « maillons faibles » de la zone euro, gagnaient respectivement 3,05 % et 2,46 % en cinq jours. Et outre-Atlantique, le Dow Jones comme le S&P 500 ont franchi de nouveaux records historiques.
UNE NOUVELLE BULLE OBLIGATAIRE
Jeudi 5 juin, Mario Draghi a tenu une phrase sibylline : « We aren’t finished here » (« nous n’en avons pas terminé »). Ce qui peut se comprendre : nous avons encore d’autres mesures dans notre besace pour contrer l’inflation basse, qui obère la croissance et handicape l’économie. D’autres interprètent cela comme le début d’un combat qui sera long et difficile contre cette vague déflationniste qui frappe le vieux-continent.
Conséquence du nouveau record de faiblesse atteint par le rendement de l’OAT, le spread (l’écart) avec le Bund allemand s’est considérablement réduit. Il évoluait depuis plusieurs semaines entre 40 et 50 points de base et depuis l’annonce du paquet de mesures de la BCE, il n’a cessé de se réduire pour atteindre 32 points de base en fin d’après midi. Mais, selon les indications recueillies par WanSquare, ce n’est pas un phénomène franco-allemand, c’est un phénomène plus global qui n’est le reflet que d’une surabondance de liquidités. Il y aurait donc une bulle obligataire en train de se former qui constitue une menace de plus pour l’environnement économique.
SIEMENS ET L’ARLESIENNE
Du côté des affaires, l’actualité se concentre toujours sur le dossier Alstom. Le patron de Siemens France a promis que le conglomérat allemand déposerait une offre avant le 16 juin. En Allemagne les évènements sont vécus de manière un peu différente. Le dossier est traité strictement entre le président du directoire et le responsable des fusions et acquisitions du groupe, qui agissent avec beaucoup de prudence. Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale, semble avoir remplacé François Henrot, dans le rôle de principal conseiller – coté français - des dirigeants du groupe allemand. Mais du côté des pouvoirs publics, on semble ne plus croire tellement à la faisabilité d’un schéma Siemens-Alstom.
L’autre gros dossier concerne naturellement l’amende que la justice fédérale américaine négocierait avec BNP Paribas. Emmanuel Macron qui a plaidé pour que les pouvoirs publics prennent ce dossier à bras le corps a été entendu. Le seul problème c’est que François Hollande comme Michel Sapin ont cru qu’il suffisait d’intervenir dans les médias. Alors que c’est ce que détestent les américains. Contrairement à ce qu’a laissé entendre Barack Obama une négociation est possible. Le tout est de le faire sans le dire. Alors que les français parlent beaucoup sans rien faire de très concret.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
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