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Yves de Kerdrel
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La France s’enfonce dans la crise économique et politique
par Yves de Kerdrel
Pierre Gattaz a jeté un pavé dans la mare en disant la semaine passée tout haut, ce que tout le monde pense tout bas : à savoir que la situation de la France est catastrophique. Depuis les dernières statistiques du chômage, celles de l’Insee et de Markit montrent bien que la France s’enfonce dans la crise davantage que tout ce qui était craint. Et cela à un moment où le pouvoir perd pied face à sa majorité, face à ses voisins européens et face à la rue.
Drôle d’été que celui-ci. De mémoire d’homme, c’est la première fois qu’au plein milieu de la saison estivale, Paris donne l’image de scènes de guerre, dont la presse internationale s’est naturellement délectée. Que le gouvernement ait décidé d’interdire des manifestations, c’est son droit. Mais qu’il n’ait rien fait pour faire respecter ces interdictions a choqué en France comme à l’étranger. De la même manière qu’une trentaine de parlementaires socialistes plus des personnalités comme la vice-présidente du Sénat aient participé mercredi dernier à une manifestation autorisée où certains hurlaient des slogans antisémites est plus que choquant, même si les médias ont manifestement mis une chape de plomb sur les dérapages d’une gauche « forcément morale » comme disait Marguerite Duras.
A l’Élysée, plus personne n’est capable de maitriser la situation explosive en France liée au conflit israélo-palestinien. La preuve figure sur le site internet de l’Élysée où figurent deux communiqués. Le premier indiquant que François Hollande a appelé le premier ministre israélien pour l’assurer de son soutien face aux attaques inadmissibles des palestiniens. Le second indiquant avec les mêmes termes que le Chef de l’État a appelé le représentant de l’autorité palestinienne pour l’assurer de son soutien et condamner les attaques d’Israël. L’exécutif ne sait plus où il habite. C’est ce qu’a très bien ressenti la rue. Voilà pourquoi les scènes d’intifada vécues à Paris ou à Sarcelles risquent de se poursuivre avec de surcroit la participation de jeunes et de casseurs livrés à eux-mêmes dans la torpeur de l’été.
HOLLANDE COMMENTATEUR DE SON INACTION
Ce n’est pas à cause de ces évènements que François Hollande a annulé une tournée sur l'île de la Réunion à Mayotte et au Comores, mais en raison de l'annonce de la disparition du vol AH 5017 d'Air Algérie, jeudi 24 juillet. Après avoir pataugé sur ces manifestations, le Chef de l’État ne pouvait se permettre de donner l'image d'un président déconnecté, au bord de la mer à des milliers de kilomètres. Il a donc pris en main la gestion des événements depuis l'Élysée. Une cellule de crise a été mise en place avec le premier ministre, Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve, Frédéric Cuvillier, le général Benoît Puga, le conseiller diplomatique Jacques Audibert, le secrétaire général de l'Élysée, Jean-Pierre Jouyet, et le responsable de la communication, Gaspard Gantzer.
La gestion de cette séquence était destinée à rompre avec l’image désastreuse d’un François Hollande simple commentateur de son inaction, comme il l’a été le 14 juillet, puis le 21 juillet à l’occasion du diner annuel de l'Association de la presse présidentielle. C’est à cette occasion qu’il s’est violemment emporté contre le Président du Medef qui avait qualifié la situation du pays de « catastrophique ». Ce que démontrent pourtant les derniers indices publiés.
FILLON DE PLUS EN PLUS SEUL
La droite, elle semble déjà partie en vacances. Même si les « boules puantes » continuent à sortir des placards de l’UMP, avec la semaine dernière la révélation que François Fillon a utilisé pour près de 300.000 euros d’avions privés en l’espace de quelques jours en 2009 puis en 2010. D’autres révélations sont attendues dans les prochains jours visant toutes les chapelles de l’UMP. Mais l’ancien Premier Ministre se montre plus nerveux ces derniers jours. D’abord parce que sa cote de popularité ne remonte pas chez les sympathisants UMP. Ensuite parce que plusieurs de ses amis commencent à prendre leurs distances avec lui. Gérard Larcher, filloniste déclaré, a ainsi récemment repris contact avec Nicolas Sarkozy.
L’ancien Président de la République qui termine son séjour au Cap Nègre avant de poursuivre ses vacances au Maroc, puis à Bali, n’a toujours pas pris sa décision, en dépit des suppliques qui lui parviennent. Il remarque que sa mise en examen n’a rien changé au regard que les français portent sur lui et sur sa capacité de leadership que personne d’autre à droite ne peut revendiquer. Quand il aura pris sa décision, sans doute au début du mois de septembre, il est probable que l’annonce de son retour ne se fasse pas par les médias traditionnels, mais par un grand rassemblement de jeunes.
UNE RENTREE BIEN CHARGEE
Après une année marquée par deux élections, l'adoption de textes majeurs, tels que la loi sur le non-cumul des mandats ou la réforme territoriale, et des débats budgétaires houleux, le Parlement a fermé ses portes pour l'été, jeudi dernier. Il les rouvrira en deux temps, d'abord à l'Assemblée pour la session extraordinaire de septembre (prévue du 8 au 20), puis au Sénat, après les élections sénatoriales du 28 septembre. Dés la rentrée, les députés auront à plancher sur la proposition de loi socialiste relative aux taxis et aux véhicules de transport avec chauffeur, que le Sénat a légèrement amendée et qui nécessite un dernier vote conclusif des deux assemblées, ainsi que sur le projet de loi sur la simplification de la vie des entreprises, adopté en première lecture par l'Assemblée, mais qui devra être examiné au Sénat. Mais c'est le texte sur la transition énergétique qui est très attendu pour la rentrée. Politiquement sensible, ce projet de loi devrait être examiné par une commission spéciale à l'Assemblée et pourrait compter jusqu'à cinq rapporteurs, afin de respecter toutes les sensibilités. Également générateur de débat, le texte sur l'adaptation de la société au vieillissement occupera également les parlementaires à l'automne.
Du coté de la situation économique, rien de bon concernant la France. Selon l’Insee le climat des affaires dans l'industrie manufacturière s'est stabilisé en juillet et est resté similaire dans l'ensemble des secteurs économiques sur cette période. L'indicateur qui synthétise le moral des industriels français s'est établi à 97, demeurant en dessous de sa moyenne depuis 1976 (100). Dans l'ensemble des secteurs, il gagne trois points dans le commerce de détail et deux points dans les services. En revanche il perd deux points dans le bâtiment et trois points dans le commerce de gros.
L’ECONOMIE TOUJOURS EN CONTRACTION
A coté de cela, l'activité a continué de se replier dans le secteur privé français en juillet, mais sur la base d'un taux de contraction moins marqué qu'en juin, montre la dernière enquête PMI de Markit. L'indice composite flash de l'activité globale en France s'est redressé à 49,4 ce mois-ci, contre 48,1 en juin. Dans les services, l'indice flash de l'activité de services s'est établi à 50,4 en juillet, au-dessus de la barre des 50 points marquant une croissance de l'activité. L'indice flash de la production manufacturière se replie en revanche à 45 contre 47,6 au mois de juin, ce qui constitue un nouveau plus bas de 15 mois. Pour Markit, le secteur privé français reste ancré en contraction en ce début de troisième trimestre. Très loin des espoirs de reprise annoncée par le Chef de l’État.
Le plus grave reste que le chômage a encore augmenté en juin. Selon les chiffres publiés par Pôle emploi et le ministère du travail le nombre de demandeurs d'emploi sans aucune activité (catégorie A) a progressé de 10 300 personnes sur la France entière. Le nombre de chômeurs sans aucune activité progresse de manière quasiment ininterrompue depuis avril 2011 et s'établit en juin à 3 662 100 inscrits, un nouveau record. En comptant les chômeurs ayant eu une activité réduite (catégories A, B et C), les chiffres ne sont pas meilleurs. Le nombre d'inscrits des ces trois catégories agglomérées progresse ainsi de 23 100 personnes, pour s'établir à 5 343 100 demandeurs d'emploi, là aussi un nouveau record.
L’EMBARRAS DU CLUB MED
Du coté des affaires l’activité reste forte avant la pause aoutienne. C’est en principe dans les tous prochains jours que le CSA devrait rendre son verdict sur l’éventuel passage en clair de LCI. Une solution dont les chances semblent s’être amenuisées au cours des tous derniers jours selon des proches du dossier. C’est la raison pour laquelle le trio d'hommes d'affaires Pierre Bergé - Xavier Niel - Matthieu Pigasse, par ailleurs actionnaires du groupe Le Monde se serait déclaré prêt à reprendre la chaîne si le CSA ne lui accorde pas le passage en gratuit. Cette démarche répond à l'objectif du trio, qui est de bâtir un groupe de médias indépendant.
Sur le dossier Club Med, le camp italien continue de marquer des points. Puisque le conseil d'administration, réuni vendredi 25 juillet, a recommandé l'offre de l'homme d'affaires italien. Dans son avis, le conseil estime que la proposition d’Andrea Bonomi est « conforme aux intérêts des actionnaires ». Il la recommande donc à l'unanimité aux actionnaires du Club « qui privilégient la liquidité ». Cependant les experts mandatés par le conseil ont émis des réserves. Faute d'avoir obtenu des italiens tous les éléments nécessaires, principalement un business plan chiffré. Les experts du cabinet Roland Berger notent que les « deux projets industriels paraissent très similaires et s'inscrivent dans la continuité de la stratégie actuelle (du groupe) et de ses fondamentaux. » Toutefois, selon eux, le projet Bonomi se distingue en voulant agir « sur des leviers perçus comme insuffisamment exploités par le Club Med ». En pratique, l'homme d'affaire italien a pour objectif d'accroître la clientèle française. Une stratégie qui n'est pas celle du PDG du groupe qui a axé le redressement du Club Med sur une montée en gamme couplée à un développement en Asie et principalement en Chine.
UNE SOLUTION POUR LA CNP ?
Après l'avis du conseil d'administration, la contre OPA doit encore recevoir l'aval de l'Autorité des marchés financiers pour être validée. Avec ce feu vert, elle pourrait débuter autour du 5 août pour s'achever vers la mi-septembre. Cela laisse au tandem Ardian-Fosun le temps d'organiser la contre-offensive s'il le souhaite. Vendredi, Fosun a choisi de convertir des obligations, les fameuses océanes, en actions du Club Med, ce qui porte sa participation au capital du Club à 10,4 %. Contre près de 11 % pour Andrea Bonomi. Dans un courrier aux administrateurs, le groupe chinois a assuré réfléchir sereinement aux options envisageables. Quant à Ardian (l’ex-Axa Private Equity à qui le Club Med doit cette situation pour avoir refusé l’an passé un juste prix pour l’OPA) il a assuré étudier le dossier avec son partenaire.
Dernier gros dossier du moment, celui des relations entre CNP Assurances et ses principaux actionnaires : la Caisse des dépôts et consignations, La Poste et le groupe BPCE. François Pérol le patron de ce dernier souhaite reprendre sa liberté vis-à-vis de la CNP pour développer sa propre activité d'assurances au sein de la filiale de BPCE Natixis sans pour autant déstabiliser cette institution dont BPCE détient 18,1 % du capital. Le contrat commercial actuel arrive à échéance le 1er janvier 2016, tout comme le pacte d'actionnaires. Selon nos informations, après de longues et difficiles discussions les grandes lignes d'un projet d'accord pourraient être présentées au conseil d'administration de la CNP mercredi prochain, puis au conseil de surveillance de BPCE le lendemain.
D'après le projet d'accord, une fois leurs liens commerciaux dénoués, la CNP continuerait à fournir BPCE en produits d'assurance emprunteur (ces assurances contractées avec les crédits immobiliers ou à la consommation). Ils seraient distribués dans le réseau des Caisses d'épargne, comme c'est le cas aujourd'hui, mais aussi dans celui des Banques populaires et au Crédit foncier de France. Le second point porte sur la mise en place d'un dispositif visant protégeant la CNP d'un éventuel transfert de ses encours d'épargne par Natixis. François Pérol aurait fait des avancées significatives sur ce point précis. Ensuite il est probable que le capital de la CNP évoluera. Ce qui devrait faire les affaires de La Poste qui la regarde avec les yeux de Chimène.
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