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Yves de Kerdrel
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François hollande va tenter de rebondir sur fond de terreur islamiste
par Yves de Kerdrel
Le terrible attentat qui a ensanglanté une fois encore le Pays recrée naturellement un climat d’unité nationale qui va permettre de calmer le jeu concernant la loi sur le renseignement. Ce climat, François Hollande compte bien en profiter, au moins jusqu’au 14 juillet de manière à se poser en président protecteur, mais aussi désireux d’agir jusqu’aux prochaines élections présidentielles.
L’odieux attentat barbare qui s’est produit vendredi matin dans l’Isère sur fond de décapitation du patron de l’entreprise où travaillait le terroriste, avec en plus en arrière-plan les dégâts qu’aurait pu commettre ce salafiste dans un dépôt de gaz industriels s’il n’avait échoué dans son entreprise criminelle a placé de nouveau la France dans un état de sidération. Comme après les évènements des 7, 8 et 9 janvier dernier. Et alors que l’on venait d’apprendre que le terroriste arrêté au moment où il s’apprêtait à viser une église de Villejuif comptait également faire sauter un train bondé et le Sacré-Cœur de Montmartre comme l’a révélé son ordinateur.
Dans ces conditions les querelles partisanes se sont tues au moins quelques instants et le Chef de l’État a repris les choses en main réunissant à deux reprises un conseil restreint de défense. Ce qui a également de faire oublier l’affaire d’espionnage de nos présidents de la république par la NSA américaine révélée en début de semaine par Wikileaks, un événement chassant l’autre. De fait comme il l’avait annoncé le 19 avril dernier, François Hollande a saisi le Conseil constitutionnel jeudi pour qu’il se prononce sur la loi relative au renseignement que le Sénat et l’Assemblée nationale ont définitivement adoptée les 23 et 24 juin. C’est la première fois qu’un président de la République fait usage du deuxième alinéa de l’article 61 de la Constitution qui lui permet de déférer une loi au Conseil avant sa promulgation.
LES HABITS DE PRESIDENT-PROTECTEUR
Ce contexte va également avoir un impact sur l’intervention du Président de la République à l’occasion du 14 juillet. D’autant qu’à l’occasion de la traditionnelle parade militaire défileront le Raid et le Gign. Le chef de l'État, qui devrait intervenir à la télévision, sur TF1 et France 2 en profitera pour défendre son bilan et tenter de renouer avec une opinion qui s'est détournée de lui. Selon un dernier sondage Ipsos pour Le Point, il recueille 77 % d'opinions défavorables en juin. Le chef de l'État a commencé à préparer cet exercice samedi dernier, lors de son déjeuner hebdomadaire avec sa garde rapprochée. Sur la forme, l'Élysée n'a pas choisi d'innover. Comme chaque année, le Président depuis l'Élysée, dans une pièce du palais ou dans les jardins avec une réalisation confiée à Tristan Carné, pilier du Grand journal de Canal +.
Sur le fond, François Hollande va chercher à revêtir les habits de président-protecteur. Ce qui l’amènera à faire un point sur la lutte contre le terrorisme, à l'intérieur et à l'extérieur des frontières, six mois après les attentats de janvier et juste après celui de l’Isère et les évènements de Sousse en Tunisie. Un sujet qui compte désormais parmi les premières préoccupations des Français. Le président, qui s'est lancé dans une précampagne officieuse en se démultipliant sur le terrain, répondra aussi aux inévitables questions politiques, à moins de deux ans de la présidentielle. Le chef de l'État, qui a lié sa candidature à une baisse du chômage, se prépare par ailleurs à répondre aux questions sur sa promesse d'inverser la courbe. Il tentera de convaincre les Français qu'une inversion est possible d'ici à 2017.
LES MANŒUVRES ELECTORALES DE HOLLANDE
Le Président de la République qui est reparti en campagne électorale depuis la mi-mai tente également de soigner tous ceux qui à gauche seraient tentés de parasiter sa candidature. Selon les informations de WanSquare, mercredi dernier il a terminé sa journée par un apéritif avec une poignée d'élus écologistes sur la terrasse de l’Élysée. Autour de la table on pouvait apercevoir Jean-Vincent Placé, les députés François de Rugy et Barbara Pompili et la patronne d'EELV, Emmanuelle Cosse. Le chef de l'État s'est inquiété devant eux d'un éparpillement des candidatures à gauche en 2017. Il a également fait allusion à la compétition entre de possibles candidats, tous soucieux d'incarner la « vraie gauche » face à la ligne sociale-démocrate du gouvernement : à savoir, Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, Clémentine Autain, et même Arnaud Montebourg qui a qualifié la politique de l'exécutif de désastre.
En fait selon l’entourage du Président, celui-ci espère toujours pouvoir empêcher une candidature écologiste en 2017 et élargir sa base politique aux Verts et à l'aile gauche du PS à l'occasion d'un remaniement post-régionales. En revanche, il ne se fait guère d'illusions sur la gauche radicale. François Hollande sait que Jean-Luc Mélenchon sera dans une opposition dure jusqu'à la fin du quinquennat. Par ailleurs le locataire de l’Élysée a pris connaissance il y a quelques jours d’un sondage inquiétant. En trois ans, il aurait perdu 18 points dans les intentions de vote des enseignants pour la présidentielle de 2017. Le principal bénéficiaire à gauche de ce recul sensible est bien sûr Jean-Luc Mélenchon, qui, dans le même temps, passe de 11 % d'intentions de vote à 15 %.
SARKOZY EN PANNE FACE A JUPPE
A droite, le climat est toujours calme en dehors de quelques bisbilles sur la préparation des régionales et l’organisation des primaires. Si les Républicains ont passé haut la main l'épreuve du feu électoral en remportant quatre des cinq municipales partielles du week-end dernier, leur patron, Nicolas Sarkozy continue de perdre du terrain par rapport à son principal concurrent, Alain Juppé. Les deux derniers sondages sur les intentions de vote à la primaire montrent une progression du maire de Bordeaux, grâce à l'électorat centriste mais pas seulement. Dans le camp de ce dernier on se garde de tout emballement avec les yeux rivés sur un travail de long terme qui sera scandé par la publication de quatre livres chez Lattès. Alain Juppé doit sortir en août un livre sur l'éducation, avant en janvier un autre sur l’État régalien et au printemps 2016 un troisième sur l’économie avant de conclure par un livre récapitulatif et programmatique.
Du côté de Nicolas Sarkozy on reconnaît que ce dernier garde une puissance de feu importante, et que son statut de chef de parti lui procure un avantage institutionnel, mais aussi quelques inconvénients. Le fait de remettre la machine en ordre de marche n'est pas très valorisant. L’ex-Chef de l’État n’ignore rien de tout cela et sait qu’il aura un an pour prendre de la hauteur, aller davantage au contact de tous les Français et pas seulement des militants. Le passage d'une séquence à l'autre est programmé après les régionales de décembre, qui devront, si tout se passe comme prévu par l'ancien président, parachever la reconquête des territoires par les Républicains.
L’IMPASSE GRECQUE
Après des mois de négociations entre Nicolas Sarkozy et Jean-Christophe Lagarde, son homologue de l'UDI, le bureau politique des Républicains a adopté, mardi après-midi, les grandes lignes de l'accord entre les deux formations en vue des régionales. Les Républicains et l'UDI présenteront dans toutes les régions des listes d'union de la droite et du centre. La confédération centriste obtient, comme prévu, les trois têtes de listes en métropole qu'elle désirait. Hervé Morin, le patron du Nouveau Centre, mènera le combat en Normandie. Philippe Vigier, le président du groupe UDI à l'Assemblée, conduira la liste en région Centre. L'ancien ministre François Sauvadet emporte le bras de fer face à son concurrent Alain Joyandet. Si cet accord a été largement approuvé par les instances du parti, il y a eu quelques grincements de dents, notamment de la part de Jean-Pierre Raffarin, Hervé Mariton et surtout Jean-François Copé qui s’est inquiété des largesses faites à une UDI qui ne représente pas grand chose
Sur le plan économique le principal dossier reste évidemment celui des négociations avec la Grèce. Cela devait l’objet de la réunion hier de l’Eurogroupe. Mais après l’annonce du premier ministre grec, Alexis Tsipras, de prononcer à un référendum le 5 juillet prochain la réunion de l'Eurogroupe a été suspendue. La banque centrale européenne doit étudier avec Athènes comment éviter une panique bancaire lundi.
Car les ministres des Finances de la zone euro ont refusé hier de prolonger une nouvelle fois le programme d'aide grec au-delà du 30 juin, contrairement à ce que réclamait Athènes, ont indiqué plusieurs sources concordantes.
L’ECHEANCE DU REFERENDUM
De son coté, l’opinion grecque est très remontée. Les créanciers demandaient à Athènes de dégager un surplus primaire de 1 % du produit intérieur brut du pays en 2015, 2 % en 2016, 3 % en 2017 et 3,5 % en 2018. Ils proposaient, pour application au 1er juillet, une réforme de la TVA, avec un objectif de rentrées fiscales équivalant à 1 % du PIB. Il s’agissait d’introduire trois niveaux de taux, dont un à 23 % pour la restauration et l’hôtellerie. Athènes devrait aussi mettre sur les rails une réforme des retraites. Applicable au 1er juillet, cette réforme comportait des mesures significatives, comme la limitation des départs en préretraites, ou la suppression progressive d’une prime pour les petites retraites, d’ici à décembre 2019.
Devait également être mis sur la table de l’Eurogroupe, samedi, un package financier, avec une extension de l’actuel plan d’aide financière à la Grèce de cinq mois et des prêts pour un total de 15,5 milliards d’euros. Il s’agissait d’un recyclage des prêts encore à verser à la Grèce par le FMI (3,5 milliards d’euros), plus 3,3 milliards d’euros liés aux profits réalisés par la BCE sur les obligations grecques en 2014 et en 2015. Et 8,7 milliards d’euros provenant d’une enveloppe de 10,9 milliards d’euros destinée initialement à recapitaliser les banques grecques en cas de coup dur. Ces sommes ne serviraient, vu les montants, qu’à rembourser les échéances dues par la Grèce, dans les mois qui viennent, au FMI (1,6 milliard le 30 juin, puis 1,5 milliard en septembre, et à la BCE, près de 8 milliards cet été). Autant dire que la situation semble plutôt s’assombrir de ce côté là.
UN KRACH BOURSIER EN CHINE
Si les marchés européens sont restés sereins, jusqu’à présent, face au dossier grec, ils pourraient réagir la semaine prochaine au début d’explosion de la bulle chinoise. Quelque 2000 valeurs ont chuté de près de 10 % en une séance. Les Bourses de Shanghai et Shenzhen ont vécu vendredi la pire journée depuis 2008. Inquiets depuis quinze jours déjà, les investisseurs, pour l’essentiel des particuliers, ont cédé à la panique. En deux semaines, les places chinoises ont déjà plongé de près de 20 %. D’autant plus qu’environ 5 % de la capitalisation boursière en Chine est financée ainsi à crédit. Si bien qu’en cas de forte baisse, les brokers obligent leurs clients à vendre vite, à tout prix, pour limiter les pertes, quitte à alimenter un mouvement de panique et à accélérer le plongeon du marché.
Du côté du business la semaine a été marquée par le dossier Bouygues Telecom et l’offre d’achat de Patrick Drahi que le conseil de Bouygues a rejetée après moins de deux heures de discussion. D’abord parce que l’offre n’était sécurisée ni sur le plan de l’anti-trust, ni sur celui du financement, ni en matière sociale. Or Martin Bouygues qui est très échaudé par les blocages bruxellois sur le rapprochement General Electric-Alstom ne voulait pas se retrouver dans la même situation. Bien sûr c’est Grégoire Chertok, associé-gérant de Rothschild qui l’a conseillé sur ce dossier, même si François Henrot, toujours associé-gérant de la même maison a fait profiter son ami Patrick Drahi de conseils non rémunérés afin d’éviter le conflit d’intérêts.
Quant au dossier Areva qui n’en finit pas de traîner, c’est désormais en raison de l’amateurisme du Ministre de l’Économie, Emmanuel Macron qui a dessaisi le Patron de l’APE de ce dossier, mais qui peine à trancher. D’autant plus que si la solution de scission en faveur d’EDF est tentante sur le plancher, elle est dramatique pour l’autre partie d’Areva qui va perdre une grosse partie de son cash-flow. Sans compter les questions de valorisations des actifs qui posent des problèmes à la fois pour EDF et pour Areva dans la mesure où ces deux sociétés disposent d’actionnaires minoritaires.
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