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Sarkozy retrouve une stature ...et Hollande s'en construit une
par Yves de Kerdrel

La cote de popularité présidentielle remonte doucement mais sûrement. Ce qui témoigne d'un mouvement de fond, assurent les sondeurs, lié à la rareté de sa parole, à son allure davantage présidentielle et à ses déplacements en province. Impossible pour l'instant de mesurer l'effet DSK ni sur la droite, ni sur la gauche, qui affiche une cote de popularité étonnament élevée.
12/06/2011 - 07:54 Temps Lecture 6 mn.
Lors des dernières réunions du dimanche soir à l'Elysée, l'ambiance était plutôt au beau fixe parmi le cercle restreint des participants : Patrick Buisson, Pierre Giacometti, Jean-Michel Goudard, Claude Guéant de temps à autre, Brice Hortefeux, Franck Louvrier et bien sûr Nicolas Sarkozy. Car cela fait désormais quatre mois que la cote de popularité du Président de la République s'est arrêtée de baisser et commence même à remonter. Bien sûr en popularité pure et non en capacité à diriger le pays, Nicolas Sarkozy est encore loin derrière François Hollande, Martine Aubry et même Jean-Louis Borloo. Bien sûr le Journal du dimanche de ce jour publie encore un sondage où Nicolas Sarkozy se voit éliminé dés le premier tour, laissant Martine Aubry face à Marine Le Pen au second tour. Mais ce qui importe dans cette inversion de tendance, c'est que la nouvelle stratégie d'image présidentielle semble donner les résultats escomptés. Une stratégie faite de "parole rare", d'occupation du terrain international ; ce qui s'est encore vu récemment avec le G8 et qui devrait se voir bientôt avec un déplacement surprise à Bengazi en Libye. Bernard-Henri Lévy a été reçu discrètement à l'Elysée cette semaine pour mettre au point cette visite éclair. A cela se sont ajoutés les multiples déplacements en province au rythme de deux par semaine. Il reste aujourd'hui moins de dix départements français où Nicolas Sarkozy ne s'est jamais rendu. Enfin, il ne faut pas oublier la subtile communication faite autour de la grossesse de Carla Bruni.. LE MATCH BAROIN-PECRESSE Tout cela encourage Nicolas Sarkozy et ses communicants à poursuivre dans cette voie de labourage du pays. Ce qui n'empêchera pas le Président de la République de tenir, ce mercredi, sa quatrième conférence de presse du quinquennat sur le bilan du Grand Emprunt. A la fin de cette année 22 milliards d'euros - sur les 35 alloués - auront été engagés par le Commissaire Général à l'Investissement, René Ricol. Une prise de parole présidentielle sur ce sujet aura le mérite de mettre fin au volet fiscal qui a agité les parlementaires. François Baroin a multiplié les prises de position sur la crise de l'Euro, se positionnant, de facto, comme un successeur naturel à Christine Lagarde. Si l'hypothèse Le Maire semble être exclue, un fort lobbying est en oeuvre pour pousser Valérie Pécresse à Bercy. D'autant qu'elle a pour atout d'être une femme - pour remplacer Christine Lagarde - et d'avoir un très bon bilan à la tête de son ministère. Certains voient cependant derrière les manoeuvres qui la poussent, la main du cercle des Economistes où participent notamment Jean-Hervé Lorenzi et Dominique Roux, le père de Valérie Pécresse. Ce qui pourrait inciter Nicolas Sarkozy à préférer en fin de compte François Baroin, dans le cadre d'une "république irréprochable". ROYAL SE RAPPROCHE DE HOLLANDE Du côté des socialistes, la semaine passée n'a guère apporté d'éléments nouveaux. Martine Aubry cherche toujours le moyen d'imposer sa candidature. Mais son entourage ne cache pas qu'elle est très gênée par la forte montée en puissance de François Hollande, que Ségolène Royal est désormais prête à soutenir. Surtout le député de Corrèze bénéficie du soutien de Jacques Chirac, ce qui lui donne une stature nationale que la première secrétaire du parti Socialiste n'a toujours pas. En outre, dans ses manoeuvres afin d'obtenir des ralliements d'anciens disciples de DSK, elle semble désormais pâtiner et doit se contenter de Laurent Fabius. Ce qui représente peu de divisions, surtout parmi les votants potentiels lors des primaires. Pierre Moscovici réserve encore sa réponse sur un ralliement, voire sur sa propre candidature. Et de plus en plus de ténors, comme Jérôme Cahuzac, le président de la Commission des Finances, ont commencé à faire savoir qu'ils ne se rallieraient à aucun candidat. Dans ce cas de figure, François Hollande a de bonnes chances de creuser un peu plus l'écart avec la fille de Jacques Delors. MARCHES DEBOUSSOLES Au centre, plus les jours passent, moins Jean-Louis Borloo apparaît comme sérieux. Un jour on apprend qu'il flirte avec Nicolas Hulot. Un autre jour, qu'il discute avec Dominique de Villepin. Rien de tel pour désorienter le maigre bataillon prêt à le suivre. D'autant que l'UMP se charge de traiter les 29 parlementaires qui le supportent, en les menaçant d'investir un candidat dans leur circonscription, en 2012. Au chapitre des nouvelles économiques, la semaine a été marquée par la grande faiblesse des marchés financiers ébranlés à la fois par les scories de la crise grecque et par le net ralentissement de la croissance américaine. Le scénario d'un réechelonnement "volontaire" de la dette grecque fait son chemin, même si Jean-Claude Trichet ne veut pas en entendre parler en raison de l'importance des provisions que les établissements bancaires allemands et français devront passer. Matthieu Pigasse a passé la semaine à Athènes avec les équipes de la Banque Lazard pour accélérer le programme de privatisations local. JOUYET EN EMBUSCADE Mais à Paris, le microcosme a surtout beaucoup bruissé des remous autour de l'affaire Altran. Une affaire que le président de l'AMF a suivi de très près à cause du problème des prises de contrôle rampantes. Avec 19,2% du capital, le fonds Apax Partners s'est adjugé 60 % des sièges au conseil d'administration. Ce qui pose un problème de gouvernance. Qui concerne aussi des groupes comme Carrefour ou Accor. Voilà sur le fond. Sur la forme, dans l'entourage du patron de l'AMF, on s'étonne du déluge "de pressions" voire "de menaces" arrivées sur le bureau du "gendarme de la Bourse". Il se murmure que Daniel Lebègue, le patron de l'Institut Français des Administrateurs, aurait notamment joué un rôle peu glorieux et difficilement compréhensible compte tenu de ses leçons de morale sur "la bonne gouvernance" de la Place de Paris. Le cas Altran a beau avoir été tranché une fois pour toutes, les traces de cette affaire sont profondes et vont sans doute amener Jean-Pierre Jouyet à prendre des initiatives pour empêcher de nouvelles prises de contrôle rampantes. Surtout lorsque des fonds d'investissement sont à la manoeuvre.
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