éditorial
Choix cornélien pour les disciples de DSK entre une "archéo-socialiste" et un "Chirac de gauche"
par Yves de Kerdrel
C'est dans trois semaines désormais que s'ouvrira officiellement la procédure des primaires au sein du Parti Socialiste. Les tractations battent leur plein du côté de Martine Aubry, comme de François Hollande, pour récupérer la génération DSK encore déboussolée. Sans compter les discussions entamées avec les amis de Ségolène Royal.
05/06/2011 - 07:52

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En l'espace de trois semaines, Martine Aubry qui était une non-candidate aux élections tout en faisant croire qu'elle pourrait le devenir, s'est retrouvée placée, de fait, sous les feux de la rampe. La voilà dans la situation insolite d'être la seule candidate à la primaire qui ne l'a pas souhaité, et qui a même tout à fait pour éviter de se retrouver dans ce cas de figure. En quelques jours, il lui faut improviser une stratégie, réunir une équipe, et surtout tenter très vite de récupérer tous ceux qui avaient commencé à miser gros sur Dominique Strauss-Kahn.
C'est la tâche la plus compliquée. D'abord, parce que Martine Aubry, même si elle a toujours été proche de DSK, à titre personnel, est l'héritière d'une tradition "archéo-socialiste" qui l'a conduite à s'entourer de personnalités comme Benoit Hamon ou Harlem Désir, qui n'ont rien à voir avec la deuxième gauche. Les "enfants perdus de Strauss-Kahn" qui avaient enfin réussi à mettre en orbite un socialiste capable de renouer la gauche avec la mondialisation, héritent d'une socialiste d'appareil, dans la pure tradition de Jospin. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, si lundi dernier, selon les informations de WanSquare, Martine Aubry et l'ancien Premier Ministre ont déjeuné ensemble au Récamier à mi-chemin de la Rue de Solférino et du domicile de Lionel Jospin. Quelques jours plus tard elle recommencait avec Jean-Marc Ayrault, le patron des députés socialistes.
RALLIEMENTS POUR HOLLANDE
On comprend, dans ces conditions, que de plus en plus de proches de DSK commencent à rejoindre les troupes de François Hollande. C'est le cas, notammment, du Club Inventer à Gauche que préside Michel Destot, le Maire de Grenoble. De manière à accélérer les ralliements, l'ancien premier secrétaire, devrait éviter de gauchir son discours. Mais il aura du mal, à annoncer, dans les jours qui viennent d'importants ralliements. Selon nos informations, après Laurent Fabius, Bertrand Delanoé devrait dire, cette semaine, qu'il bascule chez Martine Aubry.
En revanche, les discussions entre les "hollandais" et les "royalistes" avanceraient bien, en dépit des questions de personnes entre leurs deux leaders. Mais le congrès de Reims a laissé de telles traces que Ségolène Royal n'a aucune envie de faciliter la tâche de Martine Aubry. De surcroit, il sera plus facile pour elle de négocier un beau poste en cas de victoire, si c'est son ancien compagnon qui est élu. En revanche un Pierre Moscovici, très proche de DSK a beaucoup de mal à se rallier à François Hollande qu'il qualifie de "Chirac de gauche" qu'à Martine Aubry.
PEILLON A LA PLACE D'AUBRY
Quant aux discussions sur l'intérim du Parti Socialiste, elles progressent bien. Et c'est, en principe, Vincent Peillon, qui passe pour être assez oecuménique, qui devrait tenir la Rue de Solférino durant les élections. La décision devrait être entérinée autour de la mi-juin.
A droite, on observe tout cela sans déplaisir mais également sans arrogance. Le problème "Tron" a été réglé de manière expéditive. Si bien qu'une semaine plus tard, on n'en parle plus. Et l'actualité va se concentrer, à nouveau dés demain 6 juin, sur la première audience du procès américain de DSK, avec ses aspects les plus sordides. Ce qui devrait donner un nouveau répit au camp du Président.
Si celui-ci a décidé de confier le poste de "défenseur des droits" à Dominique Baudis, ce n'est pas tant à cause de la calomnie que ce dernier a eu à subir, il y a quelques années, mais plutôt à cause de sa proximité avec les centristes. Car toute son énergie reste concentrée à faire ce qui est en son possible afin de décourager Jean-Louis Borloo de se présenter.
BAROIN EN PISTE POUR BERCY
L'autre bonne nouvelle du moment pour Nicolas Sarkozy, c'est la poursuite du recul dans les sondages, de Marine Le Pen. Cela intervient, au moment où l'essayiste Caroline Fourest publie un livre sur cette dernière, et juste avant que Nathalie Koscusko-Morizet sorte un brulôt sur le Front National.
Dominique de Villepin, qui doit s'exprimer ce soir, dans le cadre du grand Jury RTL-Le Figaro et LCI devrait insister, à nouveau, sur tout ce qui le rapproche de Jean-Louis Borloo. Les tentatives de réconciliation avec Nicolas Sarkozy, en mars dernier, n'ont donc pas donné grand chose. Tout ce qui a filtré, c'est que l'ancien Premier Ministre aurait demandé que l'Elysée lui organise, par l'interméiaire de Max Gallo, une élection sur mesure, à l'Académie Française. Manifestement aucune suite n'a encore été donnée.
Enfin, toujours à droite, les tractations ont débuté pour le remplacement de Christine Lagarde à Bercy, au cas où elle était désignée à la tête du FMI. François Baroin devrait très logiquement hériter du poste, en dépit d'un anglais scolaire. Dans ce cas, c'est Eric Besson qui reprendrait le Ministère du Budget. Et Pierre Lellouche cumulerait l'industrie et le commerce extérieur. Ce qui serait assez cohérent. Comme à son habitude, à chaque fois qu'un maroquin se libère, Bruno Le Maire, a fait acte de candidature. Mais compte tenu de la sécheresse, il n'est pas question qu'il quitte son poste. En outre il lui a été rappelé qu'il était en charge du projet pour 2012. Ce qui devrait suffire à son ambition.
CRAINTES AUX ETATS-UNIS
A noter que si Christine Lagarde quitte Bercy, Alexandre de Juniac qui dirige son cabinet depuis deux ans, devrait retourner dans le monde de l'entreprise. Après avoir regardé plusieurs jobs, il aurait opté pour un poste de co-adjuteur auprès de Pierre-Henri Gourgeon, Directeur Général d'Air France.
Du côté de l'environnement économique, la semaine passée n'a pas apporté de bonnes nouvelles, même si la Grèce semble assurée de recevoir une nouvelle aide. Mais la dégradation de sa note par Moody's a montré que personne n'était dupe sur l'insolvabilité d'Athènes.
L'autre sujet d'inquiétude du moment se trouve aux Etats-Unis avec une croissance trop faible pour créer des emplois. Surtout avec une dette publique qui dépasse 100 % du PIB. Si aucune solution n'est trouvée d'ici deux mois entre le Congrès et Barack Obama, l'état fédéral sera en cessation de paiement le 2 août prochain. Pour l'instant personne n'imagine que les républicains puissent renouveler le blocus qu'ils avaient effectué sous Clinton.
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