éditorial
Le forfait de DSK profite plus à Marine Le Pen, qu'à Nicolas Sarkozy
par Yves de Kerdrel
Depuis une semaine, l'ensemble des cartes du jeu politique sont rebattues, aussi bien à gauche où se dessine un front anti-Hollande, au centre avec l'irrésistible envie de Borloo d'aller jusqu'au bout, et à droite où Nicolas Sarkozy craint plus que tout un raz de marée populiste et moralisateur qui profiterait à Marine Le Pen.
22/05/2011 - 07:59

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"Le parti socialiste est désormais disqualifié pour parler de morale". C'est en ces termes que Nicolas Sarkozy a commencé le petit-déjeuner des ténors de la majorité qui s'est tenu mardi dernier à l'Elysée. Pour le Président de la République toute cette sordide affaire DSK, quelle que soit son issue, montre une fois pour toutes que la Rue de Solférino n'a plus "le monopole de la morale". Aussi bien pour ce qui est des questions de train de vie (l'affaire de la Porsche, la caution demandée à DSK, l'étalage de ses dépenses courantes) que pour ce qui est des affaires de vie privée.
Mais si Nicolas Sarkozy a demandé à ses amis de faire profil bas sur l'affaire DSK, c'est surtout pour que la France ne se livre pas à une gigantesque séance d'introspection morale, dont il ne sortirait qu'une seule gagnante, Marine Le Pen. Les derniers sondages montrent bien que le locataire de l'Elysée ne profite, pour l'instant, absolument pas de ce qui a pu se passer à New York le week-end dernier.
EN PRINCIPE, DEUX GAGNANTS
A court terme il y a deux hommes politiques à tirer leur épingle du jeu. Le premier, c'est François Hollande, qui, dans son manque de charisme, et dans sa "normalité", semble répondre aux attentes des français dans cette période troublée. Le succès de son meeting à Dijon, vendredi soir, sur les terres de François Rebsamen, est là pour en témoigner. Face à une Martine Aubry "assommée", à une Ségolène Royal "remontée comme jamais", et à un Laurent Fabius, qui se voit en recours, le député de Corrèze a décidé d'accélérer le rythme de ses foulées.
Mais son équipe est loin de se réjouir de ce qui s'est passé. Jusqu'à présent, l'élu de Tulle, avait une position de "challenger" qui lui allait bien. D'autant plus qu'il grimpait tous les mois dans les sondages, notamment parmi les sympathisants socialistes, face à Dominique Strauss-Kahn. Le voilà, d'emblée, en position de favori, et donc aussi de cible, pour tous ceux qui le détestent, parmi les éléphants de la Rue de Solférino. Du coup beaucoup redoutent un front anti-Hollande, comparable au "Tout sauf Ségolène" de 2007 qui avait donné naissance à une dérive centriste, menée par les Gracques.
JUSQU'OU IRA BORLOO ?
Le second gagnant, à court terme, de la nouvelle situation politique, c'est a priori Jean-Louis Borloo, qui est d'ailleurs passé de 7 à 9 % dans les sondages, et qui voit s'ouvrir à lui une partie de l'espace politique qu'occupait jusqu'ici DSK au centre gauche. Au cours du dîner de la Revue des Deux Mondes, qui s'est tenu la semaine passée en présence de Jean-François Copé, ce dernier n'a pas manqué de souligner que son principal sujet de préoccupation, à l'heure actuelle résidait dans l'attitude du patron du Parti Radical. Le Maire de Meaux voit mal, comment, il pourrait renoncer à aller jusqu'à une candidature, au risque de décevoir ceux qui l'ont suivi jusqu'ici.
Mais dans l'entourage de l'ancien Ministre de l'Environnement, les choses ne sont pas aussi simples, dans la mesure où Jean-Louis Borloo avait mené, ces dernières semaines, des discussions secrètes avec DSK, afin de se rallier à lui et d'être son premier ministre d'ouverture. Le forfait de l'ex Directeur Général du FMI l'amène donc à revoir sa stratégie. Lui qui fait le pari, depuis plus d'un an, de la défaite assurée de Nicolas Sarkozy, a compris qu'il n'était plus certain de jouer gagnant.
LA FAUTE DES RADARS
La seule à pouvoir se réjouir de cette situation, c'est Marine Le Pen, qui semble toujours assurée de figurer au second tour. Au-delà de la vague populiste et sécuritaire qui lui a déjà permis de franchir les 20 % dans les sondages, la présidente du Front National va tenter, désormais, de surfer sur la thématique moralisatrice qui va nécessairement s'emparer du pays. Elle compte renvoyer dos à dos le PS et l'UMP, pour se présenter comme la seule candidate incarnant une génération nouvelle. C'est ce qui lui permet de gagner un électorat de plus en plus jeune, comme le montrent les études que regardent tous les dimanches, dans le bureau de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, Pierre Giacometti, Jean-Michel Goudard et Claude Guéant.
C'est, de surcroit, ce même électorat qui est excédé, par les mesures récentes prises en matière de sécurité routière, et qui ont suscité, cette semaine, une fronde des députés UMP. Nicolas Sarkozy, en dépit des promesses qu'il a faites, va donc être contraint, soit de revenir en arrière sur ces mesures, soit d'aller draguer, de manière active, cet électorat de 25-34 ans, qui avait largement contribué, il y a quatre ans, à le porter au pouvoir.
LA GRECE EN FAILLITE ?
Du côté économique, jamais en cette carence du pouvoir au sein du FMI, les déséquilibres financiers n'ont paru aussi importants. D'abord aux Etats-Unis où le "plafond légal" de la dette publique a été franchi lundi dernier. Ce qui oblige les pouvoirs publics à trouver une solution d'ici au 2 août prochain, au risque de voir l'Etat américain faire défaut. Un risque qui n'est pas pris à la légère par tout le monde. Pimco, l'un des plus gros investisseurs institutionnels américains est vendeur net de dette américaine et acheteur de métal jaune. De même, cela fait cinq mois consécutifs que la Chine vend des fonds fédéraux, dont elle était jusque là le premier acheteur.
Autre lieu de déséquilibre : l'Europe. Si le Portugal a reçu l'accord du FMI cette semaine, pour une aide financière, la Grèce est aujourd'hui dans une situation bien plus grave qu'il y a un an, lorsqu'a été organisé son sauvetage, à l'initiative d'un certain Dominique Strauss-Kahn. Avec des taux d'intérêt théoriques de 16 %, la République grecque est désormais le pays le plus risqué au monde. Sa dette est bien plus importante. Surtout les mots de "restructuration" ou de "réechelonnement", dont il ne fallait pas parler il y a un an, ne sont plus tabous aujourd'hui. Ce qui signifie que les contribuables européens vont assumer leurs pertes sur de l'argent prêté, il y a un an à Athènes. Mais de fait les institutions financières qui n'avaient pas provisionné ces emprunts d'état, vont devoir le faire. Ce qui entrainera des "pleurs et des grincements de dents".
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