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Yves de Kerdrel
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Les cygnes noirs chahutent les résolutions de Hollande
par Yves de Kerdrel
Non seulement François Hollande est englué dans sa réforme constitutionnelle. Non seulement il est secoué sur sa gauche où l’on souhaite que le prochain candidat socialiste soit issu de primaires. Mais la chute des places chinoises, celle du yuan et surtout l’effondrement des prix du pétrole remet en cause les prévisions concernant la croissance et l’inversion de la courbe du chômage.
Une fois passées les cérémonies de vœux et de commémoration des attentats de janvier 2015, François Hollande voit de nouveau sa popularité dégringoler. Sa cote de confiance publié dans le dernier numéro du Figaro Magazine et mesurée par TNS Sofres en témoigne. En un mois, il a quasiment perdu tout le bénéfice engrangé à la suite des attentats du 13 novembre. Comme au lendemain de ceux du mois de janvier, sa cote retombe rapidement. Le plus inquiétant pour lui, c'est que cette fois le chef de l'État semblait avoir pris la mesure des événements. Rien n'y fait, les français sanctionnent en janvier François Hollande aussi fortement qu'ils l'ont fait monter en décembre. Même les sympathisants socialistes contribuent à la chute de la cote de confiance du président de la République: - 18 points en un mois.
Beaucoup de raisons concourent à cet effondrement. Mais la confusion sur le dossier sur la déchéance de nationalité en est sans doute la principale. Chargé par le premier ministre, Manuel Valls, de trouver une forme de consensus quasi impossible à gauche, les députés socialistes Jean-Jacques Urvoas et Dominique Raimbourg étaient encore loin du but à la veille du week-end. A priori, aucune fumée blanche ne sortira de leur bureau avant lundi 18, date à laquelle le bureau national du Parti socialiste doit statuer officiellement sur cette question qui divise toute la gauche.
UN CALENDRIER QUI S’ALLONGE
Mais même si les médiateurs de Manuel Valls finissent par trouver un compromis à gauche, le processus de révision constitutionnelle ne sera pas pour autant une promenade de santé. Mercredi dernier le président du Sénat, Gérard Larcher a fait savoir qu’il ne faciliterait pas la tâche de l’exécutif. A la différence d’un projet de loi simple, les textes portant réforme de la Constitution doivent être adoptés exactement dans les mêmes termes par l’Assemblée et le Sénat avant de pouvoir être examinés et votés en Congrès. Et tant que les deux chambres n’arrivent pas à se mettre d’accord avec ce qu’on appelle un « vote conforme », la navette parlementaire peut durer à l’infini.
Cela signifie que le Sénat amendera probablement le texte que lui enverra l’Assemblée, ce qui signifie au moins un aller-retour. Sachant que le texte pourrait être voté solennellement, le 16 février, à l’Assemblée et que, pour les révisions constitutionnelles, il y a un délai imprescriptible de quatre semaines entre les examens des deux chambres pour la première lecture, cela nous emmène au 16 mars pour le début d’examen au Sénat. En comptant au moins une navette parlementaire après, le Congrès pourrait ne pas être convoqué avant la fin du mois d’avril. Voire plus tard, voire même jamais, comme l’a laissé entendre le président du Sénat.
VALLS HYPER-PRESENT
Sur ce sujet, Martine Aubry ne pouvait bien sûr pas rester silencieuse. Elle a donc profité de ses vœux à la presse à la mairie de Lille, pour éreinter François Hollande et Manuel Valls sur l’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français. Pour elle, l’exécutif doit faire fi des enquêtes d’opinion qui donnent une majorité de Français favorables à cette mesure. Mais de l’intervention de Madame Aubry, les socialistes retiendront surtout que son opposition à la déchéance vient s’ajouter à une liste déjà très longue de personnalités de gauche. Dans le bras de fer qui va s’engager à l’Assemblée, le poids des aubrystes, qui sont souvent en position charnière dans le groupe socialiste, pourrait être important.
De son côté Manuel Valls n’a jamais été aussi présent dans les médias avec notamment une heure trente de discussion hier soir dans l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Vendredi il avait inauguré à Bassens, en Gironde, une usine agro-industrielle en présence, entre autres, du maire de Bordeaux et favori pour la primaire de la droite, Alain Juppé. Avant de s’envoler les 20 et 21 janvier, pour le Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Là aussi, le premier ministre innove : aucun de ses prédécesseurs ne sera resté aussi longtemps que lui sur place. Une manière à chaque fois, pour le Premier Ministre d’occuper, en même temps et sur tous les modes, tous les spectres du paysage politique. En début de semaine, le premier ministre a déjà discuté avec les partenaires sociaux des réformes en matière d’emploi. Et il a également annoncé qu’il défendrait lui-même, devant l’Assemblée nationale, l’épineux projet de loi de révision de la Constitution, sans la garde des sceaux, Christiane Taubira, opposée à la déchéance de nationalité.
LA PRIMAIRE À DROITE EST PRETE
Il y a aussi de plus en plus, chez Manuel Valls la tentation de se présenter à la présidentielle de 2017. Ce qui explique l’appel lancé lundi 11 janvier dans Libération par une quarantaine d’intellectuels de gauche en faveur d’une primaire à gauche. Mais le peu de réactions de personnalités du PS prouve toutefois que l’idée n’emballe guère. Le think tank Terra Nova, proche du PS, avait déjà proposé de réformer le processus de choix du candidat à l’élection présidentielle en vue de 2017. Aujourd’hui, le contexte est différent et l’appel lancé trop imprécis selon Terra Nova. Avoir un candidat président pose un problème constitutionnel. Celui de l’égalité entre candidats, rendue obligatoire par le pluralisme politique. Un président sortant a plus de moyens, une position de force et une certaine autorité et donc au final, une communication plus avantageuse. Pour Jean-Christophe Cambadélis, il est donc peu probable de voir le PS ainsi que François Hollande y participer.
Concernant la droite, les dates de la primaire à droite pour 2017 ont été confirmées, vendredi par Thierry Solère, responsable de l’organisation de ce scrutin : elles auront bien lieu les 20 et 27 novembre. Invité sur France Info à confirmer ces deux dates, alors que certains chez Les Républicains auraient préféré que le scrutin soit avancé, Thierry Solère a précisé qu’il serait ouvert à tous ceux qui partagent les valeurs de la droite et du centre. Il a également rappelé qu’il y aurait 10 337 bureaux de vote. Parmi les candidats déclarés à cette primaire figurent les anciens premiers ministres Alain Juppé et François Fillon, les anciens ministres Hervé Mariton et Nadine Morano. Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet devraient se porter candidats en 2016.
SARKOZY OBLIGE DE SORTIR DU BOIS
Depuis le résultat en demi-teinte de son parti aux élections régionales, Nicolas Sarkozy enregistre une chute continue dans les sondages. Au point d’entrer dans une zone rouge : sa cote de confiance s’érode singulièrement dans l’électorat de la primaire à droite pour la présidentielle de 2017. Pour la première fois depuis 2012, les électeurs de droite ayant une image positive de lui sont désormais moins nombreux que ceux qui en ont une image négative (46 % contre 53 %). Dans le baromètre Ipsos-Le Point diffusé lundi 11 janvier, il dégringole de 18 points auprès des sympathisants Républicains. Le rejet est encore plus massif dans l’ensemble de l’opinion : trois quarts des Français ne souhaitent pas qu’il soit candidat à la présidentielle de 2017.
Phénomène aggravant pour Nicolas Sarkozy : il apparaît de plus en plus isolé. Plusieurs de ses anciens soutiens, tels Gérald Darmanin ou Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ont lâché à cause de sa ligne droitière et de nombreux élus remettent en cause sa capacité à faire gagner son camp en 2017. Très critique, Hervé Mariton est allé jusqu’à lui demander d’abandonner la course à l’Élysée. L’heure est grave, donc, pour Nicolas Sarkozy. Au point qu’une partie de ses soutiens se mettent eux-mêmes à douter de la capacité de leur champion à renverser la vapeur. Pour les rassurer, ses lieutenants, Brice Hortefeux et Luc Chatel, ont organisé une réunion informelle des sarkozystes, le 12 janvier. Les 37 élus présents – dont Laurent Wauquiez et Eric Ciotti – se sont convaincus que leur candidat avait toutes ses chances de réussir son pari de reconquérir l’Élysée, tout en se disant prêts à mener campagne.
LE BARIL A UN PLUS BAS DEPUIS 2004
Sur le plan économique, demain, lundi 18 janvier, François Hollande devrait présenter devant le Conseil économique, social et environnemental, les détails des mesures annoncées lors de ses vœux aux Français. Objectif : enrayer enfin la progression du chômage, qui touche au total plus de 5,4 millions de personnes. Et ainsi, occuper le terrain sur le front économique, l’une des principales préoccupations des Français, à à peine plus d’un an de l’élection présidentielle. Les pistes pour l’heure évoquées par l’exécutif (500 000 formations supplémentaires pour les chômeurs, une (nouvelle) prime à l’embauche pour les TPE-PME, et un élargissement de l’accès à l’apprentissage, peinent toutefois à convaincre, alors que le ministre des finances, Michel Sapin, a indiqué, jeudi 14 janvier, qu’un coût de 2 milliards d’euros évoqué pour ce nouveau plan emploi n’était pas loin de la vérité.
Mais le fait le plus troublant du moment, c’est la dégringolade des cours du pétrole. Le brut léger américain est tombé vendredi à son plus bas niveau depuis plus de 12 ans à 29,33 dollars le baril, la perspective d'une levée prochaine des sanctions contre l'Iran faisant craindre un déséquilibre accru du marché mondial. Au même moment, le Brent cédait 4,15% à 29,60 dollars après être brièvement tombé à 29,30 dollars, son plus bas depuis février 2004. Toute reprise des exportations iraniennes de pétrole risquerait de déséquilibrer un peu plus un marché pétrolier mondial déjà déséquilibré par une offre surabondante et une demande en berne. De fait, Commerzbank et BNP Paribas ont abaissé vendredi leurs prévisions 2016 pour les cours du pétrole : la banque allemande table désormais sur un Brent à 50 dollars en fin d'année, contre 63 dollars auparavant, et la française sur un cours moyen du Brent de 37 dollars cette année, soit 17 dollars en dessous de sa prévision initiale.
ACCIDENT BOURSIER POUR RENAULT
Du coté des entreprises, la semaine a été marquée par la chute de l’action Renault après la révélation d’une triple perquisition des locaux du constructeur, menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) les 7 et 8 janvier. La révélation fin septembre d’une tricherie du groupe Volkswagen, qui a installé à bord de certains de ses modèles un logiciel faussant les tests d’émissions de gaz polluants, entretient autour des constructeurs un climat de suspicion. Le grand public et les milieux financiers sont désormais sur leur garde, tandis que les pouvoirs publics multiplient les contrôles.
Pour calmer le jeu, deux ministres sont montés au créneau pour dédouaner le constructeur français. Le cas de Renault ne représente en aucun cas une situation comparable à celle du constructeur automobile allemand Volkswagen, embourbé depuis septembre 2015 dans un scandale planétaire de moteurs truqués, a assuré Emmanuel Macron depuis Berlin. Selon le ministre de l’économie, ses services ont procédé « à plusieurs contrôles et perquisitions depuis le mois de septembre dernier afin de vérifier la fiabilité et la qualité des informations transmises au consommateur ». « Renault a été l’un des constructeurs contrôlés », a-t-il ajouté. « Je tiens à dire très fermement qu’il n’y a pas de logiciel de fraude », a répété pour sa part, pas moins de quatre fois, Ségolène Royal à l’issue de la réunion de la commission technique indépendante chargé d’évaluer les émissions des véhicules.
Enfin, deux mois après avoir bouclé l’acquisition des activités d’Alstom dans l’énergie, pour 9,7 milliards d’euros, General Electric a présenté, mercredi 13 janvier, une partie de son plan de réorganisation du groupe français. Le géant américain a annoncé qu’il allait supprimer 6 500 postes en Europe en 2016 et 2017, dont 765 en France. Cette réduction représente près de 20 % des effectifs d’Alstom Power sur le Vieux Continent. Le groupe assure que ce plan social ne remet pas en cause l’engagement pris par son PDG, Jeff Immelt, et réitéré le 23 septembre lors d’un entretien avec François Hollande : la création de 1 000 emplois nets en France d’ici à 2018, une promesse arrachée par Arnaud Montebourg quand il était ministre de l’économie et tentait de s’opposer au rachat d’Alstom par l’Américain.
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