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Yves de Kerdrel
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Hollande a désormais toutes les cartes en mains pour 2017
par Yves de Kerdrel
Avec la déchéance de la nationalité, le Chef de l’Etat a réussi à diviser son camp comme la droite, tout en collant aux aspirations de 85 % des français. De quoi le replacer au centre du jeu politique à seize mois de la prochaine présidentielle. Surtout à l’aube d’une année 2016 qui sera très largement consacrée à l’emploi - grâce à la formation - de manière à inverser enfin la courbe du chômage.
C’est depuis le Salon Napoléon III que François Hollande a prononcé ses vœux au français jeudi à 20 heures, à l’endroit même où il était intervenu solennellement après les attentats de janvier et de novembre. Le choix de ce lieu était délibéré car le Chef de l’Etat continue à jouer le plus longtemps possible la carte du « père de la Nation » après les terribles attentats du 13 novembre dernier. Le ton de ces vœux était également empreint de gravité et de solennité. Normal pour un Président de la République qui a largement évoqué la question de la protection des Français contre le terrorisme, le renforcement de la sécurité intérieure et bien entendu l’intensification des frappes contre contre Daech en Irak et en Syrie.
Le deuxième axe de son intervention a porté sur les réformes. Car François Hollande souhaite convaincre les Français que l’énergie déployée contre le terrorisme, il la faut aussi contre le chômage, pour la croissance et pour l’emploi. Comme chacun s’y attendait le chef de l’Etat a donc martelé les efforts que son gouvernement entendait faire en matière de formation professionnelle, d’apprentissage, de simplification du droit du travail et de tous les moyens pour profiter des nouvelles opportunités économiques, thème que la prochaine loi que prépare Emmanuel Macron.
LE PROGRAMME DES VŒUX PRESIDENTIELS
Enfin, le chef de l’Etat est revenu sur la nécessité de l’unité et du rassemblement, condition pour réussir les deux premiers défis que sont la lutte contre le terrorisme et le retour de la croissance. Une manière de tendre la main à des personnalités comme Jean-Pierre Raffarin qui ont suggéré un pacte républicain contre le chômage et notamment celui des jeunes. Une façon surtout de brouiller un peu plus les cartes déjà largement mélangées après le résultat des dernières élections régionales et surtout avec le projet de révision de la constitution prévoyant la déchéance de la nationalité.
Tout cela François Hollande aura l’occasion de le redire tout au long du mois de janvier avec la succession de cérémonie des vœux. Dés lundi, le Chef de l’état recevra les vœux du gouvernement. Puis le jeudi 7 janvier, anniversaire de la tuerie de Charlie Hebdo, il présentera ses vœux aux forces de sécurité depuis la préfecture de police. Une semaine plus tard il s’adressera aux élèves officiers sur le site de l’école de Saint-Cyr Coëtquidan et devrait parler longuement de la stratégie de la France dans son combat contre Daech. Enfin le 16 janvier il recevra à l’Elysée l’ensemble du corps diplomatique pour une nouvelle séance de vœux riche en petites phrases, notamment à destination de la Russie.
ETATS D’AMES A GAUCHE
Pour l’heure c’est bien sûr le débat sur la déchéance de la nationalité qui focalise toutes les attentions. Surtout depuis que le Figaro a publié un sondage montrant que 85 % des français sont favorables à cette mesure. Une proportion que l’on ne retrouve pas parmi les parlementaires. Puisque même Olivier Faure, le porte-parole du Parti Socialiste a estimé que la majorité des trois cinquièmes ne serait pas atteinte. Un point de vue sans doute pessimiste dans la mesure où une grande partie des parlementaires qui sont opposés à ce texte pourraient s’abstenir. Or la majorité en question est calculée sur la base des suffrages exprimés. Ce qui limite les risques pour l’initiative gouvernementale.
Il reste qu’avec une gauche qui recule devant l'obstacle de la déchéance de nationalité, voilà désormais le sort de François Hollande entre les mains de la droite. Que l'opposition se dérobe, qu'elle refuse de voter la réforme constitutionnelle proposée par le président de la République pour mieux armer l'État face à la menace terroriste, et ce sera alors une nouvelle crise politique pour l'Élysée. Au Château on se rassure en observant que la droite avait d'abord menacé de ne pas la voter parce que la rumeur courait que la déchéance de nationalité pourrait ne pas figurer dans le texte. Et l'on assure ne pas imaginer pas qu'elle pourrait finalement décider de voter contre.
VALLS EN PREMIERE LIGNE
La confiance de François Hollande s'appuie surtout sur les enquêtes d'opinion qui font état d'une approbation massive des Français, sympathisants de droite et de gauche presque confondus. Mais l'opinion peut évoluer. À gauche, les opposants à la déchéance de nationalité comptent sur le mois de janvier pour convaincre les Français que la mesure est inadaptée. À droite, pour expliquer qu'elle ne va pas assez loin. Sans entrer directement dans le débat, François Hollande ne va pas rester inactif non plus et tenter de se placer en surplomb. Objectif, replacer la déchéance de nationalité dans le contexte de la lutte contre le terrorisme.
En attendant Manuel Valls continue d’afficher des postures très martiales sur le sujet. Lundi dernier, le premier ministre a publié sur sa page Facebook un vigoureux plaidoyer en faveur de cette mesure. Pour plusieurs observateurs, la décision prise par le premier ministre de monter au front à deux reprises en deux jours pour répondre aux critiques, doit être interprétée comme un signe de fébrilité. Ni François Hollande ni Manuel Valls ne pensaient que ça réagirait de cette façon, remarquent plusieurs ténors du PS, qui citent les tweets cinglants rédigés par Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry, après la publication par Le JDD de propos de Manuel Valls accusant une partie de la gauche de s’égarer au nom de grandes valeurs.
NOUVELLES SEQUENCE JUPPE
A droite aussi les points de vue sont très partagés. Alain Juppé devrait s’exprimer sur cette question en début de semaine à l’occasion de la publication de son dernier livre et de l’inauguration de son nouveau quartier général de campagne, boulevard Raspail Il a également prévu de publier aujourd’hui une interview au Journal du dimanche juste avant une intervention au 20 heures de France 2. Pour l’heure, le duo des députés juppéistes, Benoist Apparu et Édouard Philippe, a dit tout le mal qu'il pensait de l'article 2 du projet du gouvernement. Leur mentor ne les démentira donc pas. Tout comme il devrait rejeter la proposition de Guillaume Larrivé d'inscrire dans la Constitution le principe d'assimilation comme condition à l'acquisition de la nationalité française.
Nicolas Sarkozy reste pour l’instant, du Maroc où il passe quelques jours de vacances, tout ce petit monde s’agiter. Mais ses fidèles adoptent une nouvelle stratégie qui consiste à aller plus loin que François Hollande. Outre l'article sur l'assimilation, l'amendement de Guillaume Larrivé propose aussi de constitutionnaliser l'extension de la déchéance de nationalité aux auteurs de délits terroristes, avec effet rétroactif. Comme le résume un fidèle de l’ancien Président : « l'exécutif a choisi la voie parlementaire, il ne peut pas nous interdire d'amender le texte au nom de l'unité nationale alors que sa propre famille politique ne la respecte pas!». Nicolas Sarkozy, qui a prévu d'adresser des vœux aux Français, n'a pas l'intention d'aider François Hollande à régler son problème avec le PS.
LA PRUDENCE DE CHRISTINE LAGARDE
Au chapitre purement économique, peu de nouvelles au milieu de cette trêve des confiseurs. En dehors de l’intervention de Christine Lagarde sur les perspectives de croissance pour 20126. Pour la directrice générale du Fonds monétaire international, la croissance mondiale l'année prochaine sera en effet décevante. La remontée des taux aux États-Unis, contre laquelle le FMI a mis en garde ces derniers mois, de crainte qu'elle ne pénalise les pays émergents ; le freinage de l'économie chinoise et le ralentissement du commerce international… « tout cela fait que la croissance mondiale sera décevante et inégale en 2016 », écrit la patronne du Fonds, dans une tribune publiée mercredi dernier dans le quotidien économique allemand Handelsblatt.
La hausse du taux directeur de la banque centrale américaine, la Fed, décidée le 16 décembre, une première depuis près de dix ans, n'est pas en soi une mauvaise décision, explique Christine Lagarde. Elle traduit au contraire la bonne santé de l'économie des États-Unis. Mais la patronne de l'institution internationale s'inquiète des effets de l'augmentation des coûts de financement pour les pays émergents, ainsi que pour leurs entreprises dont beaucoup sont endettées en dollars.
La patronne du FMI se garde bien d'avancer un chiffre pour la croissance mondiale. Traditionnellement, le Fonds publie ses prévisions, très attendues par les acteurs économiques, deux fois par an, en avril et en octobre, avec de possibles révisions intermédiaires. Dans la dernière version, d'octobre, le FMI annonçait une hausse du PIB de 3,6 % en 2016, après 3,1 % en 2015. Les propos de Christine Lagarde peuvent laisser supposer une révision à la baisse dans la prochaine livraison des Perspectives économiques mondiales.
RECORD DE FUSIONS ET ACQUISITIONS
Christine Lagarde pointe également le net ralentissement du commerce international, les difficultés de certaines économies émergentes pénalisées par la chute des cours des matières premières et les faiblesses du secteur financier dans de nombreux pays. Dans sa tribune, Christine Lagarde cite les effets indirects potentiels de la hausse des taux américains, dont la perspective a déjà fait augmenter les coûts de financement pour certains emprunteurs, notamment dans les marchés émergents. Même si les pays sont mieux préparés que par le passé à faire face à une augmentation des taux d’intérêt, la directrice générale du FMI s’inquiète tout de même de leur capacité à surmonter les commotions que pourraient susciter sur les marchés les mesures de politique monétaire.
Avant une année boursière 2016 dont personne n’attend grand chose en raison notamment des perturbations créées par les élections américaines, l’année 2015 a été marquée par un record des rachats ou fusions d’entreprises. La barre des 5000 milliards de dollars (4582 milliards d’euros) de transactions dans le monde a été franchie pour la toute première fois, in extremis, lundi 28 décembre, selon le cabinet Dealogics, partenaire de WanSquare. Le précédent record avait été atteint en 2007 (4600 milliards de dollars de transactions), juste avant la crise financière.
Symbole du retour de la confiance outre-Atlantique, près de la moitié des opérations annoncées en 2015 ont impliqué des entreprises américaines, y compris la palme d’or, l’acquisition géante de l’irlandais Allergan, fabricant du Botox, par le new-yorkais Pfizer, pour 160 milliards de dollars. Huit méga-deals ont passé la barre des 50 milliards de dollars, à l’image du rachat du brasseur britannique SAB Miller par le belgo-brésilien AB inBev. Sur les 58 opérations qui ont excédé les 10 milliards de dollars de valorisation, trois seulement ont concerné des entreprises françaises : la concession d’aéroports japonais (dont celui d’Osaka) accordée à un consortium dont Vinci détient 40 %, la reprise d’Alcatel par le finlandais Nokia et l’acquisition du spécialiste des gaz industriels américain Airgas par Air Liquide.
MACRON VEILLE SUR LE DEAL ORANGE-BOUYGUES
Le grand dossier du moment reste le feuilleton entre Orange et Bouygues Telecom. Malgré des démentis contradictoires, les rumeurs continuent d'aller bon train. Selon le Canard Enchainé du 30 décembre qui cite l'une des parties prenantes des négociations, on n'a jamais été aussi proches d'un accord entre Orange et Bouygues Telecom. Le groupe Bouygues pourrait alors détenir entre 10 et 12 % du capital d'Orange (dont l'état est actionnaire à hauteur de 23 %), alors qu'il était question de 15 % auparavant. Cette même source ajoute par contre que cela n'aboutira probablement pas avant plusieurs semaines, le temps de régler certains points techniques.
On peut supposer qu'il est notamment question de la répartition des abonnés, des boutiques, des fréquences et des antennes de Bouygues Telecom. L'autorité de la concurrence, l'ARCEP et Emmanuel Macron ne laisseraient évidemment pas Orange (leader sur ce marché) croquer Bouygues Telecom sans aucune contrepartie. Free serait donc sur la brèche, en prenant plus ou moins la même position que lorsqu'Altice (Numericable-SFR) avait déposé une offre pour racheter Bouygues Telecom. Le groupe de Xavier Niel avait alors mis sur la table près de 2 milliards d'euros afin de récupérer une partie des infrastructures de Bouygues Telecom.
Mais pour l'hebdomadaire satirique, ce rapprochement entre Bouygues Telecom et Orange cache en fait un autre accord : Orange lorgnerait sur 10 % du capital de TF1. Ce que Bloomberg avait déjà évoqué il y a plusieurs semaines. Selon un des acteurs du dossier cité « les politiques se contrefichent de l'accord sur les télécoms. Tout ce qui les intéresse, c'est TF1 ». Et s'il y a eu des démentis, il ne serait question que d'un leurre afin que cela « n'entrave pas la décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel de laisser LCI, la chaine d'info de TF1, passer en gratuit sur la TNT ». Dans tous les cas, ces hypothèses ne sont que des rumeurs pour le moment puisqu'aucune des parties prenantes n'a confirmé cela.
L'équipe de WanSquare et moi-même vous souhaitons une très belle année 2016 et formons plein de voeux pour chacun d'entre-vous. Nous essaierons de faire en sorte autant que possible à ce que vous soyez toujours les premiers et les mieux informés.
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