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Dans une France en burn-out, Hollande veut être le père de la Nation
par Yves de Kerdrel

La France compte pas moins de 6 millions de chômeurs et un tiers du corps électoral vote Front National. Ce qui témoigne d’un corps social très fragile. Dans ce contexte François Hollande préfère chercher à s’imposer comme un « Père de la Nation » et à sceller une concorde avec certains membres de l’opposition qu’à régler les problèmes de structures du Pays.

20/12/2015 - 07:47 Temps Lecture 13 mn.

Tous ceux qui rencontrent le Chef de l’Etat depuis le second tour des élections régionales le trouvent « sur un petit nuage ». Même si tous les sondages le voient absent du second tour des élections présidentielles, éliminé soit par Juppé, soit par Sarkozy, soit même par Bayrou, lui est convaincu qu’il affrontera Marine Le Pen au second tour de mai 2017 et qu’il a de bonnes chances de faire un second mandat. Il a expliqué à plusieurs éditorialistes qu’il a reçus cette semaine. Il est convaincu que Juppé va s’effondrer en cherchant à se droitiser et que du coup, François Bayrou va le lâcher pour se présenter, que Nicolas Sarkozy reste son adversaire le plus coriace, mais en même temps le plus souhaitable, car le plus clivant.

Et puis surtout en calculateur cynique et froid qu’il est, après avoir été à l’école Mitterrand, il utilise le spectre du Front National pour effrayer tous ceux qui à gauche voudraient se présenter en 2017 afin de les dissuader. Il a déjà réussi à casser le camp écologiste en deux. Même si Cécile Duflot indique toujours se préparer à l’éventualité d’une candidature, sa cote ne décolle pas dans les sondages et plafonne à 3 %. C’est ce qui l’amène à tendre la main à François Hollande en conditionnant sa présence en 2017 à la mise en place d’une coalition de transformation alliant socialistes, écologistes et communistes. Par ailleurs les frondeurs ont quasiment disparu et François hollande milite pour un retour au gouvernement de Benoit Hamon.

LE PIEGE DU PACTE REPUBLICAIN

En proposant au gouvernement, mercredi dernier, un « pacte républicain contre le chômage », Jean-Pierre Raffarin a apporté une nouvelle pierre au scénario d’une recomposition politique en débat depuis la poussée du Front National aux régionales. D’autant que Manuel Valls y a aussitôt répondu favorablement. Un chef de gouvernement de gauche qui tope avec un de ses prédécesseurs de droite, le tout pour tenter d’endiguer la dynamique de l’extrême droite, l’image est assez inédite. L’initiative de Raffarin, si elle tend à diviser un peu plus encore l’opposition, fait le délice de l’exécutif. Ces derniers jours, la gauche a multiplié les appels au centre et à la droite modérée. Avec un objectif principal : répondre aux difficultés sociales, qui sont un des carburants électoraux du FN, en dépassant les clivages partisans sur des réformes économiques.

Derrière les appels répétés à l’union nationale, le calcul politique existe aussi : inviter la droite à travailler avec le gouvernement est un moyen pour celui-ci de la piéger, en installant le Front National en seule opposition véritable. Si le piège fonctionne jusqu’au bout, la droite serait ainsi marginalisée, et François Hollande se retrouverait, au moment de la présidentielle, dans un face-à-face direct avec l’extrême droite. Le meilleur scénario pour une réélection. C’est dans ce contexte qu’il s’est rendu jeudi dernier à Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais pour inaugurer avec Xavier Bertrand et Gérard Larcher un monument dédié aux scènes de fraternisations entre soldats ennemis pendant la première guerre mondiale. L’occasion, après les régionales et les attentats djihadistes, d’un discours éminemment politique devant deux personnalités de droite.

HOLLANDE S’Y VOIT DEJA JUSQU’EN 2022

Les mots de François Hollande, qui avait déjà appelé mercredi à être en capacité de rétablir des ponts et de défendre, plus que jamais, l’unité nationale et était allé à la rencontre des bénévoles des Restos du cœur, en disent long sur son positionnement à seize mois de la présidentielle. Celui du « père de la Nation », au-dessus de la mêlée, garant de l’unité et de l’intérêt général. Représidentialisé par sa bonne gestion des attentats et le succès de la conférence sur le climat, plus que jamais persuadé d’avoir une carte à jouer en 2017 face à une extrême-droite qui se heurte encore au mur du second tour et une droite totalement déboussolée et divisée François Hollande entend rester à la bonne hauteur dans les prochaines semaines.

Le chef de l’Etat veut certes se montrer au travail (un séminaire gouvernemental s’est tenu hier samedi l’Elysée) mais il n’est toujours pas question pour lui, alors que les résultats sur le front de l’emploi se font toujours attendre, de s’exposer plus que nécessaire sur les questions économiques. Si le président peut en évoquer la philosophie, le contenu et les modalités de financement des mesures sur la formation et l’apprentissage revient au gouvernement. Selon un sondage Elabe-BFM-TV publié cette semaine, 31 % des Français disent désormais souhaiter que François Hollande soit candidat en 2017. Soit, pour le chef de l'Etat, un bond de 12 points depuis le mois d’octobre.

LA FED A AGI COMME PREVU

Naturellement ces clins d’œil de la majorité à l’opposition ne passent pas très bien auprès de certains ténors de la Droite. Hervé Mariton partage cette méfiance. « Comme on n'arrive pas à réformer, on pense à recomposer », ironise Patrick Devedjian. Thierry Mariani pense également que ceux qui à droite proposent une recomposition font complètement fausse route. La recomposition à la mode Raffarin révulse aussi Henri Guaino. S'il n'y a plus que deux camps en France, le Front national et tous les autres, on ouvre un boulevard au FN et on en fait un parti à vocation majoritaire, assure-t-il avec pas mal de bon sens. Sans doute, lors des vœux présidentiels, cette thématique de l’union nationale sera-t-elle encore largement présente.

Au chapitre économique l’événement marquant de la semaine écoulée a été le relèvement tant attendu des taux directeurs américains. Après des mois d’atermoiements, la Réserve fédérale, a fini par relever ses taux d’un quart de point, mercredi. Même s’il s’agit du premier resserrement monétaire aux Etats-Unis depuis neuf ans et demi, ce mouvement de la banque centrale américaine n’est pas réellement une surprise. Sa présidente, Janet Yellen, après avoir longuement préparé les esprits, pouvait difficilement retarder l’échéance sans risquer d’entacher la crédibilité de la Fed. Toutefois, le mouvement devrait se faire à pas comptés. Dans son communiqué, la Fed évoque une remontée des taux graduelle, ceux-ci étant susceptibles de rester pour un certain temps en dessous des niveaux qui devraient prévaloir sur le plus long terme. Les taux qui vont osciller désormais dans une fourchette de 0,25 % à 0,50 %, devraient poursuivre leur ascension à raison d’un point de pourcentage par an, ce qui devrait les conduire à un niveau de 3,3 % d’ici 2019.

L’INSEE TRES OPTIMISTE SUR LA FRANCE

Cette extrême prudence dans le rythme du resserrement a permis au Comité de politique monétaire de la Fed de se prononcer à l’unanimité. Mme Yellen a d’ailleurs appelé à ne pas surestimer la signification de cette première hausse de taux, soulignant que la politique monétaire américaine resterait globalement accommodante. Si la Fed cherche à agir avec doigté, c’est surtout parce que la situation à laquelle elle est confrontée reste inédite. Malgré les propos rassurants sur la solidité de la croissance américaine tenus par Mme Yellen et un chômage à 5 %, l’alignement des planètes est loin d’être parfait. Ainsi, l’inflation reste de façon persistance en deçà des objectifs de la Fed. Mais la banque centrale ne pouvait pas prendre le risque d’attendre que tous les clignotants soient au vert pour agir, préférant prendre une décision qui reste somme toute assez symbolique. La banque centrale table ainsi sur une croissance de 2,4 % en 2016, soit 0,3 point de mieux que cette année, avant une légère décélération en 2017 avec une hausse du PIB de seulement 2,2 %.

S’agissant de l’économie française, le PIB devrait progresser de 0,4 % aux premiers puis au deuxième trimestre 2016, selon les dernières prévisions de l’Insee. La prédiction de Bercy pour l'année 2016 - une hausse du PIB de 1,5 % - n'est donc pas inatteignable. Mais elle n'est pas non plus garantie. L'année 2015 va se terminer sur une note qui peut paraître rassurante: la croissance devrait bien atteindre 1,1 % (après 0,2 % en 2014), selon la note de conjoncture publiée vendredi. Certes, la consommation des ménages a plutôt résisté cette année (en dehors du dernier trimestre, heurté par les attentats). Et certes, l'investissement des entreprises a légèrement retrouvé des couleurs.

PAS D’EVOLUTION SUR LE FRONT DU CHOMAGE

Mais c'est surtout ce que l'on appelait il y a quelques mois au sein du gouvernement l'alignement des planètes qui a soutenu l'économie en 2015. Selon les calculs de l'Insee, les taux d'intérêt bas ont fait gagner 0,2 point à la croissance, la dépréciation de l'euro 0,2 point de plus, et enfin la chute des prix du pétrole (qui ont atteint en novembre leur plus bas niveau depuis début 2009) 0,4 point supplémentaire. C'est sous ces mêmes auspices que commence l'année 2016. L'Insee décrit un environnement international plus porteur et des entreprises françaises plus confiantes. Au total, l'Institut de la statistique estime que la croissance devrait progresser de 0,4 % au premier trimestre, puis de nouveau 0,4 % au deuxième. À mi-année, l'acquis (c'est-à-dire la croissance que la France est assurée d'atteindre si l'activité stagnait sur la seconde moitié de l'année) serait donc de 1 %.

La prévision de Bercy pour l'année 2016 - une hausse du PIB de 1,5 % - n'est donc pas inatteignable. Mais elle n'est pas non plus garantie. Car cela voudrait dire que l'économie ne pourrait pas se permettre le moindre coup de fatigue. La « résistance » de l'activité, selon l'expression de l'Insee, devrait par ailleurs permettre à l'emploi de continuer de progresser d'ici à juin prochain. Au total (emplois marchands et non marchands), quelque 73.000 postes seraient créés au premier semestre 2016 (à comparer aux 57.000 du second semestre 2015). Cela ferait retomber le taux de chômage - qui avait atteint 10,6 % au troisième trimestre 2015 - à 10,4 % mi-2016.

ATTAQUE SCANDALEUSE SUR CASINO

Du coté des entreprises l’actualité a été dominée par les fortes turbulences boursières sur le groupe Casino qui a fait les frais d'une attaque en règle d'un des analystes les plus influents : Muddy Waters. Son fondateur, Carson Block vient de révéler qu'il pariait à la baisse sur l'action de Casino affirmant que l'enseigne utilise des techniques d'ingénierie financière pour masquer la détérioration de son activité. Selon Carson Block, le poids de la dette du groupe serait dangereusement élevé. De fait, il estime que l'action de Casino ne vaut pas plus de 6,91 euros, contre 48,97 euros à la clôture mercredi. Naturellement cela a entrainé des ventes sur l’action Casino qui a déjà perdu plus de 35 % en Bourse cette année.

Cette attaque est d’autant plus inattendue que Casino a connu sa plus forte hausse en trois ans mercredi dernier après avoir annoncé une vente d’actifs permettant de réduire sa dette de plus de 2 milliards d’euros . De plus l’agence de notation Fitch avait confirmé sa note à « stable ». Par ailleurs c’est un coup dur pour Jean-Charles Naouri qui vient d’éprouver un grand deuil personnel. Naturellement le groupe de distribution Casino a dénoncé jeudi la note de Muddy Waters, ayant conduit à une forte chute de son cours de Bourse, fustigeant la « volonté de nuire » de l'investisseur américain, et annonçant avoir saisi l'Autorité des marchés financiers.

AREVA SE DISLOQUE ENCORE UN PEU

Par ailleurs, sans grande surprise, Areva a indiqué jeudi que son résultat net 2015 sera encore en forte perte, en raison d’une provision liée au plan de suppressions de postes, mais aussi à un complément de provisions pour pertes à terminaison dans les activités Réacteurs et services, ainsi que sur des contrats éoliens et solaires. Le groupe a ainsi indiqué s'attendre à un cash-flow négatif de 900 millions d'euros pour l'exercice 2015. La négociation avec EDF sur la cession d’Areva NP devrait aboutir en début d’année prochaine. Par ailleurs la filiale Technicatome qui conçoit, produit et assure la maintenance des réacteurs nucléaires de propulsion navale et fournit également les services et équipements associés devrait être reprise directement par l’Etat ou la BPI.

Enfin lors de l'Assemblée Générale Extraordinaire de SCOR qui s'est tenue à Paris vendredi, sous la présidence de Denis Kessler, les actionnaires ont adopté à près de 80 % la résolution autorisant le Conseil d'administration à attribuer des actions de performance de la Société en faveur des collaborateurs, permettant ainsi l'application dès 2015 du nouveau régime plus favorable introduit par la loi Macron. Cette attribution concerne la quasi-totalité des collaborateurs dans le monde. Les actions de performance permettent de récompenser les performances individuelles, et de gérer les talents.

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