éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Le FN faiblit un peu à l’aube du premier tour
par Yves de Kerdrel
Les instituts de sondage, les journalistes politiques, l’Elysée et Matignon attendent un raz de marée Front National à l’occasion du premier tour des élections régionales. Mais tout indique que la droite et la gauche ont remonté la pente depuis quelques jours. Si bien que les scores de la famille Le Pen dans le Nord et en Paca et celui de Philippot dans l’Est pourraient être moins élevés que prévu.
A deux jours du premier tour des élections régionales, l’ensemble des 83 sondages publiés avant ce scrutin permet de faire apparaître un certain nombre de lignes fortes. Incontestablement le Front national fait la course en tête dans deux régions : le Nord-Pas-de-Calais et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans la première, Marine Le Pen est donnée gagnante dans les douze sondages publiés au premier comme au second tour : 38,46% en moyenne au premier tour et 40,33% au second. Elle devance la liste menée par Xavier Bertrand (30,33%) de dix points au second tour du scrutin. Dans la seconde, la liste conduite par Marion Maréchal-Le Pen obtient la victoire dans neuf sondages sur dix avec une moyenne second tour de 38,9%, même si l’avance face au maire de Nice est plus modeste : plus de quatre points, soit 34,4% pour Christian Estrosi.
Deuxième enseignement : l’union de la droite et du centre est donnée gagnante dans trois régions. La victoire s’annoncerait nette dans les deux régions ligériennes du Centre-Val de Loire (38,75% pour la droite contre 33,25% pour la gauche) et des Pays de la Loire (42% contre 36%). Les écarts sont plus ténus, de l’ordre de trois points sur les quatorze sondages d’Ile-de-France (40,21% pour Valérie Pécresse contre 37,64% pour Claude Bartolone).
MATCH SERRE POUR WAUQUIEZ
Troisième leçon : l’incertitude est encore forte dans quatre régions, même si la droite y dispose d’un léger avantage. En Bourgogne-Franche-Comté, les trois listes sont coude-à-coude et se tiennent dans un écart d’un peu plus de deux points. Dans l’Est, la dynamique est nettement du côté de Florian Philippot qui passe de 30 à 35% au premier tour et de 33 à 37% au second entre fin octobre et début décembre, l’avance de Philippe Richert s’établissant désormais à 1,4 points au second tour. En Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez bénéficie d’un point d’avance sur la moyenne des neuf sondages publiés : 37,78% contre 36,78% pour Jean-Jack Queyranne et dans les six sondages les plus récents, ils sont quatre fois placés à égalité au second tour. Enfin, l’écart est encore plus ténu en Normandie avec 35% pour Hervé Morin talonné par la gauche (34,2%) au second tour.
Enfin quatrième enseignement : la gauche devance la droite et le FN dans trois régions : la Bretagne, le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Pour Jean-Yves le Drian, l’avance semble confortable puisqu’il est même le seul candidat socialiste à pouvoir espérer être en tête dès le premier tour (29% contre 27,5% en moyenne pour la droite). En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, la liste PS-PRG subirait, en revanche, une vraie alerte au premier tour, ne se classant que troisième (21,2% en moyenne des dix sondages publiés, derrière la droite avec 23% et le FN à 30%). Il s’agit de la seule région qui pourrait connaître une quadrangulaire, avec une moyenne pour la liste EELV-FG de 12,15%. Enfin, les écarts se resserrent entre Alain Rousset et Virginie Calmels : si le premier bénéficie de plus de cinq points d’avance dans la moyenne des quatre sondages publiés (40,75% contre 35% au second tour), la dynamique est en faveur de la candidate des Républicains qui a réduit son retard de 13 à 4 points.
BARTOLONE SOUS FORTE PRESSION
Il s’agit là d’une étude menée sur l’ensemble des sondages pratiqués à l’occasion de ces élections régionales. Mais Rue de Vaugirard on s’attend à ce que la surprise, ce soir, réside dans un score beaucoup moins élevé que prévu du Front National. D’abord parce que depuis les attentats les instituts de sondage ont eu tendance à surpondérer le vote FN. Ensuite parce que malgré cela la droite et la gauche reprennent quelques couleurs depuis le début de la semaine. Enfin parce que même s’il existe une vraie dynamique FN, il n’est pas certain du tout que Marine Le Pen, tout comme sa nièce, soient en tête au second tour.
Une région sera de toute manière ce soir sous les feux des projecteurs : c’est l’Ile de France. Depuis qu’il a repris sa campagne, le 27 novembre, Claude Bartolone est sous pression. Talonné au premier tour par le FN dans les sondages, le candidat socialiste à la région Ile-de-France est distancé au second tour de quelques points par Valérie Pécresse. Le candidat socialiste n’a même pas daigné débattre avec les quatre autres principales têtes d’affiche lors du seul débat télévisé organisé par France 3 Ile-de-France avant le premier tour. Il a dépêché Benoît Hamon, numéro deux sur la liste PS des Yvelines pour le représenter sur le plateau. Ce que n’ont pas compris les candidats verts et Front de Gauche. Le président de l’Assemblée qui n’a jamais vraiment fait campagne a surtout cherché à s’assurer du soutien de l’Elysée pour garder le perchoir au cas où il subirait un camouflet.
LES EFFETS SECONDAIRES DE L’ETAT D’URGENCE
Ce qui sera important entre ce soir et mardi soir, date du dépôt des listes pour le second tour, c’est bien sûr d’observer les désistements, les ralliements voire les fusions de listes. Nicolas Sarkozy a écarté encore, la semaine passée, toute idée de front républicain. Mais dans le Nord il paraît acquis que Pierre de Saintignon se désistera. De la même manière pour le candidat socialiste dans le sud. Il n’est pas certain que cela suffise à empêcher le passage de ces régions à l’extrême-droite. Mais la pression de l’opinion publique sera trop forte pour que de véritables triangulaires puissent avoir lieu.
François Hollande se garde bien d’intervenir dans ce scrutin, compte tenu de l’état de déconfiture du Parti socialiste, car il souhaite profiter du ballon d’oxygène qu’il a retrouvé en termes de popularité. D’où son déplacement inopiné vendredi à bord du Charles de Gaulle au large de la Syrie. Cela n’aura qu’un temps. Car déjà une autre difficulté apparaît pour le Chef de l’Etat. C’est sa capacité à éviter les craquements dans la majorité à propos de la mise en œuvre de l’état d’urgence et de certaines mesures reprises à la droite et à l’extrême-droite comme la déchéance de nationalité pour les djihadistes. Jean-Christophe Cambadélis, qui se dit gêné par cette mesure. Martine Aubry fait part de ses doutes sur l'utilité d'une telle disposition.
LA REFORME CONSTITUTIONNELLE PRESENTEE A NOEL
Ces critiques ne sont pas isolées. Elles font très largement écho aux réticences des socialistes qui redoutent que la mise en place de la déchéance de la nationalité conduise à des différences de traitements entre les Français selon leur origine. La prise de conscience que le projet était vraiment sur les rails remonte à mardi dernier, lorsque le premier ministre est venu l'expliquer aux députés lors de leur réunion de groupe. En s'engageant sur cette voie, François Hollande a touché au cœur de l'ADN des socialistes: la défense des libertés publiques et le combat pour l'égalité. Or, face à la menace terroriste, il s'agit bien de rogner sur ces deux valeurs cardinales de la gauche.
Pour l'heure, les socialistes attendent l'avis du Conseil d'État avant de s'engager plus avant contre le projet du gouvernement. Ils espèrent un avis négatif qui leur permettra de ne pas endosser la responsabilité de s'y opposer, à contre-courant de l'opinion publique. Mais en droit pur, il n'y a aucune raison que le Conseil d'État s'y oppose. Dès lors, se posera pour le gouvernement la question de savoir s'il a le soutien de sa majorité pour faire adopter la déchéance de nationalité. C'est le 23 décembre en Conseil des ministres que devrait être annoncé le projet de loi de réforme de la Constitution souhaité par le président de la République après les attentats du 13 novembre. Dans la foulée, deux textes de loi sur la sécurité devraient être présentés en janvier en Conseil des ministres.
LA BCE NE CONVAINT PAS
Sur le plan macro-économique l’actualité de la semaine a été marquée naturellement par la réunion de la Banque Centrale Européenne, jeudi, et par les annonces qui en ont découlé. Mario Draghi a dévoilé trois mesures principales : la baisse du taux de dépôt de -0,2 % à -0,3 %, l’extension du programme de rachat de dettes publiques et privées de septembre 2016 à mars 2017, voire au-delà si nécessaire, et l’inclusion dans ce programme de nouveaux titres de dettes, à savoir des titres de dettes de collectivités locales et régionales de la zone euro.
L’objectif de la BCE est triple. D’abord il permet de maintenir les taux d’intérêt auxquels s’endettent les Etats de la zone euro à des niveaux très bas. De quoi les aider à assurer la stabilité de leurs finances publiques. Par ailleurs, en achetant des obligations souveraines, la BCE espère pousser les investisseurs en quête de rendement vers des titres jugés plus risqués mais aussi plus favorables au financement de l’économie. Enfin cette politique accommodante vise évidemment à faire baisser l’euro face au dollar.
L’ALLEMAGNE EN PLEIN-EMPLOI
Toute la question est de savoir si ces nouvelles armes permettront de dynamiser la croissance et de relancer l’inflation. Les économistes sont franchement divisés sur ce sujet. Pour certains, l’activisme de Mario Draghi porte déjà ses fruits, même s’ils sont encore timides. Pour d’autres, la politique monétaire n’a quasiment plus d’effet sur l’inflation. Et les mêmes estiment qu’en répétant qu’il fera tout pour relancer l’inflation aussi vite que possible, Mario Draghi prend de grands risques. Tout simplement parce que les causes de l’inflation faible échappent en partie à son rayon d’action. A l’exemple de la chute des cours des matières premières ou de la stabilité des salaires.
L’autre événement de la semaine passée a été l’annonce que jamais l’Allemagne n’avait comptabilisé sur son sol autant de travailleurs en activité. Selon les chiffres publiés mardi par l’agence nationale pour l’emploi, 43,4 millions de personnes domiciliées en Allemagne exerçaient une activité en octobre. C’est 125 000 travailleurs en activité de plus qu’en septembre, qui était déjà un mois record, et presque un million de plus qu’en janvier. En un an, le nombre de chômeurs s’est réduit de 84 000 personnes, pour atteindre 2,63 millions de demandeurs d’emploi, soit 6 % de la population active. Dans les régions industrielles du sud de l’Allemagne, ce taux est de moins de 3,8 %, soit une situation de plein-emploi.
Ces bons chiffres ont une conséquence immédiate. Peu de chômeurs signifie peu d’allocations versées. Donc les caisses de l’agence affichent actuellement un résultat excédentaire vertigineux de 3,2 milliards d’euros. Selon une étude de l’institut économique de Kiel, publiée le 1er décembre, cet excédent devrait atteindre 3,7 milliards d’euros en 2016, au point que les économistes de l’institut suggèrent de baisser les cotisations d’assurance-chômage de 0,3 %, à 2,7 % afin d’augmenter le pouvoir d’achat.
AXA SEDUIT LE MARCHE
Après avoir raté il y a trois ans le rachat des activités de nutrition infantile de Pfizer rachetées par Nestlé, Danone a annoncé cette semaine un investissement de 240 millions d’euros dans une nouvelle usine de fabrication en Hollande. Une partie des produits fabriqués dans ce pays seront vendus en Chine, où Danone joue désormais la carte du très haut de gamme, avec sa marque internationale Nutricia. Il a par ailleurs conclu, mardi, la cession de sa marque Dumex, qui avait été très chahutée, à son partenaire chinois Yashili. Une cession qui se chiffre à 150 millions d’euros. La concomitance des deux annonces éclaire la stratégie du groupe qui a fait de la nutrition infantile l’un des quatre piliers de sa stratégie.
Enfin il faut noter vendredi le beau rebond de l’action Axa après que l’assureur a confirmé un ratio Solvabilité II solide de 212% et indiqué une fourchette cible comprise entre 170 et 230%, dans la mesure où la mise en application de la directive va lui permettre d’économiser 500 millions d’euros de cash flows opérationnels par an. Mais surtout, le groupe dirigé par Henri de Castries s’est engagé à distribuer de 45 à 55% de son résultat courant en dividendes, contre un taux de 40 à 45% auparavant. En particulier, ses filiales distribueront désormais entre 75 et 85% de leurs cash flows opérationnels disponibles. Par ailleurs le groupe a indiqué qu’il réaliserait plus d’acquisitions que de cessions à l’avenir. Enfin, il a des ambitions importantes dans l’épargne individuelle puisqu’il compte booster sa collecte de 8 à 10 milliards d’euros par an d’ici à 2020.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Derrière l’union nationale, le tsunami annoncé du Front national
29/11/2015 - 07:06
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Les attentats du 13 novembre risquent d’entrainer une forte poussée du FN
22/11/2015 - 07:44

