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Les attentats du 13 novembre risquent d’entrainer une forte poussée du FN
par Yves de Kerdrel

Même si la campagne électorale et les sondages se sont arrêtés pendant la semaine qui a suivi les attentats du 13 novembre, la plupart des politiques et des spécialistes de l’opinion redoutent que les élections régionales fassent ressortir une forte poussée du Front National plutôt qu’un repli vers les partis traditionnels. Dans ces conditions une victoire du FN deviendrait possible en 2017…

22/11/2015 - 07:44 Temps Lecture 14 mn.

La France vient de vivre une semaine très particulière. Avec le traumatisme créé par l’horreur des terribles attentats du 13 novembre. Avec aussi les suites policières et judiciaires qui ont rythmé la semaine, grâce au brio des forces de police et de gendarmerie. Avec enfin le discours de François Hollande au Congrès et l’annonce d’une possible réforme constitutionnelle de manière à pouvoir gérer au mieux des situations de crise comme celle-ci. A priori tout était là pour permettre à François Hollande de retrouver une stature présidentielle. Et les médias publics ou autorisés n’ont pas lésiné pour mettre en valeur le rôle du Président de la République.

Bien sûr, en convoquant le Congrès, et en décidant d’une prolongation de trois mois de l’état d’urgence, il a clairement repris l’ascendant sur Manuel Valls, à un moment où le climat entre les deux hommes était devenu détestable. Bien sûr il n’a pas hésité à prendre un tournant sécuritaire qui est toujours délicat pour la gauche. Bien sûr il va faire de la commémoration de vendredi prochain une opération de communication personnelle. Malgré cela les sondages restent très mitigés sur son action. A peine la moitié français des français lui font confiance pour lutter contre le terrorisme. Ce qui est très faible compte tenu de l’émotion du moment et des moyens mis en œuvre. Par ailleurs un sondage OpinionWay commandé par Metronews et LCI et réalisé après les attentats fait ressortir une poussée du FN pour les intentions de vote au premier tour des régionales, aux dépens des Républicains.

VALLS SUR LA SELLETTE

De son côté Manuel Valls a continué d’afficher la figure martiale qui lui va si bien, même si elle est de moins en moins prise en sérieux. Le problème du Premier Ministre est qu’il lui faut assumer que rien n’a été fait depuis les événements de janvier dernier. Par ailleurs il se trouve personnellement sur la sellette depuis qu’un newsmagazine a révélé que les services secrets syriens ont proposé à la France il y a plus d’un an une liste de plusieurs centaines de djihadistes français opérant en Syrie (dont certains des terroristes du 13 novembre). Or Manuel Valls a refusé cette liste qui aurait sans doute permis aux services de renseignements d’arrêter certains terroristes avant qu’ils ne passent à l’acte.

De manière à évacuer cette polémique qui va sans doute se traduire par la création d’une enquête parlementaire, Manuel Valls a joué de la peur en évoquant les risques d’une attaque chimique ou bactériologique. Mais c’est son habitude de toujours dramatiser les évènements. Il a tôt pris le parti d’adopter une communication inquiétante sur les affaires de terrorisme, même si celle-ci est basée sur une connaissance de la situation. En novembre 2012, alors ministre de l’intérieur, après s’être plongé dans le dossier Merah, puis dans celui de la filière Cannes-Torcy, annonciatrice de la future connexion syrienne, il avait pointé la menace diffuse de l’ennemi intérieur.

FILLON PREND DE LA HAUTEUR

De fait le Premier Ministre voit sa crédibilité fortement remise en cause, au sein même de la gauche. Après les attentats parisiens contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes et celui de Montrouge, son discours devant l’Assemblée nationale, le 13 janvier, avait été salué sur tous les rangs, gauche et droite confondues. Mardi dernier, pour la première séance de questions au gouvernement après les attaques, le premier ministre a au contraire essuyé les sifflets d’une partie de la droite. Par ailleurs, chez les socialistes aussi, quelques dents grincent devant les termes utilisés par le chef du gouvernement.

A droite cette séquence dramatique n’a pas trouvé de réponse à la hauteur des enjeux. Les interviews de Nicolas Sarkozy n’ont pas été à la hauteur d’un ancien Chef d’état. Seul François Fillon a été d’une grande clarté en insistant sur nos erreurs passées en matière de politique étrangère et en réclamant un rapprochement rapide avec la Russie de Vladimir Poutine. Quant à Alain Juppé, il a considérablement fait évoluer ses positions en matière de diplomatie. Depuis quatre ans, l’ex-ministre des affaires étrangères se montrait inflexible sur la question syrienne.

FABIUS MANGE SON CHAPEAU

Les attentats du 13 novembre, ont bouleversé les choix stratégiques d’Alain Juppé. L’ancien chef de la diplomatie française juge désormais nécessaire de coopérer avec Moscou pour vaincre l’Etat Islamique, avant de se soucier du sort du président syrien. Par ailleurs il convient que le départ du président syrien n’est plus un préalable à la constitution d’une coalition avec les Russes. Dans son esprit, les Occidentaux, la Turquie, les pays arabes et Moscou doivent d’abord unir leurs forces pour écraser l’EI, avant d’organiser dans un second temps la réconciliation des Syriens en changeant les équipes de Damas.

Ce changement de pied coïncide avec celui de François Hollande, qui a fait de la lutte contre l’EI sa priorité après les attentats du 13 novembre, en œuvrant désormais à une coalition unie incluant Moscou et Washington. Mardi, l’ex-premier ministre a approuvé publiquement la nouvelle stratégie du chef de l’Etat. Hasard du calendrier : les deux possibles adversaires en 2017 se sont retrouvés côte à côte, jeudi 19 novembre, lors de la remise des prix de la Fondation Chirac au Musée du Quai Branly. Et s’exprimant devant François Hollande, le maire de Bordeaux a réaffirmé sa volonté de respecter un climat d’unité nationale.

LES SOCIALISTES A L’ARRET

S’agissant des élections régionales, le scrutin ayant été maintenu les 6 et 13 décembre prochains, après que l’Elysée ait pensé à les suspendre, les candidats commencent à reprendre progressivement leur campagne. Si les candidats ont pour la plupart suspendu leurs activités, les politiques sont restés en première ligne : mardi, le groupe Les Républicains a choisi de laisser ses têtes de liste - Laurent Wauquiez, Christian Estrosi et Valérie Pécresse - monter au créneau lors des questions au gouvernement. Rue de Vaugirard, on considère aujourd'hui les cartes totalement rebattues. Nicolas Sarkozy n'a prévu aucun déplacement avant la semaine prochaine : il sera à Schiltigheim, dans le Bas-Rhin mercredi prochain.

À gauche, en revanche, la campagne, suspendue dès le soir des attentats, ne reprendra pas aussi rapidement qu'à droite. Elle redémarrera plus lentement, et là encore différemment. Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a envoyé vendredi une lettre aux militants pour fixer les conditions de reprise de la campagne et expliquer les mesures de sécurité prises par le gouvernement. En Ile-de-France, la campagne de la tête de liste du PS Claude Bartolone, est toujours suspendue. La campagne socialiste francilienne se transformera la semaine prochaine en moments pour dialoguer et libérer la parole des citoyens après les attentats. Plus de 100 réunions d'échanges devraient se dérouler dans toute la région jusqu'au 6 décembre. Un seul grand rassemblement aura lieu comme prévu le 3 décembre, en présence de Manuel Valls.

LA FED S’ACTIVE SUR LES TAUX

C’est dans un contexte particulier qu’a commencé, jeudi dernier, l’examen au Sénat, où la droite est majoritaire, du projet de loi de finances pour 2016. Surtout après l’intervention, lundi, de François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès, lors de laquelle il a annoncé que des effectifs et des moyens supplémentaires allaient être accordés aux forces de sécurité et à la justice. Conséquence immédiate : le gouvernement va déposer, lorsque viendra en discussion la deuxième partie du budget, portant sur les dépenses, des amendements en application des annonces du chef de l’Etat. Ce qui modifie quelque peu l’approche de l’opposition à l’orée du débat.

Sur le front de la macro-économie la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ont toutes deux publié, mercredi et jeudi dernier, le compte rendu de leur précédente réunion. A savoir celle des 27-28 octobre pour la première et des 21-22 octobre pour la seconde. Les deux documents révèlent que, pour la première fois depuis le début de la crise, les politiques monétaires sont sur le point d’emprunter un chemin très différent des deux côtés de l’Atlantique.

Le compte rendu de la réunion de la BCE confirme que ses membres envisagent des options possibles pour assouplir davantage la politique monétaire, si cela devenait nécessaire. Ils notent à plusieurs reprises que l’inflation reste modeste dans la zone euro. Celle-ci s’est en effet établie à 0 % en octobre, loin de la cible de 2 % de l’institution. Les minutes évoquent trois options : une hausse du volume des rachats de dettes publiques et privées sur les marchés, aujourd’hui de 60 milliards d’euros par mois, leur prolongation au-delà de septembre 2016 ou encore une nouvelle baisse du taux de dépôt, aujourd’hui à – 0,2 %.

De son côté, la FED est sur le point d’emprunter la direction opposée. Ses minutes révèlent en effet que ses membres jugent que les conditions pour une hausse des taux directeurs, qui évoluent aujourd’hui entre 0 % et 0,25 %, pourraient bien être remplies d’ici la prochaine réunion, le 16 décembre. Alors qu’en septembre ces derniers s’inquiétaient des conséquences du ralentissement chinois, ils estiment désormais que les perspectives de l’activité économique et du marché du travail, outre-Atlantique, sont pratiquement équilibrées. Cette divergence des politiques monétaires aura des conséquences immédiates sur le dollar. La meilleure santé de l’économie américaine, comme la remontée des taux, attirera les capitaux vers les Etats-Unis, ce qui poussera le billet vert à la hausse face aux autres devises.

BELLE COTATION D’ABN AMRO

Par ailleurs selon une étude publiée cette semaine par le cabinet PWC et la Banque mondiale, la France se classe désormais à l'avant-dernier rang en Europe, devant l'Italie, avec un taux d'imposition sur les entreprises de taille moyenne de 62,7% de leur résultat commercial en 2014. Même si la situation s'est améliorée grâce à la mise en place du Crédit d'impôt compétitivité emploi, la pression fiscale sur les entreprises de taille moyenne est restée très élevée l'an dernier. La France se situe largement au-dessus de la moyenne européenne (40,6%). En revanche, concernant les prélèvements assis sur les salaires, la France conserve sa dernière place européenne, puisque ces prélèvements représentent 85% du taux d'imposition total moyen des sociétés de dimension moyenne. Au final, en prenant en compte ces trois critères, la France se situe au 87ème rang mondial sur 189, selon l'étude, juste derrière le Bangladesh

Du coté du monde des affaires peu d’actualité. Il faut noter le retour en fanfare d’ ABN Amro à la Bourse d’Amsterdam vendredi matin. Dans le cadre du placement d’une première tranche de 20 % du capital de la banque néerlandaise nationalisée depuis 2008, l’action s’est échangée pour son premier jour de cotation nettement au-dessus du prix d’introduction de 17,75 euros. Atteignant 18,18 euros dès l’ouverture, le titre a continué sur sa lancée dans la matinée. Cette introduction en Bourse partielle devrait donc rapporter davantage que les 3,3 milliards d’euros escomptés initialement par le gouvernement.

L'HOTELLERIE PARISIENNE DEVASTEE

De fait, la valorisation totale de la banque est promise à dépasser le montant de 16,7 milliards d’euros calculé sur la base du prix d’introduction. Néanmoins, cette valorisation n’est pas encore de nature à compenser le coût de la nationalisation d’ABN Amro voici sept ans puis sa remise à flots dans les années suivantes, qui ont coûté au total quelque 22 à 24 milliards d’euros à l’Etat néerlandais. Ce sauvetage est intervenu après la prise de contrôle désastreuse en 2007 du premier établissement bancaire des Pays-Bas par le trio bancaire Fortis, Royal Bank of Scotland et Santander. 

Sur un autre plan, tout le secteur du tourisme et de l’hôtellerie est mis à l’épreuve par les attaques du 13 novembre et les changements de comportement qu’elles ont immédiatement provoqués. Au point que des mesures de soutien aux hôteliers en difficulté ont été annoncées dès lundi. Bpifrance, la Banque publique d’investissement, auprès de laquelle 30 % à 40 % des professionnels sont endettés, a décidé de suspendre pour six mois les échéances de ses crédits.

Avec les annulations à chaud, le chiffre d’affaires par chambre disponible de l’hôtellerie parisienne a chuté de 21 % samedi, par rapport au même jour de la semaine de l’année précédente, et de 28,5 % dimanche, selon les estimations du cabinet spécialisé MKG. La profession s’attend à 40 % d’annulations sur la semaine. Les brasseries et les restaurants ont aussi souffert. Flo a enregistré 50 % d’annulations depuis samedi. En janvier, le mouvement était resté d’une bien moindre ampleur. Le revenu des hôtels n’avait reculé en moyenne que de 7 % à 8 % les deux premiers jours suivant les attentats. Le repli s’était poursuivi pendant deux semaines, avec des baisses de 25 % certains jours. Puis l’activité était remontée, et l’été s’était révélé très honorable.

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