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Yves de Kerdrel
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La France en Guerre à un mois du second tour
par Yves de Kerdrel
Les monstrueux attentats qui ont ensanglanté Paris vendredi soir ont brusquement interrompu la campagne électorale. François Hollande va en appeler demain au congrès à l’unité nationale face à ce qu’il faut désormais appeler une guerre. Le pouvoir craint que ce climat de terreur, loin de rendre les français légitimistes les amènent encore plus à voter Front National.
Cet éditorial est édité depuis Damas en Syrie
Depuis vendredi soir Paris est en guerre. Alors qu’à ce jour on ne connaît pas encore le nombre de victimes définitives des différents attentats qui ont touché des lieux de fête et de rassemblement un vendredi soir d’été indien, la France commence enfin à prendre conscience qu’elle est en guerre contre Dae’ch qui a revendiqué ces attentats innommables après avoir fait sauter une bombe dans un avion russe sur le Sinaï et après un terrible attentat à Beyrouth.
Naturellement Une forme d’unité nationale s’est aussitôt créée autour du Président de la République et de tous ceux qui symbolisent l’ordre. L’état d’urgence a été décrété, ce qui n’avait pas été le cas pendant les attentats de l’OAS, la guerre d’Algérie et mai 68. Et François Hollande a convoqué tous les parlementaires réunis en Congrès à Versailles demain, lundi 16 novembre. Aucun vote n’est prévu. Il est question d’une grande allocution solennelle.
Ces évènements qui surviennent à un mois du second tour des élections nationales pourraient avoir un impact sensible sur les résultats de ce scrutin. Soit par un retour des électeurs vers les partis de gouvernement. Soit au contraire par une explosion du score du Front National qui est déjà en tête dans trois des plus grandes régions : le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Alsace-Champagne-Ardenne avec ses trois locomotives médiatiques que sont Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. Manuel Valls qui fait du combat contre le FN le noeud gordien de toutes ses interventions avait déjà laissé entendre il y a quelques jours qu’une fusion des listes PS et Républicains serait nécessaire pour l’emporter. Ce qui a fait hurler le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.
Mais en conviant mercredi 11 novembre Nicolas Sarkozy à assister aux commémorations de l’armistice certains se demandent si tel n’était pas aussi le but recherché par François Hollande. Car le Chef de l’état a déclaré expressément : « Monsieur Sarkozy est là aujourd’hui, très bien. Moi, je souhaite que ces cérémonies soient des cérémonies de rassemblement, de réunion au-delà des clivages, au-delà de ce qui a pu se passer dans l’histoire de la République. Nous sommes ici tous ensemble par rapport à ces enjeux-là, les valeurs de la République. » Le président ne parlait-il que de l’histoire du pays ? Ou faut-il voir dans cette célébration de la communion républicaine une allusion aux élections régionales des 6 et 13 décembre plombées par la menace du FN ?
SARKOZY CRAINT LE CALCUL DE HOLLANDE
Au sein des Républicains la proposition du Premier Ministre n’a pas été accueillie avec plus d’enthousiasme que Rue de Solferino. Les proches de Nicolas Sarkozy considèrent qu’en agissant ainsi, Manuel Valls prend un grand risque et donne du crédit à la thèse de Marine Le Pen qui ne cesse d’expliquer que le PS et Les Républicains, c’est la même chose ». En fait derrière ce piège c’est l’élection de 2017 qui se joue. C’est ce que pensent les proches de Nicolas Sarkozy que WanSquare a pu contacter cette semaine. Selon eux, les deux têtes de l’exécutif veulent profiter de ces régionales pour remobiliser l’électorat de gauche autour du combat contre l’extrême droite. En proposant une fusion des listes ou en retirant les listes PS arrivées troisième, le PS perdrait beaucoup d’élus mais apparaîtrait comme le parti qui a tout fait pour faire battre le FN.
Les dirigeants de la Rue de Vaugirard vont même jusqu’à accuser la gauche de contribuer sciemment à la hausse du FN. M. Sarkozy est persuadé que l’exécutif, par calcul, fait preuve de laxisme en termes de sécurité, dans ce but. Un événement est régulièrement cité par les ténors de droite : les incidents du 20 octobre à Moirans, quand des dizaines de personnes issues de la communauté des gens du voyage avaient bloqué la gare de la ville et incendié des véhicules. Les socialistes répondent à la droite en brandissant les chiffres des cantonales de 2011 et ceux de la présidentielle de 2012, scrutins lors desquels le FN et Marine Le Pen avaient déjà fait des percées significatives.
LA TENTATION DE BAYROU
Nicolas Sarkozy se méfie en tout cas du positionnement de son successeur, à qui il reconnaît des capacités de tacticien. L’ancien chef de l’état sait que François Hollande est, comme lui, très bon dans la stratégie politique, dit-on dans son entourage. Résultat : il n’écarte pas la possibilité que, in fine, l’actuel Président parvienne à rassembler toute la gauche derrière lui. Dans ce cas pour François Bayrou les choses sont claires. Si Alain Juppé ne sort pas vainqueur de la primaire, il se présentera naturellement à la présidentielle de 2017. Avec même la conviction de faire un meilleur score que Nicolas Sarkozy et que François Hollande. D’où ces récentes prises de distance avec Alain Juppé et des déclarations de plus en plus « droitières ».
Une candidate de droite républicaine semble d’ores et déjà pratiquement assurée de reprendre une région capitale à la gauche. C’est Valérie Pécresse en Ile de France où son challenger, Claude Bartolone, parachuté en dernière minute n’arrive pas à convaincre. C’est ce qu’a confirmé un sondage publié jeudi dernier par Valeurs actuelles. Claude Bartolone n’a rien trouvé de mieux que de saisir la Commission des sondages à propos de cette enquête réalisée par OpinionWay auprès de 801 personnes du 3 au 6 novembre. Cette étude est la première à créditer Valérie Pécresse d’une très nette victoire, avec 42 % des voix contre 35 % au second tour pour Claude Bartolone. Au premier tour, la candidate du parti Les Républicains obtiendrait 35 % des voix, Bartolone, 22 %, et Wallerand de Saint Just, du Front national, 21 %.
AFFRONT POUR VALLS A L’ASSEMBLEE
Sur le front parlementaire les choses se compliquent pour le Gouvernement après le dépôt par Jean-Marc Ayraut d’amendement visant à substituer une partie de la prime d’activité par une baisse de la CSG pour certains salariés. Plutôt que d’afficher une opposition en bonne et due forme – qui se serait traduite par un désaveu –, il s’en est remis au vote de l’Assemblée. Le résultat est tombé : par 35 voix contre 21, l’amendement Ayrault a été adopté. Parmi les 38 membres du groupe socialiste ayant exprimé leur suffrage, 31 ont voté pour. Un peu plus tard dans la soirée, Matignon tentait de désamorcer ce qui a toute l’apparence d’un sérieux revers. Il n’empêche que cet épisode – venant après les revirements de la semaine précédente à propos des impôts locaux de personnes âgées aux revenus modestes ou de la réforme des dotations de l’État aux collectivités locales – sonne comme une forme d’impuissance d’un gouvernement dont la majorité vacille.
Après une ultime entrevue, mardi matin à Matignon, entre l’ancien et l’actuel premier ministre, à l’issue de laquelle les auteurs de l’amendement ont accepté de supprimer toute référence à l’« impôt citoyen sur le revenu », qui entretenait l’idée d’une fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, le débat en séance et le vote devenaient inévitables. Jean-Marc Ayrault s’est ainsi fait le porte-parole d’une majorité engagée en faveur de la réforme, inspirée en permanence par la justice fiscale, et a recueilli divers soutiens sur les bancs du PS, des écologistes et des radicaux de gauche. Les frondeurs du PS, réduits à la portion congrue pendant l’essentiel de la discussion du budget, ont trouvé là l’occasion de manifester avec enthousiasme leur appui à cette initiative parlementaire.
LA CROISSANCE EST FAIBLE MAIS LA
Par ailleurs l’Assemblée nationale a voté, jeudi 12 novembre, le maintien des exonérations pour les retraités modestes en 2015 et 2016, comme annoncé par le gouvernement pour remédier aux effets de la suppression de la « demi-part des veuves ». L’amendement gouvernemental au projet de loi de finances pour 2016, examiné en première lecture, a été adopté par 53 voix contre 1. Le secrétaire d’État chargé du budget, Christian Eckert, a précisé que 600 000 personnes allaient être concernées. Le gouvernement s’était engagé au début de novembre à mettre en place un dispositif permettant de maintenir l’exonération des personnes qui étaient auparavant dispensées de payer cet impôt, en raison de leur âge et de leurs faibles revenus.
Au chapitre de la conjoncture, le gouvernement français a enfin eu une nouvelle rassurante vendredi. Selon l'Insee en effet, la croissance de l'économie française a progressé de 0,3% au troisième trimestre après sa stagnation du printemps. Un chiffre qui s'avère meilleur que celui qu'anticipait l'Insee dans sa dernière note de conjoncture, publiée en octobre. A l'époque, les statisticiens publics anticipaient une hausse de 0,2% seulement. Avec ce chiffre, la croissance pour 2015 sera au minimum de 1,1%. Ce qui constitue un chiffre légèrement supérieur à l'hypothèse de 1% sur laquelle le budget 2015 a été construit.
VERS UN BON DERNIER TRIMESTRE
L'essentiel de ce rebond de l'activité s'explique avant tout par la hausse de la consommation des ménages (+ 0,3 % après un deuxième trimestre de stagnation) et l'accélération de l'investissement des entreprises (qui affiche une progression de 0,7 % après 0,5 % au trimestre précédent). Du côté des ménages, la consommation rebondit grâce à la reprise des dépenses d'énergie qui affichent une hausse de 1,6 %. Dans le même temps, les achats de biens fabriqués augmentent de 1 % même si ceux d'automobiles sont stables, après deux trimestres de hausse. En matière d'investissement, les bonnes performances constatées dans l'industrie manufacturière et les services marchands contrastent avec la contre-performance dans le secteur de la construction. Alors que les dépenses d'équipement augmentent de 0,8 % dans l'industrie et de 0,9 % dans les services, elles baissent en effet de 0,8 % dans le secteur de la construction.
L'Insee et la Banque de France anticipaient, avant la publication de ce vendredi, une hausse de 0,4 % du PIB au cours du quatrième trimestre. Si c'est le cas ce nouveau rebond de l'activité permettra d'engranger une petite réserve pour 2016 puisque, par définition, la croissance d'une année donnée se joue pour l'essentiel sur le niveau d'activité du premier trimestre et du dernier trimestre de l'année précédente. D’ailleurs selon la Banque de France, tous les secteurs ont connu une amélioration de leur situation en octobre et prévoient que cela se poursuivra en novembre. La Banque de France et l'Insee sont de toute évidence en phase en matière de croissance pour la fin de l'année. Selon la toute première estimation publiée ce lundi, le PIB pourrait en effet progresser de 0,4% au cours du dernier trimestre. Une estimation identique à celle avancée par l'Insee dans sa dernière note de conjoncture.
LE CIEL S’ASSOMBRIT POUR SEILLIERE
Une bonne nouvelle pourrait à nouveau concerner Dassault Aviation. Selon des sources du secteur de la défense, les Émirats Arabes Unis souhaiteraient acquérir 60 avions de chasse. Les autorités de ce pays qui s’étaient d’abord intéressés à l'Eurofighter regarderaient de près maintenant le Rafale. Si Dassault reste muet sur la question, le commandant des forces aériennes des Émirats a déclaré : « Je pense que nous sommes dans la dernière phase des négociations ».
Sinon l’actualité business a été réduite à la portion congrue lors de cette semaine coupée par le 11 novembre. En revanche plusieurs articles de presse ont relaté que le parquet national financier a réclamé, lundi 2 novembre, le renvoi en correctionnelle de quinze personnes dans le cadre d’une enquête sur une fraude fiscale, dont Ernest-Antoine Seillière et la banque JP Morgan Chase. Le parquet souhaite que JP Morgan Chase comparaisse pour complicité de fraude fiscale. La banque est soupçonnée d’avoir participé à l’élaboration d’un montage ayant permis à d’anciens dirigeants et cadres de la société d’investissement Wendel de soustraire des dizaines de millions d’euros à l’impôt. Si le parquet devait être suivi par les juges instructeurs, outre Ernest-Antoine Seillière, treize de ces responsables seraient jugés pour fraude fiscale, dont l’ancien président du conseil de surveillance Jean-Bernard Lafonta, qui pourrait être jugé pour complicité de fraude fiscale, à l’instar d’un fiscaliste.
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