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Yves de Kerdrel
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La tension entre Hollande et Valls est à son comble
par Yves de Kerdrel
Le Premier Ministre accuse, à mots couverts, le Chef de l’Etat de l’empêcher de mener toutes les réformes dont le Pays a besoin. De son côté François Hollande n’exclut pas de faire de Manuel Valls la victime expiatoire d’une violente défaite aux élections régionales. Dans les coulisses Emmanuel Macron et Bernard Cazeneuve s’activent pour devenir le prochain locataire de Matignon.
Les couacs qui étaient devenus la spécialité du gouvernement Ayrault et que Manuel Valls avait réussi à supprimer sont en train de faire leur réapparition à la vitesse « V ». Voilà en effet le gouvernement contraint d’éteindre en catastrophe une série d’incendies fiscaux dont l’accumulation menaçait d’être dévastatrice : envolée de la taxe foncière sur les terrains non bâtis, impact sur les impôts locaux de la suppression de la demi-part dont bénéficiaient quelque 250 000 veufs et veuves dans le calcul de leur impôt sur le revenu, réforme du mode de calcul de l’allocation adulte handicapé, sans parler de la réforme de la dotation de fonctionnement des collectivités locales et de ses incidences prévisibles sur la fiscalité locale.
Le gouvernement a donc jugé plus prudent de renoncer à ces réformes, ou du moins de les reporter à plus tard. Au risque de céder, une nouvelle fois, à l’improvisation et au bricolage. Car la malédiction fiscale poursuit François Hollande. Ce qui n’empêche pas le Chef de l’Etat de faire preuve d’un culot incroyable. Puisqu’au moment même où le gouvernement reportait à 2018 la réforme tant attendue du Code du travail, François hollande, en déplacement à Nancy assurait : « Depuis le premier jour de mon mandat, j’ai choisi de réformer et non de reporter ». Une phrase qui a naturellement fait sursauter Manuel Valls auquel l’Elysée demande régulièrement de surseoir à des projets de réforme.
RUMEURS DE REMANIEMENT
De fait la tension est désormais à son comble entre le locataire de Matignon et celui de l’Elysée. D’abord François Hollande soupçonne son Premier Ministre de vouloir le pousser à ne pas se représenter en 2017 en lui envoyant régulièrement des émissaires comme Jean-Yves Le Drian ou Michel Sapin accompagnés des enquêtes d’opinion toutes plus calamiteuses pour le Chef de l’Etat. Ensuite Manuel Valls est de plus en plus convaincu que François Hollande va chercher à se débarrasser de lui en prétextant de la violente défaite annoncée aux élections régionales. Enfin, affront suprême pour le Premier Ministre, le président de la République et Jean-Pierre Jouyet laissent entendre qu’Emmanuel Macron, le meilleur ennemi de Manuel Valls, pourrait succéder à ce dernier à Matignon.
Ce qui est certain, c’est que François Hollande entend reprendre l’initiative au tout début 2016. D’abord à l’occasion des différentes cérémonies des vœux qui vont lui permettre de faire passer des messages ciblés à différentes catégories de français. Ensuite en mettant l’accent sur le vingtième anniversaire de la mort de François Mitterrand qui est aussi le centième anniversaire de sa naissance. D’aucuns n’excluent pas dans son entourage qu’il annonce un changement du mode de scrutin pour les législatives de 2017 au profit de la proportionnelle intégrale, comme François Mitterrand l’avait fait en 1987. Par ailleurs outre un éventuel changement de premier ministre, un remaniement important est prévu avec le départ de Fleur Pellerin et son remplacement par Christine Taubira, le départ aussi de Michel Sapin, usé jusqu’à la corde et décrédibilisé par des perspectives budgétaires que Bruxelles réfute, l’arrivée de Bertrand Delanoë à la Chancellerie et sans doute le maintien de Jean-Yves Le Drian à la Défense. Concernant le Quai d’Orsay, si le départ de Laurent Fabius pour le Conseil Constitutionnel est acquis, le Chef de l’Etat hésite encore entre Ségolène Royal et Elizabeth Guigou pour incarner la diplomatie française.
CRISPATION ENTRE MATIGNON ET L’ELYSEE
La réponse du berger Manuel Valls à la bergère François Hollande a été l’annonce d’un report quasi définitif de l’engagement numéro 50 du candidat Hollande à la présidentielle de 2012 : c’est-à-dire le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans. Non seulement le premier ministre estime que la réforme ne peut se faire, puisqu'elle n'obtiendrait pas de majorité qualifiée au Congrès, selon lui, mais il va jusqu'à se dire convaincu qu'elle ne sera pas proposée à la prochaine présidentielle, et qu'elle n'est plus une priorité. Tout cela témoigne une fois encore du climat de crispation entre Matignon et l’Elysée qui devrait s’amplifier d’ici au 13 décembre, soir du second tour des élections régionales.
A droite, le climat ne s’améliore pas. Au fur et à mesure que la cote de Nicolas Sarkozy s’érode dans les enquêtes d’opinion, le président des Républicains est tenté d’accentuer le rapport de forces avec les ténors de l’opposition. Alors qu’il entendait se consacrer au projet présidentiel à partir de janvier 2016, il a avancé son calendrier en menant déjà trois conventions sur l’immigration, le droit du travail et la sécurité. De manière à réduire la marge de manœuvre éventuelle de ses concurrents à l’occasion de leurs interventions publiques.
L’UNITE S’ERODE CHEZ LES REPUBLICAINS
Mais ce coup de force contribue à détériorer l’ambiance au sein de l’ex-UMP. Quatre leaders du parti ont décidé de ne pas écouter son discours lors du conseil national des Républicains qui s’est tenu hier à Paris. Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, et Nathalie Kosciusko-Morizet n’étaient pas présents à la Maison de la Mutualité lorsque le président du parti a pris la parole à la tribune, vers 15 heures. Ce conseil national destiné à entériner les listes définitives de la Droite pour les élections régionales était pourtant une occasion pour la droite d’afficher une image de rassemblement à un mois du scrutin. Mais la bataille de la primaire de 2016, pousse les rivaux de Nicolas Sarkozy à afficher leur indépendance vis-à-vis du chef du parti.
Au chapitre économique l’actualité a été marquée par les dernières prévisions de la Commission européenne, rendues publiques jeudi dernier. Ce qu’il faut en retenir, c’est que d’après cette étude le déficit public français devrait encore atteindre 3,3 % du produit intérieur brut en 2017, après 3,8 % cette année et 3,4 % l’an prochain. Or dans son programme de stabilité budgétaire, transmis au printemps à Bruxelles, le gouvernement français avait pourtant affirmé être en mesure de ramener le déficit à 2,7 % du PIB à l’issue d’un nouveau délai de grâce, âprement négocié.
BRUXELLES SCEPTIQUE SUR LA FRANCE
Piqué au vif sur un point primordial des engagements français Michel Sapin, a répondu aux prévisions de Bruxelles jeudi, assurant que la France serait au rendez-vous de ses engagements européens. Il a tenu à rappeler que Bruxelles raisonne à politique inchangée, sans prendre en compte toutes les économies prévues. Le problème est surtout que la Commission Européenne est un peu moins optimiste que les autorités françaises à propos de la croissance. Celle-ci devrait se situer à 1,1 % cette année, puis 1,4 % l’an prochain, et 1,7 % en 2017. Du côté de Bercy, on table sur une croissance de 1,5 % en 2016.
Toujours en Europe, les investisseurs ont découvert vendredi avec surprise que la production industrielle en Allemagne a accusé en septembre sa plus forte baisse depuis plus d'un an, ce qui laisse penser que le ralentissement des marchés émergents a produit un impact sur la première économie européenne. La production industrielle a en effet diminué de 1,1% par rapport à août, suivant les statistiques publiées vendredi par le ministère de l'Economie, alors que le consensus Reuters anticipait une hausse de 0,5%.
Outre-Atlantique c’est toujours l’euphorie. L’économie américaine a créé 271 000 emplois le mois dernier. Le taux de chômage est ainsi tombé à 5 %, soit 0,1 point de moins qu’en septembre. C’est le niveau le plus faible depuis avril 2008. Surtout, la Fed considère que l’économie est en situation de plein-emploi lorsqu’un taux de sans-emploi de 4,9 % est atteint. Une hausse des taux d’intérêt apparaît désormais comme l’issue la plus probable. Les traders sur les marchés à terme estiment désormais à 70 % la probabilité d’une hausse des taux dès le mois de décembre, alors que celle-ci n’était que de 58 % avant la publication des chiffres de l’emploi du mois d’octobre. Ceux-ci s’ajoutent aux dernières déclarations de la présidente de la Fed, Janet Yellen, qui, lors d’une audition devant le Congrès américain, a évoqué une « possibilité réelle » d’un relèvement des taux en décembre.
LE BEAU COUP DE BOMPARD
Les investisseurs n'ont plus autant confiance dans les capacités de la Banque centrale européenne à atteindre son objectif d'inflation. C’est ce qu’a déclaré jeudi son vice-président Vitor Constancio, dont les propos semblent confirmer que l'institut d'émission se tient prêt à agir. Jan Smets, qui siège au Conseil des gouverneurs, a lui aussi pointé ce risque de perte de confiance, déclarant au quotidien financier Handelsblatt que la BCE pourrait adapter la taille, la composition et la durée de son programme d'achats d'actifs dit d'assouplissement quantitatif. Mario Draghi s'est également inquiété de ce risque de ne pas atteindre l'objectif d'inflation. Il a déclaré mardi que les responsables de la politique monétaire de la BCE réexamineraient, lors de leur réunion du 3 décembre, le degré de soutien monétaire qu'ils avaient mis en place.
En matière de business, la principale actualité réside dans l’accord intervenu vendredi entre la Fnac et Darty concernant les modalités de leur rapprochement. Le groupe dirigé par Alexandre Bompard, qui proposait initialement un rachat de Darty uniquement par un échange de titres, à hauteur d’une action Fnac pour 39 actions Darty, prévoit désormais d’offrir une action Fnac pour 37 actions Darty, en mettant également sur la table la possibilité d’une alternative en numéraire à hauteur d’un montant maximum de 95 millions d’euros. Les actionnaires de Darty pourront choisir de recevoir un montant en numéraire en lieu et place de tout ou partie des nouvelles actions Fnac.
LE COMBAT MACRON-GHOSN
Sur la base du cours de clôture de l’action Fnac du 5 novembre, les termes de l’offre envisagée représentent une valeur d’environ 116 pence par action Darty, soit une prime d’environ 47 % sur le cours de clôture de Darty (qui était) de 81 pence au 29 septembre. Cela valorise à hauteur d’environ 615 millions de livres (859 millions d’euros) la totalité de capital émis ou à émettre de Darty. Bien sûr il s’agit d’une opération défensive de la part de la Fnac. Mais en décaissant un minimum de cash et en émettant un maximum de nouveaux titres Alexandre Bompard a trouvé là le moyen de s’émanciper un peu plus de la famille Pinault après avoir montré ses talents de redresseur. Il a incontestablement gagné ses galons de grand patron. A noter que dans cette transaction il était soutenu par Cyril de Montmarin chez Rothschild et par Benoit d’Angelin chez Ondra Partners face à Matthieu Pigasse, conseil de Darty.
L’autre sujet brûlant concerne les relations entre Renault et l’Etat actionnaire. Dans un contexte de tensions entre Nissan et le gouvernement français, les administrateurs indépendants du constructeur français ont pris position contre les droits de vote double que l’Etat souhaite utiliser. A la veille d’un conseil d’administration extraordinaire qui s’est tenu vendredi, ils ont affirmé dans un communiqué que les droits de vote double, pouvaient déstabiliser l’alliance avec Nissan. Une prise de position qui va à l’encontre de celle de l’Etat français, qui est monté au capital de Renault en avril dernier.
La question de l’avenir de Renault-Nissan a rebondi ces derniers jours avec le souhait affiché par le constructeur japonais et le PDG des deux groupes, Carlos Ghosn, de rééquilibrer l’Alliance en faveur de Nissan, pour éventuellement aboutir à des participations croisées équivalentes (entre 25 et 35 %) alors que Nissan, actionnaire de 15 % de Renault, ne dispose actuellement d’aucun droit de vote. Emmanuel Macron a récemment exclut tout rééquilibrage capitalistique et a recadré Carlos Ghosn. Le conseil d’administration a d’ores et déjà prévu de se retrouver le 12 décembre, lors d’une nouvelle réunion stratégique sur les relations avec Nissan.
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