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Le piège du Front Républicain se referme sur la Droite
par Yves de Kerdrel

Alors qu’un sondage TNS-Sofres place le Front National en tête desélections régionales avec un point d’avance sur les listes d’union Républicains-UDI-Modem, les négociations s’activent en coulisses sur la création d’un Front Républicain pour empêcher que le parti de Marine Le Pen dirige deux régions. Mais le parti de Nicolas Sarkozy ne veut pas redonner vie au mythe de l'UMPS

01/11/2015 - 07:23 Temps Lecture 13 mn.

François Hollande ne ménage pas sa peine à l’approche des élections régionales. Il multiplie les déplacements en province, comme ceux de jeudi en Moselle ou d’hier au Mont Saint-Michel. Pour lui ces visites permettent de mêler l’utile à l’agréable. L’utile, c’est le soutien apporté à des candidats PS très en difficulté pour ces scrutins régionaux. L’agréable, c’est de renouer avec les campagnes électorales et les déplacements sur le terrain dans la perspective de la présidentielle de 2017. D’autant qu’avec la nette baisse des chiffres du chômage en septembre dernier, François Hollande est convaincu que l’inversement de la courbe annoncée tant de fois est enfin à portée de main.

Mais ces déplacements devraient maintenant s’interrompre pendant un mois. Car François Hollande a prévu de consacrer la totalité du mois de novembre à des voyages à l’étranger, à commencer par la Chine, et à la préparation de la COP 21. Mais le Chef de l’État devrait continuer à recevoir régulièrement à l’Élysée des parlementaires par petits groupes. L’usage de ces apéritifs politiques réguliers du mardi veut que les parlementaires, arrivent au Palais vers 19 heures, soient d’abord débriefés par Vincent Feltesse, avant que François Hollande fasse son apparition. De l’avis de tous ceux qui ont participé à ces rendez-vous discrets le locataire de l’Élysée est déjà à la manœuvre pour la présidentielle.

FRONT REPUBLICAIN OU PAS ?

À moins de six semaines du premier tour des élections régionales des 6 et 13 décembre, la question de l’entre-deux tours continue à agiter la majorité socialiste. Aider la droite ou favoriser le Front national ? Manuel Valls a évoqué mardi dernier la possibilité d’un front républicain pour faire barrage aux candidats du parti dirigé par Marine Le Pen. Mais pas question de donner dès à présent une quelconque consigne ou de déterminer quelle sera l’attitude du PS dans le cadre de triangulaires au second tour des élections régionales si le Front national peut l’emporter. Depuis quelques jours, les dirigeants socialistes avaient pourtant écarté ce scénario. Mais, mercredi dernier Jean-Christophe Cambadélis a infléchi son discours.

Du côté des Républicains, les responsables écartent l’idée d’un retrait d’une de leur liste arrivée en troisième position. Mais ils ne préfèrent pas non plus se prononcer pour une possible fusion des listes avec le PS, ce qui donnerait des arguments à Marine Le Pen, toujours prompte à dénoncer un « système UMPS ». Nicolas Sarkozy lui écarte l’idée d’un front républicain. Mais il pousse ses candidats à se mettre d’ores et déjà en position d’accueillir des votes socialistes au second tour des régionales.

UN EXERCICE D’EQULIBRISTE

Il faut dire que plus les jours passent, moins les sondages sont bons. À près de cinq semaines du premier tour, le sondage TNS Sofres-Onepoint pour Le Figaro, RTL et LCI montre que si le Front national effectue toujours la course en tête, il est désormais talonné de près par Les Républicains. Interrogés sur leurs intentions de vote au premier tour du scrutin de décembre, 28 % des Français se sont prononcés en faveur des listes du FN, juste un point devant celles des Républicains alliés à l'UDI et au Modem (27 %). Le Parti socialiste arrive derrière, avec 21 %. Et encore plus loin derrière, les listes des Verts avec 8 % et celles du Front de gauche à 6 %.

Contenir le score du Front national tout en marchant sur ses plates-bandes dans le but d’optimiser le score du premier tour, mais sans trop brusquer la gauche dans l’optique du second tour : tel est donc aujourd’hui le cahier des charges des candidats de droite. Un exercice d’équilibriste compliqué, en particulier dans les régions que le FN semble en mesure de conquérir. Car entre les deux tours la campagne y prendra une tournure radicalement différente : si elle a devancé la gauche, la droite devra soudainement s’ériger en rempart crédible contre l’extrême droite. C’est dans cette optique que la semaine passée, Christian Estrosi a présenté un comité de soutien où il a mis en avant des personnalités comme Claude Allègre, Max Gallo, Serge Klarsfeld ou Ivan Levaï.

L’EMBARRAS DE LA FED

La préparation des élections régionales n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de se rendre cette semaine en Russie, notamment pour y rencontrer Vladimir Poutine. Le président russe lui a fait le meilleur accueil, en le conviant dans sa résidence officielle, à une heure de Moscou. Un traitement plus amical que l'accueil protocolaire au Kremlin. Les deux hommes sont restés en tête à tête pendant une heure trois quarts. Pour Vladimir Poutine, cette visite permet d'engranger le bénéfice de sa position de force en Syrie, mais aussi le timide apaisement en Ukraine, en accueillant une personnalité de l'Union européenne. Pour Nicolas Sarkozy, il s'agissait de montrer sa capacité à faire bouger les lignes en vertu d'un lien ancien avec Poutine.

Du coté de l’actualité macro-économique il faut souligner que la croissance du produit intérieur brut des États-Unis est retombée à 1,5 % entre juillet et septembre selon la première estimation publiée jeudi 29 octobre par le département américain du commerce. Il s’agit d’un net ralentissement, après les 3,9 % enregistrés lors des trois mois précédents. Après la publication décevante des chiffres de l’emploi en septembre, ce nouvel accès de faiblesse ne fait qu’ajouter à l’embarras de la Réserve fédérale devant une éventuelle hausse des taux d’intérêt dès le mois de décembre, comme elle l’avait envisagé dans un premier temps.

Toutefois, le principal moteur de l’économie américaine, la consommation – qui compte pour 70 % de l’activité –, continue à tourner raisonnablement. Les dépenses des ménages ont progressé de 3,2 % en rythme annuel. Cette bonne tenue de la consommation est à mettre à l’actif de la hausse des revenus des Américains, qui, après impôts, ont augmenté de 3,5 % en rythme annuel. Les ménages continuent également à profiter de la faiblesse du prix de l’essence. Du fait du faible niveau de taxes, la baisse des prix du baril de pétrole se répercute quasi mécaniquement à la pompe, offrant aux consommateurs un surplus de pouvoir d’achat.

SUSPENSE CHEZ BPCE

Autre information importante pour les fidèles de WanSquare : les fusions et acquisitions ont le vent en poupe. Alors que les rachats d’entreprises atteignent des niveaux record cette année, jamais depuis six ans les projets n’ont été aussi importants. Selon le baromètre EY global capital confidence six dirigeants sur dix envisagent une acquisition dans les douze mois à venir. Dans cette enquête réalisée entre août et septembre auprès de 1 600 dirigeants dans 53 pays, plus de la moitié des participants affirment étudier activement au moins trois rachats. Les secteurs les plus concernés par cette fièvre acheteuse sont l’énergie (pétrole et gaz), les biens de consommation, les mines et métaux, les produits industriels diversifiés et les services aux collectivités.

Au chapitre des entreprises et des dossiers d’actualité il y a toujours le sujet de l’avenir du groupe BPCE. Mercredi dernier les dirigeants des Caisses d’épargne se sont réunis pour un vote consultatif sur la demande de renouvellement anticipé faite le 30 septembre par le président du groupe, François Pérol, pour un mandat de quatre ans. Selon les informations de WanSquare rien ne devrait sortir de ces urnes jusqu’au 4 novembre, date du vote décisif par le conseil de surveillance de BPCE. Le 21 octobre, les dirigeants des Banques populaires auraient voté contre le renouvellement anticipé à dix voix contre huit.

Si beaucoup pensent que le conseil de surveillance du groupe bancaire choisira de reconduire François Pérol plutôt que de se risquer à l’instabilité d’une alternance précipitée, ces deux votes ont été l’occasion pour les réseaux des dix-huit Banques populaires et des dix-sept Caisses d’épargne – actionnaires du groupe – de manifester leur mécontentement : c’est en effet la deuxième fois que le dirigeant demande un renouvellement anticipé, fragilisant au passage les règles de gouvernance du groupe mutualiste. Dans le cas où le conseil de surveillance ne lui renouvellerait pas sa confiance, le 4 novembre, son mandat arriverait à échéance en 2017, coïncidant avec la procédure en appel du parquet national financier, mais aussi avec l’élection présidentielle.

LE PARI PASCALIEN DE TELECOM ITALIA

Le dossier Telecom Italia continue de défrayer la chronique. Quelques jours après que Vivendi, donc Vincent Bolloré, a déclaré avoir franchi le seuil des 20 % au capital de l’opérateur italien Xavier Niel a d’abord annoncé jeudi avoir acquis 11,2 % des titres du groupe transalpin (dont 5 % en produits dérivés) avant de déclarer vendredi matin qu’il détenait 15,1 %. Ce qui représente un investissement total de l’ordre de 2,2 milliards d’euros. L’information, dévoilée par l’agence Bloomberg avant d’être confirmée par la Consob, l’autorité italienne des marchés financiers, a de quoi surprendre. A eux deux, Vincent Bolloré et Xavier Niel pourraient donc détenir un peu plus de 35 % du capital de l’opérateur italien.

Si Vivendi est monté au capital de Telecom Italia, c’est parce que le groupe est convaincu qu’il existe de la matière dans la convergence entre télécommunications et médias, secteur autour duquel le groupe est aujourd’hui centré, avec des actifs comme Canal+ ou Universal Music. Pour autant, Vivendi ne souhaiterait pas franchir le seuil des 25 % et lancer une offre publique d’achat sur un groupe valant quelque 20 milliards d’euros. De là à penser qu’il existe une connivence voire une convergence d’intérêts entre Vincent Bolloré et Xavier Niel, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont déjà franchi, notamment en Italie. Selon la presse italienne, un autre acteur pourrait être tapi dans l’ombre et attendre son tour. Il s’agit du milliardaire égyptien Naguib Sawiris, ex-patron de l’opérateur Wind.

L’ex-monopole d’État de la Péninsule est une proie de choix. D’abord il est bien positionné sur le marché italien pour profiter de la future stabilisation, voire de la montée des prix qui s’annonce. Par ailleurs Telecom Italia peut déployer de la fibre sans craindre la concurrence d’un opérateur disposant déjà d’une infrastructure de très haut débit fixe. Autre atout de poids de Telecom Italia : TIM Brazil, sa filiale dans le plus grand pays d’Amérique latine. Que ce soit pour Xavier Niel comme pour Vincent Bolloré et ces prises de participations ont donc tout d’un pari pascalien.

LA BELLE OPERATION DE LACHARRIERE… ET DE ONDRA

Un autre dossier focalise l’attention de Vincent Bolloré, ce son ses prises de participation chez Ubisoft et Gameloft, dont les premiers actionnaires est la famille Guillemot. Celle-ci parle désormais d’une agression menée avec des méthodes d’activistes. Il y a deux semaines, Vivendi est d’abord entré au capital des éditeurs de jeux vidéo français Ubisoft et Gameloft à hauteur respectivement de 6,6 % et 6,2 %. Jeudi 22 octobre, il a augmenté sa participation au capital des deux entreprises, pour la porter à 10,39 % et 10,20 %. Lundi dernier, Vivendi a même affirmé qu’il n’excluait pas une prise de contrôle d’Ubisoft et de Gameloft.

Enfin l’opération la plus insolite et aussi la plus spectaculaire de la semaine est l’acquisition par le Groupe Marc de Lacharrière (GML), holding familial de l’homme d’affaires, de 5 % du groupe de capital investissement Warburg Pimcus que préside Timothy F. Geithner. Outre ce ticket d’entrée dans la partnership, Marc Ladreit de Lacharrière investira, comme Limited Partner, dans les prochains fonds de Warburg Pimcus. Le montant apporté par GML (au moins une centaine de millions de dollars selon les informations de WanSquare) sera réinvesti en totalité dans les fonds de Warburg Pincus, ce qui permettra à Warburg Pincus de faire converger encore davantage les intérêts de ses professionnels avec ceux de ses Limited Partners, tout en lui offrant une plus grande flexibilité financière. Fait rarissime : pour mener cette opération Marc de Lacharrière a fait appel à une banque d’affaires, Ondra Partners, dont l’un des dirigeants est très proche des associés de Warburg Pimcus. Cette maison installée des deux cotés de la Manche a réalisé ainsi l’une des opérations les plus originales et prestigieuses de l’année.

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