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Yves de Kerdrel
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François Hollande de plus en plus isolé…et calculateur
par Yves de Kerdrel
La scène montrant le Chef de l’Etat bouche bée devant un syndicaliste de la CGT qui lui expliquait pourquoi il ne lui serrerait pas la main a fait plusieurs fois le tour de France. Elle témoigne d’un Président autiste et complètement déconnecté du peuple qui l’a élu. Ce qui ne l’empêche pas de travailler à sa réélection en 2017 en misant sur une bataille contre Sarkozy plutôt que contre Juppé.
Rarement le climat social n’a été aussi tendu dans le pays. Rarement la société française n’a été aussi proche du burn-out. Les professions de santé sont en grève, les buralistes vont manifester comme les professeurs de collège, comme les étudiants en université. Les paysans, les artisans et les commerçants sont près à descendre à nouveau dans la rue. Et l’affaire Air France n’arrange rien à ce climat social, d’autant que le gouvernement n’arrête pas de dire tout et son contraire dans ce dossier en soutenant Alexandre de Juniac tout en souhaitant que l’on évite un plan de restructuration.
Cette situation inédite a atteint un niveau paroxystique mardi dernier lors d’une visite de François Hollande aux Chantiers de l’Atlantique. Un syndicaliste de la CGT a refusé de serrer la main du Président tout en expliquant de manière très calme les raisons de son geste. Les caméras de télévision ont filmé les images d’un Président de la République totalement interdit et n’ayant jamais imaginé que cette scène puisse se produire. Jamais il n’a autant ressemblé à un roi nu, sauf peut-être lors de l’affaire Leonarda lorsqu’il a été humilié en direct sur toutes les chaines d’info par une kosovare de quinze ans.
LES CALCULS DE HOLLANDE
Bien sûr il y en a qui ne peut que se réjouir de cette situation, c’est Manuel Valls. D’abord parce que lui incarne l’autorité, le courage et le réformisme. Ensuite parce que cette scène va durablement affaiblir l’image et la popularité du Président de la République. Enfin, parce que les ministres s’adressent désormais à lui pour avoir des arbitrages sur les principales questions à traiter plutôt qu’à l’Elysée qui est devenu un théâtre d’ombres. Le locataire de Matignon espère toujours, dans son for intérieur, qu’un sursaut de raison amènera François Hollande à renoncer à être candidat en 2017.
Pour l’heure ce n’est absolument pas ce qui se passe dans la tête du Chef de l’Etat qui travaille tous les jours en ne pensant qu’à l’élection présidentielle de 2017. Avec deux préoccupations principales. D’une part faire le plein des voix à gauche en divisant les écologistes et en se rapprochant des communistes de manière à marginaliser Jean-Luc Mélenchon. D’autre part en faisant en sorte que son adversaire de droite soit un Nicolas Sarkozy miné par les affaires judiciaires plutôt qu’un Alain Juppé susceptible d’attirer à lui les voix du centre gauche. C’est à cela que « son cabinet noir » travaille désormais et la presse aux ordres de l’Elysée va bientôt ressortir tout le passé judiciaire d’Alain Juppé.
L’EXCEPTION LE DRIAN
En attendant il y a les élections régionales qui se présentent d’autant plus mal pour les socialistes que le Parti n’a pas su faire l’union. Ce week-end a lieu le fameux referendum monté par Solferino pour pousser les partis de gauche à s'unir. Les votants doivent répondre par «oui» ou par «non» à la question suivante: « Face à la droite et à l'extrême-droite, souhaitez-vous l'unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ? » Jean Christophe Cambadélis espère 200.000 votants alors qu'un sondage publié le 26 septembre montre qu'un peu moins d'un sympathisant de gauche sur cinq se dit prêt à participer. Le PS organise un point presse ce soir à 21h pour annoncer des résultats provisoires. Cependant, la Haute autorité devra encore valider les résultats définitifs.
Face à la débâcle qui s’annonce Jean-Yves Le Drian qui a annoncé vendredi sa candidature pour la région Bretagne n’aura pas de mal à bénéficier d’une exception pour conserver son portefeuille de Ministre de la Défense en dépit de la règle anti-cumul. Son entourage a déjà affirmé qu'il ne quittera pas le gouvernement pendant la campagne, malgré les critiques de la droite. Et si Manuel Valls a indiqué que son souhait était que la règle du non-cumul s’impose à tous, il saura faire une exception pour celui qui a contribué à le faire nommer à Matignon en 2014.
TENSIONS CHEZ LES REPUBLICAINS
A droite, la guerre de positions se poursuit entre les différents ténors. Cela s’est vu en début de semaine lorsque l’éventualité de ramener de 10.000 à 8.500 le nombre de bureaux de vote pour la primaire a circulé. Mais le calme est vite revenu. D’abord parce que Nicolas Sarkozy a toujours tout cédé concernant cette primaire interne aux Républicains. Ensuite parce qu’il est convaincu que quelque soit le nombre de votants il en sortira gagnant. Son seul problème aujourd’hui est de voir réapparaître Jean-François Copé comme candidat possible à la primaire. Car c’est le seul qui peut lui siphonner un paquet de voix et même l’empêcher d’être au second tour de la primaire. Cela n’explique pas les nouvelles révélations sur l’affaire Bygmalion. En revanche cela justifie les tensions entre les deux hommes, même si, selon les informations de WanSquare, Brice Hortefeux a déjeuné mercredi avec Jean-François Copé pour obtenir qu’il ne se présente pas en échange d’un gros portefeuille ministériel en cas de victoire de Nicolas Sarkozy.
Pour l’heure Nicolas Sarkozy et Alain Juppé continuent de jouer le jeu. Ils ont fait mercredi dernier un meeting commun à Limoges pour soutenir Virginie Calmels dans le cadre des élections régionales. Cette fois-ci il n’y a pas eu de sifflets contre le maire de Bordeaux. Pourtant, certains dans l'entourage du maire de Bordeaux, notamment Edouard Philippe le Maire du Havre, souhaiteraient qu'il durcisse le ton à l'égard de Nicolas Sarkozy depuis qu'il est question de réduire le nombre de bureaux de votes prévus pour la primaire de 2016. Mais pour le moment, le futur candidat refuse de susciter une polémique qui pourrait compliquer le déroulement des régionales.
INQUIETUDES CHINOISES
En revanche on peut s’interroger sur le jeu que mène le pouvoir avec le Front National. Puisque le 22 octobre, Marine Le Pen sera invitée de l'émission politique de France 2 animée par David Pujadas. À un mois et demi des élections régionales, l'invitation a du mal à passer, à gauche comme à droite. Selon Le Canard enchaîné, Jean-Christophe Cambadélis trouve « inadmissible que le service public donne autant d'espace » à la présidente du FN. Mais c'est Xavier Bertrand, l'adversaire de Marine Le Pen aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui est le plus virulent. Dans une lettre adressée jeudi à Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, et au président du CSA Olivier Schrameck, l'ancien ministre déplore un manque « d'équité ». La chaîne a proposé à Valérie Pécresse d'affronter la présidente frontiste, qui a opposé un net refus par solidarité avec Xavier Bertrand.
Du coté de la conjoncture la plupart des économistes n’ont qu’une seule question en tête ; quand est ce que la Fed finira par relever ses taux directeurs ? Il se trouve que la Chine elle-même craint le resserrement des taux de la Fed. Son ministre des finances Lou Jiwei a déclaré ce week-end qu’au vu du contexte économique mondial, le timing n’était pas idéal pour que la présidente de la réserve américaine remonte les taux directeurs ! Selon lui, les pays occidentaux sont les responsables du « malaise économique mondial », la faiblesse de leur reprise ayant provoqué un trou d’air chez les émergents qui ont connu une forte baisse de la demande.
ACCORD SURPRISE SUR LES RETRAITES
Par ailleurs deux membres de la banque centrale US ont affirmé qu’il ne fallait pas relever les taux cette année. Lundi, le gouverneur Lael Brainard a lancé les hostilités en déclarant que la Fed devrait s’abstenir de toute hausse des taux tant qu’il n’était pas clair que les troubles chinois, le ralentissement global ou d’autres facteurs externes ne viennent entraver la reprise américaine. Mercredi, c’est Daniel Tarullo qui a affirmé qu’il ne pensait pas approprié de relever les taux avant la fin de l’année. Et cela, alors même que Stanley Fischer, vice-président de l’institution, avait confirmé dimanche qu’elle avait toujours l’intention d’agir en 2015.
En France le sujet marquant est l’accord trouvé très rapidement afin de sauver les retraites complémentaires. Le patronat et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC) ont conclu vendredi un accord dont la principale conséquence est d’allonger d’un an, à compter de 2019, la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Un retraité qui avait ainsi prévu de partir à l’âge légal, c’est-à-dire 62 ans, devra attendre 63 ans s’il veut avoir une retraite complète. Et cela même s’il a cotisé tous les trimestres nécessaires. année - cela fera l’objet d’une négociation d’ici à 2021. L’accord va permettre un retour à l’équilibre des régimes Agirc et Arrco à l’horizon 2024-2025. Par ailleurs, le taux d'appel des cotisations va passer de 125% à 127%. Cela permettra de récolter 800 millions d'euros au lieu de 400 millions vendredi matin. En fin de compte, la contribution patronale va dépasser 700 millions d’euros, alors qu’au début de la négociation le patron des patrons Pierre Gattaz avait refusé tout effort de la part des employeurs.
BOLLORE POURSUIT SES EMPLETTES
Du côté des entreprises l’actualité a été dominée par l’annonce de la prise de contrôle de Montupet, le fameux constructeur de jantes, par le canadien Linamar. Cet équipementier a accepté de payer 71,53 euros par action, soit 15,5 % de plus que le dernier cours, et 27 % de plus que la moyenne des trente dernières cotations. Une jolie prime, sachant que les rumeurs de cession avaient déjà bien soutenu le titre depuis un an. En comptant les dettes, l’offre publique d’achat en projet valorise le groupe à 836 millions d’euros. Cette cession est encore un coup dur pour l’industrie tricolore d’autant que Montupet était en grande forme avec un chiffre d’affaires, en hausse de 15 % depuis janvier et une marge nette de 10 %.
Chez Vivendi, chaque semaine, il se passe quelque chose. Deux ans à peine après la vente de la quasi-totalité d’Activision, voilà que le groupe investit à nouveau dans le jeu vidéo. Mercredi, le groupe dirigé par Vincent Bolloré a annoncé avoir pris une participation minoritaire, de respectivement, 6,6 % et 6,2 %, dans Ubisoft et Gameloft, deux éditeurs de jeux tricolores. Cela représente l’acquisition sur le marché de 7,36 millions d’actions Ubisoft pour un montant de 140,3 millions d’euros et de 5,24 millions d’actions Gameloft pour un montant de 19,7 millions d’euros. Et il est très probable que Vivendi ne s’arrête pas là et qu’en quelques jours sa position se soit déjà accrue.
DES RODEURS AUTOUR D’EUROPE 1
Du nouveau également chez Lagardère qui vient de réaliser la cession du magazine Parents à Uni-Editions juste après qu’Arnaud Lagardère ait reconnu qu’il se posait des questions sur l’éventuelle cession de magazines non stratégiques, en particulier ceux du pôle « grand public » : France Dimanche, Ici Paris et Télé 7 Jours. En revanche le fils de Jean-Luc Lagardère aurait déclaré : « Moi vivant, on ne vendra pas Europe 1 », en réponse à une rumeur récurrente en cette rentrée, selon laquelle le groupe pourrait céder sa radio généraliste.
Une rumeur d’autant plus justifiée qu’au moins trois acteurs des médias rodent autour de la fameuse station de la rue François 1 er. D’abord Vincent Bolloré qui n’en a jamais fait mystère et qui pourrait s’offrir la totalité du groupe Lagardère qu’il le voulait. Ensuite Marc de Lacharrière qui a rencontré un bon nombre de dirigeants dans l’entourage proche d’Arnaud Lagardère. Enfin : le groupe Le Monde, détenu par le trio Bergé, Pigasse et Niel qui envisage de faire à nouveau de la croissance externe et qui aurait identifié comme cible Europe 1.
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