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Yves de Kerdrel
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Hollande s’enfonce et Fillon revient en force
par Yves de Kerdrel
Qu’il endosse les habits de chef de guerre, qu’il proclame le retour de la croissance, qu’il organise des baisses d’impôts impossibles à financer ou qu’il se remette à visiter le Pays, rien n’y fait, la cote de popularité de François Hollande renoue avec ses plus bas niveaux. A droite la situation n’est pas meilleure après les dégâts de l’affaire Morano. Seul François Fillon revient lentement en force.
François Hollande n’a jamais été aussi seul. Jean-Yves Le Drian est sur-occupé avec les opérations en Syrie et les élections en Bretagne. Stéphane Le Foll est démonétisé. Quant à Michel Sapin il n’est plus pris au sérieux par personne. Ses trois plus fidèles lieutenants sont donc aux abonnés absents. Pendant ce temps-là, Aquilino Morelle met la dernière main à un livre qu’il annonce cent fois plus ravageur que celui de Valérie Trierweiler. Ce qui n’arrange pas les perspectives du Chef de l’Etat, qui essaie seulement de profiter de la faiblesse de Laurent Fabius pour revenir en force sur la scène internationale.
Cela se traduit par une nouvelle dégringolade de sa cote de popularité à 16 % dans le baromètre TNS Sofres du Figaro Magazine. Depuis deux ans cet indicateur n'a jamais réussi à remonter au-dessus de 23 %. Malgré les stratégies de communication, les déplacements et les selfies, les événements extérieurs, les documentaires, rien n'y a fait. Le chef de l'Etat est impopulaire. Cette rentrée est peut-être même la pire pour François Hollande. Et pourtant, le Président perd quasiment autant en quatre mois que l'année précédente. Pire, les sympathisants socialistes qui lui font confiance redeviennent minoritaires (44 % contre 53 %). De fait François Hollande, qui avait réussi à déminer la primaire et les candidatures alternatives dans son camp, risque de voir revenir la question pour 2017.
LA RIVALITE MACRON-VALLS
Cet isolement accru de François Hollande tant à l’égard de tous les français que de son propre camp relance les ambitions à gauche. Et c’est ce qui explique la surenchère de déclarations ou de postures entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. Le premier essaye de garder un lien avec les fondamentaux de sa famille politique. Tandis que le second s’inscrit dans la transgression permanente, vis-à-vis des 35 heures, du travail le dimanche ou du statut des fonctionnaires. Une stratégie qui sur le papier des sondeurs semble davantage profiter au jeune ministre de l’économie, qui a conservé de très bonnes relations avec le Chef de l’Etat, qu’au Premier Ministre dont François Hollande se méfie en permanence.
Pour sortir du marais sondagier dans lequel il est embourbé, François Hollande repense régulièrement à l’idée de réformer nos institutions. Le Chef de l’Etat pourrait profiter du rapport que vient de lui remettre sur ce sujet Claude Bartolone. D’autant qu’au sein du Parti socialiste, les députées Karine Berger et Cécile Untermaier militent elles aussi pour une rénovation de la Constitution. Le problème c’est que sans la majorité au sénat et avec une majorité très relative à l’Assemblée Nationale, François Hollande ne peut lancer un tel chantier sans avoir un minimum de soutien à droite. Il est donc difficile d’imaginer que des propositions du rapport Bartolone soient traduites rapidement dans la loi, notamment lors d’un éventuel Congrès à venir, où serait aussi votée la charte des langues régionales.
UN BUDGET SANS SOUFFLE
Pour l’heure le gouvernement a achevé la première partie de l’exercice budgétaire avec la présentation successive du projet de loi de financement de la sécurité sociale et du projet loi de finances pour 2016. Pour le dernier budget effectif de son quinquennat, qui s'appliquera dans l'année menant à l'élection présidentielle, François Hollande a fait preuve de la plus grande prudence. Une ligne de crête avec, d'un côté, un peu de rigueur et, de l'autre, un peu de relance mais entre lesquelles le chef de l'État ne tranche pas vraiment. Ainsi les baisses d’impôt ne relèvent que d’un effet d’optique. Idem pour la baisse des dépenses publiques qui est en fait une hausse de 8 milliards d’euros en valeur absolue. Seul le déficit budgétaire annoncé devrait plaire à Bruxelles
Il reste tout de même un hiatus important. C’est que ce budget est bâti sur une prévision de croissance de 1,5 % en 2016, après 1 % en 2015. Une hypothèse que le gouvernement qualifie de « prudente ». Le Haut Conseil des finances publiques, dans son avis rendu public mercredi, est nettement moins optimiste, même s’il considère que l’objectif reste « atteignable ». Dans son avis rendu public mercredi 30 septembre, le Haut Conseil des finances publiques émet quelques mises en garde sur le projet de loi de finances pour 2016. S’il valide la prévision de croissance de 1 % fin 2015, il considère que, « compte tenu de l’accroissement des incertitudes depuis l’été, l’hypothèse d’une croissance de 1,5 % en 2016 ne peut plus être qualifiée de « prudente », comme elle l’avait été en avril dernier » mais « elle demeure atteignable ».
LA DROITE TOUJOURS INAUDIBLE
La droite a été inaudible sur la contre-argumentation de ce projet de budget, tellement elle était empêtrée mercredi dernier dans les suites de l’affaire Morano. Puisqu’à la suite d’une déclaration franchement maladroite sur la France « pays de race blanche » Nicolas Sarkozy a convoqué son ex-ministre pour lui signifier qu’elle ne pourrait pas participer aux prochaines élections régionales. La commission nationale des investitures qui se réunit cette semaine devrait donc décider de lui retirer la tête de la liste d'union de la droite et du centre en Meurthe-et-Moselle. Le président sortant de la région Alsace, Philippe Richert, candidat les Républicains à sa propre succession dans le Grand Est, a vu Nicolas Sarkozy pour lui demander de ne pas investir l'ancienne ministre. De fait c’est Valérie Debord, troisième sur la liste LR-UDI-MoDem en Meurthe-et-Moselle qui devrait en prendre la tête si l'ex-ministre est effectivement éjectée mercredi.
Cette affaire a également pollué la longue interview à teneur économique et sociale accordée par Nicolas Sarkozy au quotidien Les Echos. Une interview dans laquelle l’ex-chef de l’état proposait un système à la carte, sans promettre d’en finir avec la durée légale du temps de travail de 35 heures. De surcroit, pour encourager les entreprises à augmenter la durée du travail, le président es Républicains suggère des allégements de cotisations sociales patronales de 35 à 39 heures. Une façon de restaurer la défiscalisation des heures supplémentaires supprimée par M. Hollande.
LA CRISE DURE DANS LE BTP
Sur le plan macro-économique, outre la présentation du budget, la semaine a été marquée par les dernières prévisions de l’Insee qui dressent un tableau en demi-teinte de l’économie hexagonale pour la fin de l’année. Parmi les bonnes nouvelles, la demande des ménages reste bien orientée, souligne l’Institut. Par ailleurs le pouvoir d’achat devrait augmenter de 1,7 % cette année. Quant aux exportations, elles bénéficient d’un euro bas et du dynamisme des partenaires commerciaux européens de la France, ainsi que des succès commerciaux tricolores en matière navale et aéronautique, Airbus et Rafale en tête. Côté entreprises, le climat des affaires s’est de nouveau amélioré cet été. Mais ces bonnes nouvelles doivent être relativisées : les entreprises tricolores restent moins rentables que début 2011. Du coup, l’investissement est à la peine. Conséquence : la hausse du PIB devrait atteindre 1,1 % en 2015, légèrement au-dessus de la prévision du gouvernement (1 %) mais en-dessous de la précédente estimation de l’Insee (1,2 %). Ce qui sera insuffisant pour faire reculer le chômage.
Par ailleurs, dans le secteur de la construction, la crise s’éternise. Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère du logement, la baisse de la production de logements semble enrayée, avec une augmentation de 2,3 % du nombre de permis de construire délivrés en juin, juillet et août, comparé à la même période de 2014. Mais le nombre d’ouvertures de chantiers, à 345 100 sur douze mois glissants, ne se redresse pas et reste loin des 420 000 totalisées en 2007, année faste. A noter que, si la construction affichait aujourd’hui la même performance qu’il y a huit ans, le PIB serait plus élevé de… 1,2 point.
PREMIERE ALERTE POUR DRAHI
Du côté des entreprises, cela continue de secouer chez Air France. Le conseil d’administration d’Air France-KLM a mandaté, jeudi 1er octobre, la direction pour mettre en œuvre un plan de restructuration qui doit permettre de dégager 740 millions d’euros de résultat d’exploitation d’ici à 2017. Cela passerait par la disparition de près de 3.000 emplois en 2016 puis 2017. On devrait en savoir plus lundi avec la présentation officielle de ce plan. Tout cela est lié avec la nécessité de
réduire de 10 % le réseau long-courrier d’ici à 2017.
Mais la grande surprise de la semaine est venue de la chute du cours d’Altice, la société phare du groupe Drahi. Après une journée difficile mardi où l’action de la maison mère de Numéricâble-SFR a perdu 9,4 % à la bourse d’Amsterdam, voila qu’elle a dégringolé de 7,5 % jeudi 1er octobre à l’ouverture de la bourse. La raison : une augmentation de capital de 10 % (1,8 milliards d’euros) visant à assurer, pour partie, le financement du rachat de l’opérateur new yorkais Cablevision. Certes le prix de l’action chute car le nombre de titres est plus important. Mais selon les données compilées par Bloomberg, l’action d’Altice est en baisse de 40 % depuis la fin du mois d’août. Par ailleurs sa dernière émission obligataire n’a pas eu le succès escompté. Le Tycoon des télécoms qui espérait lever pour 6,3 milliards de dollars, n’a trouvé preneur que pour 4,8 milliards. Ce revers doit malgré tout être relativisé, dans la mesure où tous les titres de groupes endettés ont été très attaqués au cours des derniers jours, dans le sillage de Glencore. Cela a été le cas en France avec EDF et GDF-Suez notamment.
BOLLORE AU CHEVET DE TELECOM ITALIA
Le risque de plus en plus probable d’assister dans les semaines qui viennent à une nouvelle dégringolade des marchés ne fait pas peur à Alexandre Bompard le patron de la Fnac qui a officialisé mercredi une offre de rachat de Darty sur la base de 720 millions d’euros. Une opération entièrement payée en titres. Darty étant coté à Londres, la Fnac a jusqu’au 28 octobre à 17 heures pour confirmer son projet d’offre publique d’échange. Il est probable que Darty et ses actionnaires vont chercher à faire monter les enchères. Ils devraient également militer pour obtenir le versement de cash. Les actionnaires outre-Manche n’aiment pas, en général, les offres en titres. Encore plus s’il s’agit, comme ici, de titres cotés seulement à Paris.
Du côté de Vivendi, les grandes manœuvres se poursuivent avec la reprise en main de Canal + et de I-Télé qui devrait bientôt changer de nom, dés que le CSA en aura donné l’autorisation. Vincent Bolloré est également très actif sur le front italien. Selon les informations de WanSquare Vivendi détiendrait désormais plus de 19 % du capital de Telecom Italia, sans pour autant y détenir, pour l’heure le moindre poste d’administrateur. L’industriel breton passe donc beaucoup de temps à Rome et Milan afin de rassurer les pouvoirs publics italiens avant de s’attaquer à la gouvernance du groupe dont il est devenu le premier actionnaire.
MAUVAISE PASSE POUR LAUVERGEON
Enfin l’étau se resserre de plus en plus sur le mari d’Anne Lauvergeon qui a fait transiter plusieurs millions de dollars via des sociétés écran logées dans des paradis fiscaux au moment de l’acquisition en 2007 de la société UraMin pour 1,8 milliard d’euros par le groupe Areva alors dirigé par Anne Lauvergeon. Selon les informations du Monde, un certain nombre d’informations fournies par les autorités suisses ont conduit le parquet national financier à délivrer début septembre un réquisitoire supplétif aux magistrats enquêtant sur l’acquisition d’UraMin pour qu’ils puissent instruire sur les faits de délits d’initiés. Ce volet vient élargir la première information judiciaire qui visait jusqu’ici des faits présumés d’escroquerie, d’abus de bien social et de corruption d’agent public étranger.
Selon les extraits de la note de Tracfin rendus publics, mercredi, par Charlie Hebdo plusieurs sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux ont acquis des titres UraMin à la Bourse de Toronto entre le 18 mai et le 12 juin 2007 avant de les revendre à la société Amlon Limited peu après. Le 20 juin, soit cinq jours après l’annonce officielle de l’offre publique d’achat amicale d’Areva sur la société canadienne, ces actions étaient toutes revendues. La plus-value, environ 300 000 euros, aurait ensuite atterri sur un compte bancaire au Crédit suisse avant de rebondir au Liechtenstein puis à nouveau en Suisse sur des comptes liés à Olivier Fric ainsi qu’à la société International Trade and Finance dont il est l’un des associés.
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