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L’hypothèse d’une réélection de Hollande fait son chemin
par Yves de Kerdrel

Face à une droite de plus en plus divisée et incapable de séduire son électorat traditionnel, François Hollande qui passe la totalité de ses journées à ne penser qu’à 2017 pourrait bien créer la surprise en se faisant réélire par défaut face à un Front National dont la dynamique est relancée par la crise des Migrants. Et pourtant le Chef de l’Etat n’a ni bilan, ni programme, ni une équipe structurée.

20/09/2015 - 07:46 Temps Lecture 13 mn.

Tout continue de glisser sur François Hollande comme la pluie sur les ailes d’un canard. Les mauvais sondages, les railleries sur la nomination de la nouvelle Ministre du Travail qu’il a tenu lui même à imposer, les mauvais chiffres de l’économie française et surtout une stratégie internationale illisible tant à l’égard de la Russie que du Proche-Orient ou du défi des migrants. Le Président de la République qui lit toute la presse, et suit de très près le sort réservé à ses amis journalistes, ne pense plus qu’à sa réélection de 2017. « La dispersion, c’est la disparition » a-t-il adressé comme message à ses amis socialistes. Car la seule chose qui pourrait l’empêcher de franchir le premier tour c’est une candidature d’Arnaud Montebourg ou de Cécile Duflot adossée à Jean-Luc Mélenchon.

L’Elysée est donc devenu un théâtre d’ombres. Les grands patrons ou acteurs de la société civile se désolent de n’y trouver aucun interlocuteur à la hauteur. Jean-Pierre Jouyet s’occupe aussi bien des affaires personnelles de François Hollande que des nominations. Boris Vallaud est considéré de manière unanime comme incompétent, inodore et incolore. Seul le jeune Jean-Jacques Barberis fait face à toutes les questions concernant la conjoncture, le commerce extérieur, le financement de l’économie et l’artisanat. Ce qui fait de facto, de lui, l’un des seuls interlocuteurs efficaces des dirigeants d’entreprise qui souhaitent une réponse rapide.

VALLS AVALE LES COULEUVRES

C’est notamment lui qui s’est retrouvé en première ligne lorsque François Hollande a souhaité faire sa rentrée politique en annonçant une baisse d’impôt de 2 milliards d’euros sans consulter ni Bercy, ni Manuel Valls. C’est lui aujourd’hui qui doit gérer le fort mécontentement des patrons après l’annonce, cette semaine, du décalage de trois mois du baisse de cotisation très attendue sur les salaires allant de 1,6 à 3,5 smic, qui constitue la seconde tranche du pacte de responsabilité. La raison invoquée officiellement réside dans la nécessité de financer les nouvelles mesures annoncées ces derniers mois en faveur des entreprises (suramortissement, aide aux TPE pour l’embauche d’apprentis, gel des seuils sociaux…). Au total, un milliard d’euros manque dans les caisses, que le gouvernement a décidé de compenser par ce report d’un trimestre. La mauvaise humeur des grands patrons était notamment visible par leur absence mardi dernier à l’occasion de la remise du Prix de l’Audace Créatrice au patron de Figeac-Aero.

Manuel Valls, de son côté, continue d’avaler les couleuvres. Ce qui se traduit par de mauvais sondages pour lui. Il a été défendre le contrepied de François Hollande sur les migrants au journal de 20 heures. De la même manière il a dû défendre devant les parlementaires une politique étrangère devenue illisible. Il y a deux semaines la France devait prendre sa part de la misère du monde. Manuel Valls a dû annoncer, dans le sillage de l’Allemagne, un possible retour du contrôle aux frontières. Pas question pour lui et son gouvernement d’être accusés d’un trop grand esprit d’ouverture, alors que l’opinion est ambivalente face à l’arrivée des réfugiés et que le Front national compte profiter de la situation à trois mois des élections régionales. Mais pas question non plus d’apparaître comme insensible, au risque de braquer sa gauche. La fermeté du premier ministre est une manière à la fois de couper court aux critiques sur l’éventuel laxisme du gouvernement, venues de la droite et du FN, mais aussi de coller à l’opinion, alors qu’un sondage Elabe-BFMTV, publié mercredi, affirme que 80 % des Français sont favorables au rétablissement des contrôles aux frontières.

CONTRE-ATTAQUE DE SARKOZY

Par ailleurs le Premier Ministre parvient de moins en moins à gérer les dissensions au sein de son gouvernement. Dans le bras de fer engagé avec le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, sur le travail du dimanche, la maire de Paris, Anne Hidalgo, vient de trouver un allié de poids au sein du gouvernement et même à l’intérieur de Bercy. Puisque Michel Sapin, s’est clairement rangé du côté de l’édile parisienne face au ministre de l’économie. Le message est clair : le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui n’a jamais été élu, a intérêt à se mettre rapidement autour de la table des négociations. Mardi dernier, Emmanuel Macron a donc fait un geste en se disant prêt à discuter de manière concrète des zonages proposés, mais à condition que ce soit un avis constructif et non de principe qui cherche à faire polémique.

A droite, même si Nicolas Sarkozy s’efforce de repousser tout débat à l’intérieur de sa famille politique au lendemain des régionales, les petites phrases, les règlements de comptes et les coups bas s’accentuent entre ténors. Dans le camp d’Alain Juppé, certains veulent pousser leur vedette à écraser l’ancien Chef de l’Etat tout de suite, de peur de se faire rattraper par lui dans les dix-huit mois qui viennent. De peur aussi que la candidature de NKM et de Bruno Le Maire le fasse descendre dans les sondages. Mais Nicolas Sarkozy n’est pas dupe. C’est pour cela qu’il a réalisé un coup de maître cette semaine. Après avoir présenté un projet très droitier sur l’immigration, le président des Républicains a annoncé que les adhérents de son parti auraient à approuver ses propositions sous la forme de douze questions. Ce qu’ils ont fait à une majorité de plus de 90 %.

REMONTEE DU FRONT NATIONAL

Ce vote qui a pris fin vendredi soir, va être soumis à l’approbation du bureau politique, le 22 septembre. En prenant à parti les militants Nicolas Sarkozy cherche à décrédibiliser la ligne modérée d’Alain Juppé. Déjà, mercredi, il s’est présenté comme un responsable politique parlant des grands sujets qui préoccupent les Français, quand d’autres abordent des sujets qui préoccupent les élites. Naturellement l’entourage d’Alain Juppé accuse Nicolas Sarkozy d’attiser des clivages artificiels et de créer volontairement un clivage de tonalité. Et c’est le moment qu’a choisi François Fillon pour lancer son offensive politique et médiatique avec la publication de Faire. Un livre choc dont Le Figaro Magazine publie en exclusivité des extraits. Un ouvrage qui mêle propositions économiques, autobiographie et analyse politique. Un livre dans lequel l'ancien premier ministre a mis beaucoup de lui. Ceux qui connaissent sa réticence à parler de sa vie privée seront surpris par certains passages. Mais ceux qui espèrent encore dans ses chances pour la présidentielle trouveront des motifs de satisfaction.

Toujours en matière politique, il semble que la crise des migrants redonne du souffle au Front National dans les enquêtes d’opinion. Alors que tous les sondeurs constataient un palier voire une légère érosion du score de Marine Le Pen, deux sondages réalisés pour les régionales à la fois en région Rhône-Alpes, et en Nord Pas de calais ont montré que la bataille serait plus dure que prévue pour Laurent Wauquiez d’un côté et Xavier Bertrand de l’autre. Un sondage Ifop-La voix du Nord publié jeudi dernier donne la présidente du Front national en tête au second tour avec 35 % des intentions de vote, contre 33 % pour Xavier Bertrand et 32 % pour le socialiste Pierre de Saintignon.

SAPIN TRES OPTIMISTE

Au chapitre macro-économique il faut noter la dernière livraison de l’OCDE. A quelques dixièmes de points près, les perspectives économiques présentées mercredi ressemblent à celles du Fonds monétaire international en juillet. Le même constat mi-figue, mi-raisin y est dressé : reprise mollassonne dans les économies avancées hors Etats-Unis, ralentissement confirmé des grands émergents. In fine, l’économie mondiale ralentirait à 3 % en 2015 avant de réaccélérer à 3,6 % l’année suivante si tout va bien. Les Etats-Unis et la zone euro sont les seules régions pour lesquelles les économistes de l’OCDE ont ajusté leurs prévisions à la hausse en 2015. Le PIB progresserait de 2,4 % aux Etats-Unis et de 1,6 % dans la zone euro. Cette dernière moyenne dissimule une grande hétérogénéité dans les rythmes de croissance : + 1,6 % pour l’Allemagne, + 1 % pour la France et seulement + 0,7 % pour l’Italie.

Pour 2016, Michel Sapin s’en tient toujours à une prévision de croissance de 1,5 %, un chiffre en ligne avec celui des économistes et qui correspond à celui de la trajectoire des finances publiques publiée au printemps et validée par Bruxelles. Cette hypothèse se base sur une consommation des ménages qui tient, malgré une hausse du pouvoir d'achat moins importante que cette année et surtout, sur un net rebond de l'investissement des entreprises, qui s'envolerait de 4,9 % l'an prochain. Le ministère voit même le taux de marge des sociétés atteindre 31 % de la valeur ajoutée (contre 29,4 % en 2014). Cet optimisme est loin d’être partagé par les milieux d’affaires.

LA FED SEME LE TROUBLE

Mais l’événement de la semaine, c’est que la Réserve fédérale américaine a annoncé qu’elle laissait ses taux d’intérêt inchangés, proches de zéro. C’est le contexte international, et non pas la solidité de l’économie américaine, qui a persuadé la banque centrale de patienter encore un peu pour opérer un resserrement monétaire. Le ralentissement de la conjoncture en Chine et la nervosité des marchés financiers, qui ont fait preuve d’une extrême volatilité ces dernières semaines, ont fait pencher la balance du côté du statu quo. En dehors du contexte international, la Fed n’a pas réellement changé sa vision de l’économie américaine. Ses perspectives sur la croissance restent positives, constatant une progression de l’activité à un rythme modéré avec un taux de chômage tombé en août à 5,1 %, soit son plus bas niveau depuis avril 2008. La Fed anticipe d’ailleurs que le chômage baisse jusqu’à 5 % d’ici à la fin de l’année et à 4,8 % en 2016.

Après Suddenlink Communications, Altice s’est offert cette semaine un deuxième câblo-opérateur américain. La maison mère du groupe français Numéricâble-SFR a annoncé, jeudi, le rachat de Cablevision pour 17,7 milliards de dollars, dette comprise. En rachetant Suddenlink Communications pour 9 milliards de dollars en mai, Altice avait annoncé la couleur. Cette acquisition était la première étape d’une large offensive aux Etats-Unis, où le secteur des câblo-opérateurs est en pleine consolidation. Presque simultanément à ce rachat, le groupe de Patrick Drahi s’était rapidement intéressé à Time Warner Cable. Mais il s’était fait devancer par Charter Communications, qui a proposé 55 milliards de dollars pour racheter le numéro deux du secteur.

DRAHI DEROULE SA STRATEGIE

Le mode opératoire de Patrick Drahi est toujours le même, avec un énorme recours à la dette. L’homme d’affaires franco-israélien jouit de la confiance des marchés, qui lui prêtent allégrement les milliards dont il a besoin. Le secteur des câblo-opérateurs offre des perspectives de cash-flows élevés qui permettent de se lancer dans des montages financiers sophistiqués. La réduction des coûts et la restructuration des actifs accélérant la capacité de remboursement, Altice ferait appel à JPMorgan, BNP Paribas et Barclays pour financer l’acquisition, tandis que, pour boucler l’opération, il entraînerait les deux actionnaires minoritaires qui sont déjà à ses côtés dans Suddenlink : BC Partners et le Canada Pension Plan Investment Board, qui prendraient 30 % du capital de Cablevision.

De son coté, le groupe Ingenico, numéro un mondial des terminaux de paiement a eu moins de chance dans sa tentative de rachat du britannique Worldpay. Ses deux actionnaires actuels qui étaient en discussions avancées avec Ingenico ont préféré céder en Bourse leur participation plutôt que de la vendre à un repreneur. La nouvelle a évidemment au titre Ingenico, qui, contraint et forcé de renoncer à l’opération, gagnait plus de 7,3 % vendredi soir à la clôture à la Bourse de Paris. Ces dernières semaines, son titre avait perdu plus de 20 % en un mois. Selon la presse, il était prêt à débourser 6,6 milliards de livres (une offre qu’il venait de relever de 10 %) pour une société valorisée autant que lui.

Enfin le microcosme financier parisien est « tombé de l’armoire » cette semaine en découvrant dans le journal Le Monde une tribune ad hominem expliquant pourquoi François Villeroy de Galhau ne pouvait gouverner la Banque de France, compte tenu de son passé d’ancien dirigeant de BNP Paribas. D’abord certains se demandent si ces 150 économistes ne feraient pas mieux de résoudre le problème du chômage plutôt que de casser du sucre sur le dos d’un grand commis de l’Etat. Ensuite qui peut douter de l’intégrité de François Villeroy de Galhau qui a renoncé à tout son intéressement et sa rémunération différée pour montré qu’il était libre de tout lien avec son ancienne maison. C’est le 29 septembre que les parlementaires décideront, avec moins de mauvaise foi que ces économistes qui n’ont pas les pieds sur terre à défaut d’être atterrés, de valider cette nomination à la tête de la Banque de France.

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