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Yves de Kerdrel
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Le défi des migrants gèle le débat politique
par Yves de Kerdrel
Lors de sa conférence de presse, François Hollande a démontré qu’il n’avait aucune réflexion ni réponse face au défi des flux migratoires qui se déversent sur l’Europe. De la même manière que la droite est incapable d’afficher une position cohérente et commune. Si bien que cette problématique inexistante il y a un an pourrait bouleverser le jeu politique en l’absence de débats sur l’économie.
Rarement une conférence de presse présidentielle a été autant annoncée et rarement elle a autant déçu. C’est à se demander s’il y a un pilote à la tête de la communication présidentielle. Trois sujets ont marqué cette confrontation avec la presse. Celui d’éventuelles frappes aériennes en Syrie qui avait été distillé dans le journal Le Monde trois jours avant et qui s’est transformé en vols de reconnaissance. C’est dire à quel point la montagne a accouché d’une Souris. Celui de la baisse d’impôts de 2 milliards d’euros pour 2016 que l’on connaît depuis le 20 août. Et celui de l’accueil de 24.000 réfugiés sur une période de deux ans.
En prononçant ce chiffre au milieu de toute une série d’autres chiffres le Président de la République a révélé l’ampleur de sa méconnaissance du sujet, la contradiction avec les propos tenus sur les quotas par Manuel Valls avant l’été et un curieux suivisme à l’égard de l’Allemagne. Même à gauche beaucoup n’ont toujours pas compris quelle est la position réelle du Chef de l’Etat dans la mesure où le nombre de clandestins qui débarquent chaque année en France est quatre fois supérieur à ce chiffre de 24.000 sorti d’on ne sait où et qui est soit bien trop élevé en fonction des capacités actuelles d’accueil de la France, soit bien trop faible eu égard à ce que pratique l’Allemagne.
LES VAGUES DU RAPPORT COMBREXELLE
Mais ce qui a dominé l’actualité, à gauche, cette semaine, c’est la remise à Manuel Valls par l’ancien directeur général du travail Jean-Denis Combrexelle de son rapport sur la réforme du code du travail. Le chef du gouvernement, qui s’est emparé personnellement du dossier, veut en faire un des marqueurs du réformisme de la gauche au pouvoir. Lors de l’université d’été du PS, à La Rochelle, il avait estimé que le code du travail est « si complexe qu’il est devenu inefficace », et qu’il est temps de revoir en profondeur la manière même de concevoir notre réglementation. A l’Élysée le son de cloche est bien différent. François Hollande n’ pas l’intention de faire la révolution sociale à trois mois des élections régionales et à moins de deux ans de la présidentielle.
C’est pourquoi dés sa conférence de presse il a prévenu que certains totems de la gauche ne sauraient être abattus comme la durée légale du travail, le contrat de travail et le niveau du salaire minimal. Une manière de fermer la porte à certaines des pistes proposées par Jean-Denis Combrexelle sur une possible remise en question des 35 heures ou un droit à l’expérimentation pour forger des normes sociales particulières dans le secteur de l’économie digitale. De la même manière toute dérogation de la part des employeurs devra se faire par accord majoritaire. Une assurance adressée à la Confédération française démocratique du travail (CFDT), interlocuteur syndical privilégié de l’exécutif depuis le début du quinquennat et qui est intransigeante sur de point.
L’IMPOSSIBLE PROMESSE DE FESSENHEIM
Selon les informations de WanSquare la majorité veut toutefois bouger vite. La réforme doit être un des chapitres principaux de la conférence sociale du 19 octobre, et aboutir à un projet de loi présenté en conseil des ministres au début de l’année 2016. Ce texte sera porté par la nouvelle ministre du travail, Myriam El Khomri, encadrée de près par le président de la République et le premier ministre. En plus de la réforme du code du travail, le projet de loi devrait contenir le détail de la mise en place du futur compte personnel d’activité, une promesse de François Hollande en direction de sa majorité. Pour simplifier le droit du travail, le gouvernement souhaite donner davantage d’importance aux accords d’entreprise ou aux accords de branches dont le nombre serait fortement réduit. C’est la raison pour laquelle l’accord intervenu chez Smart en fin de semaine a fait l’objet d’une telle publicité.
Autant la majorité pense pouvoir contenir les assauts des frondeurs sur la réforme du droit du travail, autant le sujet de la fermeture de Fessenheim devient de plus en plus compliqué pour François Hollande. Surtout à un moment où Cécile Duflot se rapproche du Front de Gauche et du Parti Communiste. Elle était hier à la fête de l’humanité. Ségolène Royal qui est plus pragmatique que dogmatique a concédé qu’il serait impossible de fermer Fessenheim tant que l’EPR de Flamanville ne pourra prendre le relais, c’est-à-dire en 2018. C’est donc un engagement essentiel de la campagne de 2012 qui a été balayé. Ce que personne ne dit à gauche, c’est que l’argument principal de la non-fermeture de Fessenheim dont la sécurité antisismique a été renforcée, est financier et non pas industriel, dans la mesure où il faudrait indemniser EDF à hauteur de 4 à 5 milliards d’euros. Ce qui inconcevable avec les marges budgétaires actuelles.
AVANTAGE JUPPE POUR LES PRIMAIRES
A droite les ténors commencent à se jauger à coup de sondage pour les primaires. Des sondages qui restent très aléatoires dans la mesure où aucun institut ne peut dire clairement qui ira voter. Le Point et Ipsos donnaient Juppé largement gagnant devant Sarkozy. Et quelques jours plus tard Le Figaro et Opinion Way donnaient l’avantage à l’ancien Chef de l’État sur le Maire de Bordeaux. Le débat sur la répartition des bureaux de vote de cette primaire qui risquait d’être un sujet épineux est sur le point de se régler sans heurt. Le comité d’organisation de la primaire, présidé par le député des Hauts-de-Seine, Thierry Solère, a choisi une méthode de répartition géographique relativement simple qui se trouve détaillée dans un document préparatoire que WanSquare s’est procuré. 9 446 bureaux sont pour le moment prévu et 500 autres seront ensuite installés dans des zones très rurales.
Cela devrait donc représenter un dispositif légèrement supérieur aux 9 595 lieux mis en place par le PS pour sa primaire citoyenne en 2011. Assez pour satisfaire Alain Juppé, qui estimait que le nombre de 8 000 envisagé au départ était trop faible. Afin de s’adapter au nombre d’électeurs potentiels, les bureaux seront répartis proportionnellement en fonction des scores cumulés de Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan au premier tour de la présidentielle de 2012. Cette méthode de répartition doit être validée lors d’une réunion du comité ce mardi 15 septembre.
PRODUCTION INDUSTRIELLE DECEVANTE
Par ailleurs sur le sujet des migrants la droite ne donne pas une meilleure image que François Hollande. Nicolas Sarkozy a beau juger irresponsable et incompétent le Président de la République les propositions qu’il a formulées (statut de réfugiés de guerre, camp de rétention en Bulgarie) sont loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Toutes les personnalités de droite sont mal à l’aise sur ce sujet. A la manière de François Baroin, le président de l’Association des Maires de France qui a déclaré indispensable d’accueillir ces réfugiés en ajoutant que lui n’en voulait pas dans sa ville de Troyes.
Sur le plan de la conjoncture peu d’indices ont marqué la semaine en dehors de celui établi par l’Insee sur la production industrielle. Celle-ci a reculé de 0,8 % au mois de juillet (- 1 % pour la seule production manufacturière, hors énergie), après un mois de juin déjà décevant (production industrielle stable, production manufacturière en repli de 0,6 %). Tous les secteurs de l'industrie, de l'automobile à l'agroalimentaire, en passant par la machine-outil, ont vu leur production reculer. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur une statistique portant sur un seul mois. Mais, d'ores et déjà, le chiffre de la production industrielle du mois de juillet fragilise le scénario de l’Insee d'une croissance du PIB de 0,3 % au troisième trimestre. La difficulté est aussi que ce mauvais chiffre intervient au moment où des inquiétudes se font jour sur la croissance mondiale en raison du ralentissement de la Chine et des pays émergents.
L’HYPOTHEQUE VILLEROY EST LEVEE
Sur le plan des affaires, si les transactions sont pour l’heure gelées, selon la plupart des grandes banques que nous avons interrogées en raison des conséquences du krach chinois et des écarts de valorisations, l’État poursuit ses nominations. Après Martin Vial qui a atterri à la tête de l’APE à la fin du mois d’août François Hollande a officialisé mardi 8 septembre sa décision de proposer François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France. Le fauteuil de gouverneur de la banque centrale tricolore, occupé depuis douze ans par Christian Noyer, sera vacant le 31 octobre. Choisi conformément à la recommandation du secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet, François Villeroy de Galhau est un ancien haut fonctionnaire et banquier de 56 ans, brillant polytechnicien issu de la même promotion que Pierre Moscovici à l’ENA, et passé par l’inspection des finances.
D’aucuns se sont amusés à voir dans cette nomination le retour des amis de DSK, dont François Villeroy de Galhau était le directeur de cabinet à Bercy. Il a été choisi parce que c’était l’un des plus compétents et parce que l’autre solution, celle de Benoit Coeuré, actuellement en poste à la BCE, aurait posé d’énormes problèmes de remplacement. Celui qui était, jusqu’en avril, directeur général délégué de la banque BNP Paribas, avant d’être missionné pour un rapport sur l’investissement devra encore être adoubé par les commissions des finances des deux assemblées. Leur vote est désormais escompté fin septembre. Il faut espérer voir des parlementaires de droite voter sans état d’âme tant François Villeroy de Galhau, modèle du grand serviteur de l’état, et dont personne ne peut mettre en cause le sens de l’éthique et de l’intérêt général est l’homme idoine pour ce poste sensible.
LE CHOIX JUDICIEUX DE BOUJNAH
Sur un sujet tout aussi sensible qui a mobilisé le patronat au cours des deux dernières semaines, les primes de départ de Michel Combes, l’ex-directeur général d’Alcatel-Lucent, seraient presque divisées par deux, sur décision du conseil d’administration de l’équipementier télécoms, qui s’est réuni jeudi soir. Ce bonus devrait passer de quelque 13,7 millions d’euros sur trois ans à environ 7 millions d’euros. Dans son avis envoyé le 7 septembre à la direction du groupe, resté confidentiel, le Haut conseil du gouvernement d’entreprise incitait les dirigeants de l’équipementier à reconsidérer les conditions d’attribution et le montant des sommes versées à Michel Combes. Le Haut Conseil n’avait pas non plus apprécié le fait que Michel Combes touche des stock-options et des actions de performance pour la totalité de 2015, alors qu’il ne sera resté que huit mois dans l’entreprise cette année. La prime sera, là encore, reconsidérée au prorata de ces huit mois de présence.
A noter aussi la nomination judicieuse de Stéphane Boujnah comme nouveau CEO d’Euronext. Ce choix a été fait en dehors de toute contingence politique. L’intéressé a été appelé une première fois mi-juillet par un chasseur de têtes qui a auditionné une dizaine de candidats. Sa forte expérience de management international dans la finance, chez Santander et de la haute technologie, a séduit le comité des nominations qui l’a choisi à l’unanimité. Et en fin de semaine le board d’Euronext l’a également adoubé à l’unanimité. A aucun moment la sphère politique n’a été tenue au courant. Et l’intéressé qui n’a jamais caché sa sympathie pour la gauche réformiste, a reçu des félicitations de Bercy et de Matignon une fois l’annonce de sa nomination communiquée aux agences de presse.
Enfin, selon les informations de WanSquare, Jean-François Cizain devrait rejoindre Messier Maris et Associés comme Associé, en charge de l'activité restructuring. Il est le fondateur de Special Debt Situations Ltd, qui agissait jusqu'en juin dernier en partenariat avec Leonardo. Avec ce recrutement de tout premier plan, l'objectif de MMA est bien entendu de consolider et poursuivre le développement de ses activités sur le marché français du "restructuring" ainsi que les développer à l'international, en particulier à partir de Londres. Dans le cadre des activités internationales de MMA, Jean-François Cizain travaillera en étroite collaboration avec le partenaire américain de Messier Maris & Associés, Jim Millstein, ancien Chief Restructuring Officer du Secrétaire d’Etat au Trésor Américain Timothy Geithner.
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