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Yves de Kerdrel
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François Hollande va tenter de reprendre la main
par Yves de Kerdrel
A l’occasion de sa conférence de presse, demain matin, le Président de la République devrait naturellement revenir sur le drame des migrants. Mais il insistera aussi sur la baisse des impôts et sur tout ce qui a été fait au profit des entreprises, car c’est désormais au centre qu’il va essayer de se positionner.
Ce sera le sixième grand rendez-vous de son quinquennat. François Hollande tiendra lundi 7 septembre la sixième conférence de presse semestrielle de son mandat. Un rendez-vous bisannuel qui devrait durer de 11 à 13 heures. L'objectif de son service de communication est que tout soit bouclé avant les journaux télévisés de la mi-journée, une formule déjà testée lors de la précédente conférence le 5 février dernier. Durant ces deux heures, le président répondra aux questions d'actualité internationale, européenne et nationale après un court propos liminaire d'une dizaine de minutes, nous a-t-on affirmé dans son entourage.
La scénographie devrait être la même que lors des conférences de presse précédentes, à savoir dans la salle des Fêtes de l'Elysée et face à plusieurs centaines de journalistes français et internationaux ainsi que le gouvernement au grand complet. La conférence sera ensuite séparée en deux temps avec les sujets internationaux en première partie. Au programme: la question des migrants, la lutte contre le terrorisme ou encore une possible intervention militaire en Syrie. La seconde partie serait consacrée à la politique nationale avec comme sujet incontournable la fiscalité, alors que François Hollande a récemment annoncé des baisses d'impôts en 2016.
BERCY S’ARRACHE LES CHEVEUX
D’autant plus qu’il a récemment avoué avoir fait une erreur avec son matraquage fiscal de l’été 2012 et qu’il aurait du garder l’augmentation de la TVA décidée par Nicolas Sarkozy tout en assumant le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) pour les entreprises. Cette confidence du président de la République à la journaliste du Monde, Françoise Fressoz, date du mois de juillet, soit il y a quelques semaines à peine. Elle n’est pas anodine. Le moment correspond à celui où, publiquement, le Chef de l’Etat décide de s’engager auprès des Français à ne plus augmenter les impôts.
L’accent mis en cette rentrée sur les baisses d’impôts par François Hollande n’est pas dénué d’arrière-pensées politiques et électorales. Il sait que le ras-le-bol fiscal, dénoncé par plusieurs de ses proches est l’une des raisons de son impopularité. Malgré tout, depuis qu’il a annoncé le 20 août dernier une nouvelle baisse d’impôt des ménages pour 2016, Bercy s’arrache les cheveux de manière à intégrer ce geste à une loi de finances déjà très compliquée à boucler. Vis-à-vis de Bruxelles le Chef de l’Etat s’est engagé pour 2016 à pratiquer une diminution de 14,5 milliards d’euros des dépenses publiques. Toutefois, pour tenir compte de la faiblesse de l’inflation, le gouvernement a dû intégrer des mesures d’économies supplémentaires, à hauteur de 5 milliards en 2016 supportées pour 1,6 milliard par l’Etat et ses opérateurs, 1,2 milliard par les collectivités territoriales et 2,2 milliards par les administrations de Sécurité sociale.
REVUE SEVERE DES AIDES AU LOGEMENT
Lors du débat d’orientation des finances publiques, en juillet, le ministre des finances, Michel Sapin, a annoncé que le prochain budget réduirait de 1,2 milliard d’euros les dépenses de l’Etat. Cette baisse nette des dépenses de l’Etat tient compte des dépenses nouvelles engagées à hauteur de 600 millions d’euros pour les crédits de la défense et de 160 millions au titre de la mission « sécurité », ainsi que de la hausse des contrats aidés. Les opérateurs vont voir leurs subventions baisser et les plafonds des taxes destinées à les financer vont diminuer de 1,1 milliard d’euros par rapport à 2015. Enfin, plusieurs dispositifs niches sociales devraient être revues. Selon les informations de WanSquare le gouvernement a engagé la mise en œuvre d’une revue des dépenses publiques afin d’identifier des économies à réaliser. Quatorze domaines ont été passés au crible. A commencer par la politique du logement, et notamment les aides au logement.
En théorie, ce ne sont donc plus 14,5 milliards d’euros d’économie qu’il faut trouver mais bien 17,5 milliards. Le gouvernement peut choisir de réviser à la hausse la prévision de croissance pour 2015 et à tabler pour 2016 sur une croissance supérieure au 1,5 % prévu dans le programme de stabilité. Les prévisionnistes de Bercy y seraient très défavorables. De la même manière il est improbable que Paris ne tienne pas ses engagements européens de réduction du déficit. Le gouvernement peut encore tabler, comme en 2015 sur une charge de la dette moins élevée que ce qu’il aura provisionné. D’autant que la hausse des taux s’est vite calmée. Mais pour l’heure cela ne suffit pas.
LE PS EN PANIQUE AVANT LES REGIONALES
En abordant cette conférence de presse, François Hollande sait qu’il reste plombé par une impopularité record. Au bout de 40 mois à l'Elysée, il n'a jamais pu redresser la barre, à l'exception du début de l'année après les attentats terroristes. Mais, depuis, la défiance est revenue. Du coup, le décrochage avec son Premier ministre apparaît de plus en plus flagrant. Là où François Hollande est le président le plus impopulaire de la Ve République, Manuel Valls, avec 37 % au bout de 18 mois à Matignon, est remonté au-dessus de Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Alain Juppé et Jean-Marc Ayrault.
Le problème que Manuel Valls en revanche doit gérer, c’est que la majorité est en miettes. Le PS va donc partir seul au combat aux élections régionales et il se retrouvera confronté à un lourd dilemme: dans les régions gagnables par le Front national, les listes PS risquent d'arriver en troisième position derrière celles des Républicains. Que décideront François Hollande, Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis entre les deux tours, quand tous les dirigeants du monde seront à Paris pour la conférence sur le climat ? Appeler à fusionner les listes du PS et des Républicains, au risque de créer de la confusion, retirer les listes PS en appelant à voter Républicains, au risque de ne plus avoir d'élus, ou maintenir les listes PS, au risque de faire élire le FN dans des régions jusqu'ici dirigées par la gauche. François Hollande devrait donc profiter de cette conférence de presse pour préciser la position de la France dans le dossier des migrants. Une manière de rassurer l'électorat de gauche, qui se désole du sentiment d'impuissance que donne le gouvernement français, face à cette tragédie humanitaire.
LE GROS PARI DE VALERIE PECRESSE
A droite, face à la désunion de la gauche le but est de montrer un visage d’unité. C’est le message qu’ont essayé de faire passer à La Baule Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Notamment en parvenant à réaliser une photo de famille officielle. Cet esprit de rassemblement doit également mobiliser la droite pour les régionales. Les présidentiables, déclarés ou putatifs ont tous prévu un intense programme de déplacements d'ici au 6 décembre afin de soutenir les têtes de liste Républicains ou UDI. Même s’il comptent bien en même temps faire entendre leur petite musique personnelle.
La victoire de Valérie Pécresse en Île-de-France serait évidemment une étape décisive dans l'inversion du rapport de forces gauche-droite commencée avec les municipales de 2014 et poursuivie lors des départementales de mars dernier. Le trio Sarkozy, Juppé, Fillon se reconstituera le temps d'un meeting de soutien à la députée des Yvelines le 27 septembre. Dans la perspective d'un éventuel deuxième tour contre Marine Le Pen à la présidentielle, les combats de Xavier Bertrand contre la patronne du FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et de Christian Estrosi contre sa nièce Marion Maréchal-Le Pen en Paca sont tout aussi importants. Parmi les grosses régions qui pourraient basculer, les stratèges électoraux comptent également l'Auvergne-Rhône-Alpes avec Laurent Wauquiez, la Normandie, la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre.
MORAL DES MENAGES MEILLEUR
Nicolas Sarkozy a décidé de souffler, avec un peu d'avance, la bougie du premier anniversaire de son retour dans la vie politique cette semaine à travers un message sur Facebook. Le patron des Républicains appelle à l'unité les membres de son parti. En clair, il souhaite reporter au plus tard possible le temps des rivalités pour la primaire. Il les invite à ne pas être obsédés trop tôt par la primaire pour la présidentielle de 2017. Une façon de viser ceux qui déjà se mettent en formation de combat pour la primaire et préparent déjà leurs organigrammes de campagne. Nicolas Sarkozy a aussi réaffirmé son intention de définir d'ici à la fin du printemps 2016 un socle de propositions communes.
Du côté de la conjoncture, il faut noter une petite éclaircie du côté du moral des ménages. Selon l’Institut de la statistique depuis trois mois l’opinion des ménages sur le niveau de vie en France est au plus haut depuis octobre 2007. D’autre part les craintes des ménages concernant le chômage s’apaisent quelque peu. Pour autant, interrogés avant les annonces de nouvelles baisses d’impôts et l’annonce d’un recul des inscrits à Pôle emploi en juillet, les Français sont loin d’être optimistes, et semblent plutôt dans l’expectative. En effet d’un point de vue général, leur niveau de confiance reste largement inférieur à la moyenne de longue période de l’indicateur calculé par l’Insee.
LA BCE PRETE A TOUT
La Banque Centrale Européenne a distillé, jeudi, un langage qui laisse peu de doute quant à sa détermination à en faire toujours plus pour soutenir la croissance et l’inflation en zone euro. L’institution francfortoise a abaissé sensiblement ses prévisions de croissance et d’inflation pour la zone euro. L’inflation pour cette année est revue à 0,1 % contre 0,3 % affiché en juin. Le taux passe à 1,1 % l’an prochain (au lieu de 1,5 %) puis à 1,7 % en 2017. Côté croissance, le coup de rabot est moindre, en ramenant la prévision de PIB cette année à 1,4 %, contre 1,5 % auparavant, puis à 1,7 % l’an prochain et 1,8 % en 2017.
Le discours de la BCE a bien changé par rapport à mars 2015. Celui-ci était censé soutenir la demande interne via les effets sur les taux d’intérêt, l’euro et les cours des actions. La forte baisse des cours du pétrole allait doper le pouvoir d’achat des ménages. Aujourd’hui, ces effets sont éclipsés par le tassement de la demande en provenance des pays émergents, donnant un coup de froid à la zone euro. Dans ce contexte, Mario Draghi garde une porte ouverte pour augmenter le Quantitative Easing. L’institution ne dit pas comment. Mais Mario Draghi a insisté sur le fait que le programme s’appliquera jusqu’à septembre 2016 voir au-delà, selon la situation sur le front de l’inflation.
INQUIETUDES A WALL STREET
Concernant les Etats-Unis, il convient de noter que Calstrs, le deuxième fonds de pension domestique, envisagerait de retirer jusqu'à 20 milliards de dollars investis principalement dans les actions et les obligations. Le fonds de retraite des enseignants de Californie entend ainsi se protéger contre les risques de turbulences sur les marchés, Il envisage de transférer jusqu'à 12 % de son portefeuille (191 milliards) sur des actifs supposés mieux résister aux soubresauts des marchés : emprunts d'Etat américains, infrastructures, hedge funds et fonds alternatifs liquides. Calstrs, investi à 57 % sur les actions, a gagné 4,8 % sur son année fiscale close au 30 juin, en deçà de ses objectifs. Il a besoin d'afficher un gain annuel moyen de 7,5 % pour pouvoir servir leurs pensions aux 880.000 retraités et futurs retraités.
Ces chiffres ne sont pas surprenants, dans la mesure où après six années de hausse quasi ininterrompue, le S & P 500 perd plus de 5 % depuis le début de l'année et le Dow Jones plus de 8 %. Si les résultats du premier semestre ont plutôt été meilleurs que prévu, malgré la hausse du dollar, les perspectives s'avèrent moins florissantes entre le ralentissement chinois, la chute des monnaies émergentes, la baisse continue du prix du pétrole, secteur qui pèse lourd aux Etats-Unis. Morgan Stanley, qui anticipe une croissance moins importante, une inflation plus forte et cinq mouvements de hausse des taux d'ici à la fin 2016, juge l'entrée dans un marché baissier plus plausible. Une hypothèse qui pourrait conduire le S & P 500 à 1.500 points.
BOLLORE ACCENTUE SA PRISE DE POUVOIR
Du côté des entreprises Vincent Bolloré a été nommé président du conseil de surveillance de Groupe Canal + jeudi matin, comme nous l’avions laissé envisager dés le début du mois de juillet. L’homme d’affaires breton détiendra le pouvoir mais pourra aussi s’occuper de l’opérationnel, comme il a d’ailleurs commencé à le faire ces derniers mois. Déjà président du conseil de surveillance de Vivendi, M. Bolloré va s’investir personnellement et passer du temps à Issy-les-Moulineaux, au siège de la direction de la chaîne cryptée, où il aura désormais un bureau permanent. Deux membres supplémentaires ont aussi été nommés pour renforcer » le directoire de Groupe Canal + : Julien Verley et Jean-Christophe Thiery. Ce dernier assure désormais la présidence de la société, en remplacement de Bertrand Meheut, tandis que Maxime Saada, promu avant l’été, reste directeur général. Dominique Delport, dirigeant de l’agence Havas, prendra en sus la tête de l’entité de développement Vivendi Contents.
A noter aussi un recrutement de poids qui est pratiquement passé inaperçu. LVMH a annoncé mardi dernier l'arrivée de Ian Rogers, quarante-trois ans, au poste de directeur digital du groupe. Il était jusque-là en charge d'activités liées à la musique au sein du groupe Apple. Sa tâche consistera à renforcer l'écosystème digital du groupe. Il devra aussi explorer les nouvelles opportunités qui s'offrent au groupe dans le domaine du numérique. Alors que le marché du luxe a ralenti depuis trois ans, Internet est un nouveau levier de croissance pour les entreprises. Les ventes en ligne, y compris de produits haut de gamme, ne cessent de progresser. Bain estime qu'elles ont augmenté de 30 % en 2014, après une hausse annuelle moyenne de 28 % entre 2011 et 2013.
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