éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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La gauche en miettes et la droite en réflexion
par Yves de Kerdrel
La rentrée politique ne s’est jamais produite en ordre si dispersé. Avec un début de scission chez les écologistes. Avec un Parti Socialiste où les réformateurs regardaient les frondeurs en chiens de faïence sur fond de déclarations d’Emmanuel Macron. A droite les fillonistes affichent un programme très exhaustif mais qui n’imprime toujours pas. Idem avec les idées d’Alain Juppé pour l’école.
De la même manière qu’Arnaud Montebourg, absent du Congrès de Poitiers, avait réussi à s’imposer comme l’élément incontournable de cette séquence à cause de sa tribune publiée dans le Journal du Dimanche, cette fois c’est Emmanuel Macron qui est l’objet de toutes les conversations à l’Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle, alors qu’il y est persona non grata. Le Ministre de l’économie a participé en revanche à la rencontre des réformateurs jeudi dernier à Léognan, le jour même où il était l’invité d’honneur de l’Université d’été du Medef. Lieu choisi volontairement pour fustiger le rapport de la gauche au travail, sans parler pour autant des 35 heures, dont chacun sait qu’il les considère comme une erreur historique. Un grand nombre de patrons ont d’ailleurs été interloqués de la manière dont Pierre Gattaz, sans doute atteint du syndrome de Stockholm, a fait applaudir Emmanuel Macron.
« Les petites phrases font mal à la vie publique. » C’est avec cette courte sentence que le premier ministre Manuel Valls a tenu à remettre en place le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, vendredi 28 août, au lendemain de ses propos sur les fausses idées de la gauche devant l’université d’été du Medef. Plusieurs voix se sont élevées au PS à la suite de la petite phrase du Ministre de l’Économie comme celle du président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone : « Le moins qu’on puisse dire est que cette phrase est une fausse bonne idée », a réagi celui-ci sur France Info. Christian Paul, chef de file des députés PS dits « frondeurs », a été plus virulent : « Je croyais que Nicolas Sarkozy était de retour mais je n’avais pas compris qu’il était de retour au gouvernement », a-t-il répliqué au micro d’i-Télé.
CAMBA JOUE LES GROS BRAS
En ouverture de l’université d’été de La Rochelle, Jean Christophe Cambadélis a essayé de montrer un parti socialiste presque uni, et en tous cas en ordre de marche. Même s’il n’a pas caché son énervement contre Emmanuel Macron avec lequel il devrait s’expliquer dans les jours qui viennent. Les deux hommes ont un profond mépris l’un pour l’autre. Pour le premier secrétaire de la Rue de Solferino, il n’y a pas de match entre le PS et le gouvernement. En revanche il se flatte que depuis que le Parti a pris position en juillet sur le budget, le président et le premier ministre ont fait un pas vers la gauche en assurant qu’il y aura à nouveau des baisses d’impôts. S’agissant du pacte de responsabilité Jean-Christophe Cambadélis a affirmé être d’accord avec les syndicats qui veulent soutenir les entreprises qui jouent le jeu de l’emploi et de l’investissement. Ce qui l’amène à prendre position afin de revoir le dernier versement.
L’un des autres sujets majeurs de cette université d’été concerne les difficiles alliances aux régionales de décembre avec les différents partenaires de gauche, notamment Europe Écologie-Les Verts. Cela au moment même où ce mouvement vient d(être secoué par le départ brutal de deux de ses ténors : le député François de Rugy, adepte d’un retour au gouvernement de même que le sénateur Jean-Vincent Placé qui se situe sur la même ligne. Les deux hommes ne supportent plus la main mise de Cécile Duflot sur ce parti pour en faire sa machine pour la présidentielle de 2017, avec à la clé une alliance possible avec le Front de Gauche. C’est pour cette raison que le parti est opposé à un retour au gouvernement.
LA DROITE EN ORDRE DIPERSE
Il reste qu’à la fin de ce week-end la gauche n’est jamais autant apparue en miettes. Avec des frondeurs certes peu nombreux, mais bien décidés à ne pas voter le prochain budget. De plus en plus le Parti socialiste se scinde en deux pôles : les réformateurs tendances Valls et les frondeurs. Si bien que d’aucuns estiment qu’à terme c’est l’existence même du Parti qui est menacée. Toujours est-il qu’après ses récentes déclarations il est désormais exclu qu’Emmanuel Macron cumule le Ministère de l’économie et celui du Travail. Après la bourde d’Alain Vidalies sur les « contrôles discriminants » c’est Bruno Le Roux le chef du groupe PS à l’Assemblée qui tient la corde pour ce poste, même s’il ne connaît strictement rien à ce sujet
A droite aussi, la rentrée s’est faite en ordre très dispersé. L’offensive d’Alain Juppé sur l’école n’a pas été une réussite. L’ancien Premier Ministre n’est pas parvenu à faire passer un message clair, en dépit d’un 20 heures sur TF1 ou d’une interview au Monde. Tout ce que le petit monde politique a retenu est cette petite phrase qui le résume si bien : « J’aime être aimé ». Il sera intéressant de voir l’évolution du score d’Alain Juppé dans les prochains sondages après cette rentrée manquée, de même que les chiffres de vente de son livre, assez ennuyeux à lire.
FILLON : LE CANDIDAT DES IDEES
François Fillon a fait lui aussi sa rentrée politique, mercredi 26 août, dans le cadre de l’abbaye de Rouez-en-Champagne, dans la Sarthe. Distancé dans les sondages par Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, et même parfois par Bruno Le Maire, le député de Paris n’a plus qu’un objectif : donner un nouvel élan à sa campagne pour rattraper son retard sur ses rivaux. Le temps presse à quinze mois de la primaire, organisée en novembre 2016. François Fillon a donc décidé de jouer la seule carte qui lui reste : celle du projet. Face à ses rivaux, qui incarnent chacun un créneau différent, lui se veut le candidat des idées. Celui qui a déjà formulé les propositions les plus détaillées.
Souhaitant montrer la profondeur de son travail de fond, François Fillon a présenté son manifeste pour la France, base de son projet de société censé faire du pays la première puissance en Europe dans dix ans. Ce document de 35 pages, qui récapitule les principales propositions qu’il a déjà exposées au cours des derniers mois (éducation, économie, Europe, finances publiques, immigration, logement, apprentissage, numérique), doit mettre en perspective cette ébauche de projet gouvernemental. Y figurent les mesures phares de l’ancien premier ministre : la réduction de la dépense publique de 110 milliards d’euros en cinq ans, l’abrogation des 35 heures, la retraite à 65 ans, la mise en place d’un contrat de travail unique, la suppression de l’ISF ou l’idée de faire voter chaque année par le Parlement des quotas d’immigration.
BONNE SURPRISE AMERICAINE
Le second temps fort de la rentrée de M. Fillon sera la publication de son livre, le 21 septembre, aux éditions Albin Michel, dans lequel il évoquera son histoire personnelle, son expérience à Matignon, sa relation avec Nicolas Sarkozy et sa vision du monde. Une manière de se dévoiler un peu plus, dans l’espoir de se replacer au centre du jeu. Car l’ex-premier ministre a beau travailler dur et disposer du projet le plus abouti à droite, il reste peu audible et peine à susciter l’enthousiasme. Son image reste écornée par son duel fratricide avec Jean-François Copé et plusieurs erreurs stratégiques (propos ambigus sur le FN ou attaques maladroites contre M. Sarkozy). Même s’il est distancé dans les sondages, M. Fillon reste confiant et convaincu que son travail de fond finira par payer le jour venu.
Au chapitre macro-économique il faut noter l’annonce en cette fin de semaine que le PIB américain a progressé de 3,7 % au deuxième trimestre. C’est une bonne surprise. Selon les statistiques officielles publiées jeudi 27 août, la croissance américaine a été plus solide que prévu au deuxième trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) a ainsi progressé de 3,7 % en rythme annualisé, contre 2,3 % selon la première estimation publiée en juillet. C’est près de six fois plus qu’au premier trimestre (0,6 %), où l’activité avait été plombée par un hiver rigoureux. Si la consommation des ménages a été le principal moteur de la croissance (+3,1 %), l’investissement des entreprises a enfin repris des couleurs (+3,2 %), tandis que les exportations ont progressé de 5,2 %. De même, alors qu’elles reculaient depuis 2012, les dépenses publiques se sont redressées (+ 2,6 %).
LES TAUX POURRAIENT NE PAS REMONTER TOUT DE SUITE
Paradoxalement, cette bonne nouvelle est de nature à embarrasser la Réserve fédérale américaine. Le sujet devait d’ailleurs être au cœur des discussions entre les grands banquiers centraux réunis à Jackson Hole, dans le Wyoming (Etats-Unis), entre jeudi 27 au soir et samedi 29 août. Si la présidente de la Fed, Janet Yellen, n’est pas de la partie cette année – son homologue européen Mario Draghi non plus –, les marchés guetteront nerveusement le discours de son numéro 2, Stanley Fischer, attendu samedi. Tous auront une question à l’esprit : la banque centrale américaine relèvera-t-elle ses taux directeurs lors de sa réunion des 16 et 17 septembre prochain ? Il y a quelques semaines encore, cela ne faisait presque aucun doute. Mais le krach chinois a changé la donne. Si bien que certains économistes, comme l’ancien secrétaire au trésor Larry Summers, conseillent même à la Fed d’attendre début 2016 avant d’agir.
En France : l’actualité a été marquée par les chiffres des demandeurs d'emploi au mois de juillet : 2500 personnes sont sorties de la catégorie A par rapport au mois de juin. Si l'on y ajoute les catégories B et C, le chiffre explose cependant de presque 15.000. Le reflux enregistré en juillet est minime: - 2 500 chômeurs, pour redescendre à près de 3,815 millions. Surtout, en intégrant les autres catégories le nombre de demandeurs d'emploi connaît un bond de 14.800, pour frôler 5,718 millions, à 100 de son record historique atteint en mai. Il s'agit là d'une nouvelle preuve de la précarisation du marché du travail, les sortants de catégorie A basculant dans les deux suivantes parce qu'ils ont repris un petit boulot, généralement mal payé et à temps partiel. Les chiffres de juillet sont également une stabilisation en trompe-l'œil parce que les fondamentaux restent mal orientés.
DEBUT DIFFICILE POUR ALEXANDRE RICARD
Dans une France où l’État tient le rôle de la Cigale, les français eux continuent d’être des fourmis. L'assurance vie a ainsi signé en juillet sa plus forte collecte nette sur un an, les dépôts ayant dépassé les retraits de 3,4 milliards d'euros selon des données publiées jeudi par l'Association française de l'assurance (Afa). Depuis le début de l'année, la collecte nette s'élève à 15,7 milliards d'euros, aprèss 14,6 milliards engrangés sur la même période de 2014. Avec 19 mois de collecte nette consécutifs, l'engouement des épargnants pour ce placement ne faiblit pas. Par comparaison, le Livret A, autre placement populaire, a connu une décollecte nette (retraits supérieurs aux dépôts) de 3,41 milliards d'euros sur les sept premiers mois de 2015.
Du côté des entreprises, il existe de nombreuses rumeurs sur la volonté de General Electric de supprimer 10 300 postes après la fusion avec les activités énergie d’Alstom. Le doute s’est installé après la publication sur le site de L’Obs, mercredi 26 août, d’une estimation de Secafi révélée début juillet aux syndicats, qui avaient commandé à ce cabinet une étude sur l’impact social de l’opération : elle menacerait 10 300 emplois dans le monde, dont 2 000 dans l’Hexagone, sur les 65 000 salariés que compte Alstom Power. Toujours dans le domaine de l’énergie, les discussions ont repris sur un ton très constructif entre Jean-Bernard Lévy et Philippe Varin de manière à assurer l’avenir d’Areva NP. Même s’il reste toujours quelques questions techniques à régler concernant la valorisation de l’ex-filiale d’Areva en passe d’être reprise par EDF.
Première année difficile pour Alexandre Ricard. La dégringolade de la Bourse de Shanghaï et la dévaluation du yuan font craindre un ralentissement plus marqué de la croissance en Chine. De nouvelles tensions qui affectent les entreprises implantées dans l’empire du Milieu, à l’instar de Pernod Ricard. L’autre sujet de préoccupation, ce sont les ventes décevantes pour la deuxième année consécutive de la vodka Absolut. Elles ont fléchi de 5 % sur cet exercice fiscal. Or, 45 % des recettes de l’alcool blanc suédois se font aux États-Unis, ce qui représente un quart de ses ventes sur ce territoire. De fait Pernod Ricard a dû déprécier de 15 % sa marque, achetée 5,6 milliards d’euros. Amputé de 404 millions d’euros, le bénéfice annuel affiche une baisse de 15 %, à 861 millions d’euros.
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