WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Le bouclage de la loi de finances sera plus politique que jamais
par Yves de Kerdrel

François Hollande est revenu de vacances avec la promesse d’une baisse d’impôts dés 2016. Au moment même où la croissance économique s’évanouit et où les indices d’activité se retournent. Et alors que la gauche de la gauche se mobilise pour faire sauter le pacte de responsabilité. Avec comme caillou dans la chaussure un Arnaud Montebourg qui avance aujourd’hui ses cailloux en direction de la présidentielle de 2017.

22/08/2015 - 22:37 Temps Lecture 14 mn.

En raison de violents orages annoncés en fin de nuit sur le très beau Plateau de Millevaches, d'où est écrit cet éditorial, pour la dernière fois de l'année, il vous est envoyé tant que les moyens de communication fonctionnent. D'avance, merci pour votre compréhension.     Y de K.

La rentrée politique s’est passée sans tambour ni trompette. D’autant que François Hollande a tout fait pour que ce soit sa rentrée en donnant une interview à la presse quotidienne régionale pour y annoncer des baisses d’impôt dés 2016 « si la croissance le permet ». Une phrase corrigée le lendemain matin même à l’occasion d’un déplacement dans l’Isère. Cette fois-ci plus de lien avec la croissance. Ce qui pourtant semblait raisonnable. Il y aura des baisses d’impôts quoiqu’il arrive. Et pour ne pas être en reste, Manuel Valls a indiqué vendredi que ces baisses d’impôts seraient gravées dans le marbre de la loi de finances pour 2016 en cours de finalisation.

Une chose est certaine, c’est que l’annonce de François Hollande a pris Bercy au dépourvu. Signe manifeste de l’embarras, aucun responsable gouvernemental n’était en mesure de décrypter l’annonce du chef de l’État. D’autant plus que la veille Michel Sapin s’était montré très prudent sur la faisabilité de baisses d’impôt en raison du caractère chaotique de la croissance et du peu de visibilité à moyen terme. Avec cette annonce-choc, le Chef de l’État semble avoir décidé d’enclencher le moment de la redistribution qu’il promettait pour la seconde partie de son quinquennat, passé le temps des efforts. Et cela, à la suite du deal qu’il a passé avec Martine Aubry en mai dernier, à la veille du Congrès de Poitiers.

BRAS DE FER AVEC SAPIN ET ECKERT

Le Président de la République semble avoir pris seul cette décision contre laquelle Emmanuel Macron était opposé. En faisant le pari que la croissance en 2016 sera meilleure que prévu. Comme s’il ne s’était pas rendu compte que le krach boursier chinois allait avoir des conséquences économiques mondiales terribles. Et en partant du postulat très keynésien que l’allégement de la fiscalité des ménages va avoir un effet de levier sur la consommation et, par voie de conséquence, sur la croissance. Pourtant jusqu’à présent, la doctrine qui semblait l’emporter à Bercy, après les longs mois de négociations avec la Commission européenne qui s’étaient conclues par l’acceptation d’un délai supplémentaire d’un an pour ramener le déficit public sous les 3 % et l’approbation du programme de stabilité présenté par la France, était de faire de la réduction des déficits la priorité.

Selon les informations de WanSquare, la veille du déplacement du chef de l’État en Isère et en Savoie, Michel Sapin et Christian Eckert, le secrétaire d’État chargé du budget, avaient supplié François Hollande pour qu’un éventuel geste fiscal en faveur des ménages ne soit pas inscrit dans le prochain projet de loi de finances. Tout en laissant ouverte la possibilité, en fonction des résultats constatés au premier trimestre, qu’un collectif budgétaire en mai-juin 2016 puisse modifier les choses. Les services de Bercy vont devoir s’activer, dans un laps de temps très court et alors qu’aucune demande ne leur en avait été faite, pour trouver une formule satisfaisant aux vœux du Chef de l’État. Cet arbitrage témoigne une fois encore de la perte d’influence grandissante de Michel Sapin, pourtant auteur du programme présidentiel de 2012.

MONTEBOURG EN ROUTE VERS 2017

Plus qu’économique, c’est un message politique qu’envoie donc M. Hollande à un an et demi de l’élection présidentielle. D’une part, il adresse un signal à sa gauche, à quelques jours de l’université d’été du PS à La Rochelle. Surtout, il veut montrer, en affichant sa confiance dans la reprise de la croissance, que l’économie française peut retrouver un cercle vertueux. Il est vrai que les jours qui viennent vont être ponctués de nombreux rendez-vous très politiques avec la gauche de la gauche. A commencer aujourd’hui par la fête de la rose de Frangy-en-Bresse organisée par un Arnaud Montebourg désormais bien décidé à se présenter à l’élection présidentielle de 2017. Puis aura lieu le rendez-vous des Frondeurs jeudi prochain à Marennes d’Oléron, juste avant les Universités d’été du Parti Socialiste à La Rochelle où les adversaires du social-libéralisme vont chercher à se faire entendre.

Le député de la Nièvre, Christian Paul, chef de file des frondeurs propose toujours de réorienter une partie des 19 milliards d’euros sur 2016 et 2017 destinés à améliorer les marges des entreprises vers les ménages et les collectivités territoriales. Ces déclarations vont avoir un certain retentissement à l’Université du Medef où Pierre Gattaz va remonter au créneau pour défendre les promesses faites aux entreprises. D’autant qu’à Bercy, si l’on n’envisage pas de toucher au CICE, on regarde toujours la possibilité de supprimer ou non la contribution sociale de solidarité des entreprises (C3S), engagé en 2015, ou bien de faire un geste en faveur de l’impôt sur les sociétés. C’est Emmanuel Macron qui représentera le gouvernement au raout d’été du patronat.

GRANDES MANŒUVRES A DROITE

Derrière ces derniers arbitrages fiscaux, c’est la campagne pour l’élection présidentielle de 2017 qui débute. Et c’est bien dommage. Car le bouclage de la loi de finances pour 2016, surveillé de si près par Bruxelles et par les marchés, sera davantage dicté par des considérations économiques que politiques. A cela va s’ajouter dans les jours qui viennent le choix du successeur de François Rebsamen au Ministère du Travail et de l’Emploi. A priori il s’agirait d’Alain Vidalies, spécialiste en droit social, bien que le frondeur Jean-Marc Germain, et compagnon d’Anne Hidalgo répète à qui veut l’entendre qu’il va hériter de ce portefeuille. Mais il est possible qu’il se retrouve à l’agriculture où le sort de Stéphane Le Foll pourrait bien se jouer compte tenu de son amateurisme et de sa nonchalance dans la crise agricole qui dure.

A droite, les grandes manœuvres reprennent avec la publication du livre d’Alain Juppé sur l’école, précédé d’une interview dans le supplément week-end du Parisien. Il devrait également enchainer un journal de 20 heures. Rien de révolutionnaire dans ses propositions qui sont davantage tournées vers les enseignants que vers les enfants et le redressement de notre système éducatif. Mais ce n’est pas non plus surprenant lorsque l’on sait qu’Alain Juppé est persuadé que 2017 se gagnera en agrégeant les déçus du centre et de la gauche. Les ventes de sont livre seront observées à la loupe par Nicolas Sarkozy qui, dans une boutade, a déclaré, mercredi dernier, qu’il lirait ce livre avec plaisir quand il aura achevé « Cent ans de solitude », le chef-d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez.

L’ECONOMIE PATINE DE NOUVEAU

L’ancien Président de la République a choisi, pour sa part, de faire sa rentrée sur le terrain en visitant une exploitation agricole dans le village de Saint-Privé (Yonne). Au cours de la discussion Nicolas Sarkozy reconnaît qu’il a été trop loin dans le Grenelle de l’Environnement. Un nouvel acte de contrition après l’important mea culpa, livré au cœur de l’été, dans une interview à Valeurs actuelles. Selon plusieurs membres de son entourage, le patron des Républicains prépare une initiative pour évoquer ses années à l’Élysée. Pas seulement pour rappeler ce dont il est fier, comme les heures supplémentaires défiscalisées, mais aussi pour revenir sur d’autres épisodes plus douloureux. La forme n’a, pour le moment, pas été arrêtée, mais, a priori l’écriture d’un livre semble exclue. Cette initiative devrait en tout cas avoir lieu à l’automne.

Du coté de la macro-économie, les chiffres concernant la France restent très médiocres après la publication d’une croissance zéro au premier trimestre. L'activité a de nouveau ralenti dans le secteur privé en France au mois d'août, la contraction du secteur manufacturier s'accentuant tandis que les services marquaient le pas, selon la version flash des indicateurs PMI de Markit publiés vendredi. L'indice du secteur manufacturier est retombé à 48,6, contre 49,6 en juillet, s'éloignant de la barre des 50 qui sépare croissance et contraction de l'activité qu'il avait dépassée en juin pour la première fois depuis plus d'un an. L'indice du secteur des services s'est maintenu au-dessus des 50 pour le septième mois d'affilée mais il a néanmoins de nouveau baissé, à 51,8 contre 52,0 en juillet. Par ailleurs, l'emploi global a accentué sa contraction, après être passé sous les 50 en juillet pour la première fois depuis février.

EFONDREMENT DE LA CROISSANCE CHINOISE

Et cela ne risque pas de s’améliorer après les remous en forme de dominos que provoque sur toute la planète le krach boursier chinois qui a repris de plus belle cette semaine. Les signes de faiblesse de l’économie chinoise sont de plus en plus flagrants. La Bourse de Shanghaï a de nouveau plongé vendredi 21 août, clôturant sur une chute de plus de 4,27 %, à 3 507,74 points. En une semaine, la place shangaïenne s’est effondrée de 11,5 %. C’est la publication de l’indice provisoire d’activité manufacturière chinois qui a provoqué ce regain de fébrilité. Celui-ci pourrait, selon les projections, s’établir à 47,1 en août, contre 47,8 en juillet. Si ce décrochage était confirmé, cela représenterait le niveau le plus bas de cet indicateur depuis six ans et demi, selon Markit.

L’économie américaine est la première touchée par ce krach chinois, à commencer par les grands groupes. Ainsi selon les chiffres de Bloomberg, les résultats des entreprises ont baissé en moyenne de 1,8% entre avril et juin, par rapport à la même période en 2014, tandis que les chiffres d’affaires ont de leur côté reculé de 4,2% en moyenne. Si le secteur des sociétés actives dans l’énergie ont plombé les statistiques, il reste que 293 des 473 sociétés qui composent le Standard&Poor’s sont parvenues à améliorer leurs chiffres. Et, toujours selon les calculs de Bloomberg, si l’on retire de l’indice les sociétés pétrolières et leurs fournisseurs, les profits ont en réalité progressé de 5% en moyenne, et les chiffres d’affaires de 1,1%. Il s’agit là du plus mauvais score depuis plus de six ans. Ce qui contribue aussi à expliquer la fébrilité de Wall Street.

NAOURI FINALISE SA REORGANISATION SUD-AMERICAINE

Quant à la Grèce, elle a connu un nouveau rebondissement. Jeudi matin, Athènes recevait la premièrere tranche de 13 milliards d’euros du nouveau plan d’aide de la zone euro. Quelques heures plus tard, le Premier ministre Alexis Tsipras annonçait sa démission. Et au lendemain d’un jeudi agité, la faction la plus à gauche du parti Syriza a annoncé son intention de former un nouveau parti indépendant avec 25 parlementaires. Cette annonce vient confirmer le divorce au sein de Syriza. Désormais sans majorité parlementaire depuis la rupture consommée, le 14 août, avec les frondeurs de son parti lors du vote du plan de réforme au Parlement Alexis Tsipras a présenté sa démission, jeudi soir, et demandé des élections anticipées au plus vite pour pouvoir former un gouvernement stable. Un coup de poker qui doit lui permettre de déplacer le centre de gravité de Syriza sur sa droite et essayer de rallier à lui une partie de l’électorat moins ancré à gauche.

Du coté des entreprises, ce n’est pas encore la rentrée. A l’exception du groupe de distribution Casino, qui a annoncé jeudi avoir finalisé la réorganisation de ses activités en Amérique latine sous l'égide de sa filiale colombienne cotée Exito. L'opération, approuvée par les actionnaires et le conseil d'administration d'Exito, avait été dévoilée fin juillet par Casino. Dans le détail, Casino cède à Exito 18,8% du capital et 50% des droits de vote de sa branche brésilienne GPA et 100% des actions de sa filiale argentine Libertad. Dans un communiqué distinct, Exito précise que le montant total de la transaction atteint 1,8 milliard de dollars, soit 1,6 milliard d'euros. Exito rassemblera désormais sous un même ensemble toutes les activités détenues par le groupe Casino en Amérique latine (Brésil, Colombie, Argentine et Uruguay), soit un chiffre d'affaires combiné en 2014 de 29 milliards d'euros et un résultat brut d'exploitation de 2,4 milliards d'euros. Ce regroupement devrait lui permettre de générer des synergies de 143 millions d'euros par an.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Les investisseurs commencent à découvrir les dégâts du krach chinois

15/08/2015 - 22:40

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La politique reprend ses droits quand Hollande part en « repos »

08/08/2015 - 20:38