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La politique reprend ses droits quand Hollande part en « repos »
par Yves de Kerdrel

En pleine léthargie estivale Nicolas Sarkozy a réveillé l’actualité politique, aussi bien à droite en dressant pour la première fois son mea culpa et en tendant une main aux électeurs du Front National afin qu’ils participent à la primaire, et à gauche en dressant un bilan calamiteux du mandat de François Hollande juste au moment où ce dernier s’apprêtait à partir en repos dans le Gers chez les parents de Julie Gayet.

08/08/2015 - 20:38 Temps Lecture 11 mn.

C’est un véritable coup de tonnerre dans le ciel politique de l’été que Nicolas Sarkozy a déclenché cette semaine en accordant une longue interview, presque intimiste, au magazine Valeurs actuelles. Pour la première fois, depuis qu’il a été battu en 2012, l’ancien Chef de l’État parle de sa déception de n’avoir pas tout réussi, de ses regrets de n’avoir pas été assez loin sur le chemin des réformes, pensant que les français n’y étaient pas prêts. Cet acte de contrition ne vient pas comme par hasard. Nicolas Sarkozy sait très bien que pour reconquérir l’électorat de droite il doit d’abord faire savoir qu’il a compris leur déception après l’espoir soulevé en 2007.

A droite aucun ténor ne s’est risqué à réagir aux propos estivaux de l’ancien Président, même si dans l’entourage d’Alain Juppé on n’hésite pas à pousser des cris d’orfraie devant cette proposition faite aux électeurs du Front National qui le souhaitent de participer à la primaire ouverte de la droite qui aura lieu à l’automne 2016. Alors que dans le même temps le Maire de Bordeaux répète à qui veut l’entendre qu’il compte bien gagner la primaire en faisant voter des électeurs socialistes, verts et même d’extrême gauche s’il le faut.

SARKO PEAUFINE UN PROGRAMME DE RUPTURE

En fait le match entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé est tout simplement en train de se mettre en place juste un an après l’annonce de la candidature du Maire de Bordeaux pour ces primaires, et le retour de Nicolas Sarkozy dans la vie politique. Comme ce dernier est convaincu que quelque soit le candidat désigné par la primaire, François Bayrou se présentera en 2017, ce qui risque de gêner fortement Alain Juppé, il a décidé de droitiser son discours et de commencer à dessiner un programme de rupture. Avec notamment la réforme complète du fameux modèle social issu du Conseil National de la Résistance et la suppression du Code du Travail au profit des cinquante droits fondamentaux des salariés.

Dans le même temps Manuel Valls a eu beau faire des sorties estivales en expliquant que « la France avance », cela ne change rien à la colère des agriculteurs, des familles qui ont vu leurs allocations familiales divisées par deux au 1 er août, du personnel hospitalier qui est toujours très remonté contre Marisol Touraine et même du monde enseignant qui est mécontent à hauteur de 75 % de la politique menée par François Hollande en matière d’éducation nationale. Et ce n’est pas l’annonce de la promulgation de la Loi Macron, amputée par le Conseil Constitutionnel, de sa partie la plus importante, celle concernant le plafonnement des indemnités prudhommales qui va modifier le sentiment des français à l’égard de ce gouvernement.

LEGERE REPRISE DE L’INVESTISSEMENT EN FRANCE

Après avoir été participer à l’inauguration du doublement du Canal de Suez auprès du nouveau Rais égyptien auquel il espère revendre les fameux Mistral russes, François Hollande s’est officiellement accordé quelques jours de repos. Selon son entourage il devrait aller, comme l’année dernière, dans le Lubéron. Mais selon les informations recueillies par WanSquare il espérait pouvoir se rendre discrètement dans le château de la famille Gayet, dans le Gers. D’autant plus qu’à l’Élysée il est de plus en plus question d’un mariage officiel dans les semaines qui viennent avec l’actrice qui occupe déjà les appartements privés de l’Élysée.

Sur le plan économique peu d’indicateur cette semaine. L'enquête semestrielle de Bpifrance constate une légère reprise des intentions d'investissement au second semestre dans les PME. Si l'enquête semestrielle de la banque publique d’investissement constate un léger regain d'optimisme des PME pour le second semestre 2015. Les six freins possibles à l'investissement, soumis aux 28.600 entreprises interrogées par les enquêteurs, semblent moins inquiéter que les années précédentes. Ainsi, le manque de fonds propres, cité par 41 % des sondés en 2014, a reculé de 3 points cette année et n'est plus cité qu'à 38 %. La faiblesse de la demande, qui préoccupait 68 % des dirigeants, a connu une baisse de 2 points par rapport à l'an dernier. Selon la banque publique, les contraintes de demande pourraient se desserrer dans les prochains mois. Dans le secteur de l'industrie, elle est même positive de 11 points. Des disparités sont néanmoins notables selon les domaines d'activité des PME, leur taille ou leur potentiel innovant.

INQUIETUDES CROISSANTES SUR LA CHINE

Autre indication qui va dans le bon sens : le déficit de l'État s'est réduit de 900 millions d'euros par rapport à juin 2014 et s'établit à 58,5 milliards d'euros fin juin, en raison notamment d'une baisse des dépenses, selon les chiffres publiés vendredi par Bercy. Les dépenses (budget général et prélèvements sur recettes) ont en effet atteint 193,8 milliards d'euros à fin juin 2015, en diminution de 500 millions d'euros par rapport à la même période l'année dernière. Les recettes du budget général ont atteint 152,4 milliards d'euros au 30 juin contre 151,6 milliards l'an dernier. Une quasi stabilité qui masque une baisse de 1,5 % des recettes fiscales nettes. Il y a donc un manque à gagner pour l’État de 1,4 milliards par rapport à juin 2014. Si les recettes de l'impôt sur le revenus progressent de 3 %, celle liées à la taxe sur la valeur ajoutée baissent légèrement (-0,7 %) tandis que celles liées à l'impôt sur les sociétés s'effondrent de plus de 35 %.

A l’international l’un des pays les plus suivis actuellement par les économistes est la Chine. Le krach boursier commence déjà à produire un effet richesse à l’envers auprès de la classe moyenne. Ce qui inquiète largement les autorités chinoises qui savent que le régime politique actuel ne peut tenir que si la croissance des revenus de cette partie de la population est assurée. Si ce n’est plus le cas à cause de la chute des marchés boursiers ou ensuite à cause d’une moindre croissance qui pourrait se stabiliser à moyen terme autour de 4 %, alors, c’est toute la stabilité politique de la région qui est en jeu. Ce qui explique le réarmement massif du Japon depuis quelques mois, maintenant que la constitution nippone l’autorise.

LA GENERALE A LA FETE

Du côté des entreprises, les investisseurs ont pu noter cette semaine les très bons résultats d’Axa, même s’il ont été dopés par un effet de change très positif (notamment pour le bénéfice net) et surtout de la Société Générale, dont le titre a connu un véritable retour en grâce. Ce mouvement est lié autant aux bons chiffres du premier semestre qu’à un nouveau plan d’économies de 850 millions d’euros mis en place par Frédéric Oudéa le directeur général de la Banque de la Défense. Cette double annonce a été particulièrement bien recueillie par les investisseurs anglo-saxons fortement présents au capital de la banque, qui en ont profité pour se renforcer.

Enfin du coté des télécoms, l’Italie était le dernier grand pays européen où le marché, composé de quatre grands acteurs, n’avait pas encore été bouleversé. C’est désormais chose faite depuis que deux opérateurs, qui discutaient depuis plus de deux ans, ont annoncé leur alliance. Le conglomérat hongkongais Hutchinson et le russe Vimpelcom, ont fait part du rapprochement de leurs deux opérateurs italiens, 3 Italia et Wind, dans un deal valorisé à 21,8 milliards d’euros. Les numéros trois et quatre du secteur vont former une joint-venture afin de créer un leader de marché dans le pays, qui revendique 33 millions d’abonnés et 33,5% de part de marché.

BOLLORE TRES PRESENT EN ITALIE

Cette manœuvre est intéressante à plus d’un titre car elle vient mettre la pression sur les deux autres grands opérateurs italiens : Telecom Italia, qui avec 32,3% de parts de marché se voit voler la première place du marché, et Vodafone, à 27%. Vivendi est désormais actionnaire du premier à hauteur de 14,9% depuis qu’il a acheté des titres sur le marché fin juin. Les théories se multiplient sur l’interprétation de ce geste venant du groupe de Vincent Bolloré, qui s’était délesté de ses participations télécoms. Étant donné que Telco, le holding premier actionnaire de Telecom Italia détenu par Generali, Mediobanca et Intesa Sanpaolo, est en cours de dissolution, Vivendi pourrait encore monter au capital.

En réalité, le Français serait en train de plaider pour la cession de TIM Brazil, l’opérateur brésilien dans le giron de Telecom Italia. L’industriel breton a rencontré le premier ministre italien il y a quelques jours pour le rassurer sur ses intentions et lui redire que son intérêt tenait à la diffusion des contenus de Vivendi via les réseaux de Telecom Italia. Il est clair, également que si Vincent Bolloré s’est renforcé dans ce groupe, c’est parce qu’il le juge décoté en bourse et mal géré. Il va donc tout faire de manière à ce que le cours de l’opérateur italien regagne du terrain.

Un autre personnage des télécoms italiens pourrait venir jouer les trouble-fête. Naguib Sawiris, ancien propriétaire de Wind qu’il a revendu à Vimpelcom, n’a jamais caché son ambition de revenir se positionner dans le pays. En mars, il a réaffirmé son projet de construire le plus grand centre de données d’Italie à Milan, et d’acquérir un acteur Internet afin de compléter son offre avec Italiaonline, qui a elle-même prévu d’entrer en Bourse d’ici à la fin de l'année.

DRAHI CONSOLIDE SON POUVOIR

Quant à Patrick Drahi, il est à la manœuvre pour consolider son pouvoir sur son holding Altice. Ses actionnaires ont validé à 91,5% le déménagement du siège social aux Pays-Bas, où le groupe peut créer deux classes d’actions, et pérenniser le contrôle de l’homme d’affaires israélien sur son empire des télécoms. Cette opération devenait indispensable pour le holding, qui a bouclé plus de 40 milliards de dollars d’achats dans les 18 derniers mois, selon Dealogic, et croule sous 35 milliards d’euros d’emprunts.

Ce dernier pourra donc désormais envisager des opérations en capital sans être menacé de dilution et dispose même de plus de souplesse en termes de gouvernance. Ainsi, si le droit néerlandais recommande une majorité de membres indépendants au board alors qu’Altice n’en compte que deux, ce dernier peut choisir de ne pas suivre ces prescriptions s’il explique son geste. Il a en outre un pouvoir de « contrôle négatif », ce qui signifie qu’il peut contrer le vote des autres membres du board puisque sa voix compte autant que tous les autres. Une omnipotence qui pourrait lui être utile s’il compte poursuivre ce rythme acharné d’acquisitions dans les 18 prochains mois.

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