WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
L’été s’annonce très chaud pour les socialistes
par Yves de Kerdrel

La révolte des agriculteurs à cause du prix du lait et de celui de la viande s’est légèrement calmée en fin de semaine mais devrait redémarrer dans les jours qui viennent. D’autant plus que la sécheresse menacent leurs provisions de foins pour l’hiver. Les dirigeants socialistes qui n’avaient pas vu venir cette fronde ont tardé à réagir et sous-estimé ce mouvement. Comme ils sous estiment celui des buralistes et de nombreuses autres professions.

26/07/2015 - 07:45 Temps Lecture 12 mn.

La semaine passée a été agitée pour François Hollande alors qu’il espérait bien, dans le sillage de son intervention du 14 juillet, faire quelques sorties présidentielles, tout en laissant les manettes du pouvoir à Manuel Valls. Le problème c’est que dés lundi soir les barrages d’agriculteurs partis de Normandie se sont répandus dans tout le nord de la France, atteignant Lyon, la Franche-Comté, le Limousin et le Poitou jeudi dernier. Craignant le départ d’une nouvelle jacquerie comparable à celle des bonnets rouges, François Hollande a géré en direct cette crise avec Stéphane Le Foll son ancien directeur de cabinet, l’obligeant même à aller rencontrer les agriculteurs à Caen alors qu’il ne voulait pas quitter la rue de Varenne.

Le mercredi, un plan de secours a été présenté en quatrième vitesse, après avoir été avalisé par le conseil des ministres. Il repose sur deux grands piliers une aide à court terme de 100 millions d’euros pour les 25.000 exploitations menacées par la crise de trésorerie et une aide à moyen terme, par le report de charges, de 500 millions d’euros. A coté de cela un très léger relèvement du prix du lait a été obtenu, de quelques centimes, mais bien insuffisant pour résoudre le problème du moment et diverses mesures pour favoriser les productions françaises aux dépens de celles importées et souvent achetées par les collectivités.

PLUSIEURS MOUVEMENTS CATEGORIELS

A un moment, cette fronde a failli rejoindre celle des buralistes qui manifestaient devant le Sénat contre la loi Touraine et ses dernières dispositions anti-tabac. Mais il existe toujours des cendres chaudes de plusieurs mécontentements ou ras-le bol de diverses professions prêtes à défiler, y compris l’été et à se livrer, s’il le faut à des actions violentes. Ce pourrait même être le cas, à l’approche de la rentrée, des enseignants dont un sondage du Figaro a montré qu’ils étaient très insatisfaits de la politique menée actuellement et notamment par leur ministre, Najat Vallaud-Belkacem (77 %). Ce qui est un taux record et qui donne des ailes à François Bayrou, leur candidat préféré pour les prochaines présidentielles.

A cela s’ajoutent d’autres mouvements catégoriels. Notamment celui des TPE et surtout des artisans qui se voient astreints à de nouvelles obligations professionnelles totalement ridicules liées au dialogue social dans le cadre de la loi Rebsamen. Ou bien tous ceux qui sont furieux de la nouvelle loi sur le renseignement, approuvée comme un seul homme par un conseil constitutionnel de plus en plus aux ordres du pouvoir. Seul Manuel Valls voit sa popularité se maintenir dans ce concert de désordres. Si bien que ses amis sont de plus en plus nombreux à lui recommander de tenter l’aventure présidentielle en 2017 et de couper sous le pied de François Hollande, comme Rocard avait voulu le faire avec François Mitterrand. Selon l’entourage du Premier Ministre, il verrait de nouveau très régulièrement mais discrètement Dominique Strauss-Kahn et se parlent au téléphone, quand ce dernier est à l’étranger.

LE RETOUR DE BAYROU

Une chose est certaine : jamais aucun président de la République n’a gagné un point de popularité grâce à un succès international. Or François Hollande avait beaucoup misé sur la résolution de la crise grecque, sur l’accord avec l’Iran et sur la paix civile revenue au Mali. Face aux tracas de leur vie quotidienne, les français se moquent de ces réussites, et les prochaines enquêtes d’opinion sont annoncées dévastatrices concernant le Chef de l’État. Si bien qu’il devrait continuer à multiplier les sorties présidentielles pendant tout l’été pour incarner une fonction qu’il a ignorée pendant trois ans.

A droite, celui qui parle le plus actuellement, c’est François Bayrou. Comme si le Maire de Pau avait déjà intégré que Nicolas Sarkozy battrait Alain Juppé aux primaires. Dans ce cas, il le répète à tous, il se présentera et pense possible de trouver un passage afin d’accéder au second tour. Pour l’heure Alain Juppé reste à son plus haut niveau dans les sondages et continue même de grappiller quelques points. Mais si François Hollande ramène le débat de la prochaine élection sur le terrain de l’identité, comme il a commencé à le faire le 14 juillet dernier, c’est naturellement le Maire de Bordeaux qui a le plus à perdre.

LES VERTS COMPLIQUENT LES REGIONALES

Nicolas Sarkozy s’est isolé au Cap Nègre comme chaque été, ce qui ne l’empêche pas de faire quelques excursions, comme la semaine passée en Tunisie ou bien sur le parcours du Tour de France. L’ancien chef de l’état gère son parti à distance plutôt qu’il ne travaille en profondeur sur les grands enjeux qui attendent le pays. Sa campagne d'appel aux dons en faveur des Républicains semble porter ses fruits. Selon Le Parisien de ce 25 juillet, l'ancienne UMP a déjà dépassé début juillet le montant récolté sur l'ensemble de l'année 2014. Autrement dit, les dons affluent deux fois plus que l'année passée. Une nouvelle particulièrement bonne pour un parti très endetté. Le trésorier, Daniel Fasquelle, a indiqué avoir déjà comptabilisé 3.911.000 euros début juillet contre 3.765.000 euros pour l'ensemble de l'année 2014. A terme, il vise les 7 millions d'euros.

Pour l’heure l’ancien Président se concentre sur une rentrée qui va être marquée par les élections régionales. Avec des difficultés qui apparaissent pour les socialistes puisque dans quatre régions des accords Verts-Front de gauche sont en cours ou déjà ficelés pour l'élection de décembre. Ainsi Sandrine Rousseau, tête de liste écolo dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, refuse toujours de se ranger derrière Pierre de Saintignon, le candidat socialiste. Elle a fait ses calculs et elle en est persuadée: si elle s'allie avec le Front de gauche (Fdg), elle espère passer devant le PS. Dans la région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, une alliance vient d'être formée entre le Front de gauche et EELV, comme dans la région Rhône-Alpes-Auvergne par exemple, où les écolos se présenteront avec le Parti de gauche et le mouvement Ensemble. Enfin, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où la campagne est pour l'instant centrée sur l'affrontement entre Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen, des discussions ont également cours entre les écolos et le Front de gauche.

FLECHISSEMENT DE L’ACTIVITE

Le rapprochement des socialistes avec les verts tant pour les régionales que pour les présidentielles risque d’être d’autant plus compliqué que le site de Fessenheim, qui est un symbole pour les écologistes, ne devrait pas fermer, selon nos informations, contrairement aux engagements du Chef de l’État. En raison des retards de l’EPR et des conditions imposées par la loi de la transition énergétique, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, qui a une ligne directe avec le Chef de l’État, juge que la fermeture de la centrale de Fessenheim pourrait ne pas intervenir en 2017. Lors de la première conférence environnementale en 2012, le Président de la République avait annoncé sa fermeture pour fin 2016 avant d’évoquer l’horizon de la fin de son premier mandat, soit le premier semestre 2017.

S’agissant de la conjoncture économique, il semble que l’économie française marque de nouveau un fléchissement. Après avoir atteint un plus haut de quatre ans le mois dernier, à 54,2, l’indice Markit de l’activité globale en zone euro a légèrement fléchi en juillet pour s’inscrire à 53,7, avec une baisse qui a concerné aussi bien le secteur des services que celui de l’industrie et de la production manufacturière. Si les données signalent un léger ralentissement de la croissance économique, le taux d’expansion se maintient tout de même à l’un de ses plus hauts niveaux des quatre dernières années, expliquent les analystes de Markit. Mais si l’indice global pour la zone euro reste fort, il cache d’importantes disparités selon les pays selon les analystes. Ainsi, la France est celle dont l’indicateur a le plus fortement ralenti, (51,1 contre 53,3 en juin), affichant un plus bas de trois mois.

LA TROIKA DE RETOUR A ATHENES

Concernant le dossier grec, Comme prévu, le ministre des Finances Euclide Tsakalotos a envoyé à Christine Lagarde une lettre demandant un nouveau crédit du Fonds monétaire international à la Grèce. Le calendrier est extrêmement serré. Le Fonds a confirmé vendredi dans un communiqué avoir reçu cette nouvelle demande et indiqué qu'il allait à présent discuter avec Athènes et ses partenaires européens du calendrier et des modalités des futures discussions sur le plan d'aide. Le gouvernement grec souhaitait au départ se passer de tout nouveau plan d'aide du FMI. Mais Athènes a dû faire marche arrière face à l'Allemagne notamment, qui tenait à ce que l'institution de Washington, impliquée depuis 2010 dans les deux sauvetages successifs de la Grèce, reste à bord.

Alors qu'Athènes a déjà validé plusieurs étapes, notamment deux votes sur des réformes qui ont coûté une partie de sa majorité parlementaire au premier ministre Alexis Tsipras, le flou subsistait sur l'arrivée dans le pays de hauts fonctionnaires de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI, c’est-à-dire de cette fameuse Troïka, symbole d’austérité qui a permis à Alexis Tsipras d’accéder au pouvoir. L'enjeu de ce nouveau cycle de réunions est la finalisation, d'ici au 20 août au plus tard, du troisième plan d'aide dont le principe a été accepté dans la douleur le 13 juillet. La Grèce, dont les caisses sont vides, doit rembourser plus de trois milliards d'euros à la BCE le 20 août, puis 1,5 milliard au FMI en septembre. Au cours de ce processus, le montant exact du plan d'aide, évalué pour l'instant à 82 à 86 milliards d'euros, pourrait être révisé. Une partie de cette somme doit servir à recapitaliser les banques grecques, qui ont rouvert lundi après trois semaines de fermeture, mais dans un cadre très contraint.

LA REVOCATION POLITIQUE DE TURRINI

En France, du côté des entreprises l’événement marquant a été l’éviction de Régis Turrini (ex-Vivendi) de la direction générale de l’Agence des participations de l’État où il a été nommé en juillet 2014 en remplacement de David Azéma. Il va donc quitter son poste à la tête de l’organisme public et sera remplacé par Martin Vial, l’ex-président de La Poste, qui a démissionné, en mai, de son poste de directeur général d’Europ Assistance et qui est l’époux de Florence Parly, ex secrétaire d’état au Budget. Il est de notoriété publique que le courant ne passait pas entre Emmanuel Macron et Régis Turrini auquel il reprochait sa forte présence sur les dossiers industriels. Chacun sait aussi que sur le dossier Areva, les souhaits d’Emmanuel Macron et ceux de Régis Turrini différaient.

Ce dossier Areva qui devait aboutir pour le 30 juillet, c’est-à-dire jeudi prochain est au point mort. C’est ce qu’a pu constater le ministre vendredi lors d’un déjeuner qui a réuni les principaux protagonistes. A commencer par Jean-Bernard Lévy et Philippe Varin. Il y a quelques jours ce dernier a écrit un courrier officiel à François Hollande avec copie à Emmanuel Macron menaçant de démissionner si le schéma de la scission n’était pas revu dans ses fondamentaux économiques. Pour le Patron d’Areva, le problème n’est pas tant le prix de rachat d’Areva NP par EDF et consorts, mais l’avenir d’Areva, les conditions de sa recapitalisation et son modèle économique, une fois amputé de l’ex-Framatome.

Du côté de Vivendi Vincent Bolloré continue le grand nettoyage qu’il a laissé envisager en révoquant Rodolphe Belmer, et sans doute dans quelques semaines Bertrand Méheut. Les quatre auteurs de l’émission emblématique de Canal+, « Les Guignols de l’info », ont été remerciés en fin de semaine. Le nouveau directeur général du groupe, Maxime Saada, a signifié sa décision lors d’une réunion avec les quatre plumes de l’émission jeudi, leur expliquant qu’ils étaient « trop usés » et ne correspondaient plus à ce que les nouveaux patrons voulaient faire sur la chaîne. Leur rémunération approchait les 35.000 euros par mois. Selon les informations de WanSquare, le producteur historique des « Guignols », Renaud Le Van Kim, serait également en train de négocier son départ.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La politique prend ses vacances avec une crise grecque qui s’atténue

18/07/2015 - 22:57

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le dossier grec bouscule tous les clivages politiques

12/07/2015 - 05:21