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La politique prend ses vacances avec une crise grecque qui s’atténue
par Yves de Kerdrel

François Hollande cherche à se positionner en protecteur de la nation après la résolution de la crise grecque et l’arrestation de terroristes préjugés, faisant de Manuel Valls un simple collaborateur. Il reste que la popularité du Président reste très faible et qu’il ne peut compter que sur une très forte division de la droite pour espérer obtenir un second bail à l’Élysée.

18/07/2015 - 22:57 Temps Lecture 13 mn.

Exceptionnellement cet éditorial "dominical" vous est envoyé ce samedi à 23 heures. En effet une forte activité orageuse sur le Plateau de Millevaches, d'où il est écrit, rend aléatoire son expédition demain matin. Merci de nous excuser pour ce changement d'horaire.


Le 14 juillet, François Hollande était rayonnant sur la place de la Concorde à côté du Président mexicain et regardant défiler pour la premières fois les forces du Raid, du GIGN et de la BRI qui sont intervenues brillamment lors des évènements de début janvier. La veille, très tôt, il avait assisté à Bruxelles à la résolution de la crise grecque par l’adoption de mesures très sévères imposées par les européens à la majorité conduite par Alexis Tsipras. Et le soir il était intervenu longuement aux côtés de Jean-Yves Le Drian dans les jardins de l’Hôtel de Brienne pour saluer les forces armées. Et pour la première fois il a utilisé une rhétorique identitaire faisant plusieurs fois allusion à la patrie.

C’est donc bien en chef de la patrie, d’une patrie en guerre contre le terrorisme ou en guerre contre les incertitudes économiques que François Hollande a tenu à intervenir face aux français après le défilé du 14 juillet. Bien sûr, le chef de l’État n’a pas cherché à s’attribuer outre mesure les lauriers de l’accord conclu lundi à l’aube à Bruxelles. Cependant soucieux cependant de présenter l’accord bruxellois à son avantage politique, le locataire de l’Élysée a démenti toute tension entre la France et l’Allemagne. Il a également tiré la couverture à lui s’agissant de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien signé quelques heures plus tôt. Enfin il a longuement évoqué la menace terroriste avant d’invoquer le Général de Gaulle en déclarant : « Ce que nous devons porter, c’est l’idée de la France, une certaine idée de la France. »

LE HOLLANDE NOUVEAU EST ARRIVE

Il se pourrait bien que François Hollande semble d’ores et déjà positionné, s’adressant à ceux qui pourraient être ses concurrents lors de la campagne présidentielle de 2017. Bouclier de la patrie et gardien de l’« âme » de la France, la posture est avantageuse. Voilà qui ressemble fort à un axe stratégique pour une future campagne. Une manière de renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen qu’il considère comme ses adversaires potentiels les plus sérieux pour un second tour. En optant pour la première fois des sujets identitaires, François Hollande a aussi éclipsé les questions sur son épouvantable bilan économique et social avec un million de chômeurs supplémentaires.

A droite cette allocution a suscité peu de commentaires en dehors des commentaires venant de la droite sur le bilan économique passé sous silence. Il faut dire que la crise grecque a focalisé toutes les attentions. Or sur ce point la droite n’est pas très à l’aise. Puisque dans un premier temps Nicolas Sarkozy a demandé la sortie de la Grèce de l’Euro, avant de dire le contraire sur TF1 et de se déplacer dimanche dernier à Bruxelles pour appeler à une réconciliation du couple franco-allemand. Les prises de position d’Alain Juppé n’ont pas été mieux comprises. Et finalement la droite ne sort pas grandie de cette crise grecque. Sans compter les souverainistes qui ont trouvé là un prétexte pour dénoncer le diktat allemand.

RETOUR DE LA GERMANOPHOBIE

D’ailleurs c’est la principale conclusion de ce psychodrame grec. Une partie de la classe politique française, des souverainistes au Front de gauche, en passant par les socialistes et des membres de Les Républicains, a attaqué l'Allemagne sur son attitude au sein de l'Union européenne. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a accusé notre voisin de vouloir écraser la Grèce et d'utiliser la monnaie unique comme un instrument de domination. Dans un entretien accordé en juin au journal Der Spiegel, Marine Le Pen a lancé un avertissement visant directement la chancelière allemande. En réalité, l'eurodéputée ne dénonce pas tant la domination de l'Allemagne que la soumission de la France au sein d'une Union européenne qu'elle avoue vouloir détruir pour la remplacer par un autre modèle. À la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon a fustigé un pays devenu, à ses yeux, un danger et a dénoncé, avec sa verve habituelle, «ce poison allemand» identifié comme «l'opium des riches». De même la frondeuse Marie-Noëlle Lienemann a jugé le temps venu de dire non à l'Allemagne et clamé son refus d'un euro qui soit uniquement le deutsche mark.

S’agissant de cette fameuse crise grecque, Alexis Tsipras, le premier ministre de la Grèce, a finalement annoncé dans la soirée de vendredi 17 juillet un remaniement ministériel assez léger. Remis d’heure en heure à cause d’une cinquantaine d’incendies qui ont ravagé tout au long de la journée plusieurs régions de Grèce, ce remaniement était très attendu depuis que quatre membres du gouvernement s’étaient positionnés contre l’accord conclu avec les créanciers à Bruxelles lundi. En tout, une dizaine de personnes changent de portefeuille ou entrent pour la première fois au gouvernement. Dans ce jeu de chaises musicales, quelques nouvelles personnalités entrent au gouvernement. Nadia Valavanis, ministre déléguée au ministre des finances, qui a démissionné jeudi dernier, est remplacée par Triphon Alexiadis. Jusqu’ici président du syndicat des agents des impôts, il sera chargé de la recette fiscale. Un poste stratégique, alors que le premier ministre vient de réaffirmer son intention de s’attaquer à la fraude et à l’évasion fiscales. Enfin, en désignant Pavlos Haikalis, Alexis Tsipras récompense la fidélité de son partenaire de coalition qui l’a soutenu d’un seul bloc lors du vote de mercredi au Parlement.

LES PARLEMENTS VOTENT LE PLAN GREC

Le même jour où les grecs ont ratifié l’accord signé à Bruxelles, les députés et sénateurs français ont eu également à se prononcer. Avant l’ouverture du débat Manuel Valls a réaffirmé devant l’Assemblée nationale, que les créanciers de la Grèce allaient alléger la dette du pays. Ce qui n’est pas encore établi. Toujours est-il que le vote, précédé d’un débat a donné lieu à un large accord venant aussi bien de la droite que de la gauche, à l’exception des écologistes, de certains frondeurs, de la gauche de la gauche et de quelques souverainistes.

Vendredi, c’était au tour d’Angela Merkel de défendre, face aux sceptiques de son camp, le compromis signé avec la Grèce et de subir les attaques de ses opposants, qui l'ont accusée d'avoir mis en danger l'Europe. Le vote du Bundestag était obligatoire pour donner au gouvernement allemand un mandat de négociation qui ouvre la voie à un troisième plan d'aide à la Grèce. Soutenue par une coalition de 504 députés sur 631, la chancelière ne craignait pas un échec mais les remous du débat. Finalement, 119 députés ont voté contre le troisième plan d'aide, dont 60 membres de la CDU/CSU, le parti d'Angela Merkel, et 40 se sont abstenus, dont 5 CDU/CSU. C'est plus du double par rapport au précédent vote, en février.

LE ROLE MALSAIN DES ETATS-UNIS

Plus curieux : les États-Unis continuent à surveiller de près la bataille engagée en Europe pour éviter la sortie de la Grèce de l’Union monétaire. Jack Lew, le secrétaire au Trésor américain, s’est entretenu plusieurs fois au téléphone avec Alexis Tsipras, en particulier le 12 juillet, jour du sommet de la zone euro. Depuis, il a entrepris une tournée en Europe pour rencontrer Wolfgang Schäuble à Berlin, jeudi 16 juillet, puis Michel Sapin à Paris. Au cœur de ces discussions figure la question de la restructuration de la dette grecque. L’Allemagne est contre une décote de grande envergure, qui risque selon elle d’être coûteuse pour les contribuables, mais Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, a jugé indiscutable la nécessité d’alléger l’endettement du pays. Un point de vue que partage le Trésor américain.

C’est également ce qu’a exprimé très clairement sur Europe 1, vendredi 17 juillet, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international. Elle a réaffirmé la position de l'institution de Washington sur le dossier grec : il faut « restructurer la dette pour en alléger le fardeau », a-t-elle affirmé. Comment ? La solution préconisée par la patronne du FMI consiste « à allonger considérablement les échéances, allonger également la période de grâce pendant laquelle aucun remboursement n'est effectué, et réduire les intérêts au maximum ». Autrement dit, une soutenabilité de dette, on peut tout à fait y parvenir par d'autres modalités qu'une coupe franche sur le montant de la dette, a tenu à faire savoir l'ancienne ministre de l'Économie de Nicolas Sarkozy.

EUPHORIE SUR LES MARCHES

Sur les marchés, la semaine a été quasiment euphorique, du moins avec le sentiment que la situation s’éclaircit quelque peu en Grèce, d’autant que, forte d’un probable prêt-relais de 7 milliards d’euros accordé par l’Eurogroupe et du relèvement du plafond du mécanisme de prêts d’urgence aux banques, Athènes sera en mesure de rembourser à temps, avant le 20 juillet, les 3,5 milliards d’euros qu’elle doit à la BCE en même temps que les banques, fermées depuis le 29 juin, rouvriront leurs portes. Le Cac 40 a donc aligné une huitième séance d’affilée dans le vert et allant égaler son record du mois de janvier. Sur le marché obligataire les rendements des emprunts italiens et espagnols à dix ans ont poursuivi leur repli pour la neuvième séance d’affilée. Celui du papier français de même échéance a touché un plus bas à 1,072 %.

Outre-Atlantique, la tendance était plus hésitante. Alors que le Nasdaq, dopé par les bons résultats du géant de l’Internet Google, a signé un nouveau record historique vendredi après-midi, le Dow Jones trainait des pieds. Les opérateurs sont partagés entre la baisse des cours du pétrole et de bonnes statistiques dans le secteur immobilier. Non seulement l’indice NAHB de confiance des promoteurs-constructeurs de juillet est à son plus haut niveau depuis 10 ans, mais les mises en chantier de logements ont progressé de 9,8 % à 1,17 million d’unités en rythme annualisé en juin, soit leur deuxième meilleure performance depuis novembre 2007. Le nombre de permis de construire accordés a augmenté de 7,4 % à 1,34 million d’unités, du jamais vu depuis juillet 2007, alors que le marché l’attendait en baisse.

LE DOSSIER AREVA VOIT LE BOUT

Du côté des entreprises l’actualité a été marquée par les difficultés rencontrées dans le bouclage du mariage entre General Electric et Alstom conclu il y a un an. Cette transaction attend encore le feu vert des autorités américaines et surtout celui de la Commission européenne. Celle-ci a officialisé vendredi un délai de trois semaines supplémentaires pour achever son enquête antitrust. Son verdict tombera le 11 septembre au plus tard. General Electric lui a remis jeudi ses dernières propositions, confidentielles, c'est-à-dire les remèdes qu'il accepte de mettre en œuvre pour préserver la concurrence sur ses marchés après le rachat d'Alstom. Car Bruxelles s'inquiète du futur poids de GE sur le marché des turbines de haute puissance en Europe et sur le marché de la maintenance des turbines vapeur. Selon les informations de WanSquare, l'une des principales concessions faite par GE serait la proposition de cession du site allemand d'Alstom Mannheim, où 800 salariés produisent des turbines à gaz.

En dehors de cela le principal dossier qui focalise l’attention des pouvoirs publics et celui des banquiers c’est Areva. Toutes les parties assurent qu’un accord devrait être établi avant le 30 juillet (date de la publication des comptes semestriels du groupe nucléaire. C’est ce qu’a réaffirmé, mercredi 15 juillet, Jean-Bernard Lévy, le PDF d’EDF. Selon le schéma décidé par le gouvernement, EDF doit prendre la majorité de l’activité Areva NP, qui assure la fabrication et la maintenance des réacteurs, y compris l’EPR que le groupe nucléaire construit dans la douleur à Olkiluoto en Finlande. Pour l’heure on n’en sait pas plus sur la valorisation de la transaction. Pour EDF, cette activité ne vaut que 2 milliards d’euros. Deux fois moins que ce que réclame Areva. Mais la hausse des prix de l’électricité pourrait aider Jean-Bernard Lévy à se montrer mieux disant. Une chose est sûre. Emmanuel Macron a pris ce dossier très à cœur allant jusqu’à réunir tous les protagonistes une fois par semaine dans son bureau de manière à lever un par un les obstacles.

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