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Yves de Kerdrel

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Le dossier grec bouscule tous les clivages politiques
par Yves de Kerdrel

Après le large non obtenu au référendum dimanche dernier par Alexis Tsipras, les dirigeants européens et grecs se sont convaincus, bon gré mal gré, de la nécessité de parvenir à un accord. Mais pas à n’importe quel prix. Pourtant les lignes ont largement bougé entre les partisans d’un Grexit et les autres, avec en toile de fond la peur d’une dégradation de la croissance abimée par le krach chinois.

12/07/2015 - 05:21 Temps Lecture 13 mn.

Depuis qu’Alexis Tsipras est venu parler au sein de l’enceinte du Parlement européen en expliquant qu’il souhaitait que son pays reste dans la zone euro, qu’il était prêt à faire des réformes pour cela mais que l’Europe devait comprendre qu’il n’était qu’un héritier de cette crise grecque, les esprits se sont calmés. Tous ceux qui parlaient jusqu’à présent d’un Grexit accéléré, voire automatique en cas de « non » ont changé leur fusil d’épaule et se sont demandé si effectivement la Grèce ne méritait pas un troisième plan d’aide en quatre ans, mais cette fois-ci plus contraint et à vocation surtout « humanitaire » de manière à calmer les opinions publiques européennes.

La Grèce a donc présenté jeudi soir ses nouvelles propositions, qui correspondent, pour les grandes lignes, aux exigences posées par la plupart des grands créanciers. François Hollande, qui en a pris connaissance dans la nuit a salué, dés vendredi matin, un programme sérieux et crédible et appelé à une reprise des discussions avec la volonté de conclure. Juste avant, le ministre français de l’Economie Emmanuel Macron s’est dit raisonnablement optimiste sur la possibilité pour la zone euro de trouver un accord avec la Grèce, estimant que des avancées majeures, ont été réalisées par Athènes.

L’OPINION GRECQUE A CRAN

De fait maintenant toute la pression repose sur les épaules d’Angela Merkel, pour prêter main-forte à un contrat de sauvetage qui semble prendre de l'élan. Le Trésor américain, le Fonds monétaire international et Donald Tusk, initiateur du sommet crucial de ce dimanche, viennent de demander à l'Allemagne de sacrifier son tabou : le refus de tout allégement de la dette grecque aux gouvernements de l'euro. Le triple appel, tombé à l'heure où Athènes mettait la dernière main à un plan draconien de coupes budgétaires et de réformes inédites, vise à rendre la pilule moins amère à Alexis Tsipras et aux 11 millions de Grecs.

Car le premier ministre grec a désormais un problème majeur de politique intérieure. Pour sauver le pays d'une faillite imminente et décrocher des crédits d'urgence, le chef de Syriza a du prendre l'exact contre-pied de ses promesses électorales et du non retentissant infligé par les Grecs aux créanciers. La liste détaillée de ses engagements concrets sur deux ou trois ans a été transmise jeudi soir à la Commission européenne. Vendredi matin, après avoir envoyé ses propositions de réforme à Bruxelles, il a donc réuni son groupe parlementaire pour lui soumettre le texte, avant de demander dans la foulée au Parlement grec son aval (ce qui a été fait dans la nuit de vendredi à samedi) de manière à négocier avec Bruxelles sur la base de ses propositions.

WOLFANG SCHAUBLE INTRAITABLE

Dans la journée de vendredi toutes les discussions à Bruxelles portaient donc sur le degré de l’allègement de la dette souveraine. Chacun a compris que c’est un sujet qui exaspère les allemands. Donald Tusk, le président du conseil européen est l’entremetteur majeur sur ce point car il a bien vu que c’était la seule chose que l’Europe pouvait proposer à Alexis Tsipras pour sauver son honneur tout en l’astreignant à un programme de réformes. Et surtout, c’est ce que suggère depuis une dizaine de jours Christine Lagarde au nom du FMI. Son institution a évoqué la nécessité de réduire d’un tiers l’endettement grec soit l’équivalent de 100 milliards d’euros. Une idée également défendue par la banque Lazard et qui passe très mal à Berlin.

Depuis la veille de ce long week-end de négociations il se trouve qu’Angela Merkel et son ministre des Finances, eux aussi saisis par l'urgence d'un accord, ne disent plus tout à fait non à Donald Tusk et Christine Lagarde. Le très rigoureux Wolfgang Schäuble, qui longtemps intraitable sur ce sujet là, a fini par concéder que « la marge de manœuvre est très faible », préférant un étalement à une exonération. L’un des scénarios à l’examen est donc d’étaler sur quinze années supplémentaires, c’est-à-dire jusqu’en 2070 les dernières échéances de la dette grecque. La mesure de l’effort allemand sur la question de la dette sera sans doute proportionnelle aux efforts concédés par Athènes.

EVENTUEL REPORT DU SOMMET DE L’EURO

En échange des nouveaux efforts consentis, Athènes réclame un financement de 53,5 milliards d'euros pour couvrir les obligations liées à sa dette jusqu'en 2018. Le gouvernement de la gauche radicale veut aussi que ses créanciers revoient les objectifs en matière d'excédent primaire pour les quatre prochaines années et un reprofilage de la dette à long terme. Selon le texte des propositions publié par le gouvernement grec, Athènes souhaite une solution pour régler son énorme dette publique, à 180 % du PIB, ainsi qu'un paquet de 35 milliards d’euros, provenant du Plan Juncker consacré à la croissance.

Au moment où s’ouvrait hier après-midi le conseil des ministres des finances de la zone euro, l’ambiance était plutôt morose à Bruxelles. Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe a affirmé à l’ouverture de la séance que ce serait « très difficile » et que les réformes ne suffisent pas pour envisager un accord sur une reprise de l'aide internationale à Athènes. Il a résumé le problème par cette phrase : « Le principal problème est la confiance » entre la Grèce et ses partenaires européens. Tout repose sur la capacité des grecs, non pas à annoncer un plan de réformes, mais à se donner les moyens de l’appliquer. C’est ce qu’a résumé le secrétaire d'Etat aux Finances néerlandais Eric Wiebes en affirmant : « Plusieurs gouvernements, dont le mien, ont de sérieux doutes sur l'engagement du gouvernement grec et sur sa capacité à mettre en œuvre les réformes proposées ». Au milieu de la nuit les membres de l’Eurogroupe exigaient des grecs qu’ils fassent d’abord voter les réformes prévues dés la semaine prochaine afin de retisser la confiance, avant un dernier sommet de l’Euro qui avaliserait le plan d’aide. Un peu après minuit les discussions ont été suspendues afin de reprendre ce dimanche. 

QUEL COUT POUR LE GREXIT ?

Il est certain que la réunion de lundi soir entre Angela Merkel et François Hollande a été importante. Car si l’une a fait valoir des éléments d’orthodoxie financière, l’autre a mis en avant la question d’une aide qui serait vue comme « humanitaire » vis-à-vis d’un pays au bord de la Ruine. Surtout François Hollande aurait largement fait valoir auprès de la Chancelière que Bruxelles aurait tout à gagner à assouplir sa position de manière à faire retomber les différents mouvements populistes européens qui avaient crié victoire il y a une semaine. A commencer par Podemos en Espagne.

Jean-Pierre Jouyet avait aussi préparé à l’attention de François Hollande une série de notes sur les conséquences financières d’un Grexit. Selon plusieurs sources, son coût atteindrait environ 237 milliards d’euros, soit 2,3% du PIB de la zone euro. L’Allemagne perdrait sur ces seuls prêts bilatéraux et via le Fonds de secours européen plus de 55 milliards d’euros, la France de son côté, devant faire une croix sur 42,3 milliards. Mais il faut ajouter à cette dette détenue par les Etats membres de la zone euro, la détention d’obligations grecques par l’Eurosystème qui s’élèverait aujourd’hui à 19,9 milliards d’euros au titre du programme de rachat des obligations d’Etat grecques et à 7,3 milliards d’euros au titre des obligations grecques détenues par les banques centrales nationales.

LA LOI MACRON TOMBE DANS L’OUBLI

Au moment où la croissance repart très doucement en France François Hollande n’a aucune envie de voir tous ses efforts balayés par un Grexit comme par le krach chinois dont l’ampleur grandit jour après jour. S’agissant de l’hexagone la production industrielle de la France a renoué avec la croissance en mai, progressant de 0,4% après son trou d'air en avril, selon les chiffres publiés par l'Insee. La production manufacturière a augmenté dans le même temps de 0,6%. Vingt-sept économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne une production industrielle en hausse de 0,4% en mai, leurs prévisions s'échelonnant entre 0,0% et +1,2%.

Dans le domaine politique la léthargie estivale commence à atteindre les esprits. Pour preuve la loi Macron a été définitivement adoptée le 10 juillet. Non pas de manière très glorieuse, mais parce que le gouvernement a annoncé, jeudi 9 juillet, qu’il engageait une nouvelle fois sa responsabilité sur ce texte à l’occasion de sa troisième et dernière lecture devant l’Assemblée nationale. Manuel Valls a choisi, comme pour la première et la deuxième lecture du texte, de recourir à la procédure dite du 49-3. Techniquement, la loi a été considérée comme adoptée à l'issue d'un délai de vingt-quatre heures, soit samedi après-midi.

SARKOZY CESSE D’ATTAQUER HOLLANDE

Nicolas Sarkozy qui s’était montré très ferme il y a une semaine dans une interview au journal Le Monde sur le dossier grec, a fait preuve de plus de mansuétude cette semaine à l’occasion d’un 20 heures de TF1. Il a appelé l’Europe à être responsable. Ce qui signifie : ne pas laisser tomber la Grèce dans la faillite et le désespoir alors que la moitié des migrants européens passent par son territoire. Ce qui lui a permis de plaider de nouveau pour la mise en place d’un vrai gouvernement économique européen qui jouerait dans le cas présent, auprès de la Grèce, celui qu’a joué la Troïka de manière très maladroite. Ce faisant l’ancien Chef de l’Etat a cessé d’attaquer l’actuel Président de la République. Son équipe ayant constaté que cela ne lui apportait rien.

De son côté Alain Juppé s’est exprimé auprès de la Radio Télévision Suisse, en réaffirmant son « envie » de briguer la fonction suprême. « J’ai exercé beaucoup de responsabilités dans la vie politique française. Pas encore celle-là. J’en ai envie », a affirmé l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Celui qui aura 71 ans en 2017 rappelle souvent que la prochaine présidentielle sera sa dernière occasion de conquérir l’Elysée. Interrogé sur la possibilité de suivre les traces de l’ex-premier ministre, Edouard Balladur, favori des sondages avant d’être éliminé au premier tour à la présidentielle de 1995, Alain Juppé la balaye d’un revers de main en mettant en avant un parcours jalonné par l’expérience du vote populaire.

GROSSE INQUIETUDE EN CHINE

Du côté des marchés européens qui ont fait du yo-yo en fonction des évènements liés à la Grèce on regarde de plus en plus ce qui se passe en Chine. La Bourse de Shanghai a perdu près d’un tiers de sa valeur en un mois. Jeudi ils ont rebondi au lendemain de l’interdiction faite aux gros actionnaires de vendre leurs titres pendant une période de six mois, dans le cadre des mesures de soutien édictées par les autorités pour freiner la chute du secteur financier. Une équipe emmenée par le vice-ministre de la sécurité publique s’est par ailleurs rendue dans les locaux du régulateur boursier pour prendre connaissance d’éléments suggérant des ventes à découvert d’actions malveillantes.

Pour certains investisseurs mondiaux, une déstabilisation du système financier qui serait due à la correction boursière chinoise constitue aujourd’hui un risque plus important que la crise grecque. Les Etats-Unis notamment fait part de leur inquiétude. Du coup, l’autorité de régulation des marchés boursiers chinois, la CSRC, a annoncé mercredi soir que les actionnaires détenant des participations supérieures à 5 % dans des sociétés chinoises cotées en Bourse n’auraient plus le droit de vendre leurs titres pendant une période de six mois. L’interdiction s’applique aussi aux investisseurs étrangers qui détiennent des participations dans des sociétés cotées à Shanghai ou à Shenzhen.

Ce qui importe aujourd’hui c’est de connaître l'ampleur de la baisse dans les prochaines semaines et surtout son impact sur l'économie réelle. Pour le moment, il n'y a pas d'impact affirment les principaux analystes. Mais le retour de bâton pourrait plomber une croissance à son plus bas depuis 25 ans, en nourrissant le doute croissant des investisseurs sur les perspectives du géant chinois. Même s'il croît toujours à près de 7 %, selon les chiffres officiels, sa compétitivité s'effrite. Les experts s'attendent à une poursuite de la baisse des cours de 20 %, avec une reprise à l'automne, pour les plus optimistes.

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