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La guerre Valls-Hollande reprend de plus belle
par Yves de Kerdrel

Comme à l’automne dernier la tension est à son comble entre Matignon et l’Elysée, et surtout entre un premier ministre qui aimerait bien pouvoir gouverner et réformer et un président de la République qui l’en empêche parce qu’il est entré en campagne. Pendant ce temps là à droite, les ambitions s’affutent et les idées se radicalisent y compris chez les plus modérés comme Alain Juppé.

05/07/2015 - 07:27 Temps Lecture 14 mn.

Drôle de fin de règne socialiste où alors que la Grèce est à tournant de son histoire, que la France est frappée en plein cœur par le terrorisme, et que les comptes publics se dégradent à la vitesse grand V le Président de la République se permet de faire une déclaration affirmant que « les guignols » de Canal + appartiennent au patrimoine de la France. Il faut se pincer deux fois. La première, c’est sur le contenu même de cette déclaration. La seconde, c’est sur le fait que François Hollande n’a toujours pas compris où se situaient les problèmes essentiels à régler dans la hiérarchie et l’agenda d’un Chef d’Etat.

A Matignon, on est très sévère sur la manière dont François Hollande a totalement délaissé l’Elysée ces dernières semaines pour battre campagne ou multiplier les voyages officiels pourtant bien peu prioritaires. Ce n’est pas un mystère que les relations entre Manuel Valls et le Président de la République sont de nouveau exécrables. Le premier en veut beaucoup à l’entourage du Chef de l’Etat d’être à l’origine des fuites sur son fameux aller-retour Poitiers-Berlin en Falcon et avec ses enfants pour assister à un match de football. Il n’ignore rien non plus des rumeurs que l’Elysée fait courir sur sa vie privée et qui met en haleine toute la presse « people ».

VALLS SUR LE TERRAIN IDENTITAIRE

Dans ces conditions Manuel Valls, constatant qu’il reste le socialiste le mieux placé dans les sondages pour une élection en 2017 (35 % d’intentions favorables contre 7 % pour François Hollande) a décidé de faire entendre sa propre petite musique. Cela a commencé dimanche dernier lorsque le Premier ministre a évoqué pour la première fois « une guerre de civilisation » contre « le terrorisme, l’islamisme radical, le djihadisme ». Une expression nouvelle dans la bouche du premier ministre, qui lui a valu de nombreuses critiques au sein du PS, plusieurs responsables socialistes l’accusant de reprendre les mots employés jusqu’alors par la droite néoconservatrice américaine et l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy.

Mais le Premier Ministre ne fait pas qu’assumer ses propos. Il aurait décidé d’aller plus loin, selon les informations de WanSquare en plaidant pour que les sujets identitaires structurent à gauche les thèmes de l’élection présidentielle de 2017. Pour le premier ministre, le bilan économique du quinquennat Hollande devra être bien sûr pris en compte. Mais cela ne pourra pas être le seul axe de la campagne socialiste. Pour le chef du gouvernement, la prochaine présidentielle devra répondre aux peurs françaises plutôt que de les alimenter, comme le font selon lui Nicolas Sarkozy et le Front national. De fait, outre François Hollande, les frondeurs socialistes se préparent à affronter Manuel Valls sur ces thèmes durant les prochains mois.

JUPPE BAISSE DANS LES SONDAGES

Dans ces conditions, le Premier Ministre, cette année a fait savoir à ses ministres qu’il ne ferait aucun arbitrage budgétaire et que ce n’était pas la peine de venir le voir pour obtenir des crédits supplémentaires. Depuis le début du mois de juin, au rythme de trois, quatre ou cinq rencontres par semaine, le secrétaire d’Etat au budget, Christian Eckert, a reçu un à un l’ensemble des seize ministres du gouvernement. Ces conférences budgétaires avaient pour objet de caler les plafonds de dépenses qui leur seront accordés dans le prochain projet de loi de finances présenté à l’automne. Mais ils restent à arbitrer les cas les plus difficiles. Ceux-là seront réglés dans les tout prochains jours, les plafonds par ministère devant être arrêtés pour le débat d’orientation des finances publiques qui aura lieu le 9 juillet.

Pendant ce temps à droite, la classe politique commence à s’éloigner, même si Nicolas Sarkozy a décidé pour le moment de ne faire que des week-ends prolongés au Cap Nègre, avec une apparition hier à la fête de la violette où il a attaqué François Hollande sur la question grecque. Dans les derniers sondages sa cote reste stable alors que celle d’Allain Juppé a marqué un net recul dans deux enquêtes successives, tout en restant en tête des personnalités de droite préférées des français. Auprès des sympathisant de la droite et du centre, le maire de Bordeaux conserve aussi son avance de dix points par rapport à l’ancien chef de l’Etat, sans qu’aucun des deux n’observe de variations significatives. Seul Xavier Bertrand réussi à créer la surprise en gagnant quatre points auprès de l’ensemble des français sondés et 8 points auprès des sympathisants de droite.

SARKOZY BILLE EN TETE CONTRE LE FN

Bien sûr l’ancien ministre du travail de Nicolas Sarkozy bénéficie de l’effet d’annonce de son engagement dans la campagne des régionales dans le Nord-Pas-de-Calais Picardie et de son courage dans une campagne difficile face à Marine Le Pen. Il aurait d’ailleurs décidé de muscler encore davantage son discours face à la présidente du Front National en reprenant contre elle tous les effets produits par la démagogie de l’actuel gouvernement grec. Une manière aussi de faire le contraire de Christian Estrosi en PACA qui, lui a décidé de faire de la surenchère sur le discours du Front National.

Pour Nicolas Sarkozy, les choses sont claires : il continuera à attaquer de front Marine le Pen et ses amis. Venu à Châteaurenard pour soutenir Christian Estrosi, l’ancien Chef de l’Etat a adopté un ton guerrier, déclarant s'être engagé dans une bagarre à mort avec le Front national, et appelant la majorité silencieuse à s'exprimer en soutenant les candidats Républicains. Nicolas Sarkozy a également rappelé qu'il fallait gagner au niveau régional comme on l'a réussi au niveau départemental, notant que quand les électeurs veulent donner une leçon en votant FN, comme dans le Doubs, ils se retrouvent avec un élu socialiste.

DANS L'ATTENTE DU VOTE GREC

De son côté, Comme Bruno Le Maire, Alain Juppé mais aussi François Bayrou ont décidé de droitiser leur discours. A l’occasion d’un séjour de quarante-huit heures dans le Maine-et-Loire le candidat à la primaire a confirmé qu’il réfléchissait à une prestation sociale unique, pour s’assurer qu’en cumulant un certain nombre de prestations, on ne gagne pas plus qu’un travailleur. De la même manière le Maire de Pau qui affirme vouloir être candidat si Alain Juppé est battu à la primaire, a bien compris que la société française se droitisait. Il devrait profiter de l’été pour faire des propositions très fermes en matière de lutte contre l’immigration et contre le communautarisme.

Sur le plan économique, c’est toujours le dossier grec qui domine l’actualité avec cette journée décisive du 5 juillet où les grecs sont appelés par référendum à dire s’ils sont prêts ou pas à accepter les conditions fixées par Bruxelles pour l’obtention d’une nouvelle aide. Sachant que le Premier Ministre a lui-même appelé à voter non. Selon le Fonds européen de stabilité financière, la Grèce est désormais officiellement en défaut, sans que cela ait pour autant de conséquences dans l'immédiat. Le principal créancier de la Grèce, a déclaré vendredi qu'il se réservait le droit de réclamer le remboursement anticipé de 130,9 milliards d'euros dus par Athènes après son défaut mardi sur une échéance de 1,6 milliard d'euros due au Fonds monétaire international.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a souhaité, vendredi, lors d’une allocution télévisée, une décote de 30% de la dette grecque et une période de grâce de 20 ans pour assurer « la viabilité de la dette » de son pays. A trois jours du référendum, le FMI a chiffré jeudi à 50 milliards d’euros les besoins de financement du pays entre octobre 2015 et octobre 2018, et abaissé drastiquement ses prévisions de croissance pour cette année, les ramenant à 0%. Pour combler ce fossé budgétaire, le Fonds appelle les Européens à fournir 36 milliards d’euros d’argent frais et à alléger le fardeau de la dette grecque, une restructuration dont l’Europe devrait supporter la charge.

Le chef de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, avait, peu avant les déclarations d’Alexis Tsipras, estimé que les chiffres utilisés jeudi par le FMI était obsolètes. De son côté, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a prévenu que d’éventuelles nouvelles négociations avec Athènes prendraient un moment, même en cas de « oui » des Grecs au référendum de ce jour. Après le vote, les Grecs peuvent faire une demande pour ouvrir des négociations, mais celles-ci auraient lieu « sur une base complètement nouvelle et dans un contexte dégradé », a-t-il indiqué dans un entretien au tabloïd allemand Bild paru samedi.

UNE DETTE FRANCAISE DANGEREUSE

Du côté des comptes publics français, la Commission européenne a validé cette semaine dans la plus grande discrétion le programme de stabilité budgétaire transmis par la France et suspendu la procédure de déficit excessif à son encontre. Au vu des informations transmises par le gouvernement, la Commission a estimé que la France serait en mesure de tenir sa trajectoire de réduction du déficit, soit 3,8 % en 2015, 3,4 % en 2016 et 2,7 % en 2017. Un déficit public, cependant, supérieur en 2015 à celui qui permettrait de stabiliser la dette publique, comme l’a récemment souligné la Cour des comptes.

La dette a atteint 95,6 % du PIB en 2014. Les résultats publiés par l’Insee le 30 juin indiquent une importante progression de celle-ci au premier trimestre. Elle a augmenté de 51,6 milliards d’euros par rapport au trimestre précédent pour s’établir à 2 089,4 milliards d’euros. Exprimée en pourcentage, elle augmente de 1,9 point et atteint 97,5 % du PIB. Il n’empêche que le niveau de la dette continue à hypothéquer la capacité de la France à réduire ses déficits. Une hausse des taux de 1 point entraînerait, selon l’Agence France Trésor, une charge d’intérêts supplémentaire de 2,4 milliards d’euros en 2015. Le gouvernement serait alors contraint de revoir ses hypothèses et de dégager de nouvelles sources d’économie.

LA BULLE CHINOISE EN ECLATS

En France personne ne semble pour l’instant s’inquiéter du violent choc que connaissent les valeurs chinoises. L'indice composite shanghaïen a plongé de 5,77% à nouveau ce vendredi tandis que la Bourse de Shenzhen enregistre une baisse de 5,4%. Les deux indices ont maintenant chuté de 30% en trois semaines, soit environ 2800 milliards de dollars, depuis le mois de juin. Pourtant les autorités chinoises ont tout tenté en prenant des mesures allant de la baisse des taux directeurs à un assouplissement des règles de trading sur marge. La chute des indices boursiers commence déjà à se propager aux marchés des matières premières dont notamment le minerai de fer et de l'acier. Le krach boursier pourrait prochainement atteindre les banques, la consommation et les entreprises voire créer des instabilités sociales.

Toute la semaine écoulée a été émaillée de rumeurs sur une suppression des Guignols de la grille de Canal +. Une demande qui serait venue de Vincent Bolloré. Ce dernier a confirmé qu’une réflexion était en cours sur un changement de format et d’horaire mais qu’il n’était pas question de les supprimer. En revanche il a décidé de reprendre Canal+ en main. On attendait un départ de Bertrand Méheut qui s’est montré peu collaboratif avec le nouveau management de Vivendi. En fait le Conseil de surveillance de Vivendi a annoncé vendredi après-midi avoir mis fin aux fonctions de Rodolphe Belmer, le directeur général de la chaîne de télévision qui n’a pas obtempéré depuis un an aux demandes de changement de stratégie formulées par les dirigeants de Vivendi. Il est remplacé par Maxime Saada, directeur général adjoint de Canal+, en charge de l’édition des chaînes payantes depuis 2013. Pour beaucoup Bertrand Méheut aurait sacrifié le fusible Belmer afin de sauver sa peau.

GROSSES CRAINTES SUR AIR FRANCE

Coté business l’autre sujet d’actualité ce sont les très mauvaises perspectives qui entourent le groupe Air France. Le plan de redressement voulu par la direction avec le bras de fer judiciaire avec les pilotes semble bien mal engagé. Vendredi, le tribunal de Bobigny a refusé de trancher en urgence le différent avec le principal syndicat de pilotes SNPL sur l’application du plan de restructuration Transform 2015. De quoi compliquer les négociations en cours avec les organisations syndicales sur les nouvelles mesures et d’économies du plan Perform 2020, que le PDG d’Air France voudrait voir aboutir au plus tard fin septembre.

Par ailleurs comme le rappelle une note du CIC, alors que la recette unitaire ne cesse de baisser (- 6 % en avril-mai sur un an pour le trafic passagers et même -14 % pour le fret) et que les coûts ne diminuent pas suffisamment pour rééquilibrer les comptes, Air France n’a pas eu d’autres choix que d’annoncer la fermeture de plusieurs lignes déficitaires et une baisse de fréquences ou de modules sur d’autres destinations. Dans un tel contexte, les résultats risquent de décevoir très largement en 2015. D’autant plus que le consensus est assez optimiste. Cela n’échappe pas en haut lieu où le management d’Alexandre de Juniac est de plus en plus critiqué tant au Ministère de l’économie qu’à celui des transports.

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