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Les vacances s’annoncent brèves et secouées pour Hollande
par Yves de Kerdrel

Entre la question des migrants de Calais, la crise paysanne qui s’accentue, et les multiples tensions communautaristes recensées par le Ministère de l’Intérieur, l’été s’annonce compliqué pour le Chef de l’État qui ne partira que quelques jours dans le sud de la France. Sans compter la conjoncture qui marque des signes d’affaiblissement propres à la France

02/08/2015 - 07:35 Temps Lecture 14 mn.

Si le dernier conseil des ministres de l’année scolaire 2014-2015 s’est tenu vendredi dernier, donnant à Manuel Valls l’occasion de figer les premières capitales des nouvelles régions françaises, pour François Hollande, l’heure des vacances n’a pas encore sonné. D’abord la semaine prochaine il va partir le 5 et 6 août assister à l’inauguration de la seconde voie du Canal de Suez. Il sera même l’invité d’honneur de cette cérémonie en raison du rôle que la France a joué, du temps de Ferdinand de Lesseps, pour créer ce passage maritime. De surcroit ce sera la première occasion officielle pour les dirigeants égyptiens de faire voler les avions Rafale qu’il ont achetés en février dernier et qui leur ont été livrés il y a quelques jours.

Ensuite chacun s’attend à ce que le Chef de l’État passe quelques jours de repos à la Lanterne en compagnie de Julie Gayet, et qu’il descende ensuite dans le sud comme l’année dernière en profitant de l’hospitalité de Pierre Lescure, ancien patron de Canal+ et de Jean-Pierre Jouyet le secrétaire général de l’Élysée. Une seule chose est sûre, le Président a veillé à ce que la protection de ses déplacements soit mieux assurée que l’an passé, pour ne pas être la cible des paparazzi et se retrouver en photo en maillot de bain comme l’année dernière. Certains journaux « people » ont même déjà reçu des menaces de l’Élysée au cas où ils achèteraient des photos de paparazzi. La plupart de ces photographes ont d’ailleurs déjà été placés sur écoute.

L’ENJEU DE LA LOI DE FINANCES

La rentrée politique de François Hollande aura lieu officiellement avec le conseil des ministres marquant la fin des vacances. Celui-ci est prévu mercredi 19 août. Ensuite comme chaque année François Hollande prononcera son traditionnel discours devant la conférence des ambassadeurs, le 25 août, avant un non moins traditionnel déplacement à l’occasion de la rentrée scolaire, le 1er septembre. La visite prévue début septembre en Chine et au Vietnam ayant été reportée, le point d’orgue de la rentrée diplomatique aura lieu à New York, les 25 et 26 septembre, à l’occasion de la traditionnelle assemblée générale de l’ONU. En revanche il a refusé l’invitation de Pierre Gattaz de s’adresser aux patrons lors de l’université d’été du Medef. Comme Manuel Valls assistera à ce moment-là à l’Université d’été de La Rochelle, c’est donc Emmanuel Macron qui a été désigné pour cet exercice.

Le dossier chaud de cette rentrée réside bien sûr dans la préparation de la loi de finances. Si l’éducation et la sécurité demeurent les deux priorités budgétaires, la question fiscale, avec la retenue de l’impôt à la source et la « consolidation des baisses d’impôt », de bonne guerre en fin de mandat, sera déterminante. Pour François Hollande, l’enjeu est capital : il s’agit d’effacer autant que possible les mauvais souvenirs fiscaux de son début de mandat. Toute la question est de savoir si l’Élysée va finir par céder aux demandes du bureau national du Parti Socialiste concernant la diminution des 40 milliards d’aides aux entreprises prévues dans le pacte de responsabilité et la redistribution sur deux ans de 15 milliards d’euros aux ménages.

LE GROS COUAC DE REBSAMEN

Mais comme c’est le cas depuis le mois de mai, chaque intervention présidentielle sera regardée comme une étape de plus dans sa campagne pour l’élection de 2017ainsi rien au hasard. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la présentation en conseil des ministres, ce vendredi 31 juillet, d’un projet de loi constitutionnelle autorisant la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La procédure, pour aboutir, nécessitera la convocation d’un congrès, sans doute en 2016, donnant l’occasion à François Hollande d’achever son quinquennat dans les habits très régaliens du réformateur de la Constitution.

En attendant la semaine passée n’a pas été heureuse sur le plan politique. D’abord avec la publication de chiffres du chômage de nouveau en hausse en dépit d’un gros traficotage des chiffres, dont même certains journaux proches de l’Élysée se sont émus. Ensuite et surtout avec l’annonce de la candidature de François Rebsamen, Ministre du Travail et de l’Emploi à l’occasion du vote, le 10 août prochain du conseil municipal de Dijon, en raison de la mort subite de l’ancien maire. Or l’intéressé serait frappé par le cumul des mandats que François Hollande impose à ses ministres. Ce qui ne l’a pas empêché de crier haut et fort qu’il n’entendait pas démissionner. Cependant il est peu probable qu’un remaniement ait lieu un 10 août, même s’il est déjà avéré que le successeur de François Rebsamen sera Alain Vidalies

DES MINISTRES A LA TACHE PENDANT L’ETE

Autre grand chantier de la rentrée : l’Europe. Le chef de l’État a l’intention d’en faire un sujet majeur, dans le sillage du rôle qu’il a joué dans les négociations avec Athènes. Mais son entourage bute sur les propositions concrètes à formuler. En mai dernier, François Hollande et Angela Merkel avaient élaboré un texte commun proposant que la zone euro se dote d’un programme dans quatre domaines d’action, qui devraient être développés dans le cadre des traités actuels dans les prochaines années : la politique économique, la convergence économique, fiscale et sociale, la stabilité financière et les investissements, et la gouvernance de l’union monétaire. Rien n’a bougé depuis. D’autant plus que le gouvernement allemand ne semble plus sur la même ligne comme en témoignent les derniers propos de Wolfgang Schaüble.

Parmi les dossiers qui vont continuer d’agiter l’été, il y a la crise des migrants de Calais, la gestion d'Eurotunnel et les relations avec l'Angleterre. Au-delà du quai d'Orsay, ce sont les vacances de Bernard Cazeneuve qui se trouvent compromises. La ministre de la Santé Marisol Touraine, elle aussi, restera à Paris pour surveiller tout risque d'épisode caniculaire. Autre ministre à voir ses vacances compromises: Ségolène Royal, en raison de la préparation de la Cop 21, un des temps forts de l'année pour le gouvernement selon François Hollande. Même punition pour Stéphane le Foll. Le ministre de l'Agriculture, mis à rude épreuve par la protestation des agriculteurs ces dernières semaines, a dû annuler ses vacances prévues dans le Tarn.

CROISSANCE SOUTENUE AUX ETATS-UNIS

A droite, c’est toujours le grand calme. Alain Juppé et François Fillon préparent tous les deux la sortie d’un livre pour la rentrée. Et leurs entourages sont concentrés sur les plans-médias autour de ces deux ouvrages programmatiques. Nicolas Sarkozy qui a terminé ses vacances au Cap Nègre est parti pour deux semaines en Corse, dans le très beau domaine de Murtoli, au sud de l’Ile de beauté. Ce qui lui donnera l’occasion de régler la question toujours pendante de la candidature locale des Républicains pour les élections régionales. En principe, c’est Camille de Rocca-Serra qui est chef de file. Mais la Corse du Nord voudrait qu’il forme un ticket avec l’un de ses élus.

Du côté de la conjoncture économique l’actualité a été marquée par les derniers chiffres en provenance des États-Unis. Après un premier trimestre très médiocre, la croissance est repartie de l’avant. Le produit intérieur brut a progressé en rythme annualisé de 2,3 % entre avril et juin, selon une première estimation du département du commerce publiée jeudi 30 juillet. La performance est certes moindre que celle prévue par les analystes, qui tablaient sur une hausse de 2,5 % à 2,7 %, mais elle est largement supérieure à celle du premier trimestre, au cours duquel l’activité n’a progressé que de 0,6 %. L’économie américaine a enregistré en fait quatre bonnes nouvelles. D’abord, le premier trimestre a été moins catastrophique qu’annoncé. Ensuite, les dépenses des ménages, qui représentent 70 % de l’activité économique aux États-Unis, ont accéléré, avec une progression de 2,9 %, contre 2,1 % au premier trimestre. Troisième bonne nouvelle : une balance commerciale moins désastreuse qu’au premier trimestre, malgré la force du dollar par rapport aux autres monnaies. Enfin: l’investissement résidentiel a donné des signes de solidité au printemps, avec une progression de 6,5 %.

LE DOSSIER GREC N’EST TOUJOURS PAS REGLE

En Europe le dossier grec focalise toujours l’attention. Les discussions en cours portent sur l’octroi de 86 milliards d’euros à Athènes, troisième renflouement du pays depuis 2010. Créancier d’Athènes à l’instar des pays européens et de la Banque centrale européenne, le FMI exige que la restructuration de la dette grecque, soit explicitement mentionnée. Il réclame également qu’Athènes adopte un paquet « complet » de réformes. L’organisation ne peut accorder des prêts à un pays que si sa dette est jugée soutenable. La créance d’Athènes ne pourra remplir les critères du FMI que si les Européens consentent un allégement important, a encore répété, mercredi, Christine Lagarde. Le Fonds est en effet lassé de financer un pays incapable de faire face à ses échéances.

Le FMI, ainsi que de nombreux experts, dont la BCE, militent depuis plusieurs mois pour une restructuration de la dette grecque. Mais cette exigence s’est jusqu’ici heurtée à l’intransigeance de l’Allemagne et d’une partie des pays européens. La chancelière Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, en font une question de principe. De fait, l’ultimatum du FMI met Berlin dans l’embarras. D’autant que le temps presse. Les négociations sur le prochain programme doivent aboutir d’ici au 20 août, date à laquelle Athènes doit rembourser 3,2 milliards d’euros à la BCE. Sans accord, le pays sera, une nouvelle fois, menacé de banqueroute. De surcroit la situation politique est tendue en Grèce. Alexis Tsipras, le premier ministre de la gauche radicale Syriza, est contesté au sein de son propre parti, considéré comme un traître par une partie de ses troupes pour avoir accepté le 13 juillet de nouvelles mesures d’austérité en échange de financements internationaux

L’UN DES MEILLEURS MOIS DE JUILLET POUR LE CAC

Tout cela, et le krach chinois en plus, n’affolent pas du tout les marchés. Le Cac 40 a encore aligné quatre séances de hausse d’affilée. Avec une hausse de 6,10% au cours de ce mois de juillet, le Cac 40 a réalisé sa meilleure performance en six mois. Les deux premiers mois de l’année, dopés par la perspective de la mise en place d’un programme de Quantitative Easing en zone euro, s’étaient en effet soldés par des envolées de 7,76% et de 7,54%.Cette bonne performance mensuelle est due en grande partie, à la publication de bons résultats d’entreprises en Europe. Près de 30 composantes du Cac 40 présentaient leurs comptes semestriels au cours de cette dernière semaine.

C’était le cas de la BNP qui a affiché 4,2 milliards d'euros de bénéfice semestriel. Un retour en force, un an après l'amende américaine de près de 9 milliards de dollars dont elle avait dû s'acquitter. L'an dernier, BNP Paribas était sonnée par la gigantesque amende de 8,9 milliards de dollars infligée par les autorités américaines. Douze mois plus tard, la fierté est revenue rue d'Antin. Tous les métiers du groupe ont contribué à ce sursaut des profits, évalué à 14,1 % d'un semestre sur l'autre hors éléments exceptionnels. Les revenus de la banque s'affichent ainsi en progression significative tant en banque de détail (+ 1,9 % au deuxième trimestre à périmètre et changes constants) que pour les services financiers (+ 5,4 %) ou la banque de financement et d'investissement (+ 4,7 %). Les efforts d'économies se poursuivent par ailleurs à un rythme soutenu, dans le cadre du programme qui doit totaliser 3 milliards d'euros d'économies annuelles sur la période 2013-2016.

AREVA : SAUVETAGE A LA SAUVETTE

Conformément aux délais qu’il s’était fixé Emmanuel Macron a donc bouclé le dossier Areva, même s’il demeure beaucoup d’inconnues. Selon l’accord validé mercredi dernier par les conseils d’administration et officialisé jeudi, Areva NP va passer à terme sous le contrôle d’EDF, sans doute à 75 %. Cette activité est valorisée à 2,7 milliards d’euros ; un prix encore indicatif. Il représente, selon EDF, huit fois le résultat d’exploitation attendu pour Areva NP en 2015, mais hors grands projets, ce qui concerne directement celui mené en Finlande. Le protocole stipule en effet qu’EDF sera totalement immunisé contre tout risque lié à Olkiluoto

Pour Areva, qui a encore perdu 206 millions d’euros au premier semestre, cette cession décidée par l’État sera l’occasion d’une rentrée de fonds significative, de l’ordre de 2 milliards d’euros. Mais elle ne suffira pas à renflouer le groupe. Philippe Varin et Philippe Knoche, ses deux dirigeants, évaluent en effet à 7 milliards d’euros les besoins de l’entreprise d’ici à 2017. D’autres cessions de moindre ampleur sont prévues, en particulier celle de Canberra, la filiale spécialisée dans les instruments et systèmes de mesures nucléaires. Un plan de réduction massive des coûts va aussi être lancé. Pour s’adapter à la réalité, le groupe va considérablement réduire la voilure. Ses dirigeants entendent supprimer de 5 000 à 6 000 postes d’ici fin 2017, dont 3 000 à 4 000 en France. Ce qui devrait permettre de comprimer les coûts opérationnels de 1 milliard d’euros en 2017 par rapport à 2014. Bref, c’en est fini de la filière nucléaire française.

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