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Yves de Kerdrel

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Les investisseurs commencent à découvrir les dégâts du krach chinois
par Yves de Kerdrel

La rentrée ministérielle a lieu ce mercredi. Et très vite les principaux leaders politiques de la majorité comme de l’opposition vont reprendre leurs activités. Sur fond d’une colère agricole qui ne semble pas prête de s’amenuiser. Par ailleurs avec une croissance en berne au deuxième trimestre la loi de finances pour 2016 s’annonce plus difficile que prévu à boucler.

15/08/2015 - 22:40 Temps Lecture 14 mn.

En principe, c’est dés demain que le Chef de l’État devrait retrouver son bureau de l’Élysée après une escapade silencieuse d’une dizaine de jours dans le Gers, puis dans le haut-var, au sein d’une propriété prêtée par des amis où il a pu accueillir Julie Gayet. Pour faire un pied de nez aux paparazzi qui l’avaient pourchassé au cours de l’été 2014, François Hollande a fait une sortie publique dans un restaurant de la région le 12 août, jour de son anniversaire, où il s’est laissé abondamment photographier par les journalistes de Var-Matin qui avaient été convoqués le matin-même par le service de presse de l’Élysée.

Pendant ce temps là Manuel Valls multiplie les déplacements parmi le sud de la France, non loin des Alpilles où il se repose en famille. Même en vacances, il s'emploie à ne pas disparaître totalement du paysage. Lundi dernier, il s'est rendu au sein des Gorges du Verdon, accompagné du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, pour saluer les forces de l'ordre et les pompiers. Et la semaine dernière, il passait quelques heures à Forcalquier pour soutenir la tête de liste du PS pour les régionales en Paca, Christophe Castaner. Son retour à Paris et prévu en ce début de semaine, pour préparer le Conseil des ministres de rentrée fixé au 19 août. Comme souvent avec Manuel Valls ces déplacements express ne sont que des opérations de communication destinées à prouver qu'il n'y a pas de vacance du pouvoir, y compris au cours de la semaine la plus creuse de l'année, celle qui précède le week-end du 15 août.

LA DEMISSION DE REBSAMEN

Trois sujets majeurs attendent le Premier Ministre pour cette rentrée politique. D’abord, à très court terme le remplacement de François Rebsamen. Le ministre du Travail et de l’Emploi, réélu Maire de Dijon, a prévu de présenter sa démission à l'issue du Conseil de rentrée. En principe c’est toujours Alain Vidalies qui tient toujours la corde pour le remplacer. Ensuite, le second sujet majeur, c’est la crise agricole qui se focalise désormais sur les éleveurs de porc. Une crise que gère très mal Stéphane Le Foll, de l’avis de Manuel Valls, qui n’a pas caché son exaspération à son entourage. Une démission du Ministre de l’Agriculture pourrait être d’actualité si la grogne des agriculteurs continue d’enfler à la fin de l’été.

Enfin le troisième gros dossier réside dans l’élaboration de la loi de finances. Le Premier Ministre, qui a fait en sorte que quelque neuf millions de ménages français voient leur impôt sur le revenu baisser dés cette année, ne veut pas aller plus loin dans la redistribution. Ce n’est pas l’avis de l’Élysée, depuis que François Hollande et Martine Aubry ont scellé un pacte en mai dernier, permettant d’éviter que la Maire de Lille signe la motion des frondeurs. Ce pacte est fait de moindres allègements de charges (via le CICE) aux entreprises sur les 41 milliards d’euros initialement prévus. Il se pourrait que les frondeurs obtiennent gain de cause et amènent le gouvernement à alléger ces « cadeaux » pour les transformer en accroissement de pouvoir d’achat pour les fonctionnaires et revalorisation des aides sociales.

LE RETOUR DE MONTEBOURG

Le ton sera donné au cours du prochain week-end à l’occasion de la fête de la rose de Frangy-en-Bresse organisée par Arnaud Montebourg, avec la présence de l’ex-ministre de l’économie et des finances grec. Il est fort possible qu’avec sa liberté de ton, retrouvée depuis qu’il n’est plus ministre, l’ancien colocataire de Bercy fasse un discours très dur contre la politique économique du gouvernement en reprenant les arguments « d’une troisième voie » qu’il avait décrite dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche en plein Congrès de Poitiers.

A droite les rentrées politiques se préparent aussi pour tous les ténors. Bruno Le Maire est actuellement en tournée en Nouvelle-Calédonie puis à Wallis et Futuna. François Fillon devrait réunis la semaine suivante ses proches dans la Sarthe pour un séminaire de rentrée avant la publication de son livre de réflexions et de propositions chez Albin-Michel. Quant à Alain Juppé, il a bâti tout un plan média entourant la publication d’un nouvel opus programmatique sur l’école et sur l’éducation au sens large. Reste Nicolas Sarkozy qui rejoint son bureau dés demain avant de suivre son épouse en Amérique du Sud à la fin du mois d’août. La rentrée politique de l’ancien président se fera vraiment début septembre au Touquet lors de l’université d’été des jeunes Républicains.

LA CHINE GERE L’APRES-KRACH

Sur le plan international, la principale préoccupation des industriels et des financiers réside désormais dans la situation économique de la Chine. Le krach boursier local a fait s’évanouir pas moins de 4.000 milliards de dollars de valeur. Si le régime communiste limite les diffusions de statistiques, il semblerait que l’économie réelle soit déjà touchée avec des licenciements massifs et des faillites d entreprises surendettées. C’est ce qui justifie les trois dévaluations auxquelles Pékin a procédé la semaine passée pour un écart total de près de 5 %. Un geste qui a effrayé les investisseurs occidentaux car il montre que la Chine attend désormais un soutien de sa croissance par ses exportations alors qu’elle misait auparavant sur la consommation de sa classe moyenne qui a été affectée par le krach.

Dans son rapport annuel sur l’économie chinoise, le FMI a maintenu ses prévisions de croissance pour la Chine, qui accusent un net ralentissement de l’expansion de la deuxième économie mondiale. Elle devrait ralentir à 6,8 % cette année, après 7,4 % en 2014. En 2016, la croissance devrait glisser à 6,3 %. Concernant les dernières initiatives des autorités chinoises pour faire baisser le cours du yuan, l’institution de Washington a estimé positif cette démarche car cela devrait permettre aux forces du marché d’avoir un plus grand rôle dans la détermination du taux de change.

LE PLAN GREC ENFIN VALIDE

Par ailleurs à la veille du 15 août, les ministres des finances de la zone euro se sont réunis pour valider le troisième programme d’assistance à Athènes, de près de 85 milliards sur trois ans. Le 20 août, le pays doit en effet rembourser 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne. Cela s’est fait sans difficulté. Mardi 11, le gouvernement d’Alexis Tsipras et ses créanciers, la BCE, le FMI, le Mécanisme européen de stabilité MES et la Commission européenne, ont en effet conclu un accord « technique » sur le plan. En échange d’une nouvelle aide, Athènes s’est engagé à adopter une longue série de réformes, que les parlementaires Grecs ont voté vendredi matin.

Seul Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances s’est ouvertement inquiété de la soutenabilité de la dette grecque et a tenu à s’assurer que le FMI, silencieux ces derniers jours, restera impliqué dans le pays. La chancelière Angela Merkel est dans une situation délicate. Une partie des députés allemands sont réticents à aider encore Athènes. Pour les calmer, elle aurait préféré que la Grèce obtienne un prêt-relais pour passer l’échéance du 20 août. Et que les négociations se prolongent. Désormais plusieurs parlements nationaux, notamment en Allemagne, au Pays-Bas et en Espagne, doivent encore donner leur blanc-seing, en début de semaine prochaine, pour qu’Athènes puisse toucher une première tranche d’aide avant le 20 août. Le premier ministre grec pourra alors souffler. Mais pas pour longtemps : il devra, dès lors, gérer la fronde au sein de son propre parti…

CROISSANCE EN BERNE

De nôtre côté les dernières statistiques concernant l’économie française ont créé la surprise et jeté une ombre sur cet été. Selon les chiffres de l’Insee publiés vendredi 14 août, le produit intérieur brut a stagné au deuxième trimestre à 0,0 % après une progression de 0,7 % au premier trimestre, le chiffre de la précédente publication, en mai, des résultats au premier trimestre ayant été réévalué. L’acquis de croissance au milieu de l’année atteint 0,8 %. Bercy estime de ce fait que l’objectif de 1 % à la fin de l’année est conforté. Il n’empêche : en dépit des indicateurs conjoncturels qui laissaient anticiper un ralentissement de la croissance, un coup d’arrêt aussi brutal n’était pas attendu. Cela témoigne de la fragilité de la reprise dont François Hollande, le 14 juillet affirmait haut et fort qu’elle se précisait. La rentrée pourrait donc être plus difficile. Notamment pour les experts de la Direction du Budget qui vont devoir bâtir un projet de loi de finances en fonction d’une croissance très aléatoire.

Il s’avère aujourd’hui, aux yeux de nombre d’experts que les résultats du premier trimestre étaient trompeurs. Ils étaient tirés par une accélération de la consommation (+ 0,9 %) due pour partie au rebond des dépenses d’énergie pour le chauffage. Au deuxième trimestre, la consommation ralentit fortement (0,1 %). Les dépenses d’énergie reculent (-2,2 %). La baisse de l’investissement des ménages s’accentue : -1,6 % après -1,2 % au premier trimestre. Surtout, l’investissement en construction de logements connaît une nouvelle baisse significative (- 1,3 %) pour le huitième trimestre consécutif. Par ailleurs, du côté des entreprises, l’investissement affiche lui aussi une décélération : 0,2 % après 0,6 % au premier trimestre. Malgré le redressement de leurs marges les entreprises restent frileuses alors que les carnets de commande peinent à se regarnir.

ALSTOM SUR LA BONNE VOIE

Du côté des entreprises, il se pourrait, selon Reuters, que General Electric obtienne enfin le feu vert de la Commission européenne pour son projet de rachat de la branche énergie d’Alstom pour 12,4 milliards d’euros. Le conglomérat américain est, la semaine dernière, allé encore plus loin dans les concessions faites pour avoir l’aval de Bruxelles, ont ajouté les sources. Bruxelles s’inquiète de l’impact de la transaction sur la concurrence sur le marché des turbines à gaz de haute puissance en Europe. Pour convaincre la Commission Européenne, General Electric s’est résolu à présenter des remèdes, qui incluent notamment la cession de certains actifs. De fait cela diminuerait la valeur de la transaction, qui pourrait être inférieure de 300 millions d’euros par rapport au prix d’origine fixé à 12,35 milliards d’euros.

Du côté des médias, TF1 broie du noir. La chaine contrôlée par Bouygues a enregistré le mois dernier la plus mauvaise audience de son histoire, et surtout son onzième mois de baisse d'affilée par rapport à l'année précédente. Avec 20,5 % de part d'audience, le recul atteint 3,2 points sur un an. TF1 pâtit d'abord d'une base de comparaison défavorable. L'an dernier à la même époque, elle diffusait 9 matchs de la Coupe du monde de football, réunissant en moyenne 10,8 millions de téléspectateurs. La chaîne souffre aussi des bons résultats des chaînes de France Télévisions, à commencer par France 2 qui, à 16 % de part d'audience (+ 0,2 point sur un an), réalise son meilleur mois depuis juillet 2013.

TF1 EN BERNE

Mais TF1 a aussi connu plusieurs déconvenues qui tiennent à des problèmes de programmation. Faute d'audience, son ex-franchise phare « Masterchef » a dû être déprogrammée au bout de deux émissions. De simples « aléas de grille », relativisait dès la fin juillet Nonce Paolini, PDG du groupe TF1, en présentant ses résultats semestriels. Pas question de parler de « signe de déclin ». TF1 reste de loin la première chaîne française et sa puissance est sans égale en Europe. En 2014, la chaîne privée leader du marché ne dépassait pas 15,3 % de part d'audience en Italie (Canale 5), 14,7 % au Royaume-Uni (ITV) ou 10,3 % en Allemagne (RTL).

Enfin on a appris, cette semaine que Goldman Sachs va acquérir, pour un montant non divulgué, environ 16 milliards de dépôts bancaires appartenant au conglomérat General Electric. Plus précisément, la banque d’affaires américaine va faire l’acquisition de GE Capital Bank U.S, une plate-forme bancaire en ligne. Cette plate-forme comprend environ 8 milliards de dépôts bancaires et 8 milliards de certificats de dépôts. L’opération poursuit plusieurs objectifs. Il s’agit pour la banque d’affaires de diversifier ses sources de financement, tout en faisant l’acquisition d’une nouvelle base de clients. Surtout, la plate-forme de dépôts va permettre à Goldman Sachs d’accroître son accès aux liquidités alors que les exigences réglementaires en la matière se renforcent.

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