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Yves de Kerdrel

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Le Parti Socialiste sur la voie de la disparition 
par Yves de Kerdrel

A deux mois des élections régionales, la gauche multiplie les initiatives pour prendre une raclée à ce scrutin. De la gestion des migrants à la hausse carabinée des impôts fonciers en passant par les déclarations d’Emmanuel Macron. C’est à croire que Manuel Valls veut mettre fin au Parti Socialiste, comme il le proclamait il y a un an dans une interview afin de créer « une maison commune » avec le centre.
27/09/2015 - 07:59 Temps Lecture 12 mn.

Rarement la gauche a donné d’elle un spectacle aussi pitoyable. Alors que dans deux mois doivent intervenir les élections régionales qui ne peuvent être que défavorables pour elle dans la mesure où actuellement elle contrôle toutes les régions sauf une, aucune dynamique ne se crée sinon pour gagner, du moins pour limiter l’ampleur de la défaite. Cela se traduit notamment dans plusieurs régions symboliques comme le Nord et la Picardie par le refus de s’allier avec les écologistes. C’est ce qui a conduit Jean-Christophe Cambadélis à annoncer le week-end dernier la mise en place en octobre d’un référendum interne au parti sur ces alliances. Une initiative qui apparaît comme un scénario catastrophe. D’abord parce que le taux de participation à cette « votation » interne au PS devrait être ridicule. Ensuite parce que ni Manuel Valls ni François Hollande n’ont été tenus au courant. Enfin parce que quel que soit le résultat, il interviendra bien trop tard pour recréer une dynamique à gauche

Si l’on ajoute à cela le trouble créé, plus d’une semaine après, par les déclarations d’Emmanuel Macron sur le statut de la fonction publique, on mesure le désordre dans la majorité. Bien sûr ces déclarations auraient dû rester confidentielles si une journaliste de Challenges n’avait brisé le off délibérément à cause de sa situation personnelle dans cet hebdomadaire en pleine reprise en mains par Claude Perdriel. Il n’en reste pas moins, que même s’il a corrigé le tir, Emmanuel Macron qui n’est ni élu PS, ni reconnu par les militants, n’en est pas à son premier coup de pied dans la fourmilière. Et le soutien que lui a apporté courageusement Manuel Valls est ambigu.

LES REGIONALES : JUGE DE PAIX AU PS

D’un côté le Premier Ministre, qui a toujours bien géré l’équipe gouvernementale, à la différence de son prédécesseur, ne peut être qu’embarrassé par les contrecoups à répétition de cette sortie sur les fonctionnaires. D’un autre côté, il ne pense pas différemment d’Emmanuel Macron et cela s’inscrit dans la nécessaire recomposition de la gauche et notamment du Parti Socialiste. Manuel Valls n’a jamais caché qu’il souhaitait en finir avec la Rue de Solferino. A la différence de François Hollande qui a été chef de parti pendant onze ans, lui assisterait volontiers à la décomposition du PS et à la création d’une « Maison commune avec le Centre ».

Il est très probable, du même coup, que Manuel Valls fasse des régionales le juge de paix des divers différends politiques et stratégiques au sein de l’ensemble de la gauche. Que ce soit avec les frondeurs, avec Martine Aubry qui après avoir perdu les départementales va perdre les régionales, et même avec les réformateurs. Tout cela avec en arrière-plan la présidentielle de 2017 où si rien ne change d’ici là, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets. En fait Manuel Valls répète à qui veut l’entendre que si Marine Le Pen gagne les régionales – ce qui est probable – elle peut très bien l’emporter à la présidentielle. Et que dans ce cas la gauche ne peut pas aller à l’élection de 2017 avec François Hollande comme porte-drapeau et son bien maigre bilan. Voilà pourquoi lors de sa prestation de jeudi soir sur France 2, Manuel Valls a été à plusieurs reprises sur le terrain identitaire en matière sociétale et sur la ligne réformiste en matière économique.

LA DROITE SE TROMPE DEJA DE COMBAT

Heureusement pour la gauche, la droite qui avait promis de ne pas démarrer la bagarre des primaires pour 2017 avant janvier prochain ne parle plus que de cela oubliant l’enjeu des régionales qui s’avère bien plus compliqué pour elle, en raison de la forte hausse du Front National liée à la crise des migrants. Il ne se passe plus un seul jour sans qu’Alain Juppé lance des piques à l’égard du patron des Républicains. Et c’est un secret pour personne que la réunion du bureau politique de mardi dernier s’est tenue dans un climat très tendu. Pour deux raisons : d’abord parce qu’Alain Juppé et d’autres n’ont pas apprécié d’être pris en otage par le référendum interne au parti sur la question de l’immigration. Ensuite parce que la confiance ne règne pas du tout sur les conditions d’organisations de la Primaire. Ce qui a amené les amis d’Alain Juppé à demander une nouvelle composition de la haute autorité chargée de contrôler cette élection interne.

Ce dimanche a lieu un grand meeting de soutien à Valérie Pécresse auquel participent Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire. En principe ce devrait être une belle manifestation d’unité pour un enjeu majeur : celui de faire repasser la région capitale à droite. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui ne cache pas son intention de se déclarer candidate à la primaire en janvier ou février prochain a dénoncé le décalage complet entre l’affiche proposée et le but officiel de la journée expliquant ne pas comprendre la cohérence de cet événement qui va davantage ressembler à un meeting de primaire qu’à un soutien unitaire et massif à Valérie Pécresse.

SARKOZY EN MAUVAISE POSTURE

De son côté, Alain Juppé a tendance à se crisper de plus en plus de même que ses principaux lieutenants : Benoit Apparu, Hervé Gaymard ou Gilles Boyer son directeur de campagne. Invité mardi 22 septembre d’une conférence à l’école d’ingénieurs Centrale à Châtenay-Malabry, est projetée la couverture d’un numéro des Inrockuptibles de novembre 2014. Il y apparaît souriant. Dans le public, les mains se lèvent, les questions fusent. L’occasion pour Alain Juppé de se lâcher. Quand un étudiant lui demande si, à 70 ans, il n’est pas trop vieux pour briguer l’Élysée, le maire de Bordeaux rétorque : « On a aussi besoin de gens qui ont vécu, qui ont de l’expérience. » Avant d’ajouter : « Les Français ont besoin de quelqu’un d’assez calme, de pas trop nerveux, pas trop agité. »

Au sein des Républicains, de plus en plus d’éléphants du Parti ont le sentiment que Nicolas Sarkozy tourne désormais à vide comme un hamster dans sa roue. Ils lui prédisent même une année 2016 très compliquée. D’une part si le résultat des régionales n’est pas à la hauteur de ce qui est attendu. Et d’autre part avec la publication de nombreux livres à charge. Cela vient de commencer avec celui de Philippe de Villiers et le point d’orgue pourrait être l’ouvrage de révélations de Patrick Buisson attendu pour l’automne 2016, en pleine primaire. Par ailleurs, un an après le retour de Nicolas Sarkozy et dix mois après son élection à la tête de l’UMP le nombre d’adhérents du parti est en baisse. Des chiffres loin de l’objectif fixé par Nicolas Sarkozy, qui espérait totaliser 300 000 militants encartés à la fin de l’année et 500 000 d’ici 2017.

EN ATTENDANT LE BUDGET…

S’agissant de la conjoncture économique française, les choses ne s’améliorent pas vraiment. Outre la confirmation d’une croissance zéro au deuxième trimestre, les chiffres du chômage pour le mois d’août ont été catastrophiques. Puisque selon les statistiques publiées jeudi, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) s’est accru de 20 000 en août, en métropole, soit une hausse de 0,6 % par rapport à juillet et de 4,6 % en un an. De fait la nouvelle Ministre du travail a changé de ton en refusant désormais de se livrer à tout pronostic. Même si du côté du Medef on pense que l’inversion de la courbe du chômage pourrait intervenir à la fin de l’année ou au début 2016.

L’événement de la semaine à venir sera la présentation du projet de loi de finances, mercredi prochain. Avec encore quelques inconnues. Notamment sur le financement des promesses clientélistes faites ces dernières semaines par l’exécutif. Cumulées ces promesses successives représentent un montant global de 11 milliards d’euros et la création ou le maintien de 22 330 emplois. Certes, la plupart de ces dispositifs sont étalés sur plusieurs années. Ainsi, sur les 3,8 milliards d’euros de rallonge pour la défense. De même, les 3 milliards d’euros en faveur de l’agriculture ne seront pas intégralement supportés par le budget de l’État puisque l’Europe et les régions y contribuent largement. Il n’en reste pas moins que ces mesures ont un impact non négligeable. Bercy se dit persuadé d’être en mesure de tenir ses objectifs de maîtrise de dépense fin 2015 et en 2016. Mais selon les informations de WanSquare il manque 1 milliard d’euros pour boucler le budget.

PEROL RELAXE, LA BPCE RESPIRE

Le problème c’est que la conjoncture ne fait pas apparaître de vrai signe de reprise. Le secteur manufacturier français a certes renoué avec la croissance en septembre et l'activité a légèrement accéléré dans les services mais l'emploi dans l'ensemble du secteur privé a toutefois reculé, selon la version "flash" des indicateurs PMI de Markit publiés mercredi. L'indice du secteur manufacturier a progressé à 50,4, contre 48,3 en août, repassant au-dessus de la barre des 50 qui sépare croissance et contraction de l'activité pour s'inscrire à un plus haut de trois mois. L'indice du secteur des services, au-dessus des 50 pour le huitième mois d'affilée, s'est élevé à 51,2 contre 50,6 en août. Quant à l'indice composite, qui regroupe des éléments des deux indices sectoriels, il a progressé pour sa part à 51,4 contre 50,2 un mois plus tôt, restant lui aussi au-dessus de la barre des 50 pour le huitième mois consécutif.

Du côté des entreprises, la très bonne nouvelle de la semaine est tombée jeudi après midi avec l’annonce de la relaxe de François Pérol totalement innocenté par le tribunal correctionnel. Le groupe Banque populaire-Caisses d’épargne était tout entier suspendu au sort judiciaire de son président de directoire depuis sept ans, poursuivi pour « prise illégale d’intérêts » après son parachutage, sous Nicolas Sarkozy. C’est la fin d’une période compliquée pour BPCE. Dans un communiqué, diffusé une demi-heure après l’annonce du jugement, le syndicat CFDT de BPCE a souhaité qu’après six ans de procédure, « ce jugement mette un terme au long parcours judiciaire qui a fortement déstabilisé la gouvernance du groupe ».

LES MARCHES A UN POINT TRES CRITIQUE

Ces derniers jours, les esprits avaient été préparés à une démission forcée de l’ex-collaborateur de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, dont tout le monde, chez BPCE comme à l’extérieur du groupe coopératif, partisans comme opposants, s’accordait à saluer l’excellent bilan de gestionnaire et de grand patron d’entreprise. La relaxe de François Pérol pourrait bien toutefois entraîner quelques règlements de compte, après les semaines agitées que celui-ci a traversées. Dans l’incertitude quant à son avenir, le président du directoire de BPCE a pu, en effet, compter ses soutiens. Et ses adversaires. Notamment Olivier Klein, l’actuel patron de la Bred, la plus grosse banque populaire du groupe qui était soutenu par quelques dirigeants régionaux.

Toujours sur les questions de personnes, c’est mardi prochain que François Villeroy de Galhau devrait être entendu par les parlementaires afin d’entériner sa nomination à la tête de la Banque de France. La fronde entamée par 150 économistes « atterrés » et probablement aussi très aigris a été curieusement reprise par le quotidien Les Échos. Mais cela ne devrait heureusement rien changer au cours des choses.

Enfin il faudra suivre les nouveaux événements liés à l’affaire Volkswagen. Pas tant sur le plan industriel que sur le plan boursier. Il se trouve que l’analyse graphique des marchés fait apparaître pour la première fois depuis dix ans une configuration très très négative. Il suffit que les principaux marchés occidentaux, qui ont été largement entraînés à la baisse par cette affaire et par la chute des valeurs automobiles franchissent un nouveau palier de 2 à 3 % à la baisse pour qu’un grand mouvement baissier se déclenche qui pourrait avoir une ampleur de l’ordre de 40 %.

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