WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Derrière l’union nationale, le tsunami annoncé du Front national
par Yves de Kerdrel

L’unité nationale qui prévalait depuis deux semaines et qui a assagi le débat politique lié aux élections régionales a pris fin avec la commémoration des Invalides. Désormais François Hollande doit gérer les suites très décevantes de son tour des chefs d’état afin de créer une grande coalition. Quant aux élections régionales, elles devraient être l’objet d’un tsunami de la part du Front National.

29/11/2015 - 07:06 Temps Lecture 13 mn.

En plaçant à vendredi dernier la cérémonie d’hommage aux victimes François Hollande a fait en sorte que l’unité nationale puisse durer le plus longtemps possible. Ce qui lui a permis de capitaliser à titre personnel dans les enquêtes d’opinion, comme après le 11 janvier. Mais maintenant le chef de l’État va devoir gérer le retour aux réalités. Or celles-ci ne sont pas aussi simples qu’il l’imaginait lors de sa prestation au Congrès et de sa volonté de créer une grande coalition internationale mêlant russes et américains pour exterminer Daesh

D’ailleurs, l’Élysée parle désormais plutôt de « coordination » que de « coalition », tant cette dernière suppose un consensus politique sur les objectifs recherchés, aujourd’hui introuvable. Si le premier ministre britannique, David Cameron, a apporté, lundi dernier, un soutien explicite à la France dans sa politique de frappes contre l’État islamique en Syrie il n’en n’est pas de même ailleurs. Les allemands eux se contenteront de vols de reconnaissance comme l’a affirmé Angela Merkel après une visite à Paris. A Washington, mardi, Barack Obama a fait assaut de bonne volonté pour soutenir François Hollande, en défendant un renforcement du partage du renseignement, une coopération militaire plus étroite et une montée en puissance des frappes. Mais il n’a pas caché son scepticisme face à un rapprochement avec la Russie, tant que Moscou continue de défendre le régime syrien.

DIVERGENCES A DROITE SUR LES FRAPPES

En revanche François Hollande a été contraint, nolens volens, de faire évoluer sa ligne de conduite à l’égard du gouvernement syrien. S’il n’envisage toujours pas l’avenir de la Syrie avec Bachar Al-Assad, son départ n’est plus un préalable. Et même Laurent Fabius l’a affirmé. Ce qui l’a conduit à manger un très gros chapeau après trois années de discours anti-Assad. Vladimir Poutine a visiblement saisi cette ouverture. A l’issue des entretiens, jeudi soir à Moscou, entre les présidents français et russe, François Hollande a déclaré que les deux pays allaient dorénavant coordonner leurs frappes en Syrie contre l’EI, mais aucun progrès n’a été enregistré sur le front politique, concernant le rôle de Bachar Al-Assad.

Ce terrain de politique international est désormais devenu un lieu de débat entre les candidats à la primaire à droite. Les candidats font entendre leur différence, y compris sur les choix diplomatiques et militaires de la France, en discussion mercredi à l'Assemblée. Orateur du groupe Les Républicains, François Fillon a dénoncé l'impasse dans laquelle la France a été conduite par le «ni Assad, ni Daech», qui fut selon lui une erreur. Alain Juppé n'a commencé à revenir sur son « ni Assad, ni Daech » que fin octobre, en publiant sur son blog un texte titré « Voir Poutine, et après ? », où il préconisait « un dialogue régulier avec la Russie », qualifiée de « partenaire incontournable ». Nicolas Sarkozy, lui, a plaidé pour un réchauffement des relations avec la Russie dès novembre 2014, mais dans le cadre de la crise ukrainienne. Ce n'est qu'en septembre qu'il a préconisé de dialoguer davantage avec la Russie pour combattre l'État islamique.

VERS UN SCORE HISTORIQUE DU FN

La nouvelle ligne Sarkozy-Juppé, partagée par Bruno Le Maire, se distingue cependant de la position de François Fillon, qui est loin de faire l'unanimité chez les Républicains. Au point que Christian Jacob, président du groupe à l'Assemblée, a eu quelque réticence à laisser l'ancien premier ministre s'exprimer au nom des députés Républicains mercredi dernier. Son discours a été applaudi, mais a soulevé aussi des protestations à droite. Avant d'intervenir dans l'Hémicycle, François Fillon avait souhaité que la France appuie « les seules forces au sol qui combattent réellement l'État islamique », parmi lesquelles le Hezbollah. Une phrase qui a eu un peu de mal à passer auprès d’autres ténors de la droite.

Il ne reste donc plus qu’une semaine avant le premier tour des élections régionales. Et tous les sondages publiés cette semaine ont fait apparaître une nette poussée du Front National. Dans le Nord Pas de Calais certains sondages donnent 14 points d’avance à Marine Le Pen et en Paca près de 10 points d’avance à sa nièce face à Christian Estrosi. Dire que Xavier Bertrand n’y croit plus trop est assez banal. Même si une surprise est possible dans le Nord au second tour en cas d’accord avec le Parti Socialiste. Mais même dans le Grand Est et dans le Languedoc Roussillon le Front National semble parti pour faire des scores historiques.

LE REMANIEMENT S’ELOIGNE

Le scénario d’un remaniement consécutif aux élections régionales s’éloigne de plus en plus. Techniquement, il n'est pas impossible de remanier un gouvernement alors que le pays est soumis à l'état d'urgence, assure-t-on dans l'entourage du chef de l'État. Mais l'onde de choc suscitée par les attentats de Paris a changé la donne politique. Considéré comme partant en cas de victoire aux régionales, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, tête de liste en Bretagne, est désormais quasiment assuré de rester au gouvernement. Son départ aurait mécaniquement entraîné un remaniement important ; ce n'est plus le cas. Si le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius est nommé à la tête du Conseil constitutionnel, comme l'hypothèse reste de mise, la question de son départ ne se poserait pas avant février.

À ce jour, seule la ministre du Logement Sylvia Pinel, tête de liste départementale en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, serait donc la seule souhaitant partir. Elle pourrait être remplacée poste pour poste, par simple communiqué. Reste les cas de Laurent Fabius, dont la ligne jusqu'au-boutiste vis-à-vis de la Russie et de la Syrie, est critiquée, et celui de Christiane Taubira, qui n'est pas à l'aise avec certaines mesures annoncées par le président, notamment la déchéance de nationalité. Mais celui-ci déteste agir sous la contrainte : le fait que ces deux ministres soient la cible de critiques, notamment de la droite, leur servirait paradoxalement d'assurance-vie. Quant à l'hypothèse d'un changement de premier ministre, soupesée avant le 13 novembre par une minorité au sein de la majorité, elle est plus que jamais caduque.

LE CHOMAGE BAT TOUS LES RECORDS

S'il ne devrait pas remanier dans la foulée des régionales, Hollande garde en réserve cette carte pour plus tard. Il aura toujours besoin d’une équipe de combat pour 2017. Avant les attentats, le président réfléchissait à son casting. De même qu'au moyen d'habiller le fait qu'il renonçait à faire entrer des écologistes au gouvernement. Sa décision semblait acquise : à défaut de pouvoir faire entrer les Verts d'EELV, Hollande ne souhaitait pas appeler au gouvernement les écologistes en rupture de banc, comme le sénateur Jean-Vincent Placé. A contrario, le chef de l'État réfléchissait à la promotion de nouveaux visages, censés apporter un vent d'air frais, selon les mots d'un proche de l'Élysée.

Au chapitre macro-économique l’actualité a été marquée par la forte hausse du nombre des demandeurs d’emploi sans aucune activité en octobre. Cette catégorie a atteint près de 3,59 millions en métropole, soit une progression de 42 000 en un mois, selon les statistiques publiées, jeudi, par Pôle emploi et par le ministère du travail. C’est le troisième plus mauvais chiffre depuis le début du quinquennat de François Hollande. Il faut remonter à janvier 2013 pour trouver des données aussi déprimantes (+ 47 900). Sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris), il y a désormais près de 3,851 millions de chômeurs – en augmentation de 3,5 % sur un an (+ 3,7 % si l’on raisonne uniquement sur l’Hexagone). Un nouveau record, dont le président de la République et sa famille politique se seraient volontiers passés, à dix jours du premier tour des élections régionales.

BONNE ACTIVITE EN ALLEMAGNE

Depuis le début de l’année le nombre de chômeurs (relevant de la catégorie A) s’accroît de 9 000 par mois en moyenne, contre 24 000 en 2012, 16 000 en 2013 et 15 000 en 2014. Les inscriptions à Pôle emploi ont donc tendance à se ralentir, grâce au redémarrage de la croissance. Mais cette reprise est trop faible, encore, pour inverser la courbe du chômage. Selon les dernières estimations de l’Insee, 49 200 emplois ont été créés dans le secteur privé sur un an ; ce qui s’avère insuffisant pour « absorber » les nouveaux entrants sur le marché du travail. La donne devrait changer en 2016, avec une croissance un peu plus vigoureuse : l’OFCE table sur une augmentation du PIB de 1,8 %, ce qui permettrait de ramener le taux de chômage à 9,8 %, fin 2016, contre 10 % en décembre 2015.

Du côté de l’activité économique les indices Markit ont fait apparaître que la croissance du secteur privé allemand s'est accélérée en novembre malgré les inquiétudes diverses liées au ralentissement de l'économie chinoise ou au scandale Volkswagen, entre autres. L'indice PMI composite, qui regroupe l'industrie

manufacturière et les services, a progressé à 54,9 après 54,2 en octobre. Celui du secteur manufacturier, à 52,6 après 52,1, est au plus haut depuis trois mois malgré un recul de la production pour le troisième mois d'affilée alors que les carnets de

commandes restent orientés à la hausse, y compris à l'export. L'enquête montre aussi une nette accélération de la croissance dans les services, dont l'indice PMI flash atteint 55,6 après 54,5.

DU RIFIFI CHEZ MALAFOFF MEDERIC

S’agissant de la France ces mêmes indicateurs sont moins favorables. La croissance de l'activité dans le secteur des services a ralenti ce mois-ci en France, les secteurs du tourisme et des loisirs accusant l'impact des attentats, fait apparaître la version "flash" des indicateurs PMI de Markit publiée lundi. Ce ralentissement a été en partie compensé par une légère accélération de la croissance dans le secteur manufacturier. Globalement, le secteur privé français connaît en novembre son dixième mois consécutif de croissance, avec un indice composite qui ressort à 51,3. Il est en baisse par rapport à octobre (52,6) mais reste au-dessus de la barre des 50 qui sépare croissance et contraction de l'activité.

Du côté des entreprises le syndicat des pilotes d’Air France appelle à la grève mardi 2 et mercredi 3 décembre, contre les suppressions d’emploi et les poursuites disciplinaires, a-t-on appris vendredi 27 novembre auprès d’eux. La compagnie aérienne s’attend à un impact limité sur le trafic. Les autres syndicats de navigants, que ce soit le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL, 65 % des voix de pilotes) et les représentants des hôtesses et stewards, n’ont pas opté pour la grève. Au sol, la Confédération générale du travail (CGT), Force ouvrière (FO) et l’union syndicale Solidaire (SUD)-Aérien (non représentatif) appellent par contre à des arrêts de travail. Ce mouvement est lié à la convocation de cinq salariés au tribunal correctionnel de Bobigny pour des faits de violence en réunion, lors des débordements spectaculaires du 5 octobre au siège d’Air France. Deux dirigeants avaient échappé à des manifestants, la chemise arrachée, après l’annonce de la suppression potentielle de deux mille neuf cents postes.

Enfin, comme l’a révélé, vendredi, l’Argus de l’assurance, Guillaume Sarkozy à la tête du groupe Malakoff Médéric depuis 2006, a été lâché par son conseil d’administration. Cette éviction s’inscrit sur fond de tensions extrêmes avec la Mutuelle générale, la troisième mutuelle française, avec qui Malakoff Médéric est engagé dans fiançailles mouvementées depuis septembre 2014. Objectif : construire le leader de l’assurance de personnes en France. Or c’est la Mutuelle générale et son président, Patrick Sagon, qui ont pris le pouvoir. La Mutuelle générale a obtenu de piloter les fonctions clés que sont la finance, les ressources humaines et les systèmes d’information. Dès lors, le bureau de l’association sommitale Malakoff Médéric a dû choisir entre lâcher son directeur général délégué et renoncer au mariage. Il a donc opté pour la première solution, et négocie avec Guillaume Sarkozy les conditions de son départ. Une réunion est prévue la deuxième semaine de décembre pour officialiser cette décision.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Les attentats du 13 novembre risquent d’entrainer une forte poussée du FN

22/11/2015 - 07:44

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La France en Guerre à un mois du second tour

15/11/2015 - 07:47