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Grace au FN, François Hollande est en piste pour 2017
par Yves de Kerdrel

Le vote de dimanche dernier, qui devrait être en grande partie infirmé par celui d’aujourd’hui, avec peu de régions aboutissant dans la hotte du Front National, a montré qu’il n’y avait désormais plus rien entre François Hollande et Marine Le Pen, si ce n’est une droite inaudible et divisée. Voilà donc le Chef de l’Etat installé en favori pour 2017, sauf si la frustration permet au FN de le battre.

13/12/2015 - 07:50 Temps Lecture 13 mn.

Nouveau dimanche électoral à fort suspense. Mais nous maintenons l’avis collecté auprès de plusieurs politologues selon lequel ce second tour devrait inverser en partie le résultat du premier tour. Plusieurs enquêtes donnent l'avantage aux listes de droite et du centre, en cas de duel face au Front National, en Nord-Pas de Calais-Picardie et en Paca. En Normandie et en Ile-de-France, droite et gauche sont quasiment à égalité. En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, la socialiste Carole Delga est donnée largement vainqueur.

Plus précisément, selon l'institut BVA pour La Voix du Nord, Marine Le Pen ne recueillerait que 47 % face à Xavier Bertrand, qui remporterait la région avec 53 % des intentions de vote. Le deuxième tour qui semblait être favorable à la présidente du FN tourne donc à l'avantage de la droite et du centre qui a bénéficié du retrait de Pierre de Saintignon, le candidat investi par le PS. La dynamique de mobilisation s'est donc clairement inversée alors que jusqu'au premier tour, c'est Marine Le Pen qui en profitait. 31 % des abstentionnistes du premier tour se porteraient sur le candidat LR contre 17 % seulement pour le FN. Ainsi, selon BVA, 68 % des électeurs de gauche du premier tour devraient aller voter dont 64 % se reporteraient sur Bertrand contre seulement 4 % pour Marine Le Pen.

DUEL TRES ACCROCHE EN ILE DE FRANCE

En Provence Côte d’azur, l'issue du scrutin est bien plus incertaine avec, selon le sondage BVA pour Nice Matin, 51 % des électeurs provençaux qui opteraient pour la liste de Christian Estrosi contre 49 % pour celle de Marion Maréchal Le Pen. Malgré tout, le Maire de Nice semble en mesure de rattraper son retard de 14 points sur la représentante du FN grâce, là aussi, au retrait du candidat de la gauche Christophe Castaner. Les électeurs de gauche choisissent très majoritairement un report « républicain ». 69 % des électeurs de Castaner au premier tour affirment vouloir aller voter dimanche dont 65 % pour Estrosi. La répartition, entre les deux candidats, des abstentionnistes du premier tour est sensiblement la même en Paca et dans le Nord. Selon BVA, 36 % d'entre eux choisiraient Estrosi contre 23 % pour le FN.

En Ile de France après une fin de campagne très tendue Valérie Pécresse et Claude Bartolone sont au coude-à-coude. Un léger avantage semble néanmoins se dessiner en faveur de la candidate Républicains. Selon une enquête Ifop-Fiducial pour Paris Match, iTélé et Sud Radio, elle totaliserait 42 % des voix au second tour contre 40 % pour son adversaire socialiste. Le reste des suffrages (18 %) va au frontiste Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti mis en examen. Ce résultat vient confirmer l'écart pronostiqué par une précédente enquête Odoxa pour Le Parisien et BFMTV publiée mercredi. Un si faible écart de deux points, dans les marges d'erreur statistiques des sondages, rend cependant l'issue du scrutin très incertaine.

FRANCOIS HOLLANDE CONFORTE

Enfin s’agissant de l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, la tête de liste socialiste, Jean-Pierre Masseret (16,11 %), a maintenu sa liste malgré la consigne de retrait et les pressions exercées par des cadres de son parti. Malgré cela, un sondage de l’institut Elabe, publié jeudi, donne Philippe Richert vainqueur avec 43 % des intentions de vote contre 41 % pour Florian Philippot.

Quel qu’en soit le résultat définitif des élections régionales le paysage politique va se trouver bouleversé à gauche comme à droite. A gauche, parce que cela va conforter François Hollande qui a déjà commencé son travail de fractionnement de tous ses concurrents potentiels. Si bien qu’aujourd’hui les frondeurs ont disparu, les verts sont divisés et Jean-Luc Mélenchon est devenu inexistant. De fait le Chef de l’Etat peut compter au premier tour de 2017 sur un score proche du socle affiché par les socialistes dimanche dernier, soit 23 %.

La stratégie pour cet entre-deux-tours avait été définie à l'avance à l'Élysée : silence, retrait et hauteur. Un triptyque inspiré du communicant de François Mitterrand et Jacques Chirac, Jacques Pilhan. Pour Hollande, dont la popularité a été dopée depuis les attentats, il n'est pas question de descendre dans l'arène politique ou de mettre les mains dans le cambouis électoral, au risque d'abîmer sa posture de chef de guerre. Comme prévu, le chef de l'État est silencieux depuis dimanche soir. Hier Samedi il s’est juste rendu au Bourget pour la clôture de la conférence mondiale sur le climat, bien que le résultat a été une forme de victoire à la Pyrrhus.

SARKOZY FACE AU RETOUR DE FILLON ET COPE

Pour François Hollande, son prochain grand rendez-vous avec les français aura lieu à l’occasion des vœux radiotélévisés du 31 décembre. D’après son entourage, cette intervention devrait être centrée sur le thème de la nation et du rassemblement. Hollande reviendra sur l'année 2015 marquée au fer rouge par le terrorisme. Il évoquera le « vivre ensemble » et le destin collectif d'un pays traumatisé par les attentats et fragilisé sur le front économique et social. Il appellera à poursuivre les réformes. Il pourrait réserver aussi quelques surprises, le soir des vœux. À l'Élysée, on réfléchit autour de plusieurs thématiques: renouvellement des élites, jeunesse, engagement…

A droite les conséquences du scrutin vont également peser lourd parce que si Nicolas Sarkozy risque d’être très malmené dans les semaines qui viennent le vrai perdant c’est Juppé avec sa volonté de rapprochement avec les centristes. Dans les trois régions où des centristes étaient tête de liste, c’est la gauche, voire le Front National qui va l’emporter ce soir alors qu’il était inimaginable de penser, il y a une semaine, que la Normandie comme le Centre ne basculeraient pas à droite. De fait c’est sans doute François Fillon, très discret ces derniers jours, qui pourrait bien tirer les marrons de ce feu là. Et il va retrouver sur sa route Jean-François Copé qui annonce son grand retour pour le début du mois de janvier avec la publication de son livre « le sursaut français ».

FAIBLESSE DE L’ACTIVITE INDUSTRIELLE

De manière à préempter l’organisation de la discussion à venir Nicolas Sarkozy a déjà annoncé vouloir réunir début février un conseil national pour débattre de la ligne et du projet du parti. De la même manière il écarte l’idée développée par beaucoup d’avancer le calendrier des primaires. Les modalités et le calendrier de cette élection interne à la droite relèvent de la Haute autorité. Ce sera donc à elle de décider s’il faut changer quoi que ce soit à son calendrier.

Au chapitre de l’actualité macro-économique il faut noter que l’industrie manufacturière française connaît un accès de faiblesse depuis la rentrée. Selon les chiffres publiés jeudi par l’Insee, elle a en effet enregistré une baisse de 0,5% après s’être déjà repliée de 0,1% en septembre. Dans son ensemble, c’est-à-dire tenant compte des secteurs de l’énergie, l’activité industrielle progresse de 0,5%. Une hausse largement due aux températures plus froides qu’à l’accoutumée pendant le mois d’octobre. Car pour le reste, tous les autres secteurs s’avèrent dans le rouge.

Par ailleurs c’est ce 16 décembre que la Réserve Fédérale américaine devrait annoncer un relèvement de ses taux. Sa présidente, Janet Yellen dresse jour après jour un état relativement optimiste de l'économie des Etats-Unis mercredi anticipant une croissance modérée dans les années à venir, suffisante pour générer de nouveaux emplois. Elle n’ignore pas que beaucoup de membres du Comité monétaire estimaient qu'il était temps en décembre de relever les taux même si quelques participants pensent qu'il faut attendre plus longtemps. Par ailleurs chacun sait qu’elle insiste sur le délai d'efficacité de la politique monétaire qui, selon elle, implique qu'il ne faut pas attendre trop longtemps avant de relever les taux sous peine de devoir ensuite les resserrer plus abruptement.

LE PRIX DU PETROLE DEVIENT UN PROBLEME

De fait Wall Street a perdu plus de 3 % cette semaine et l'indice phare Standard & Poor's-500 est passé sous un seuil technique important. Cela en raison d’un regain d’inquiétude des investisseurs motivé par les révisions à la baisse de la croissance mondiale, la chute des prix du pétrole sous la barre des 40 dollars et la perspective du premier relèvement des taux d'intérêt américains depuis près de dix ans. Il faut revenir au début de 2009, en pleine crise financière post-Lehman Brothers, pour retrouver des cours du pétrole et des minerais aussi déprimés.

Le marché mondial de l’or noir se retrouve sans boussole ni perspective d’un retour rapide à l’équilibre. Et ce, alors que l’économie chinoise ne donne aucun signe de reprise. Deux facteurs pourraient néanmoins contribuer à un début de rééquilibrage et de remontée des prix fin 2016. La production des pays non-OPEP devrait reculer, à commencer par celle des Etats-Unis et de la Russie, qui pompent à eux deux 21 millions de barils par jour. Mais les pétroliers russes Rosneft ou Lukoil sont dans une guerre sans merci avec la Saudi Aramco pour défendre leurs parts de marché, en Asie et depuis peu en Europe centrale. Une reprise plus soutenue de la consommation pourrait aussi contribuer à un retour à l’équilibre. Dans l’immédiat, les stocks s’établissent à des niveaux sans précédent. L’AIE les estime à 3 milliards de barils.

ORANGE BOUYGUES ET L’ETAT DISCUTENT

Du côté des affaires, c’est toujours les télécoms qui agitent le marché. Six mois après la tentative de rachat de Bouygues Telecom par Patrick Drahi, propriétaire de Numericable-SFR, le grand bal des négociations a recommencé. Comme l’a révélé Bloomberg Martin Bouygues serait bien entré en discussion avec Orange pour lui céder ses activités de téléphonie. Sur la base d’une valorisation de 10 milliards d’euros pour le seul Bouygues Telecom, le conglomérat présent dans le secteur de la construction, qui détient 90 % de sa filiale (aux côtés de JC Decaux), obtiendrait une part de 22 % d’Orange, dont le premier actionnaire est aujourd’hui l’Etat, avec 25 % des actions.

Les pouvoirs publics ont été tenus informés de ces discussions, très préliminaires pour l’un des protagonistes. Orange et Bouygues ont commencé leur lobbying et il se déroulerait au plus haut niveau de l’Etat. Cela intervient au moment choisi par Martin Bouygues pour écrire au premier ministre, Manuel Valls, afin de réclamer 2,28 milliards d’euros à l’Etat, une somme censée le dédommager du préjudice lié à l’arrivée de Free début 2012, un quatrième opérateur qui a déstabilisé le marché. Pour prendre forme, le rapprochement doit néanmoins franchir de nombreux obstacles. Orange et Bouygues Telecom savent qu’ils auront fort à faire pour convaincre la Commission européenne.

MACRON PACIFIE SES RELATIONS AVEC GHOSN

Toujours du côté des télécoms, Vivendi a annoncé lundi que sa participation au capital de Gameloft était passée de 17,34 % à 26,69 %, se rapprochant ainsi des 30 % qui déclenchent l’obligation pour lui de lancer une OPA. Le géant des médias reprend ainsi une longueur d’avance sur la famille Guillemot, actionnaire historique de Gameloft. Surtout, il envoie ce qui ressemble fort à un dernier coup de semonce avant l’OPA. Vivendi avait fait en octobre une entrée surprise au capital de Gameloft - et d’Ubisoft, également fondé par la famille Guillemot - en prenant 6,2 % des actions. Depuis, il n’a cessé de faire progresser sa part. De son côté, la famille Guillemot, dénonçant une prise de contrôle rampante a fait de même, jusqu’à détenir, fin novembre, 16,63 % du capital et 25,11 % des droits de vote. Le feuilleton est donc loin d’être fini.

Enfin le Conseil d'Administration de Renault, qui s’est tenu vendredi a voté à l’unanimité un accord de stabilisation formulé en trois points : le maintien du principe des droits de vote double au sein de Renault, effectif à compter du 1er avril 2016, et un contrat entre l’Etat et Renault ayant pour objet le plafonnement de principe des droits de vote de l’Etat à 17,9%, porté jusqu’à 20% en cas de quorum inhabituellement élevé ; la non-activation des droits de vote de Nissan dans Renault ; un contrat entre Renault et Nissan ayant pour objet la non-interférence de Renault dans la gouvernance de Nissan. Ce dernier point porte, en parallèle, sur les sujets de nomination ou la révocation des membres du conseil d’administration du japonais.

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