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Yves de Kerdrel
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Hollande est dans une mauvaise passe et Macron s’échauffe
par Yves de Kerdrel
Hollande est d’autant plus piégé par le débat sur la déchéance de la nationalité que sa Garde des Sceaux continue de contester cette disposition et que la gauche s’inquiète des nouveaux pouvoirs conférés à la police. Du coup sa cote de popularité s’effondre comme celle de Sarkozy. De son coté Emmanuel Macron a fait un début d’année en fanfare et n’exclut pas de se présenter en 2017.
La cacophonie gouvernementale autour de la déchéance de nationalité n’en finit pas de s’amplifier. Christiane Taubira a rappelé jeudi sur i-Télé sa conviction que « la déchéance de nationalité n’était pas souhaitable » pour les Français binationaux, critiquant une mesure à l’efficacité « absolument dérisoire ». Elle avait déjà annoncé le 22 décembre le retrait de ce volet de la réforme constitutionnelle très contesté à gauche, provoquant une véritable levée de boucliers, avant d’être contredite dès le lendemain en conseil des ministres par François Hollande.
Naturellement l’opposition a aussitôt réagi. Mais plutôt mollement laissant les centristes comme François Bayrou ou Jean-Christophe Lagarde monter au front et demander la démission de la garde des Sceaux au non du principe : « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Malgré tout il semble que François Hollande ne veuille pas se séparer de Christiane Taubira en dépit des demandes répétées de Manuel Valls de l’éjecter du gouvernement. Elle sera donc probablement amenée à défendre le projet de réforme constitutionnelle devant le Parlement en collaboration avec Manuel Valls. Il reste à définir selon quelle répartition des tâches. D'après nos informations, Christiane Taubira n'aurait pas cherché à éviter de présenter le texte, malgré son opposition franche au volet sur la déchéance de la nationalité. Toutefois, Manuel Valls et elle pourraient trouver un arrangement afin de ne pas l'y contraindre.
LA DROITE DESTABILISEE
De fait François Hollande se retrouve maintenant dans un sacré bourbier avec cette question de la déchéance de la nationalité qu’une très grande partie de la gauche ne veut pas voter de même qu’un nombre croissant de parlementaires de droite. Et à cette fronde s’ajoute celle des frondeurs bien sûr mais d’un espace beaucoup plus large de personnalités de gauche qui tirent la sonnette d'alarme sur le projet de loi visant à renforcer la lutte contre le terrorisme. Parmi les mesures les plus décriées, la possibilité de maintenir une personne en garde à vue pendant 4 heures sans avocat, le temps de vérifier son identité. D’autres acceptent le durcissement des mesures (perquisitions de nuit, assignations à résidence…) mais ne veulent pas que le texte prévoit d'accroître les pouvoirs des préfets.
A droite on ne sait pas très bien sur quel pied danser. Nicolas Sarkozy a bien compris qu’il s’agissait d’un piège politique pour sa famille. Mercredi 6 janvier, le président des Républicains a trouvé une porte de sortie. Lors d’un bureau politique, il a proposé aux dirigeants de son parti de voter la réforme de la Constitution, tout en réclamant à l’exécutif de tenir compte de demandes précises, notamment l’extension de la déchéance aux délits terroristes et pas seulement aux crimes. Ce soutien sous conditions permet de ne pas tomber dans le piège de la gauche et de ne pas voter en se bouchant le nez.
CHUTE DE SARKOZY DANS LES SONDAGES
Pour accorder les violons de son camp, Nicolas Sarkozy a donc réuni son cabinet mardi, puis sa garde rapprochée politique mercredi matin (Eric Woerth, Luc Chatel, Brice Hortefeux), afin d’élaborer la position à proposer en bureau politique. Celle qui pourra servir de ligne directrice aux sénateurs et aux députés, lors de leur réunion de groupe sur le sujet le 12 janvier. Silencieux depuis ses vœux, l’ancien chef de l’Etat voulait également reprendre la main sur les questions sécuritaires, un de ses sujets de prédilection, avec un autre objectif : ne pas se laisser déborder par Alain Juppé, son principal rival pour la primaire à droite pour la présidentielle, qui a lancé une offensive sur le terrain de la sécurité.
Car l’opinion est pour l’instant bien plus favorable au Maire de Bordeaux qu’à l’ancien Chef de l’Etat. Un sondage marquant publié avant les fêtes le plaçait désormais derrière François Hollande dans une situation de premier tour. Dans le baromètre Elabe pour Les Echos et Radio Classique, publié à la fin de la semaine Nicolas Sarkozy perd 15 points de popularité ce mois-ci auprès des sympathisants de droite et du centre, à 46 % d’image positive. Pour la première fois, il entre en territoire négatif, avec 53 % d’image négative. Et, fait aggravant, sa chute est encore plus rude dans le noyau dur de son électorat : il recule de 17 points chez les partisans des Républicains.
MACRON VOIT SON HEURE ARRIVER
Du côté de François Hollande les sondages ne sont pas plus favorables. Le locataire de l’Elysée entame l’année par une chute particulièrement lourde dans ce même baromètre Elabe. La cote du chef de l’Etat s’affaisse de 7 points en un mois, perdant la quasi-totalité de ses gains de décembre (9 points), après les attaques djihadistes. A peine 26 % des Français lui font aujourd’hui confiance pour résoudre efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays. Dans son sillage, Manuel Valls perd 4 points de confiance, à 32 % contre 64 %.
Il y en a un à qui tout cela n’échappe pas, c’est Emmanuel Macron dont la cote de popularité ne cesse de progresser. Après avoir eu une fin d’année clivante en secouant quelques uns des grands tabous français, il a fait sa rentrée politique avec une barbe – ce qui est tout un symbole – et une longue interview dans le monde à la fois très politique et sociétale. Ses proches murmurent qu’il est décidé à tenter sa chance en 2017 si les circonstances le permettent car l’opinion établit clairement qu’il apparaît aux yeux des français comme le seul à pouvoir faire évoluer le pays. Cette semaine il était à Las Vegas pour soutenir les patrons de start-up françaises au Consumer Electronic Show. Il avait pris soin d’emmener avec lui le patron d’Euronext et du think tank En Temps réel Stéphane Boujnah, celui de Blablacar et Bruno Le Roux, patron des députés PS.
NOUVEL ACCES DE FIEVRE SUR LES PLACES CHINOISES
Beaucoup d’actualité sur le plan macro-économique avec pour commencer l’année une nouvelle dégringolade des places chinoises qui ont du interrompre leurs cotations deux jours de suite. La Bourse de Shanghai a clos, vendredi, en hausse de 1,97 % sur la journée mais en baisse de 9,9 % sur la semaine. Finalement en fin de semaine les autorités chinoises ont arrêté ces coupe-circuit estimant qu’ils faisaient plus de mal que de bien. Au problème boursier s’en est greffé un second, cette fois-ci sur le marché des changes. A la différence des changes flottants choisis par les Etats-Unis ou la zone euro, la banque centrale chinoise fixe encore chaque matin un cours pivot, autour duquel le yuan ne peut varier que de 2 % sur la journée.
Cette décision était par le passé surtout politique mais la Banque populaire de Chine s’est engagée cet été à fixer les cours selon la tendance du marché. Les inquiétudes sur la stabilité de la croissance conduisent à des sorties de capitaux. Le pays a défendu sa monnaie, de sorte que ses réserves de change ont fondu de 107,9 milliards de dollars (100 milliards d’euros) en décembre, un record historique. Mercredi 6 janvier, prenant acte de la dépréciation du yuan, la Banque populaire de Chine a placé son cours pivot à son plus bas niveau depuis mars 2011. Du coup, les marchés mondiaux ont pris peur. Et nombreux sont ceux qui s’inquiètent d’un nouveau risque de guerre des monnaies et de dévaluations compétitives.
LA BANQUE MONDIALE EN ALERTE
Le Fonds monétaire international avait, le premier, tiré la sonnette d’alarme. Sa directrice générale, Christine Lagarde, avait prédit pour 2016 une croissance mondiale décevante et inégale. Dans ses Perspectives économiques mondiales, présentées mercredi 6 janvier, la Banque mondiale ne dit pas autre chose. Pour la énième fois depuis la crise de 2008, l’institution a dû réviser à la baisse ses prévisions. Elle mise désormais sur une croissance mondiale limitée à + 2,9 % en 2016, en baisse de 0,4 point par rapport à ses chiffres de juin 2015, et sur une reprise modeste en 2017-2018 (+ 3,1 %). En 2015, dans plus de la moitié des pays en développement, la progression du produit intérieur brut (PIB) a été revue à la baisse. La croissance pour cette année-là n’y dépassera pas + 4,3 %, contre + 4,9 % en 2014.
Ces prévisions ont été confortées par la dernière publication de l’indice Markit de l’activité de services en France. Celui-ci a atteint un plus bas de 11 mois en décembre. Il s’est ainsi établi à 49,8 contre 51 en novembre. Une tendance qui résulte à la fois de la décélération de la croissance des nouvelles affaires et du volume de travail en cours, tandis que les créations de postes ont stagné, les prestataires de services ayant indiqué qu’aucune embauche n’avait eu lieu le mois dernier. La faiblesse de cet indicateur ne doit pour autant pas être uniquement interprétée à la lumière des événements de début novembre à Paris, puisque les prestataires dans ce secteur ont tous estimé que leurs perspectives d’activité s’étaient détériorées : ce qui traduit une tendance de plus long terme, l’ensemble des entreprises interrogées se disant préoccupées par le manque de visibilité économique.
LA BELLE ANNEE DE BNP PARIBAS
Du côté des entreprises on fait toujours le bilan de l’activité de l’année écoulée. Notamment en matière de fusions et acquisitions. Les banques d’investissement n’ont pas démérité en France l’an passé. Si le millésime 2015 a manqué de peu le niveau de l’année précédente, avec une baisse de 2% à 1,97 milliard d’euros, il signe néanmoins la deuxième meilleure performance depuis 2008. Dans ce contexte, ce sont encore les banques françaises qui se taillent la part du lion : BNP Paribas arrive à nouveau en tête des revenus des banques d’investissement, avec 11,1% de parts de marché, soit son meilleur score depuis 2012 et loin devant le reste du podium, composé de SG CIB (7,4%) et Crédit Agricole CIB (7,3%).
BNP Paribas s’arroge également la première place du classement des opérations equity, avec 15,3% de parts de marché et 3,5 milliards d’euros de deals. La banque dirigée par Jean-Laurent Bonnafé a notamment travaillé sur l’IPO de Spie, qui a levé 1 milliard d’euros en juin avant les perturbations de l’été, ou encore Total qui a contracté 1,2 milliard d’euros d’obligations convertibles en novembre dernier. Côté volumes, c’est Rothschild qui remporte la palme, puisque la boutique a été mandatée sur 93 opérations, pour un total de 44,7 milliards d’euros. Un dynamisme lié au grand nombre d’opérations stratégiques, en particulier avec les Etats-Unis à l’achat aussi bien qu’à la vente, et qui semble bien parti pour se poursuivre en 2016.
ORANGE ET BOUYGUES DISCUTENT DE PLUS EN PLUS
L’année 2016 devrait commencer par un grand deal orchestré d’un côté par BNP Paribas et de l’autre part Rothschild avec les négociations désormais officielles entre Orange et Bouygues. Les deux groupes seraient d’accord sur la chose et le prix, soit un rachat de 100 % de Bouygues Telecom pour 10 milliards d’euros dont 2 milliards payés en cash et le reste en titres Orange. De fait Bouygues deviendrait le deuxième actionnaire d’orange juste derrière l’Etat dont le poids se trouvera dilué. Par ailleurs une prise de participation au capital de TF1 pourrait suivre même si elle n’est pas incluse dans l’accord. Le seul hic serait lié à qui dirige les activités mobile d’orange. Stéphane Richard défend Fabienne Dulac qui a succédé au pied levé à Delphine Ernotte mais qui a bien moins de charisme qu’Olivier Roussat de Bouygues Telecom.
Toujours dans les télécoms à noter que Régis Turrini, ancien patron de l’Agence des participations de l’Etat, et très proche d’Arnaud Montebourg, va rejoindre Altice, la maison mère de l’opérateur SFR et holding de Patrick Drahi dès la deuxième semaine de janvier. Il sera en charge des affaires publiques et réglementaires. Il occupera également cette fonction de lobbyiste chez SFR, le deuxième opérateur français, que Régis Turrini connaît bien pour avoir été le responsable de la stratégie de Vivendi.
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