éditorial
La nouvelle cohabitation Fillon-Copé
par Yves de Kerdrel
Le Premier Ministre parvient enfin à s'imposer. Mais il doit aussi s'opposer à un patron de l'UMP de plus en plus soutenu par Nicolas Sarkozy. Avec comme principal danger en perspective : les cantonales de la fin mars.
26/12/2010 - 09:03

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Rarement une fête de Noël n'aura été aussi sereine pour le Président de la République. Le locataire de l'Elysée, qui a fêté les 42 ans de Carla Bruni la semaine passée, a enfin pris du recul par rapport aux affaires quotidiennes de l'Etat. Le basculement des fonctions opérées au profit de François Fillon semble réussir tant à Nicolas Sarkozy qu'au premier ministre. Tous les sondages d'opinion, commandés par Patrick Buisson, l'un des conseillers du Président, le confirment. Et cela même si les relations entre les deux hommes restent sinon tendues, du moins méfiantes.
Depuis le remaniement l'homme fort de la droite, c'est clairement Jean-François Copé, affirme un ténor de la majorité présidentielle, par ailleurs proche conseiller du Chef de l'Etat. Le nouveau patron de l'UMP a reçu le mandat implicite, de la part du Président de la République, d'occuper le terrain au maximum, de manière à reléguer au second plan François Fillon.
FILLON COMME RAYMOND BARRE
De fait c'est une nouvelle forme de cohabitation qui commence à prendre corps entre le patron du parti présidentiel et le premier ministre. Une cohabitation plus que tendue à la manière de ce qui avait été vécu par Raymond Barre, lorsque Jacques Chirac avait repris en main le parti gaulliste jusqu'à n'y placer que des hommes à lui. C'est la même technique qu'utilise le Maire de Meaux encore étonné d'avoir trouvé un UMP absolument pas verrouillé par les troupes de Nicolas Sarkozy et les proches de Xavier Bertrand.
Comme nous l'indiquions la semaine passée, Jean-François Copé a activé tous ses réseaux financiers et intellectuels depuis son retour de Chine. Nicolas Bazire a été chargé par Nicolas Sarkozy de lui ouvrir son carnet d'adresses. Grégoire Chertok, l'un des principaux associés-gérants de Rothschild et Cie, ne perd pas une occasion de lui faire rencontrer des patrons du CAC 40. Mais ces derniers ne sont pas tous convaincus par le personnage qu'ils trouvent encore trop chiraquien et pas assez libéral. C'est-ce qui l'a amené à rouvrir le front des 35 heures en sachant que cela ne pouvait mener nulle part, sinon à un affrontement avec François Fillon et bien sûr avec Xavier Bertrand.
LES RESEAUX CHIRAQUIENS EN ACTION
De son côté Nicolas Sarkozy poursuit activement son rapprochement avec les réseaux chiraquiens afin de préparer la campagne de 2012. D'autant plus qu'il voudrait profiter de la forte popularité de l'ancien président de la république qui va encore s'accroître avec la publication du second tome de ses mémoires. Il se murmure qu'un grand patron proche de Jacques Chirac, pourrait ainsi bénéficier d'une élévation remarquée dans l'ordre de la Légion d'honneur lors de la promotion du 1 er janvier. Par ailleurs toujours sur le registre affectif, Nicolas Sarkozy aurait donné son feu vert à la publication d'un livre d'entretiens entre Carla Bruni et Claude Askolovitch, le journaliste politique du Journal du Dimanche. Livre promis à un aussi bel accueil que celui réservé il y a quelques années aux conversations entre Bernadette Chirac et Patrick de Carolis.
A Gauche, rien ne va plus. Martine Aubry n'arrive toujours pas à s'imposer, alors que les réseaux de Ségolène Royal se réactivent doucement. De fait, Laurent Fabius, qui était l'un des principaux soutiens de la première secrétaire en est réduit à faire appel à DSK, qui semble de moins en moins tenté d'y aller, même si son épouse Anne Sinclair l'y pousse vivement, tant elle s'ennuie à Washington.
LE PERIL DES CANTONALES
Sur le front économique, les très mauvais chiffres du chômage publiés le 24 décembre ont montré à quel point la conjoncture hexagonale reste fragile. Une croissance de 2 % en 2011 semble désormais hors de portée, à moins que l'euro s'écroule ; ce qui n'est pas le scénario le plus probable. En revanche, l'inflation va clairement faire son retour dans le sillage des matières premières. Ce qui risque d'entraîner une forte pression sur les salaires avec des mouvements sociaux à la clé.
Toute la question est de savoir si les syndicats, qui ont été défaits, à l'occasion de la réforme des retraites, vont tenter de se refaire une virginité sur le sujet du pouvoir d'achat et des salaires. Notamment à l'occasion de la publication des résultats des grands groupes du CAC 40, qui devraient aficher une progression moyenne de 40 % par rapport à ceux de 2009. Si tel est le cas, ce scénario pourrait avoir des conséquences politiques détestables. Car les élections cantonales sont prévues les 20 et 27 mars prochains. Et en dehors de la Corrèze, qui pourrait rebasculer à droite, hypothéquant de fait l'avenir politique de François Hollande, de nombreux conseils généraux pourraient être gagnés par l'opposition. Ce qui donnerait des armes de plus à Jean-François Copé, dans sa cohabitation avec François Fillon.
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