éditorial
L'Elysée forteresse assiégée et DSK forteresse affaiblie
par Yves de Kerdrel
Le remaniement gouvernemental, et le départ de Claude Guéant pour la Place Beauvau ont affaibli le Président qui cherche à reconstruire des bases de rebond. DSK, lui, se retrouve, brutalement, sur la défensive face à un François Hollande qui a décidé d'aller jusqu'au bout.
06/03/2011 - 08:02

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C'est peu de dire que l'Elysée est complètement chamboulé avec le départ de Claude Guéant pour le Ministère de l'Intérieur. Le Président, nous disent ses proches, a perdu tous ses repères. C'était déjà le cas avec le départ de Raymond Soubie. Ca l'est encore plus avec la nomination de son ex-Secrétaire Général pour la Place Beauvau. Et son remplacement par Xavier Musca ne fait l'affaire de personne. Pas du Président qui a besoin d'un vrai "Maire du Palais". Pas de l'intéressé qui se dit lui-même "usé" et qui serait parti depuis longtemps s'il n'était pas lié au Chef de l'Etat par une très ancienne amitié et pas des autres personnalités de l'Elysée, comme Jean-David Lévitte, Catherine Pégard, Jean Castex et surtout Henri Guaino.
Ce dernier a même piqué une grosse colère dés lundi dernier en apprenant la nomination de Brice Hortefeux comme conseiller du Président. Car il tient à rester le seul "conseiller spécial". C'est ce qui a provoqué la marche arrière sur la possible désignation de l'ancien Ministre de l'Intérieur. D'autant que cette colère n'a pas été la seule. Selon les informations de WanSquare, le conseiller parlementaire de Nicolas Sarkozy, Olivier Biancarelli a, lui aussi, fait part de son mécontentement à l'idée de voir débarquer Brice Hortefeux au Château. Si bien qu'en fin de compte, ce très jeune et brillant préfet de 40 ans, se retrouve dans la nouvelle organisation, avec tout le rôle politique jusqu'ici dévolu à Claude Guéant, dont il était le protégé ; Xavier Musca se concentrant sur l'économie et le G 20.
FRANCOIS FILLON INEXISTANT
Par ailleurs, dans la majorité le climat reste très lourd, confie un ministre de poids. Pas seulement à cause de la sortie de MAM et de Brice Hortefeux du gouvernement. Mais plutôt en raison de la rivalité entre Fillon et Copé, entre Fillon et Juppé et de la très mauvaise entente entre Matignon et l'Elysée. La plupart des membres du gouvernement ont été surpris - voire choqués - de l'attitude "légèrement arrogante" d'Alain Juppé, lors du conseil des ministres de mercredi. Entre la présence de Claude Guéant assis à la droite du Chef de l'Etat et l'exposé magistral du locataire du Quai d'Orsay sur la situation internationale, François Fillon était totalement inexistant... Ambiance !
Mais ces derniers jours l'actualité est repassée du côté du parti Socialiste. D'abord avec l'entrée officieuse en campagne de Martine Aubry, aidée par une Une du journal Le Monde et le lancement d'un pavé indigeste : "Pour changer de civilisation". Ce positionnement montre à quel point la première secrétaire du Parti Socialiste est complètement en dehors du coup, à trop vouloir "intellectualiser" sa campagne face à Ségolène Royal (qui vient de perdre officiellement le soutien logistique de Pierre Bergé).
HOLLANDE NE CEDERA RIEN
Cela conforte un peu plus François Hollande, dont les sondages annoncés pour les jours qui viennent, marqueraient encore une forte avancée. A l'occasion de son passage à Canal + cette semaine, l'ancien "éléphant" du Parti Socialiste a laissé entendre, à demi-mots, que lors de son récent entretien avec DSK, il lui avait indiqué qu'il se présenterait, quelle que soit la décision du patron du FMI. Et cela d'autant plus que les sondages effectués en Corrèze pour les prochaines cantonales le donnent largement gagnant, alors qu'actuellement, il ne tient le département qu'à un siège près.
De fait, DSK se retrouve sur la défensive. Alors que François Hollande devrait annoncer officiellement sa candidature autour du 15 avril, DSK avait prévu de faire de son dîner devant les patrons de l'Afep, le 27 avril, le lancement de sa propre campagne. Mais il hésiterait de plus en plus. La seule perspective d'élections primaires, plus un affrontement avec un candidat, adoubé par la presse, François Hollande, commencent à le déstabiliser. L'équipe de Stéphane Fouks veille à Paris et à Washington à sa mobilisation et à celle de ses réseaux. Dans la capitale, seuls François Villeroy de Galhau (BNP Paribas), Maurice Lévy (Publicis) et Paul Hermelin (Cap Gemini) gardent un contact aussi régulier que possible avec DSK, et lui font passer des notes.
GHOSN DANS LE VISEUR DE SARKOZY
Mais c'est du côté du patronat que l'actualité est en train de monter avec deux cas difficiles à régler par les pouvoirs publics. D'abord l'affaire Renault qui se révèle chaque jour un peu plus désatreuse, comme WanSquare l'avait révélé dimanche dernier, à la veille de la convocation de Patrick Pelata par le directeur de cabinet de François Fillon. Le Directeur Général du constructeur automobile s'est littéralement "offert en sacrifice" vendredi matin dans les colonnes du Figaro pour protéger Carlos Ghosn. Mais à l'Elysée on considère que ce n'est plus un problème Renault, mais un problème Ghosn. D'autant qu'on craint la révélation de stock-options colossales attribuées par Nissan au patron mondial du groupe.
Il n'est pas certain que l'Elysée se satisfasse de la seule démission de Patrick Pelata. D'autant plus que Nicolas Sarkozy n'a jamais oublié "la peau de banane" jetée par Renault en pleine réforme des retraites, lorsque le constructeur avait annoncé un plan massif de pré-retraites.
L'autre sujet reste la succession d'Anne Lauvergeon. La rumeur parisienne assure que depuis une semaine sa cote à l'Elysée remonte fortement. Par ailleurs tout le monde a pu apprécier son talent habituel à transformer des résultats financiers désatreux en prouesse.
Une note rédigée par Bercy, à la veille du dernier Conseil de Politique Nucléaire, commence pourtant à circuler dans les rédactions relatant les passifs latents et la détérioration de la situation financière. Mais le passage le plus troublant concerne la communication financière du groupe, dont le caractère peu rigoureux rendrait difficile la cotation des actions Areva sur un marché réglementé. A moins qu'il ne s'agisse de manoeuvres émanant d'ennemis de la Présidente d'Areva. Et il faut bien reconnaître qu'elle a fait tout ce qui était possible pour ne pas en manquer !
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