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Yves de Kerdrel

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Quand Alain Jupé devient "vice-Président" de Sarkozy
par Yves de Kerdrel

Dure semaine à l'Elysée où Nicolas Sarkozy doit non seulement remanier le gouvernement pour gérer le problème Alliot-Marie, mais aussi redonner un nouvel élan à sa politique, dans un climat de crispation avec François Fillon.
26/02/2011 - 23:01 Temps Lecture 6 mn.
C'est très probablement ce dimanche soir, ou lundi au plus tard que l'on devrait connaître le nouveau gouvernement, après la démission forcée de Michèle Alliot-Marie. La Ministre des Affaires Etrangères est en sursis depuis une dizaine de jours, mais elle a fait savoir à l'Elysée qu'elle ne démissionnerait pas, n'ayant, rien à se reprocher. Dans un premier temps Nicolas Sarkozy a espéré que la tempête se calme. Mais comme les relations de Patrick Ollier, le compagnon de MAM, avec la Lybie, ont remis de l'huile sur le feu, la décision a été prise, mercredi dernier, avant le conseil des ministres de remanier le gouvernement. Ce que Nicolas Sarkozy confirmera ce dimanche soir à 20 h 00 à la télévision. En ne demandant pas à Michèle Alliot-Marie de l'accompagner en voyage en Turquie, Nicolas Sarkozy a clairement signifié à l'opinion que son sort était scellé. D'autant qu'à sa place, il a emmené Gérard Longuet. Nicolas Sarkozy a envisagé, un moment, de demander à François Fillon de remettre la démission de l'ensemble du gouvernement. En fin de compte, le Président devrait avoir avec Michèle Alliot-Marie une "explication de gravures" ce dimanche. On ignore encore quel "lot de consolation", elle pourrait obtenir. SANCTION POUR HORTEFEUX En principe, c'est Alain Juppé qui devrait reprendre le Quai d'Orsay, bien qu'il était assez peu enthousiaste à cette idée. D'abord, parce qu'il redoute la diplomatie parallèle de l'Elysée. Ensuite, parce qu'il craint que les déplacements imputables à cette fonction, l'éloignent trop de Bordeaux. Ayant connaissance de ces hésitations, le clan Copé-Jacop a conseillé à Bruno Lemaire, de faire acte de candidature. Un activisme qui a été très mal perçu à l'Elysée. Jean-Pierre Raffarin a également tenté de pousser ses propres pions. Mais cette idée a été vite écartée, compte tenu des très mauvaises relations qu'il entretient avec Nicolas Sarkozy. Alain Juppé va donc redevenir Ministre des Affaires Etrangères, et pour éviter tout problème avec Claude Guéant, au lieu de nommer Gérard Longuet à la Défense, c'est Brice Hortefeux qui devrait s'installer à l'Hotel de Brienne, laissant ainsi le secrétaire général du gouvernement reprendre la Place Beauvau. Pour Brice Hortefeux, ce n'est pas une promotion. Le très proche ami de Nicolas Sarkozy a essuyé de nombreux reproches de la part du Président de la République sur son échec en matière de politique de sécurité. L'émission "Paroles de Français" qui a eu lieu, il y a une quinzaine de jours, a fait prendre conscience au locataire de l'Elysée, à quel point la politique de sécurité était vécue comme une défaite. Claude Guéant aura donc toute liberté pour remettre de l'ordre dans une maison qu'il connait bien, en tant qu'ancien patron de la police nationale. FREMONT A LA PLACE DE GUEANT ? Reste à pourvoir au remplacement de ce dernier. A l'heure où nous publions ces lignes, deux solutions sont encore envisagées. L'une, externe : il s'agit de Pierre Mariani, actuel patron de Dexia, et ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, quand ce dernier était au Budget. Ce n'est pas la plus probable. D'autant que la rumeur "parisienne" annonce son retour chez BNP Paribas. L'autre, interne : Christian Frémont, ancien Préfet de Marseille, qui a succédé en 2008 à Emmanuelle Mignon, comme Directeur de Cabinet du Président à l'Elysée. Il s'inscrirait ainsi dans la droite ligne de Claude Guéant, sans s'occuper des affaires diplomatiques sensibles. Mais une surprise est encore possible avec le retour d'Emmanuelle Mignon, qui est partie de l'Elysée à cause de ses relations détestables avec Claude Guéant. Enfin, pour accompagner tous ces changements, Nicolas Sarkozy, devrait faire entrer au gouvernement trois secrétaires d'état. On parle de Valérie Rosso-Debord, pour s'occuper de la dépendance auprès de Roselyne Bachelot. Mais Jean-Louis Borloo en fait une "jaunisse", estimant que ce poste revient de droit à son poulain, Laurent Hénart, qui n'en veut pourtant pas ! On parle aussi d'un secrétaire d'état à l'écologie, afin de renforcer la coloration "verte" du gouvernement, à quatorze mois des présidentielles. On parle enfin d'un secrétaire d'état aux anciens combattants. LA SOLUTION LONGUET POUR AREVA Au delà de ces changements de portefeuilles, le grand perdant de cette affaire, c'est naturellement François Fillon, dont le gouvernement de novembre dernier était destiné à redonner un élan à Nicolas Sarkozy jusqu'aux présidentielles. Non seulement le rebond n'a pas eu lieu. Mais, de surcroit, les relations entre François Fillon et Nicolas Sarkozy sont redevenues éxécrables. Le Président de la République ne perd pas une occasion de dire tout le mal qu'il pense du locataire de Matignon. De fait, il s'appuie de plus en plus sur Alain Juppé à l'intérieur du gouvernement. Il n'y a pas de jour où il ne téléphone pas à l'ancien premier ministre dont il admire la loyauté. Et un ministre nous confie qu'il est clairement devenu le "Vice-Président". Du côté des entreprises, la préoccupation qui monte concerne l'affaire de "prétendu" espionnage industriel chez Renault. Plus les services de renseignements déroulent le fil de l'histoire, plus ils s'aperçoivent que le dossier est vide. Et les administrateurs de Renault commencent à se concerter en privé sur l'attitude à observer vis-à-vis de Carlos Ghosn. D'autant plus que ce dernier va avoir à faire face, lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires de Renault, à une fronde des petits porteurs à l'égard de ses émoluments (plus de 10 millions d'euros en 2009) et de l'opacité qui les entoure. L'affaire est suivie de très près par les pouvoirs publics. Autre sujet toujours très sensible : la succession d'Anne Lauvergeon à la tête d'Areva. Une short-list de trois candidats serait désormais prête à être remise au Président de la république. Y figureraient, selon les informations de WanSquare, les noms de Anne Lauvergeon, de Yazid Sabeg et de Laurent Collet-Billon, le Délégué Général à l'Armement. Chez Areva, après avoir discrédité la candidature de Marwan Lahoud, on s'emploierait maintenant à évoquer des incompatibilités déontologiques concernant les deux derniers noms. Comme, pour l'Elysée, il est hors de question de reconduire Anne Lauvergeon, la short-list serait en fin de compte cour-cicuitée. Et la présidence du directoire d'Areva devrait être offerte à Gérard Longuet. Ce que le Président lui a confirmé, en le recevant samedi matin.
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